Chroniques

Cathedral, l’univers sonore baroque de John Carpenter couleur Metal

Artiste
John Carpenter
Album
Cathedral
Label
Sacred Bones Records
Sortie
7 août 2026

Il demeure des artistes capables de grandes choses, mais peu d’entre eux sont aussi versatiles et touche-à-tout que John Carpenter. Depuis Dark Star en 1974, le réalisateur s’évertue à donner vie à des univers cinématographiques tous aussi marquants les uns que les autres. Cependant, cette création visuelle aujourd’hui culte s’accompagne d’un autre grand talent de Big John : la musique. Ce dernier est à l’origine de l’entièreté des bandes-originales de sa carrière riche. Depuis sa retraite hollywoodienne, l’originaire de l’État de New York, à l’aide de son fils Cody Carpenter et de son neveu Daniel Davies, a troqué sa caméra pour son clavier. C’est pendant ce mois d’août que le trio a dévoilé son dernier projet en date, l’album Cathedral.




Ce disque a comme genèse une histoire bien particulière, presque elle-même comme sortie d’un film. Les quatorze morceaux s’articulent autour d’une histoire, un récit conté au sein du roman graphique du même nom. Inspiré d’un rêve fait par John Carpenter en 2024, celui-ci raconte les mémoires d’une vieille église abandonnée, située en plein milieu de Los Angeles, devenant un théâtre des cauchemars. Une démarche rappelant évidemment la carrière cinématographique du musicien mais ici transposée à un tout autre médium. 


Comme l’a confié Daniel Davies, le scénario de Cathedral a directement influencé et conditionné la musique en découlant. Ce nouvel album met en avant une des grandes qualités et forces du trio à savoir son ambivalence. Ce recueil de compositions est évidemment lié à une autre œuvre, elle en constitue un complément mais fonctionne également de manière autonome. Le disque se suffit à lui-même et n’a pas besoin de son autre support narratif afin d’être pleinement apprécié, une volonté immuable de Big John et qui est ici ornée de réussite et d’intelligence. 


Cependant, les pistes conservent ce pouvoir évocateur nous faisant évidemment penser au cinéma. Ces dernières entretiennent un réel pouvoir de suggestion résultant immanquablement d’une volonté de ses auteurs. De plus, on observe une évolution stylistique insoupçonnée prenant place dans l’orientation de cette même musique. En effet, les trois artistes se sont dirigés vers un son plus lourd et distordu qu’à l’habituel. Cathedral est un album de Heavy Metal, une première pour la formation. Cette innovation ne traduit pas une décision sciemment prise mais plutôt un processus créatif allant naturellement dans ce sens. Ce sont précisément le roman graphique et sa direction narrative qui ont amené le projet à prendre cette forme. 


Une certaine nuance est toutefois à apporter. On ressent pendant toute l’écoute du disque une réelle démarche post-moderniste assumée. Entre l’héritage de John Carpenter, caractérisé par l’omniprésence des claviers, et l’influence tangible des travaux de composition cinématographique actuelle, il s’opère une fusion qui est à noter. On peut notamment penser au morceau Ferryman, dont l’introduction semble toute droite sortie d’un morceau écrit par Ludwig Göransson ayant comme mission d’habiller les scènes du Tenet de Christopher Nolan. Cette entreprise n’est pas forcée et exerce une mutation fort agréable à constater.

Sans non plus réinventer son art, Big John parvient une nouvelle fois à nous proposer une version altérée et novatrice de son adresse. À l’instar de sa carrière cinématographique, ce dernier, bien évidemment accompagné de ses deux fidèles compères, donne vie à une vision particulièrement établie et assurée. Cathedral constitue une nouvelle voie dans la musique de John Carpenter, un chemin qui se mêle à la littérature graphique et qui nous rappelle, de ce fait, les très grandes heures créatives de l’américain. 


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