Thee Marloes, la nouvelle sensation soul venue d’Indonésie

Ils sont trois, ils viennent de l’île de Java et pourraient bien devenir l’une des prochaines révélations de la scène soul internationale : voici Thee Marloes. Fin mai, le trio a dévoilé Di Hotel Malibu, son deuxième album, poursuivant avec élégance l’exploration d’un univers musical déjà esquissé sur Perak en 2024. Une soul raffinée, chaleureuse et profondément habitée, qui puise dans l’identité culturelle indonésienne tout en s’adressant au monde entier.

À l’origine, Thee Marloes n’était qu’un duo formé par Sinatrya « Raka » Dharaka à la guitare et Tommy Satwick à la batterie. Raka composait alors après le travail, sans ambition particulière. Sa rencontre avec Tommy donne une nouvelle impulsion à ses créations. Les deux musiciens découvrent rapidement des influences communes, du hip-hop américain au rock alternatif, et commencent à se produire en Indonésie puis à travers l’Asie du Sud-Est. En 2019, leur trajectoire croise celle de Natassya Sianturi. Séduits par sa voix et sa sensibilité musicale, ils l’invitent en studio. L’évidence s’impose rapidement : Thee Marloes devient un trio.

Avec Perak, leur premier album, le groupe pose les fondations de son identité sonore. On y découvre déjà ce qui fait aujourd’hui sa force : une écriture sincère, des arrangements minutieux et une capacité à faire beaucoup avec peu. La batterie de Tommy Satwick structure l’ensemble avec une précision remarquable, tandis que la guitare de Raka privilégie la délicatesse à la démonstration. Au-dessus de cet écrin, la voix de Natassya Sianturi apporte une douceur enveloppante qui devient rapidement la signature du groupe.

Une soul twistée à l’indonésienne

Mais ce qui distingue véritablement Thee Marloes, c’est son ancrage culturel. Le trio est originaire de Surabaya, grande métropole portuaire de l’est de Java. Surnommée la « Cité des Héros » pour son rôle dans la lutte pour l’indépendance de l’Indonésie, la ville est aussi un carrefour d’influences, ouverte sur les échanges et les métissages. Cette identité multiple irrigue la musique du groupe. Sans jamais tomber dans le folklore ou l’exotisme de façade, Thee Marloes revendique ses racines et les intègre naturellement à une esthétique soul universelle.

Comme Perak avant lui, Di Hotel Malibu alterne morceaux chantés en anglais et en indonésien. Un choix qui reflète parfaitement l’équilibre recherché par le groupe : s’adresser à un public international tout en faisant rayonner sa langue et sa culture. L’album s’ouvre d’ailleurs en anglais et s’achève en indonésien, comme pour symboliser ce dialogue permanent entre enracinement local et ouverture au monde.

L’amour dans tous ses états

Les titres en anglais explorent principalement les multiples visages de l’amour. L’amour idéalisé dans Under the Silver Moon et I’m Just a Girl, le coup de foudre dans What’s on Your Mind, la dépendance affective dans Crazy Eyes, l’amour fusionnel dans I’d Be Lost ou encore la séparation dans Through the Changes. D’autres morceaux élargissent le propos. The More évoque la résilience et l’espoir face aux difficultés de l’existence, tandis que 6 Years est plus autobiographique. Natassya Sianturi y raconte ses envies d’ailleurs, la lassitude d’un quotidien répétitif et son désir de consacrer pleinement sa vie à la musique.

Pour les auditeurs qui, comme moi, ne maîtrisent pas l’indonésien, une partie du sens des paroles échappe inévitablement. Pourtant, cela ne constitue jamais un obstacle. Au contraire. Cette distance linguistique recentre l’écoute sur l’essentiel : les mélodies, les textures sonores et les émotions.

Un groove aussi subtil qu’addictif

Car c’est sans doute là que réside la plus grande réussite de Di Hotel Malibu. Dès les premières secondes de Under the Silver Moon, l’auditeur est happé par un groove aussi subtil qu’addictif. La batterie installe une pulsation feutrée, la guitare déroule ses lignes avec une élégance discrète, les claviers apportent une chaleur diffuse et la voix de Natassya semble flotter au-dessus de l’ensemble avec grâce.

Derrière son apparente simplicité, l’album révèle un remarquable travail d’arrangement. Rien n’est superflu. Chaque instrument trouve sa place avec précision. On pense parfois à certaines productions soul des années 1970 pour la chaleur du son et le soin apporté aux détails, mais Thee Marloes s’approprie ces influences pour construire un langage qui lui appartient pleinement.

Un album précis et sincère

À mesure que les morceaux se succèdent, Di Hotel Malibu déploie une palette d’émotions d’une grande richesse. Désir, joie, impatience, mélancolie, tendresse ou apaisement : tout semble irriguer naturellement cette musique sans jamais tomber dans l’emphase. C’est précisément cette capacité à toucher juste qui rend l’album si attachant.

Dans une époque où les productions musicales tendent parfois à s’uniformiser, Thee Marloes réussit un équilibre rare : parler au monde entier sans jamais renoncer à son identité. Avec Di Hotel Malibu, le trio signe un album de soul particulièrement réussi, à la fois accessible, raffiné et profondément sincère. Une œuvre qui confirme tout le potentiel d’un groupe dont on n’a probablement pas fini d’entendre parler.

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