Rebelle, emo avec une teinte de douceur, the plushies de Clara Kimera convoque sans le nommer le gurokawa, cette esthétique japonaise qui marie le mignon et le grotesque, et s’impose comme l’un des projets les plus habités de 2026.

Objet transitionnel par excellence, la peluche est ce que l’enfant serre contre lui quand le monde devient trop grand. Elle garde les secrets et ne juge pas. Mais dans ses coutures, le doudou reste imprégné de l’empreinte de tout ce qui s’est joué autour de lui. Clara Kimera transforme ces énergies en univers sonores et visuels dont elle orchestre chaque détail. Le mignon devient alors une langue secrète, accessible à tous.
Coutures et cicatrices
Les doudous, aussi moelleux soient-ils, dissimulent dans leur rembourrage les blessures de l’enfance qu’aucun artifice ne peut tout à fait cicatriser. Dans l’univers de Kimera, la frontière est ténue entre la peluche hyper-mignonne et celle qui suscite un malaise diffus, presque inquiétant, c’est précisément la tension que le Japon a formalisée sous le nom de gurokawa : le grotesque enrobé de douceur. C’est aussi ce que traduit avec acuité le visuel de god complex, aux codes du film de vampires, des poupées aux grands yeux et aux visages d’extraterrestres envahissent l’espace mental de l’artiste. D’abord filtrée derrière une vitre teintée, l’ambiance creepy ne tarde pas à s’imposer, exhalant le parfum hybride du film mi-épouvante mi-romance qu’est Let the Right One In de Tomas Alfredson. Plus troublant encore, les objets inanimés semblent toujours graviter autour de la protagoniste, comme elle le chante, « the demons are friends », humanisant la créature névrosée, lui prêtant une palette d’émotions qui épouse les nouveaux codes du cinéma vampirique contemporain.
Battements de cœur
Le désarmement émotionnel est au cœur de the plushies. En enveloppant et en esthétisant les objets de l’enfance, Clara Kimera sonde finalement l’épicentre : ce temps où tout se joue sans nuance ni abstraction. Comme chez le médecin pour enfants, tout est simplifié, symbolique, et c’est là que le visuel de the plushies, they love you bro frappe une seconde fois. Son clip en stop-motion alterne entre poupée à son effigie et images réelles de l’artiste, créant une esthétique d’une cohérence saisissante. Pour citer une autre influence dans son écosystème, Doki Doki Literature Club est un jeu-vidéo japonais qui commence dans le kawaii pour mieux basculer dans l’horreur. Kimera procède de la même façon dans son titre doki doki. Ce dialogue entre la musique et ses références vient nourrir un univers habité qui se construit titre après titre.
Avec ce court EP, Clara Kimera soigne ses bobos en s’entourant de tout ce qui, un jour, avait du sens pour elle. Elle joue sur les interprétations, multiplie les propositions, et s’engouffre avec appétit dans une production aux visages multiples.