Une discussion avec Flowindz

A l’occasion de la sortie de son nouvel EP, nous avons rencontré Flowindz pour discuter de son processus créatif et de la place du live dans son projet.

Crédit photo : Thomas MG

LFB : Quand quelqu’un découvre Flowindz pour la première fois, qu’est-ce que tu aimerais qu’il ressente avant même de comprendre les morceaux ?

Flowindz : Dans l’idéal, ce que j’aime faire, c’est fournir un peu une BO de la vie des gens. C’est-à-dire transformer la perception qu’on peut avoir de la vie à travers les émotions que je peux transmettre avec ma musique. J’aime bien transmettre tout ce qui va être des émotions libératrices, qui permettent vraiment de sortir du quotidien alors qu’on est dans le quotidien. De partir loin dans les rêves, peu importe l’endroit. C’est un peu mon objectif.

LFB : Quand j’écoute tes morceaux, ça me donne parfois l’impression de traverser une ville de nuit entre quelque chose de très froid, mais aussi très vivant. Est-ce que tu vas composer d’abord des émotions, des images ou vraiment de la musique ?

Flowindz : En général, j’essaie de retranscrire une émotion que j’ai, par des accords. L’idée démarre généralement comme ça. Et ensuite, je construis tout au fur et à mesure.

LFB : Tu as une volonté de créer une image derrière quand même ?

Flowindz : Oui.

LFB : Je trouve qu’il y a souvent une forme d’obscurité dans tes projets, un peu de mélancolie, mais toujours traversée par lumière ou quelque chose d’assez positif. Comment tu arrives à trouver cet équilibre ?

Flowindz : Je compose aussi pour peut-être venir contrer ma propre mélancolie. C’est peut-être un peu tout le processus qu’on entend dans les morceaux. Donc au final, peut être qu’il en reste un peu mais qu’il en ressort de la lumière.

LFB : Donc tu utilises tes créations pour extérioriser tes sentiments ?

Flowindz : Ça se fait plutôt naturellement et je m’en rends compte après. Même si au fur et à mesure, ça devient finalement un besoin.

LFB : Quand on écoute tes morceaux, et le dernier EP notamment, on peut penser à des artistes comme Kavinsky ou The Toxic Avenger. Aujourd’hui, quelles sont tes influences ?

Flowindz : Je ne dirais pas que j’ai des influences directes. Pour moi, la créativité ce n’est que des influences. La créativité, c’est un regroupement d’une multitude d’influences de notre culture depuis qu’on est petit. Quand je compose, je pense très rarement à un seul ou à quelques artistes comme ça. Je dirais que c’est un résultat de tout ce que j’ai écouté depuis que je suis je suis petit. Donc il va avoir une grosse influence de Vitalic, de Kavinsky et de Daft Punk, et de M83.


LFB : Sur l’EP qui vient de sortir, il y a un titre qui a retenu mon attention, Shadows Fight. Je le trouve assez m                arquant parce qu’on a l’impression d’entendre deux phases, presque deux états émotionnels qui s’affrontent. Je me demandais si tu pouvais nous raconter comment ce titre est né ?

Flowindz : C’était un peu l’idée d’avoir justement deux phases. Une partie très sombre et une partie plus libératrice, plus ouverte. Je voulais avoir cette construction dans ce morceau. C’est vrai que dans la manière de composer, c’est un morceau qui est assez nouveau pour moi parce que ce ne sont pas du tout globalement les sonorités que j’ai pu utiliser avant. La voix aussi est travaillée de manière complètement différente. Et pareil, ce n’était pas forcément conscient. C’était un après-midi, je suis parti là-dedans et je suis allé à fond dedans. J’ai laissé 5-6 jours pour réfléchir à ce que ça pouvait donner.

LFB : Ce qui est assez intéressant, c’est qu’on a cette partie très sombre au début et ensuite la partie beaucoup plus lumineuse sur la fin. Mais je trouve qu’avant que ça bascule sur le lumineux, on sent un peu cette ambivalence où les deux cohabitent, même si l’obscurité prend le dessus.

Flowindz : Je suis content que ça ressorte, c’était l’idée.

LFB : Tu as commencé assez jeune à produire des morceaux. Est-ce que tu as l’impression d’avoir trouvé ton univers aujourd’hui ou est-ce que tu penses que tu es toujours en zone d’expérimentation ?

Flowindz : Je pense que même quand j’aurais trouvé mon « univers », je serais toujours en zone d’expérimentation. Parce que c’est aussi ça qui m’intéresse. Pour moi, ça doit toujours évoluer. Là je suis en pleine évolution aussi même si je pense que j’arrive à trouver maintenant quelque chose qui fait que les gens reconnaissent ma musique. Malgré l’évolution, je pense que c’est important de garder quand même un truc qui fait qu’on sait que c’est Flowindz. C’est ce que j’essaie de faire et peut-être que c’est de plus en plus marqué. 


LFB : Et ça serait quoi cette patte Flowindz aujourd’hui ?

Flowindz : Ça serait difficile à expliquer en dehors d’écouter les morceaux. J’ai du mal à mettre des mots dessus pour le coup.

LFB : Tu chantes sur tes morceaux d’accord. Ce qui reste assez rare dans cet univers électro un peu synthwave. À quel moment tu as compris que ta voix elle devait faire partie intégrante du projet ?

Flowindz : J’ai fait des instrumentales pendant au moins six ans. Et quand j’ai ajouté ma voix, c’est vrai que quand je faisais écouter à des gens tout de suite, c’était beaucoup plus compris. L’attention était beaucoup plus retenue, parce que ça me permettait de construire autour et d’avoir un instrument en plus que les gens aiment. Ça faisait tout. Il manque ça pour faire le tout Flowindz. A partir de là, quand j’ai commencé à avoir des retours sur mes instruments avec ma voix, je me suis dit que c’était bon, j’avais un tout. Et que c’était dans ce sens-là qu’il fallait continuer.

LFB : C’est quoi ton processus créatif finalement ? Est-ce que tu vas d’abord trouver ta voix ou tu produis avant ?

Flowindz : Ça dépend des morceaux. Il y en a où je commence par la voix et je construis ensuite. Je commence le plus souvent après la voix. Mais ça peut aussi être des accords d’abord. Je n’ai pas forcément de pattern défini. C’est en fonction de l’inspiration.

LFB : Tu as sorti un nouvel EP, 55. Qu’est-ce que ce format te permet artistiquement par rapport à un album ou à des singles isolés ? Pourquoi tu vas cibler le format EP ?

Flowindz : C’est vrai que j’avais envie de regrouper un petit peu ce que j’avais fait sur les deux dernières années. Ce que j’avais pu faire en live aussi. J’avais envie de de faire un projet construit de six tracks, parce que ça me permettait de vraiment faire un truc complet si on veut écouter et qu’on veut vraiment comprendre. Je trouvais que l’EP était un format intéressant pour ça et que c’était le moment de le faire après avoir sorti des singles pendant un certain temps.

LFB : Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui si on écoute cet EP, c’est ce qui définit le mieux ton projet ou est-ce qu’il faut prendre en compte aussi ceux d’avant ?

Flowindz : Il faut prendre en compte aussi ceux d’avant. Ca définit une période de mon projet. 


LFB : Tu as déjà sorti plusieurs EPs. Est-ce que tu penses un jour construire quelque chose de plus long, comme un album avec une narration globale ?

Flowindz : Oui clairement, mais je pense que j’ai encore du chemin à faire avant de faire ça. Mais c’est clairement aussi un objectif. 


LFB : Qu’est-ce qu’est-ce qui te manque aujourd’hui pour aller vers un album ?

Flowindz : Si je fais un album, en dehors du fait que ça représente une période de ma vie, j’ai envie d’avoir une construction artistique dédiée à l’album. Et ça, je ne l’ai pas encore pour l’instant. J’ai préféré travailler single par single pour voir aussi ce que les gens aimaient et comment ils réagissaient. L’album c’est le step au-dessus. Mais pour l’instant, je préfère faire au fur et à mesure plutôt que de faire un gros projet. Mais c’est c’est clairement un objectif.

LFB : J’ai l’impression que tu tiens beaucoup compte des retours que tu as de la part de ton public. Comment ça t’influence ?

Flowindz : Ça peut m’influencer. C’est une partie qui est forcément importante. Maintenant quand je compose, je n’y pense pas. Quand je fais la première idée, ce n’est pas du tout un truc qui est dans ma tête. Quand l’idée est bien construite, qu’elle n’est pas encore terminée, j’aime bien tester. J’aime bien que les gens participent aussi un petit peu. Ça peut aussi m’inspirer encore plus. Mais en tout cas, l’idée originale non. Je n’ai pas ça en tête. C’est vraiment pour exprimer une émotion.

LFB : Tu fais partie d’une génération d’artistes qui s’est beaucoup construite grâce aux réseaux sociaux. Aujourd’hui, est-ce que tu les vois davantage comme un terrain de création, un outil promo ou plutôt une obligation ?

Flowindz : Pour moi, c’est un outil de promotion comme les autres. J’ai essayé de m’en servir bien pour faire découvrir mon art comme n’importe quel autre outil de promotion. C’est vrai que j’ai longuement étudié le fonctionnement pour pouvoir l’utiliser. C’est un truc qui est assez fantastique quand on y pense. J’ai pu me créer une communauté.

LFB : Donc aujourd’hui, tu penses être plutôt à l’aise avec les réseaux sociaux et c’est quelque chose qui va te servir pour continuer à faire vivre ce projet ?

Flowindz : Je pense que c’est important pour être proche de sa communauté, oui parce que c’est les gens sont là aussi. C’est là qu’ils suivent.

LFB : Tes morceaux ont énormément circulé sur les réseaux sociaux, assez vite. Est-ce que cette exposition un peu rapide te met une forme de pression pour la suite ?

Flowindz : Non. Après, forcément quand il y a quelque chose comme ça qui se passe, on peut penser qu’on est un petit peu dépendant des réseaux sociaux aussi. Mais ce n’est pas un truc qui me met la pression parce que pour moi, ça représente ma communauté et je vais continuer à m’en servir. Les gens aiment ou non, c’est comme n’importe quel moyen de promotion finalement.

LFB : À côté de ça, tu as assuré les premières parties pour Ofenbach. Qu’est-ce que cette expérience t’as appris sur la scène et sur le niveau d’exigence du live ?

Flowindz : Déjà, c’étaient probablement les plus belles expériences de ma vie.  Parce qu’il y a vraiment une forte connexion avec le public. C’est vrai que quand on s’embarque là-dedans, on ne sait pas trop comment il va percevoir la chose, s’ils vont tous être sur leur téléphone, etc. Ce qui n’était pas du tout le cas. Donc j’étais super content. Et je me suis énormément entraîné avant en créant mon propre festival, en faisant des choses comme ça, je me suis entraîné à faire de la scène à être prêt à des conditions professionnelles. Du coup, c’était juste trop bien. Je suis content parce que tout s’est bien passé. J’ai fait beaucoup d’erreurs avant de faire les premières parties d’Ofenbach et je dirais que j’ai encore plein d’erreurs à faire.

LFB : Aujourd’hui tu as des projets live ?

Flowindz : J’ai un nouveau live que je suis en train de préparer. Et puis je vais organiser des dates au fur et à mesure.

LFB : Donc c’est important pour toi de faire vivre ta musique sur scène avec un public ?

Flowindz :  Oui, et je retravaille tous les morceaux. Je pense la chose assez différemment. J’adore faire ça. 


LFB : Tu travailles aussi une scénographie ?

Flowindz : Quand je peux, oui. Ça dépend aussi la technique, mais oui clairement. Pour moi, c’est hyper important aussi en live. Il y a une grosse attention portée là-dessus aussi.

LFB : Dans les prochaines années, quels sont les objectifs que tu aimerais remplir avec ce projet ?

Flowindz : Mon objectif est de faire ressentir l’émotion au plus grand nombre. C’est vraiment ça. Que ce soit par le live par les réseaux sociaux. Peu importe le moyen finalement. C’est vraiment ça mon objectif principal, et ça l’a toujours été. Et puis faire évoluer aussi mon contenu visuellement en faisant des clips et puis en peaufinant au fur et à mesure tous les aspects.

Ecouter 55 :

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