Quelques jours après la sortie de leur premier EP Worthy, Coal Noir nous a accordé de son temps pour s’entretenir avec nous. La jeune bande parisienne, composée de Léa (chant, guitare), Chana (batterie) et James (guitare) nous dévoile tout sur son parcours, leurs convictions et leur esthétique musicale. On les retrouvera également le samedi 29 mai lors de leur release party à la Mécanique Ondulatoire aux côtés de Bambi et Elettel Teli ! Au programme de cette interview : féminisme, mélodies, imposteur et Rock en Seine

La Face B : Comment allez-vous ?
Léa : Bah écoute, ça va ! On est saoulés par le thé au jasmin, c’est la grosse night.
Chana : C’est ça le rock !
La Face B : D’où vient le nom de votre groupe ?
Léa : On a fait un brainstorming. On cherchait des mots en rapport avec la texture du son. On voulait un truc un peu abrasif, aussi un truc un peu gluant et qui tâche. On était tous d’accord sur une texture noir. Et puis en fait, on s’est dit, Charbon Noir fait film noir
Chana : Je trouve le charbon intéressant, parce que c’est du bois, entre guillemets, qui a déjà cramé, mais en même temps, c’est aussi un départ de feu. Ca se réveille et ça s’éteint, assez fun, assez intéressant.
La Face B : On peut confondre avec connard aussi…
Chana : On nous l’a déjà dit. C’est là où tu te demandes si t’as fait le bon choix de nom..
La Face B : Le groupe a déjà beaucoup évolué et il ne reste plus que toi, Chana, qui était là depuis sa création. Comment s’est créé le groupe et pourquoi a-t-il aussi autant évolué ?
Chana : Le groupe s’est composé sur les quais de Seine, vers le Petit Bain, en train de prendre un verre. Mon copain m’a présenté une fille qui s’appelle Margaux et m’a dit « Chana, tu viens de commencer la batterie. Margaux, tu viens de commencer la basse : faîtes un groupe ensemble !. » On s’est regardées, on s’est dit « Let’s go !. On va être naze, mais on tente le truc. » Pur esprit Riot Grrrl, quoi. On s’est retrouvées en studio, on était en mode « Mais qu’est-ce qu’on est censé faire ? » Il y a notre ancien guitariste Nicolas qui nous a rejoint aussi plus tard et qui a un peu drivé le truc. Ensuite, il y a eu plusieurs chanteuses qui sont passées avant qu’on ait Léa. On l’a trouvée sur Facebook, sur Musiciens de Paris. Comme quoi, ça marche sur Internet, c’est pas que pour les boomers. James est arrivé ensuite. Je pense qu’on cherchait déjà notre style aussi (rires). Ensuite, Margaux a eu un enfant et on est hyper contents. Elle voulait à la base rester dans le groupe et on avait arrangé les choses pour que ça se passe ainsi. Malheureusement, un groupe, c’est beaucoup de boulot, beaucoup de pression, C’était devenu trop compliqué de gérer les deux à la fois.
En tant que jeune groupe, on collaborait avec des gens qui voulaient bien aussi bosser avec nous. On a affirmé aussi l’identité où on voulait aller, le style qu’on voulait avoir, la façon dont on voulait travailler. C’est comme ça qu’au fur et à mesure, on a trouvé les bonnes personnes.
La Face B : Clairement, vous venez tous du monde amateur ?
James : J’étais dans un groupe qui s’appelle Sadie and the Ladies aux Etats-Unis. avant la Covid. Puis j’ai joué dans un groupe de sludge, stoner, rock et metal.. On avait quelques chansons intéressantes mais c’était pas quelque chose de profond.
La Face B : Ça fait combien de temps que vous êtes vraiment ensemble, maintenant ?
Chana : Plus d’un an ?
Léa : Ouais, c’était en octobre 2022 que James est entré officiellement dans le groupe.
La Face B : Du coup, qu’a apporté l’arrivée de Léa et de James dès leur arrivée dans le groupe ?
Chana : Déjà, leur patte et leur expérience, je dirais. James a quand même un très bon niveau de musique avec une bonne expérience pour la composition. Je pense que c’était intéressant d’avoir sa patte peut-être un peu plus rock grungy, un peu old school, un peu plus américaine aussi. C’était intéressant. Et Léa, Léa n’en a pas parlé, mais c’était une petite star sur TikTok, quand même. On a chopé son expérience aussi des réseaux sociaux. Avant que Léa arrive, on écrivait des chansons qui étaient très personnelles et qui parlaient beaucoup de nos ressentis et de ce qu’on vivait en tant que femmes. Léa a apporté un côté un peu plus militant où elle a voulu insuffler des côtés aussi un peu plus politiques. Évidemment, on était hyper contents de ça. Et donc, c’est toujours sous un axe émotion. On a besoin d’exprimer ça sous cet ordre lâ, mais avec des sujets qui sont peut-être moins personnels et plus globaux et mondialisés. Puis sa voix est une empreinte maintenant qui marque le groupe et qui la rend indissociable.
La Face B : Maintenant qu’on a fini de vous présenter, comment vous sentiez-vous après la sortie de votre premier EP ?
Léa : C’est un truc énorme parce qu’on avait seulement Who Can Say ? sur les plateformes. Comme c’est dans une compilation, on était moins impliqués dans la sortie. Là, ça fait des mois et des mois qu’on prépare le truc, on a fait l’enregistrement qui était très pro, on a fait un clip, on a fait tellement de choses. Quand tout est sorti, c’était vraiment incroyable. Je suis trop contente des premiers retours qu’on a. C’est hyper touchant. C’est aussi hyper touchant de voir notre nombre d’auditeurs grandir, c’est trop émouvant. Pouvoir parler des chansons plus dans le texte aussi, c’est intéressant, parce que faire que du live, c’est super. Mais on n’échange pas trop avec les gens sur le contenu des chansons, vraiment sur les textes, sur la composition un peu plus finement. On échange plutôt sur l’ambiance générale du concert et la présence scénique. Mais là, je suis trop heureuse de pouvoir discuter de ça.
Chana : C’est un travail de malade mental. On a tout fait nous-mêmes, sauf l’enregistrement, où on est passé par quelqu’un, et le mixage aussi. On a voulu choisir les gens avec qui on collaborait. C’est la première fois, on est débutants dans ça. On a tout appris sur le tas par nous-mêmes. On a peut-être fait des erreurs, ou peut-être pas, on n’en sait rien. On le verra plus tard ! En tout cas, on a fait ça sans personne pour nous soutenir. On a la chance aussi, je pense, d’être bien entourés avec des gens qui nous veulent du bien, et qui nous ont conseillés et aidés quand il le fallait. Ils nous ont partagés leurs tips, leurs conseils. Pour des purs débutants dans le lancement d’un EP, c’était hyper important aussi d’avoir des gens de confiance qui nous veulent du bien.

La Face B : Pourquoi avez-vous appris le titre de ce morceau pour le titre de l’EP, et que symbolise ce mot Worthy pour vous ?
Léa : C’est la seule chanson sur l’EP dont le texte même parle de musique et du processus créatif. Donc on s’est dit « trop bien » si le nom de l’EP symbolise qu’on est prêts à sortir de la musique, et qu’on est fiers de ce qu’on a sorti, et qu’on le vaut bien. C’est un bon symbole, alors let’s go !
La Face B : Worthy évoque le syndrome de l’imposteur, c’est osé qu’un jeune groupe parle de ça, comme s’il ne se sentait pas légitime de s’investir dans le monde musical…
Chana : C’est un peu le cas. Certaines personnes nous l’ont dit. Surtout en tant que femmes, on a d’autant plus besoin de faire ses preuves, et de faire sa place. On a déjà eu des remarques que si nous sommes sont sur scène, c’est parce que nous sommes des meufs. Peut-être que c’était le cas, peut-être que non, en tout cas, même si c’était le cas, je pense qu’on a toujours essayé de tout faire pour mériter notre place et prouver qu’on la méritait. C’est donc aussi un moyen de nous rassurer nous-mêmes. On est des débutants, on n’est pas des professionnels, c’est clair et net ! On est des indépendants, mais tout ce qu’on fait, tout ce qu’on produit, on en est fiers, et on pense qu’on a le droit de faire de la musique, et qu’on mérite de faire de la musique.
James : Oui, on mérite d’avoir notre opportunité. Cet EP-là est le terre pour nous. On va pousser contre des plantes, on va trouver notre rythme, on va trouver le genre, notre influence, pour avancer toujours. C’est all up from here.
La Face B : Pensez-vous être guéris de ce syndrome de l’imposteur ?
Léa : Cela dépend sur quoi. Je me sens très fière d’avoir réussi à sortir un EP sur une plateforme après toutes ces années où je fais de la musique. Je suis vraiment 100% fière, car il reflète notre groupe. Après, il y a plein d’autres choses. La chanson parle un peu du syndrome de l’imposteur dans les skills musicaux, donc je parle de quelqu’un qui a l’oreille absolue par exemple. Moi, je n’ai pas du tout l’oreille absolue, et je ne pense pas que je l’aurais. C’est à la fois à moi de travailler, et aussi à moi d’accepter, mes capacités elles sont ce qu’elles sont. C’est là que le groupe intervient car il corrige les défauts, parce que tout le monde est complémentaire.
Chana : Mais bien sûr. C’est vrai que moi j’aurais toujours tendance à me comparer, parce que je suis une jeune batteuse. Il y a plein de choses que je ne sais pas faire, et que j’aimerais faire. Il faut prendre ça comme une force aussi, et se dire que toutes ces lacunes, il faut les bosser, et pas se reposer sur ses acquis. Donner d’autant plus, bosser d’autant plus, prouver d’autant plus sans que ça devienne toxique. Il faut en faire une force, et avancer pour se démarquer.
La Face B : Vous abordez aussi des sujets sérieux sur chacun des titres de l’EP. Avec Who Can Say ?, vous parlez des violences faites aux femmes. Coal Noir s’empare-t-il de la musique comme un moyen d’activisme ?
Léa : J’espère, c’est tellement important. Chaque personne, même nous, avec notre petite audience et notre petite plateforme sur scène, c’est hyper important qu’on utilise le moment où on a le micro, pour dire des choses importantes. On est un groupe majoritairement féminin. Who Can Say, c’est une chanson sur un truc très personnel avec une expérience personnelle que j’ai vécue. Le titre parle du slut-shaming, c’est des violences plutôt verbales et psychologiques, mais c’est des violences quand même. Il faut en parler. Pas mal de personnes peuvent se reconnaître dans les paroles et dans l’histoire qu’elle raconte. Le fait d’en faire une chanson pas triste mais plutôt rageuse, ça fait du bien. La musique punk et grunge permet de transformer des sentiments d’oppression et des violences qu’on subit en colère, mais en colère qui se dansent et qui se célèbrent ensemble.
La Face B : Il y a effectivement beaucoup de rage dans votre musique, à chaque fois, ça explose.
Chana : C’est clairement un exutoire. Quand je disais qu’on avait besoin de relier ça à une question d’émotion, c’est exactement ça. C’est qu’est-ce que nous procure ces injustices, comment on vit. On essaie de faire avec aussi beaucoup de sincérité car c’est un peu facile de dire il faut être féministe, le sexisme, ce n’est pas bien etc.. Mais je pense que toute personne normale devrait le faire, déjà de base, et réfléchir à qu’est-ce que nous on peut ramener aussi de façon différente dessus. Nos réactions, nos sentiments, comment on vit, ça c’est personnel. Il n’y a personne d’autre que nous qui pourrait le faire. Et nos failles aussi, on est très loin d’être parfait, on essaye de s’améliorer. C’est important aussi, on a besoin de cette sincérité par rapport à tout ça. On est féministes, mais on n’est pas des féministes parfaites. On essaye d’aller de mieux en mieux, de faire de mieux, mais on fait peut-être des erreurs, ce n’est pas grave, et il faut cette honnêteté et cette sincérité aussi par rapport à ça.
La Face B : Sur l’EP, il y a Nova, qui est peut-être l’une des plus belles chansons que vous avez créées, et la plus vieille…
Chana : Je l’avais l’avais écrite à un moment où j’étais un peu en burn-out social et personnel. Je ressentais trop de pression. J’avais l’impression d’être sollicitée de partout, sans que personne ne prenait soin de ce que je ressentais à ce moment-là. J’avais l’impression de tout canaliser, de tout prendre sur moi. Et j’avais l’impression que le jour où ça allait exploser, ça allait être une tempête absolue. Etant une grande fan d’astronomie, et notamment de la thématique de l’espace, parce que j’ai une peur infinie du vide, je canalise ça avec ma passion de l’infini. J’avais envie de comparer ça à une supernova, où c’est la mort d’une étoile, où ça va être ces derniers instants de brillance avant de devenir un trou noir. C’était vraiment le sentiment que je ressentais à ce moment-là de tout donner jusqu’à j’allais m’éteindre.
La Face B : Enfin, il y a aussi Blind Me, qui est le quatrième morceau et qui s’inspire de Niagara !
Léa : La chanson existait avant que j’arrive,. Il y avait juste une petite mélodie et il y avait le mot eyes dans le refrain. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à la chanson J’ai vu de Niagara. Ce morceau parle du sentiment d’impuissance face aux choses atroces qui se passent dans le monde. On scrolle et on a l’impression qu’on peut rien faire alors que on est hyper révoltés. Les couplets sont assez énervés, dénoncent tout ce qui se passe d’horrible comme certains ministres qui peuvent avoir des affaires de violences sexuelles aux fesses par exemple. Je ne citerai pas de nom pour ne pas avoir de problème légaux ! Par contre, les refrains sont plus dans l’émotion mélancolique de se sentir impuissant face à ça. Que faire à part ressentir des désespoirs et écrire des chansons ? On a écrit la chanson déjà, c’est pas mal.
Chana : Tous les morceaux peuvent être vus par n’importe qui à n’importe quel moment. Même si on ne le vit plus comme ça actuellement, ça peut parler à n’importe qui car on n’est pas les seuls à vivre ça. On les a écrits dans un instant mais ces sentiments restent totalement universels.
La Face B : Et qui écrit les morceaux dans le groupe ?
Chana : C’est majoritairement Léa maintenant même si j’aime bien écrire aussi un peu, donc des fois je m’amuse.
La Face B : Léa, tu ne préfères pas écrire les textes en français pour ensuite chanter en français ?
Léa : Oula ! J’ai d’autres projets où j’écris en français, mais je trouve ça tellement difficile. C’est un autre travail pour moi. Avec l’anglais, on peut être vachement focalisé sur la mélodie. C’est une langue qui est plus facile à adapter en verbe. Tu as moins besoin d’articuler et de précision dans ce que tu dis. Il y a beaucoup plus de choses qui peuvent être dites par une seule phrase qui peuvent avoir plein de sens, alors que le français est plus précis.
La Face B : Dans vos quatre morceaux, il y a ce mélange de rage qu’on a déjà dit qui pointe ce côté fou et sombre de ce monde et ces mélodies qui apportent ce côté bienveillant que vous voulez partager. Derrière cette musique se cache-t-il de jeunes musiciens remplis d’espoir et de naïveté, là où le post-punk actuel vise le chaos ?
Chana : Mon père, qui est un très grand amateur de musique, m’a toujours dit, et me répète depuis que je suis gamine : « s’il n’y a pas de mélodie, ce n’est pas de la musique. ». On n’a pas du tout la même vision de ce qu’est la mélodie. Lui, il va parler en termes classiques et musique française. Mais je suis assez d’accord sur certains points. Pour qu’on retienne un morceau et qu’est-ce qui va le faire chanter le morceau, ça va être quand même à 99% la mélodie. Je pense que même en tant que DJ, je vois qu’est-ce qui fait réagir les gens : les faire chanter et s’unir. C’est un des plus beaux trucs qui peut arriver. Et oui, 99% du temps, ça va être la mélodie et pas un beat.

Léa : Je ne viens pas du tout du post-punk à la base. Mes parents en écoutent énormément et j’en ai écouté toute ma vie. Quand je suis arrivée dans le groupe à l’époque, ce que j’écoutais le plus, c’était de la K-pop. La K-pop, c’est un peu le paroxysme de la mélodie vu que je ne comprends rien à ce qu’ils disent. Je ne retiens que les mélodies. C’est un peu comme ça que je travaille aussi.
La Face B : Tu penses pouvoir aussi réaliser des chorégraphies sur scène ?
Léa : J’aimerais bien. Peut-être pas des chorégraphies, je pense que ça ne m’irait pas, mais de plus en plus, j’aimerais bien. J’adore bouger sur scène, danser avec les gens et je pense que c’est notre but quand on compose des chansons. Si le public a dansé, c’est qu’on a réussi !
La Face B : N’est-ce pas le début de l’ère du pop grunge qui définit votre style musical ?
Chana : Grunge pop, plutôt ? On en reparlera dans deux ans !
Léa : Il y a un gros revival pop punk. Ce n’est pas trop ce que j’aime en terme musical. Quelque part, les grands morceaux de grunge connus avaient de magnifiques mélodies. On essaie de s’inscrire un peu dans cette vague.
La Face B : Justement, quelles ont été vos influences à chacun sur cette EP ?
Léa : Pour les parties du chant, il y a quand même pas mal de chanteuses comme Courtney Love. Elle a vraiment un grain de voix qui est exceptionnel dans les graves, Shirley Manson de Garbage, aussi. Très beau phrasé, elle peut faire des trucs hyper mélodiques et très sombres. Enfin Fontaines D.C. que Chana m’a fait découvrir. Je me rappelle d’avoir vraiment pris son espèce de phrasé nasillard qui n’est pas du tout ce que j’aimerais faire de base. Mais ça m’a pas mal influencée pour chanter des textes plus longs avec plus de puissance et un flow différent.
Chana : J’ai envie de citer deux groupes. CIEL qui, justement, dans ce côté un peu grungy, et avec des mélodies cool et intéressantes, et une production un peu plus moderne. On est tellement fan qu’on avait fait du forcing pour jouer avec eux au Supersonic, et que je les trouve superbes. Mannequin Pussy aussi avec sa capacité de faire des musiques sincères, désespérées, et en même temps du gros punk bien bien bien vénère, je trouve ça hyper cool. Donc ouais, moi je pense que c’était un peu ce que j’avais envie de faire sur cet EP.
James : Je n’ai pas trop composé de chansons de ce côté-là, c’était du matériau d’un groupe avant.
La Face B : Mais tu as quand même participé à l’élaboration de Worthy ?
James : Oui, avec toutes les guitares que j’ai fait, c’est plutôt en fait surf. Moi, j’utilise Spring Reveil, et il y a un côté de ça. Mais je n’ai pas de groupe en fait qui m’a influencé quand j’ai travaillé sur cet EP. Peut être Agent Orange ?

La Face B : Pensez-vous qu’un groupe composé majoritairement de musiciennes…
Chana et Léa : 100% féminin ! (rires)
La Face B : …est un frein pour la réussite que cela a dans le rock et/ou dans le milieu musical ?
Chana : Oui et non. Je dirais qu’il y aura toujours une appréhension de pourquoi les gens nous aident et est-ce que c’est pour les bonnes raisons. A côté de ça, le public a une vraie envie de voir des choses différentes actuellement sur scène. Je ne dis pas que les femmes apportent quelque chose de différent, mais ça provoque forcément des réactions différentes. Parce qu’on ne pourra jamais cacher le fait qu’on est des nanas ou même que nous faisons ce genre de choses. Ce n’est pas le but non plus. Donc je pense qu’on est arrivé dans un moment intéressant où les musiciennes commencent à être reconnues de façon plus visible et plus nombreuse, avec beaucoup d’entraide.
La Face B : Vous pensez donc vous s’inscrire dans ce mouvement de jeunes groupes féminins remuants comme Pythies ou Grandma’s Ashes ?
Léa : Il s’agit même de groupes que l’on connait personnellement qu’on admire. Je les adore. Leur carrière est très inspirante. On les croise dans des événements et à connaître davantage de musiciennes. Ça nous encourage à faire comme eux car l’entraide est vraiment inspirante. C’est vrai que nous, par rapport à d’autres groupes, je pense à BTS, notamment, nous n’avons jamais subi de sexisme frontal. Peut-être un commentaire à la fin des concerts où la personne n’avait pas retenu grand-chose du groupe, si ce n’est qu’il y avait des filles. On reste vigilantes. Surtout, ce qui est important, pour nous, c’était de ne pas essentialiser notre présence en tant que femmes, parce que ce n’est pas le but du tout. On fait de la musique, comme tout le monde.
La Face B : Vous avez choisi Fred Lefranc pour produire votre premier EP. Qu’est-ce qu’il a apporté à votre musique ?
Chana : L’histoire est rigolote, parce qu’on avait fait un concert au Pop-Up et il y a un gars qui est venu sur la cité nous rejoindre à la fin en disant « Les meufs, je sais avec qui il faut que vous bossiez ! J’ai vu que vous n’avez jamais enregistré, il faut que vous bossiez avec tel mec ! » On a dit « Oulala, ok d’accord !» Et il nous a transmis le contact : Fred Lefranc du Studio Bruit d’Avril. Il nous a envoyé un message le lendemain.
Léa : Franchement, Fred, c’est quelqu’un que je vois vachement comme un peu un mentor sur plein d’aspects. Qu’on discute de musique en général, de ce qu’il aime ou pas, on n’est pas souvent d’accord sur tout. Justement, c’est ça qui est intéressant. Une fois au studio, il a vraiment apporté quelque chose d’assez gros quand même au projet. Il est venu avec plein d’idées, il nous a proposé des arrangements dans les chansons qui nous ont plu. Il était de base convaincu par la version live notamment pour Worthy. Il a apporté à la version studio des effets de voix qu’il a composé. On a vachement pu discuter, travailler les mixs. Je sais que pour la voix, il est venu avec des idées de phrasé un peu différentes ou même des idées de changement léger de la mélodie que j’ai testé ou non, que j’ai apprécié ou non mais c’était toujours pertinent. Pour une première expérience pro dans un studio, c’est incroyable d’avoir quelqu’un qui nous pousse à ce point là. Il croit dans le projet alors qu’on est un tout petit groupe alors qu’il a l’occasion de travailler avec des groupes plus important et de faire des grosses tournées.
Chana : Le tout premier enregistrement, c’était quand même sur une compil. Il voulait bosser justement avec certains groupes qui n’avaient pas forcément les moyens d’enregistrer immédiatement. Donc il nous avait carrément proposé d’enregistrer un titre gratuitement sur la compilation Bruit d’Avril avec des groupes vraiment trop cools. C’était la première fois qu’on a pu faire quelque chose d’aussi pro et se lancer comme ça. Donc il nous a vraiment mis un pied à l’étrier tandis que lui a fait une perte financière pour nous donner justement cette opportunité d’enregistrer et d’être présent sur les plateformes. C’est quand même une chance de fou que tout le monde ne l’a pas. Merci à lui !
La Face B : Vous avez beaucoup joué en live pendant trois ans avant de sortir l’EP. Quel groupe avec qui vous avez joué a été une influence ?
Chana : Bah Ciel hein !
Léa : C’était tellement une fierté de jouer avec Ciel. Ah ouais ça c’était dingo quand même ! Être en première partie d’un groupe que j’aime autant c’est une dinguerie en fait.
Chana : Mannequin Death Squad ! Incroyable ! Deux australiens qui sont juste mais d’une beauté à couper le souffle. Hyper punk et qui sont des hardcore sur leurs instruments avec pareil un côté un peu pop punk en vrai plus vénère et ils sont juste mais impressionnants sur scène. Des musiciens incroyables en plus sans doute les gens les plus gentils que j’ai rencontrés de ma vie.
James : Moi j’ai kiffé Thalia car c’était très impressionnant avec la guitare la basse et la batterie. C’était vraiment le punk californien. Leur son c’est vraiment un punk plutôt pas classique mais ça me choquait c’était quelque chose que je n’avais jamais entendu en France
Léa : Pas sur le son mais sur l’attitude de scène, j’ai envie de citer Télépagaille, c’est vraiment mes chouchous. Ils nous ont invité à jouer pour notre première Mécanique Ondulatoire. Ce sont musicalement hyper carrés et tellement funs sur scène ! Quand j’ai vu cette énergie, ils m’ont inspiré. Ils ont beaucoup d’humour aussi ! On a d’ailleurs des chansons humoristiques qu’on n’a pas mis sur l’EP. On le fera plus plus tard !

La Face B : Justement, quid de l’après EP ? Parce que vous avez forcément plus de quatre titres en stock..
Chana : On n’avait pas la thune de faire plus et puis c’est pas mal pour commencer ! Déjà le boulot de faire un EP… Réaliser un album direct, pour moi c’est insurmontable.
La Face B : Pourquoi avoir choisi ces quatre morceaux alors ?
Léa : On a pas mal réfléchi avec Fred sur lesquels. On lui a fait écouter 6 ou 7 morceaux qu’on trouvait plutôt aboutis pour enregistrer. A l’époque, on avait d’autres morceaux qu’on aimait bien mais on ne les avait pas assez joués en live, pas assez éprouvés. Fred nous a un peu aidé à défricher ce que lui trouvait bien. C’était bien d’avoir un œil extérieur parce qu’on les a tellement joués qu’on n’arrivait plus à être objectifs.
La Face B : En terme d’influence politique, est-ce que la musique n’est pas un moment pour vous de faire parler de vos engagements dans la société ?
Léa : Carrément ! Encore, je pourrais faire 10 fois pire ! (rires) Il y a une chanson que vous pourriez entendre sur scène le 29 mars qui parle de nazis dans un bar. Ca m’a tellement choqué parce qu’on s’est sentis en danger et on a dû partir du bar. C’est incroyable de se sentir en 2024 menacée par des nazis en plein Paris. La chanson est pour le coup là super triste mais c’est il y a une vraie montée du fasciste en ce moment partout dans le monde et c’est important d’en parler dans notre chanson. On parle de ce qu’on vit et comme on vit en militant. On essaye d’être en accord avec nos valeurs forcément et nos expériences. Elles se retrouvent dans la musique. Avec mon micro, j’ai une voix plus forte que les autres donc je vais l’utiliser pour faire passer des messages/
La Face B : Vous réalisez vos premières interviews actuellement, je vous propose l’interview Toute Première Fois. Quel a été votre premier concert ensemble ?
Léa : C’était au Truskel le 26 novembre 2022 voilà.
La Face B : Quelle a été votre première expérience à 4 ?
Chana : Avec James, c’était à la Mécanique Ondulatoire.
Léa : Le 12 décembre 2023
Chana : Mais comment tu fais pour retenir les dates ?
La Face B : Quel a été votre premier titre écrit ?
Chana : C’était une chanson sans eux justement qui s’appelait Psycho, une chanson qu’on avait écrite. Elle parlait d’une fille qui voyait son ex dans un bar et qui se sentait hyper traumatisée et totalement bourrée. Elle projetait la haine qu’elle avait contre lui et contre elle-même sur les autres. Le titre exprimait un peu cette ambiguïté qu’on pouvait avoir en tant que femme où on est très loin d’être parfaite et il faut progresser. Il s’agit des émotions de femme et d’homme qui vivent des choses un peu difficiles.
La Face B : Quel a été votre premier compliment reçu après un concert ?
Léa : Je me rappelle qu’on nous avait dit qu’on sonnait comme Sonic Youth. Je l’ai grave bien pris !
La Face B : Quel a été votre premier concert raté?
Léa : Notre premier Cirque Electrique (Paris XXe) qu’on a fait en mai 2023. On n’a pas fait de balance et il n’y avait pas grand monde dans la salle à part nos potes. Il y en a eu plein de problèmes techniques, c’était horrible je me suis faite insulter par un mec au bar. C’était vraiment un désastre c’était horrible, on ne va pas se mentir.
La Face B : Qui est l’auteur de votre première pochette ?
Léa : Aaah Trembling Heads ! C’est un photographe qu’on a rencontré avec James à la Mécanique Ondulatoire au concert de Pythies. Il nous a pris en photo tous les deux en train de pogoter. Incroyable. On a vu son travail : c’est tellement talentueux : il a la capacité de saisir des moments et d’avoir sa propre patte esthétique.
Chana : Il peut transformer une soirée d’entreprise en rave punk des années 80. Il a un œil pour choper les moments c’est un truc de fou. C’était l’esthétique qu’on voulait renvoyer et cette pochette dont est trop fiers.
La Face B : Qui est ce premier chat sur la pochette ?
Léa: Je pensais à JiJi le chat de James
James : Je pensais à Miles, le tien Léa.
Léa : Anecdote drôle ! Je me suis rappelée de l’existence de James. Je le suivais sur Insta. On s’était rencontrés au Supersonic. Puis on s’était carrément perdus de vu. Je me suis rappelée de son existence grâce au chat ! Je lui ai proposé de venir dans le groupe parce qu’il a adopté Jiji. J’avais vu toutes ses stories de chats et moi je voulais aussi un chat noir. C’est donc grâce à JiJi que je me suis rappelée que tu faisais de la musique !
La Face B : Pour finir, vous avez décidé de réaliser votre première release-party à La Mécanique Ondulatoire. Comment se vit un live de Coal Noir ?

Léa : On a trop hâte parce qu’on n’est pas monté sur scène depuis octobre 2024. On a fait une trentaine de concerts en deux ans. Là je t’avoue , on veut grave y aller. En plus, on a un set qui est vraiment nouveau parce que plus la moitié du précédent set a été modifié. Le concert se vit aussi visuellement. On essaie de faire des petits thèmes à chaque fois sur comment on s’habille. C’est fun ! On a fait thème cuir, thème plante mais aussi léopard enfin bref tout est possible ! Ensuite, pour le son, on réalise une petite montée et une fois que ça démarre, on veut que les gens dansent avec des moments pogos ! Je parle beaucoup avec le public pour expliquer les chansons. On a un petit rituel que j’appelle la chanson des connards avec Who Can Say : là je demande s’il y a des connards dans la salle il y a toujours au moins une personne qui se désigne c’est un peu drôle ! On a aussi des petits moments de reprise et on essaie de faire chanter les gens. Et on prépare une petite surprise !
La Face B : Et pour la première fois, vous êtes headliner de la soirée car les gens viennent principalement pour vous !
Chana : Non ! Il y aura aussi deux groupes exceptionnels Elettel Teli et Bambi. Ce sont des amis et je pense que c’était important de vivre ce moment qui est fort pour nous mais c’est aussi important d’être accompagné de gens qu’on aime et avec qui on a envie de faire de la musique. Bambi ont ce côté très garage punk. Elettel Teli ont une sensibilité de fou furieux. La combinaison de ce qu’on essaie de faire donc c’était genre parfait trop content de partager la fiche avec eux
La Face B : Vous avez d’autres dates de prévues ?
Léa : On a une date à Lille fin juin pour l’instant et sinon on est sur la préparation d’autres dates hors Paris !
La Face B : De quel groupe aimeriez-vous être la première partie ?
Chana : Mannequin Pussy !
Léa : Je voulais faire les Lambrini Girls mais voilà…Ah si ! Je veux grave être en première partie de Zaho De Sagazan. Ca matcherait bien !
La Face B : Et si vous avez la possibilité de jouer une collaboration avec un autre artiste, qui serait-ce ?
Chana : Bah Fontaines D.C. : let’s go !
Léa : J’aimerais trop faire un truc avec Florence & The Machines même si elle fait toujours des collabs qui sont mid. Ou sinon n’importe quel artiste produit par James Ford.
James : Un truc hip hop … Avril Lavigne (rires)
La Face B : Comme Coal Noir vient des nuits parisiennes, que fait les membres de Coal Noir ce vendredi soir ? (ndlr : moment où a été réalisé l’interview)
Chana : Moi, je vais mixer !
Léa : Moi, sûrement en manif
James : Je vais aller me péter la gueule car c’est mon anniversaire !
La Face B : Que peut-on vous souhaiter par la suite ?
Léa : De devenir des industry plants
Chana : Oui ! (rires)
James : Non ! On ne peut pas à la base si on n’avait pas de logo. On ne peut pas être des industry plans si on n’avait pas de l’argent
Chana : Sérieusement, je serais hyper heureuse le jour où on joue à Rock en Seine à 15h un dimanche avec trois pecnots en gueule de bois en mode rien à foutre. Je ne sais pas pourquoi j’ai cet objectif, c’est ça que je veux !
James : Sinon Coal Noir à la Boule Noire ! (rires)
La Face B : Merci pour l’interview
Coal Noir : Merci à toi !
Crédit photo ©Lylou Le Van
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