Chroniques

Fondamentaux #2 : Alain Bashung - Fantaisie militaire

Artiste
Alain Bashung
Album
Fantaisie militaire
Label
Barclay
Sortie
6 janvier 1998
© ARPAJOU/SIPA

Il y a des albums qu'on écoute, et ceux qui font partie de nous. Avec Fondamentaux, on vous raconte ces disques et ce qui les rend, encore aujourd'hui incontournables à nos yeux. C'est au mythique Fantaisie militaire d'Alain Bashung, que la rédaction rend hommage.

 

On voit Alain Bashung allongé à la surface d’une eau sombre et verdâtre. Son visage et une partie de son corps sont visibles, tandis que des lentilles d’eau recouvrent la surface autour de lui. L’image est sombre, calme et mystérieuse.
La pochette de Fantaisie militaire s’inspire notamment du poème « Le Dormeur du val » d’Arthur Rimbaud et du tableau « Ophélie » de John Everett Millais, en représentant Alain Bashung flottant dans une eau sombre entourée de lentilles d’eau.


Un été 2019, la radio d'une maison de campagne capte fastidieusement France Inter. La voix d'Alain Bashung s'échappe du poste. Dans une émission consacrée à la genèse de son album Fantaisie militaire, l'artiste confie : « Pour moi, faire un disque, cela peut aussi être un acte de violence (...) canalisée. » Cette révélation lui vient d'une image qui l'obsède. À la télévision, un militaire déchire son béret en pleurant, pendant le génocide au Rwanda. Comment un soldat entraîné à garder son calme peut-il craquer ?

Bashung comprend que « parfois, il y a des choses qui (...) nous bousculent de telle manière que ça nous fait imploser ou exploser ». Fantaisie militaire, initialement intitulé Un soldat sans joie, incarne son geste transmuté. Le chanteur y fait la catharsis d’une dépression, survenue après son divorce au milieu des années 1990. Le morceau Aux pavillons des lauriers perce cette intimité. Il se joue des mots, avec pudeur et fausse folie pour évoquer son internement dans un maison de repos à Meudon.


Émotion brute jusqu'à la catharsis


C’est dans les jardins de cette clinique psychiatrique, qu’Alain Bashung discute avec son comparse Jean Fauque. Le parolier lui redonne le goût des mots, du verbe et du son. Au sortir de l’hôpital, le duo se retrouve pour composer dans l’appartement bellevillois de Bashung. Rature, reprise, prise, et cadavre exquis. De ces séances naîtront de nombreux titres dont le mythique La nuit je mens : resté au fond d’une malle et ressorti avant l’enregistrement.




On a vu Alain Bashung dans le Var. Fantaisie militaire s’enregistre dans une atmosphère foisonnante. Le producteur britannique Ian Caple, du studio Miraval, supervise une équipe d’une vingtaine de personnes — parmi Les Valentins, Rodolphe Burger et Adrian Utley de Portishead — sans maîtriser le français. Il est plus question de créer que de parler. Les genres se frottent, se rencontrent jusqu’à la symbiose entre influences hip-hop, variété et style expérimental. Ce qui présage au disque son caractère autant novateur qu’intemporel.


Un disque aussitôt classique


En 1999, un an après sa sortie, le disque Fantaisie militaire rafle trois Victoires :  « Album pop, rock de l'année », « Artiste interprète masculin de l'année » et« Vidéo-clip de l'année pour La nuit je mens ». Ce dernier réalisé par Jacques Audiard a par hasard bouclé la boucle. Bashung renoue avec l’amour en recontrant sur le tournage Chloé Mons. Elle sera sa compagne jusqu’à sa mort en 2009. Sa veuve avait confié une poignante lettre à La Face B, en 2020. Plus de vingt ans après sa sortie, Fantaisie militaire reste un chef-d’œuvre qui bouscule l’auditeur. Bashung nous confronte encore à nos contradictions. Comme sur son iconique pochette, l’artiste flotte entre deux eaux, la perte et la mort d’où s’arrachent poétiquement la vie et l’espoir.



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