FONDAMENTAUX #1 : King Crimson – In The Court of the Crimson King

Il y a les albums qu’on écoute, et il y a ceux qui font partie de nous. Avec Fondamentaux, on vous raconte ces disques, et ce qui les rend, encore aujourd’hui, incontournables à nos yeux. Direction aujourd’hui : In The Court of the Crimson King de Crimson King, sorti en 1969.

10 octobre 1969, cette journée fait partie de celles qui, indéniablement, resterons marquées à jamais dans la grande Histoire de la musique. Un vendredi comme il en existe désormais tant dans les archives de notre art. En ce même jour, le Rock Progressif voyait officiellement le jour. Sorti de la tête du génial et érudit Robert Fripp, ainsi que ses comparses — Greg Lake, Ian McDonald, Michael Giles et Peter Sinfield, cet acte de naissance prend la forme d’un album de trois quart d’heure, le grand et incontournable In The Court of the Crimson King.

King Crimson, a lancé le départ officiel d’un genre qui encore aujourd’hui vivant et en bonne santé, le groupe n’a cependant pas inventé le Rock Progressif. D’autres groupes, majeurs dans l’évolution des codes musicaux au milieu du vingtième siècle ont, à leur échelle, participé à former progressivement ce qui allait devenir la poule aux œufs d’or des années 1970’s. L’exemple le plus probant étant bien évidemment le cultissime The Dark Side of The Moon, l’un des albums les plus vendus de l’Histoire encore aujourd’hui. Entre 1966 et 1969, les Beatles ont donné jour des œuvres fondamentales dans l’émergence de cette nouvelle signature. Revolver, sorti en 1966, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club, sorti en 1967 ou encore Abbey Road, tout particulièrement sa Face B, sorti en 1969, sont tous trois des disques fondateurs de l’avénement des musiques progressives. 

Dans les pairs des originaires de Liverpool, nous pouvons également citer les Pink Floyd dont le début de carrière fût également une pierre fondatrice ce qu’allait devenir le Rock Progressif après 1969. Les premiers albums du groupe, The Piper at the Gates of Dawn, A Saucerful of Secrets ainsi que More, sorti sur trois années consécutives, constituent des marqueurs stylistiques et temporels majeurs dans l’Histoire de la musique contemporaine. En bref, dans les figures importantes de cette période de transition, nous pourrions également citer Frank Zappa, dont l’influence est plus globale, The Moody Blues ou encore The Nice, premier groupe du claviériste Keith Emerson, qui deviendra l’une des têtes pensantes de l’ogre Emerson, Lake & Palmer.

C’est précisément dans ce contexte que In The Court of the Crimson King apparaît comme un phare en plein milieu d’un océan en pleine mutation. Alors que la guerre du Vietnam bat encore son plein, celle-ci a amené l’émergence d’une culture particulièrement importante pour le bon développement du Rock Progressif : les hippies. Ce sont ces derniers qui, en plus des amateurs de musique complexe et tortueuse, vont être les premiers réceptifs de cette nouvelle innovation résolument européenne, et plus particulièrement britannique. Il faut dire que le quintette anglais démarre fort, très fort même. Le disque s’ouvre avec 21st Century Schizoid Man, une critique acerbe, acide et sarcastique du conflit en Asie du Sud-Est. En imaginant les conséquences d’une telle gestion de guerre, en dépeignant notamment la disparition de l’innocence pour les générations futures, King Crimson enfonce une porte qui prenait déjà feu. Cet engagement assumé s’accompagne d’une signature musicale reconnaissable entre mille. Le riff d’introduction, jouée par Robert Fripp, est aujourd’hui reconnu comme étant l’un des morceaux de musique les plus mémorables de son histoire. 

Ce morceau introducteur représente en réalité la quintessence de ce que les cinq britanniques vont déployer tout le long de In The Court of the Crimson King. Entre poésie douce-amère, une gestion de l’atmosphère à la pointe de ce qu’il se faisait à cette époque, alliés à une maîtrise technique digne de musiciens de Jazz, King Crimson donne de suite le ton. On peut déceler trois parties à cette entrée en piste, deux, aux extrémités respectives du titre, représentent ses formes les plus accessibles et compréhensibles. Le milieu, lui, bien plus versatile et affiliable au Free Jazz propose une séquence de jeu excentrique, qui augmente le tempo, et cherche à mettre en avant la grande qualité et la maîtrise des musiciens. 

En ce sens, 21st Century Schizoid Man entreprend une démonstration de force et d’adaptabilité de la part des cinq instrumentistes. En ouvrant de la sorte, King Crimson met en place un constat simple, clair et limpide : le quintette sait tout faire, et est capable d’intenter quoi que ce soit avec brio. Un visage qui va prendre une place prépondérante pendant tout le long de In The Court of the Crimson King. Cette modulation rythmique et harmonique s’illustre directement après l’ouverture avec I Talk to The Wind, une merveilleuse balade, d’une douceur soyeuse, qui certifie de cette profusion que nous évoquions plus tôt.

Même son de cloche pour le bouleversant Moonchild, habillé par la voix à la fois douce et fragile de Greg Lake, qui transmet une émotion vulnérable qui emmène la morceau dans une autre dimension. On note également le refrain tragique et déchirant d’Epitath agissant comme une nouvelle preuve de la maestria mélodique de King Crimson. Les britanniques exercent une gestion parfaite concernant le jeu entre la tension et le relâchement dans la construction de leurs morceaux. Une qualité indéniable, qui crève l’écran, permettant d’apporter un impact retentissant ainsi qu’un supplément d’âme poignant qui fait en partie la grandeur de In The Court of the Crimson King.

À travers ces cinq morceaux, signant dès lors l’acte de naissance du Rock Progressif, les anglais enfantent d’une œuvre pluriforme et d’une grande richesse. In The Court of the Crimson King représente l’avénement de tout un pan de la musique contemporaine – une signature sonore qui va d’ailleurs marquer à vie les charts mondiaux, notamment par le biais de The Dark Side of the Moon. Le premier album de King Crimson, en plus d’être une pièce de musique d’une grandeur indéniable, a permis un chamboulement d’une valeur inestimable. C’est donc pour cela qu’au sein de la rédaction de La Face B, nous considérons ce même disque comme étant parmi nos grands classiques.

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