Du 14 au 16 mai, Horst Festival revient à Asiat Park dans la ville de Vilvorde en Belgique avec une nouvelle édition qui confirme son statut d’événement à part dans le paysage électronique européen. Bien plus qu’un simple festival de musique, Horst s’affirme comme une plateforme collective où se rencontrent club, arts visuels et architecture expérimentale.
Un festival pensé comme un écosystème
Cela fait maintenant 12 ans que le Horst Festival développe une approche singulière du festival de musique. Installé dans l’ancien site militaire d’Asiat Park, à Vilvorde, l’événement transforme progressivement ce territoire en un laboratoire culturel où musique, architecture et arts visuels coexistent et se répondent.
L’édition 2026 poursuit cette logique collective. Après avoir dévoilé une programmation musicale réunissant plus de 120 artistes, Horst présente désormais les projets artistiques et architecturaux qui façonneront le site pendant le festival. Ensemble, ces différentes disciplines composent un écosystème culturel pensé comme un espace d’expérimentation, de rencontre et de création partagée.
L’art comme pratique collective
Cette année, la programmation artistique s’articule autour d’une idée centrale : considérer l’art comme une pratique collective. Les installations et performances imaginées pour l’événement cherchent ainsi à créer des espaces où les publics deviennent eux-mêmes participants de l’expérience.
Dans cette dynamique, le festival collabore notamment avec The Constant Now, une organisation qui soutient les artistes racisés. Ensemble, ils présenteront une performance de Fallon Mayanja, développée à partir d’un atelier collectif réunissant des artistes POC. La pièce se déploiera tout au long du week-end sous forme de performances mêlant voix, son et mouvement.
Autre figure centrale du programme : l’artiste Paul Maheke, actuellement en résidence à la Villa Medici. Son projet, conçu avec la curatrice Evelyn Simons, explore les thèmes du corps, de la transition et de la mémoire à travers une installation qui oscille entre performance et environnement spatial.
Le festival ouvre également ses espaces à plusieurs collectifs émergents. Les groupes bruxellois Apolemia et Anal Pompidou investiront différents bâtiments d’Asiat Park avec une programmation autonome mêlant performances, installations et interventions scénographiques.
Dans une logique similaire, le collectif Queereeoké proposera une version radicalement inclusive du karaoké. Le concept : transformer la scène en espace participatif où chacun peut performer, célébrer et s’approprier le moment.
L’architecture comme infrastructure sociale
Parallèlement aux arts visuels, l’architecture occupe une place centrale dans l’identité du Horst. Chaque année, le festival commande de nouvelles structures à des architectes et designers internationaux, explorant la manière dont les espaces construits peuvent devenir des lieux de rencontre et d’expérimentation.
Pour 2026, Horst collabore avec l’Institut flamand d’architecture, Flanders Architecture Institute, afin d’accueillir l’installation Building Biospheres conçue par l’architecte paysagiste Bas Smets et son studio Bureau Bas Smets. Présentée initialement à la Biennale d’architecture de Venise, l’installation sera réactivée dans la Rain Room du festival avec la participation d’étudiants de l’école horticole Horteco de Vilvorde, qui participent à l’entretien et à la reconstitution du projet.
Plusieurs nouvelles scènes viendront également enrichir le paysage architectural du festival. Le studio espagnol TAKK concevra une structure temporaire intérieure. Tandis que le duo TEd’A arquitectes revisitera la célèbre scène Moon Ra, devenue au fil des années l’une des signatures visuelles du festival.
L’arrivée sur le site sera également repensée par le bureau L’ÉQUIPE architectes. Elle imagine une installation inspirée des tunnels de lavage automobile. Ce dispositif transforme l’entrée du festival en une transition sensorielle entre la ville et l’univers de Horst.
Certaines œuvres, comme l’intervention de l’artiste suisse Delphine Dénéréaz, resteront installées au-delà du festival, poursuivant le travail de transformation progressive d’Asiat Park en un espace public artistique.
Une scène belge au cœur d’une programmation hybride
L’édition 2026 marque un tournant dans le positionnement du festival, avec un ancrage local assumé. À travers sa campagne « Come hear what’s here« , Horst met en avant la scène belge, qui représente près de la moitié de la programmation.
Loin d’un simple effet d’équilibre, ce choix traduit une volonté claire de renverser les logiques du circuit électro international. « Nous programmons ce en quoi nous croyons, pas nécessairement ce que vous connaissez déjà », expliquent les programmateurs. Une manière de défendre une scène locale en constante évolution, nourrie par les clubs, les radios indépendantes et les espaces alternatifs.
Cette orientation dépasse le cadre du festival. Avec des affichages déployés dans des villes comme Londres et Amsterdam, Horst invite un public international à porter son regard vers la Belgique, affirmant ainsi son rôle de plateforme d’export culturel.
Sur scène, cette dynamique se traduit concrètement. Les artistes belges occupent des créneaux clés, des ouvertures aux clôtures, sur l’ensemble des scènes. Des figures établies comme AliA, Lefto Early Bird ou Altinbas côtoient une nouvelle génération en pleine émergence, à l’image de Nefeli, ONEY ou encore les Dub Punishers de Elisethere & STDJ.
Au total, plus de 120 artistes issus des scènes électronique et expérimentale composent une programmation fidèle à la philosophie du festival, faite d’« évolution plutôt que répétition ». Aux côtés de cette scène locale renforcée, des artistes internationaux comme Todd Edwards, Stacey Hotwaxx Hale, Daphni ou encore Gilles Peterson accompagné de MC Rob Galliano viennent enrichir le dialogue.
Au-delà des DJ sets traditionnels, Horst multiplie les formats hybrides mêlant live électronique, performance artistique et installation sonore, brouillant volontairement les frontières entre concert, club et exposition.
Plus qu’un simple focus national, cette programmation dessine une scène en mouvement, capable de dialoguer avec l’international tout en affirmant ses propres codes.


