A l’occasion de la sortie de son nouvel opus Aquarius, on a eu l’immense plaisir de pouvoir échanger avec Slow Jane. Un entretien passionnant et doux autour de sa musique dream folk pop, mais aussi au cours duquel nous avons nous a parlé de sa relation au temps, de sa liberté de création, de la scène, de Shakespeare, de ses envies d’écriture…

La Face B : On a toujours l’habitude de commencer par la même question dans l’équipe de La Face B. On aime bien savoir comment ça va ?
Slow Jane : Ça va très bien, merci pour la question ! Je suis en pleine euphorie post-sortie. Aujourd’hui, ça fait trois semaines. Donc oui, ça va vraiment bien.
La Face B : Tu as travaillé sur ce nouvel album, Aquarius, pendant plusieurs années plutôt seule, d’après ce que j’ai cru comprendre. Et du coup, je me demandais qu’est-ce que tu avais ressenti en le dévoilant tout d’un coup au public ? Parce que tu devais être dans ta bulle créative pendant tout ce temps, et le rendre public doit procurer des émotions quand même assez particulières j’imagine ?
Slow Jane : Absolument. D’abord, presque une sensation d’incrédulité, parce que quand on a travaillé pendant aussi longtemps sur des morceaux chez soi, et qu’on a beaucoup écouté seul, on a presque du mal à croire qu’ils finissent par avoir une existence dans le monde au-delà de son studio. Et donc à chaque fois que j’entends, par exemple des amis qui veulent me faire plaisir et qui disent « Tiens, on va écouter ton album pendant l’apéro », c’est une sensation d’incrédulité, un peu d’étrangeté. Ces chansons, elles existent ici aussi, et je trouve ça super.
Et après, il y a une deuxième chose, c’est que c’est des morceaux que j’ai beaucoup joués en live. Donc il y a aussi la curiosité de savoir comment les versions studio sont reçues par rapport aux versions live qui étaient déjà connues des gens qui venaient me voir en concert.
La Face B : Je me demandais comment tu abordais la scène justement, parce que c’est un exercice bien différent d’un enregistrement studio.
Slow Jane : Effectivement c’est très différent et surtout étant donné que cet album je l’ai fait en très grande partie toute seule, donc j’ai joué un peu de tous les instruments et je l’ai arrangé moi-même, il y a effectivement la question qui se pose au moment de le jouer sur scène : est-ce qu’il faut recréer un peu les conditions du studio ? Et donc ça veut dire être seule en scène avec un loopeur et des choses pour donner un peu de texture au son.
Ou est-ce qu’il faut recréer une version un peu différente pour la scène ? Moi, j’ai plutôt choisi cette option-là parce que j’aime bien jouer à plusieurs sur scène. Je trouve que ça génère quelque chose d’autre que quand on est tout seul. J’ai fait des dates toute seule avec un looper, mais je trouve qu’on est beaucoup dans la concentration. Ça demande beaucoup plus d’intérioriser la musique. Alors que la jouer à deux ou à trois, c’est une autre forme de plaisir. Donc j’ai plutôt choisi cette voix-là.
Donc on repart quand même à peu près des instrumentations qui existent sur l’album, mais évidemment on les adapte. La formation que j’utilise le plus en ce moment, c’est une formation en duo. Moi, je suis à la guitare acoustique. Et Paul, mon guitariste, il est à la guitare électrique avec pas mal de pédales d’effets, et donc il essaye de reproduire quand même la texture sonore de l’album. On n’a pas la partie rythmique, donc on comble avec d’autres choses. C’est tout un travail de mise en place.

La Face B : C’est un autre équilibre à trouver en fait.
Slow Jane : Oui, exactement.
La Face B : Je me demandais si le fait d’avoir travaillé plutôt seule sur cet album, c’était une façon pour toi de garantir ta liberté de création et puis le fait aussi d’aller à ton rythme ?
Slow Jane : Oui, c’est exactement ça, c’est vraiment les deux. En fait, j’avais commencé un peu ma vie musicale par un premier album, qui aujourd’hui est plutôt une collection de maquettes que j’ai sorties en 2020, et que j’avais enregistré en studio, j’avais fait trois jours de studio. J’étais très heureuse de cette sortie, mais en même temps j’étais restée un peu sur ma faim, parce que trois jours c’est très court, surtout quand on découvre l’environnement du studio.
Et donc, je m’étais dit, le prochain, je prends vraiment le temps de faire quelque chose qui sonne comme j’ai envie que ça sonne, comme je l’entends, moi, dans ma tête. Et donc, je me suis dit, pourquoi pas se mettre ce challenge d’apprendre à produire, parce que je ne savais pas du tout le faire. Donc, c’était ça, l’idée. C’était, pourquoi pas reproduire, mettre sur le papier ou sur la bande même si ce n’est pas physique, vraiment ce que j’entendais, moi, dans ma tête.
Ça implique de prendre son temps, évidemment, parce qu’il y a tout le temps de l’apprentissage. J’ai trouvé ça génial d’avoir le temps de choisir les prises, de laisser un peu advenir les chansons. Et même après, quand j’étais purement dans l’enregistrement, de me dire, cette prise-là que j’ai faite aujourd’hui, ou même les prises de cette semaine, je n’en suis pas contente, c’est pas grave, je les refais. C’est pour ça que ça a pris 4 ans à la fin. Mais je me suis vraiment accordée ça. Et j’ai trouvé ça très libérateur.
La Face B : On parlait d’aller à ton rythme et moi je trouve que l’idée du temps dans ton projet est omniprésente. Dans ton nom d’artiste, dans tes textes, dans ta musique, dans la manière dont tu joues avec le temps dans la musique. J’ai lu que tu étais inspirée par Shakespeare. Chez lui aussi c’est un des grands thèmes. Je me demandais si tu pouvais nous parler un petit peu de ton rapport au temps.
Slow Jane : Oui, alors effectivement c’est vrai que c’est quelque chose auquel je réfléchis beaucoup, donc je pense que ça infuse. C’est vrai qu’on l’entend dans Slow Jane, et c’est vrai que j’aime bien dire que je prends mon temps. Le single qui est le premier single de l’album, One Step at a Time, c’est une sorte de devise de vie, c’est ça aussi, c’est peu importe si on avance à petits pas, mais ce qui compte c’est de rester fidèle à son propre rythme. Je pense que c’est quelque chose qui infuse un peu ma façon d’être tout simplement dans la vie.
Et le rapport au temps… j’accorde beaucoup d’importance à l’immédiat, au temps présent et c’est quelque chose que je valorise. Je pense que ça se fait inconsciemment chez moi. Et donc je sais que j’ai du mal, par exemple, à projeter des choses sur du temps long. Ce n’est pas quelque chose qui m’est familier. Je pense aussi que dans les textes de mes chansons, il y a une part d’essayer de comprendre l’autre quand l’autre se met dans une perspective de projection dans le temps. Alors que moi, je me sens beaucoup plus ancrée dans le présent, et cette espèce de dialectique-là. Et là, je rejoins un peu l’autre thème de l’album, qui est vraiment la rencontre de l’altérité. Donc je pense que cette altérité-là, je l’ai rencontrée en partie sur l’idée du temps.
La Face B : Comment tu as travaillé sur cet album ? Qu’est-ce que c’était ton point de départ ? Et qu’est-ce qui a fait qu’à un moment donné tu t’es dit qu’Aquarius était terminé ? Quel a été ton cheminement ?
Slow Jane : Ça a été un processus très long et je pense que je peux relier cette réponse à la réponse précédente. Je n’avais pas de vision finale quand j’ai commencé. Je ne savais pas du tout à quoi ça allait ressembler en produit fini. Ça a été une itération à chaque fois au présent. Et ce que je peux dire, c’est que les chansons partent à chaque fois d’une version soit piano-voix, soit guitare-voix. La structure de la chanson, les couplets, les refrains, les accords et la ligne mélodique.
Ensuite, ça a été des tentatives d’instrumentation que j’ai faites sans plan défini. Ma boussole était très esthétique, c’est-à-dire que j’essayais de mettre des sons qui me plaisaient, mais vraiment juste esthétiquement. Je n’ai pas spécialement cherché ni une cohérence, ni à reproduire un style musical particulier. J’essayais de faire en sorte que ça sonne bien, que ça me fasse rêver, que ça marche sur moi, en me disant « si ça marche sur moi, ça marcherait peut-être sur le public ».
Et en revanche, ce que je pourrais rajouter quand même, c’est que j’ai toujours essayé que les instrumentations soient au service de la structure de la chanson, de l’essence qu’il y avait au cœur de la chanson, et que ça ne soit jamais des ornementations gratuites.
La Face B : Il y a plein de références à l’eau dans toutes les dimensions de ton projet. Je voulais te demander ce que ça évoque pour toi cet élément de l’eau aussi présent.
Slow Jane : En philosophie, souvent on dit que l’eau, c’est un peu l’impermanence, c’est ce qui passe, qui n’est jamais le même et toujours différent. Et je crois que ça me parle comme image. Après, de manière beaucoup plus pragmatique, j’ai toujours adoré l’eau, j’ai toujours adoré la mer, la piscine, nager. Et je suis vraiment fascinée par cet élément. Donc je pense que, même sans aucune réflexion derrière, je pense que c’est pour ça que ça s’entend dans mes paroles et aussi dans l’univers visuel que j’ai développé autour de l’album.

La Face B : C’est un album assez introspectif dans lequel finalement tu explores plusieurs états émotionnels. Tu parlais du rapport à l’altérité tout à l’heure et de tout ce que ça génère, évoque. Tu parles beaucoup d’amour déçu dans l’album, mais il y a aussi une idée d’émancipation, je trouve. Je me demandais si ça avait été une sorte de thérapie pour toi, finalement, le fait d’écrire sur tous ces sujets-là.
Slow Jane : Oui, je pense qu’on peut dire ça d’une certaine manière. Si on entend par thérapie, l’idée de revenir sur des expériences qu’on a vécues sans forcément trop les comprendre au moment où on les vit, et qu’on prend le temps après tout de les regarder de l’extérieur, de les regarder à quelques pas, quelques jours, quelques années au recul, et d’essayer de les comprendre et de se comprendre soi-même dans ces expériences. Et c’est vrai que ça ressemble pas mal à une thérapie, donc oui, je dirais oui. Et en tout cas, c’est vrai que les chansons de l’album, elles sont toutes nées d’une expérience personnelle repensée après coup. Donc oui, ça y ressemble un peu.
La Face B : Dans le morceau Pages so blue, est-ce qu’il n’y aurait pas une petite référence à Shakespeare, justement, à la fin du morceau ?
Slow Jane : Oui, c’est même un vol (rires) ! Oui, absolument. C’est une référence à son sonnet sur l’amour, un des sonnets sur l’amour. Oui, oui. Et je le twiste. Lui dit « Love is an ever-fixed mark » et moi je dis « Life is an ever-fixed mark ».
La Face B : Ça rejoint tout ce que tu disais tout à l’heure sur l’impermanence. Dans le morceau Scared, tu parles plutôt d’une angoisse un petit peu diffuse, du rapport à l’autre, à l’extérieur qui fait peur, mais qui en même temps, à la fin, peut aider à devenir soi-même. Je me demandais si c’était une sorte de déclic, finalement, cette chanson ?
Slow Jane : Oui, je pense que oui. En fait, j’ai écrit cette chanson après les deux ou trois confinements qu’on a vécu en 2020-2021. C’est ce que j’ai ressenti à ce moment-là, où tout se refermait, on se refermait sur soi-même, sur l’intérieur, et on finissait par avoir peur, pas forcément une peur panique, mais en tout cas, commencer à être un peu effrayé par le monde extérieur. Et j’ai complètement ressenti ça aussi.
Et je pense effectivement que oui, c’est le moment, je l’ai écrite juste après ces confinements-là, au moment où tout rouvrait, où il fallait recommencer à aller dans le monde, pour essayer peut-être de combattre ce sentiment et de me convaincre moi-même qu’il était plus beau et plus libérateur et plus fécond d’aller affronter l’inconnu sans a priori car c’était de là qu’allaient naître des expériences.
La Face B : J’ai plein de coups de cœur dans cet album. Il y a le morceau Caroline, forcément. Je le trouve assez différent des autres musicalement. Il est peut-être un petit peu plus produit. J’ai trouvé qu’il y avait des sonorités électro peut-être un petit peu plus présentes que dans les autres. On entend même la pluie qui tombe par moments. Et on s’attend à ce qu’il se termine à peu près au milieu, vers 3 minutes 30 ou dans ces eaux-là. Et finalement, non, il se poursuit. Il y a une magnifique fin instrumentale. Et comme je le trouve très différent des autres, je me demandais comment tu l’avais travaillé, celui-ci ?
Slow Jane : C’est vrai qu’il est différent. Il est différent d’une part par sa structure. Ce qui est amusant c’est que finalement il ressemble plus, dans sa structure en tout cas, aux morceaux que j’écrivais avant. J’ai beaucoup travaillé en amont de cet album, j’ai beaucoup travaillé la structure de mes chansons pour qu’elles soient plus lisibles. C’est quelque chose qu’on m’a beaucoup dit et je pense que c’était juste, c’était une bonne remarque. J’avais tendance à faire des chansons qui avançaient toujours vers une direction, mais qui ne revenaient jamais, qui ne rebouclaient jamais sur rien. Et donc, c’était un peu dur à lire, un peu dur à suivre, et je me suis un peu forcée à faire des structures couplet-refrain, couplet-refrain, pour bien entendre les choses, pour comprendre où on en est dans la chanson, etc.

Celle-ci, j’ai eu beaucoup de remarques allant dans ce sens-là, aussi pour celle-ci, et c’est la seule où j’ai tenu. Celle-ci, j’ai envie qu’elle soit A-B-A’, et qu’elle reste comme ça, et elle s’ouvre un peu sur l’infini, et c’est OK, j’ai pas envie de revenir à quoi que ce soit. Donc c’est pour ça qu’elle est différente. Et après, sur l’instrumentation, je n’en sais trop rien. C’est vrai qu’elle est très instrumentale, donc c’est aussi pour ça qu’elle sonne différemment. Forcément, je l’ai travaillée différemment.
Et avec Slow Dancer, c’est les deux chansons sur lesquelles j’ai le plus travaillé la rythmique, que j’ai faite moi-même en MIDI. Alors sur Slow Dancer, elle a été ensuite rejouée par un batteur, mais c’est moi qui l’ai écrite. Et je me suis amusée à faire des rythmiques les plus inattendues possibles avec des syncopes et surtout pas un Poum Tchak 2-4 classique. Donc peut-être que ça joue.
La Face B : En tout cas, moi je la trouve vraiment magnifique cette chanson.
Slow Jane : Moi aussi c’est une de mes préférées, et je veux dire que Caroline c’est mon deuxième prénom et c’est mon prénom préféré ! (rires)
La Face B : Justement, je trouvais que le prénom Caroline revenait à plusieurs reprises dans ton univers musical et donc ça m’interpellait et je me demandais s’il y avait une raison derrière tout ça !
Slow Jane : C’est mon deuxième prénom. J’aime beaucoup mon premier prénom, mais c’est vrai que je le trouve très classique. Et on m’a toujours dit, on a voulu te donner un prénom classique. Donc je pense qu’il y avait aussi cette attirance pour un prénom, non pas que Caroline ne soit pas un prénom classique, c’est classique aussi, mais moins que Marie. Et donc cette attirance pour un prénom qui était légèrement plus exotique que le mien et qui pouvait me permettre de mettre une personnalité un peu différente derrière.
La Face B : Alors, je trouvais que le morceau Caroline était spécial, mais pour le coup il y en a un autre que je trouve spécial, c’est He said. J’ai du mal à expliquer pourquoi, mais je trouve qu’il y a quelque chose de fascinant, de planant dans ce morceau. Il dégage une force douce finalement, une sorte de mélancolie obsédante. C’est ce que ça me provoque comme effet. C’est peut-être le thème, c’est peut-être les émotions qui ressortent dans ta voix, la répétition du refrain… Je me demandais dans quel état d’esprit tu étais quand tu l’avais composé ? Je le trouve hyper fort dans l’album.
Slow Jane : Je l’ai composé en plusieurs fois ce morceau. Ça fait partie de ceux, avec Bleu Surf, que j’ai mis le plus de temps à faire advenir dans leur forme finalisée. Le début, le point de départ de He said, c’est le couplet. En fait, j’étais allée à un concert, c’était un concert de Big Thief je crois. J’avais croisé un ancien ami, et les paroles qu’il m’avait dites m’avaient marquées énormément, au point que je n’ai presque pas écouté le concert. Et quand je suis rentrée chez moi, j’ai écrit ça. Donc je pense qu’il y avait une forme d’urgence à exprimer quelque chose qui m’avait bouleversée.
C’est une chanson que j’ai beaucoup beaucoup jouée en guitare-voix et j’ai mis un temps fou à trouver l’instrumentation. D’ailleurs, j’avais déjà sorti une première version de cette chanson il y a plusieurs années, qui avait été complètement instrumentée et produite par Fakear, qui est très différente de celle-ci et que j’aime beaucoup. Mais c’est vrai que ce n’était pas exactement ça le morceau. J’ai retravaillé pour essayer de faire en sorte que ça sonne comme je voulais que ça sonne.
A un moment donné je me suis dit « tiens je suis peut-être un peu en train de refaire The Rip de Portishead, qui est aussi extrêmement intense mais quand même assez douce.
La Face B : L’autre morceau dont je voulais te parler, c’était Bleu Surf qui m’a aussi beaucoup marquée. Il ressort forcément parce que c’est le seul morceau en français, mais pas que. Je me demandais pourquoi celui-ci particulièrement tu l’avais travaillé en français et si tu envisageais d’écrire d’autres morceaux à l’avenir en français ou dans d’autres langues même, pourquoi pas ?
Slow Jane : Quand on chante en anglais, et qu’on est francophone, cette remarque revient tout le temps. Pourquoi est-ce que tu ne chantes pas en français ? On comprendrait mieux. Moi, j’ai toujours adoré la langue anglaise. C’est vraiment une langue que j’adore en poésie. Et aussi, pour chanter, je me sens beaucoup plus à l’aise en anglais. Je préfère ma voix en anglais, je prends plus de plaisir. Pour moi, il n’y a pas vraiment de question.
Mais c’est vrai qu’au bout d’un moment, je me suis dit que je pourrais peut-être quand même essayer. Je vais essayer d’écrire des textes en français, voir si ça donne quelque chose. Ça a été extrêmement difficile, vraiment beaucoup plus difficile qu’en anglais. J’ai écrit trois textes en français, dont Bleu Surf, une autre qui s’appelle Tiramisu que j’ai beaucoup jouée en live et que j’ai failli mettre sur l’album et au dernier moment, je ne l’ai pas mise.
Et une dernière qui s’appelle Minorque et que j’ai chantée en duo sur un autre projet. Et puis c’est tout. J’ai écrit ces textes il y a déjà plusieurs années. Et après ça, je suis revenue à l’anglais un peu comme à la maison. Je ne pense pas que j’écrirai, peut-être par accident, mais en tout cas, je ne vais pas forcément creuser cette voix-là.
Et pourquoi spécifiquement cette chanson je l’ai écrite en français ? Je n’en sais trop rien… C’était la période où j’essayais d’écrire en français et j’avais cette idée-là, ce texte-là. Mais je crois que j’ai mis deux ans à l’écrire. Je suis revenue dessus extrêmement souvent, vraiment un grand nombre de fois, parce que je n’étais pas satisfaite. Je trouve que le français, le moindre mot de travers… Ça heurte tout de suite l’oreille et on sort de l’émotion.
La Face B : Dans ta musique, j’ai pu lire que tu avais plein d’influences différentes. Tu en cites quelques-unes, Neil Young, Joni Mitchell, Nick Drake, Big Thief, dont tu parlais tout à l’heure. Alors, peut-être que je me trompe, mais j’ai cru en percevoir aussi d’autres en écoutant ton album. Lou Doillon, London Grammar aussi un petit peu, peut-être Dire Straits aussi par moment dans la guitare, et aussi Cigarette after sex ?
Slow Jane : Alors, j’ai beaucoup écouté Lou Doillon. Et justement, au moment où l’idée de cet album a commencé, c’était pendant le premier confinement, elle faisait partie des artistes qui faisaient beaucoup de live sur Instagram. Et c’était vraiment trop bien ce qu’elle faisait. Elle se mettait en live, elle avait sa guitare, et je crois aussi qu’elle avait son carnet de dessins. Et elle répondait aux demandes en direct. C’était très très beau. Je l’ai beaucoup regardée. J’ai beaucoup écouté ses trois albums studio, donc probablement effectivement, c’est très logique que ça s’entende.
Sur London Grammar, j’aime beaucoup la voix de la chanteuse, c’est des choses que j’ai moins écoutées, mais je vois le parallèle. Dire Straits pour le coup, je n’ai jamais écouté. Mais bon, je connais les chansons, je connais l’univers mais ce n’est pas quelque chose que j’écoute. Et le dernier, Cigarette After Sex, oui, ça j’ai beaucoup écouté.
La Face B : Je me demandais si tu avais une collab que tu rêverais de faire un jour avec un artiste ?
Slow Jane : C’est une bonne question. Je ne me la suis jamais posée, mais oui, il y a plein d’artistes avec qui ce serait incroyable de jouer. Je pourrais en dire plein, mais là, ce qui me vient spontanément, ce serait Kurt Vile, parce que j’écoute beaucoup son nouvel album qui est sorti il y a un mois à peu près, je crois, que je trouve vraiment bien, comme tous ses albums. Et lui justement il avait fait une collaboration avec Courtney Barnett, ça marchait super bien. Donc ouais, pourquoi pas Kurt Vile ?
La Face B : Tu as une plume, je trouve, exigeante, poétique. Et je me demandais si tu écrivais en parallèle ou si tu avais des projets d’écriture en dehors de la musique ?
Slow Jane : Non, pas du tout. Mais justement, c’est quelque chose qui me travaille un peu. Parce que quand j’étais toute petite, quand on me demandait « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », je disais « chanteuse et écrivain ». Et donc, chanteuse, ça y est. Mais écrivain, pas du tout !
J’ai écrit quelques fictions quand j’étais enfant, et je pensais que ça allait continuer, mais non. Donc je ne sais pas, je crois que ça me frustre un peu, parce que j’aimerais bien, et en même temps je pense que si ça ne se fait pas, c’est aussi que les choses se canalisent dans les chansons, et que c’est très bien comme ça. Je me suis acheté l’année dernière une machine à écrire en me disant, je vais m’y mettre, et puis non, peut-être plus tard.
La Face B : Je me demandais si tu avais des recos à nous faire, de films, de livres ou d’artistes qui t’ont marqué récemment, des choses que tu aurais envie de nous partager ?
Slow Jane : Oui, avec plaisir. Effectivement Kurt Vile, j’écoute beaucoup en ce moment. J’ai redécouvert Syd Matters à l’occasion de la sortie de leur nouvel album et aussi de leur tournée qui arrive à l’automne. Donc j’ai ma place bien sûr ! J’ai replongé dans leur album Brotherocean de 2010, qui est vraiment une merveille. Ça, j’ai beaucoup beaucoup écouté ces derniers temps. En ce moment, c’est beaucoup Kurt Vile et Syd Matters.
Et alors en film, j’aime énormément le cinéma, et pourtant, en ce moment, j’ai un peu arrêté d’y aller. Qu’est-ce que j’ai vu de bien ? Alors, c’est pas du tout récent, mais j’ai revu les films de Wes Anderson avec beaucoup de plaisir. Alors, plutôt ses films du début, j’accroche un peu moins aux nouveaux, mais j’ai revu La vie aquatique, La famille Tenenbaum… Ce sont des films très poétiques et vraiment très très beaux, très bien écrits.
Et en livre, dans du très classique, j’ai lu récemment La dame aux camélias. Ça m’a complètement bouleversée, donc je recommande. C’est pas très actuel, mais…
La Face B : Ah mais ça fait partie des classiques, on aime les classiques ! Et puis je me demandais quand est-ce qu’on pourrait te voir en concert, peut-être prochainement ?
Slow Jane : J’espère bientôt. Je suis en train de prévoir des concerts pour la rentrée, en octobre, novembre. J’ai vraiment envie d’organiser ça pour faire une belle date de sortie, un peu en retard, et puis viser les festivals pour l’été prochain. Là, j’ai peut-être une touche avec un festival dans ma région d’origine, les Hautes-Alpes, qui s’appelle l’Outdoor Mix Festival pour l’année prochaine. Et je vais essayer d’en trouver d’autres aussi pour l’été prochain. Je te tiendrai au courant !
La Face B : D’accord, trop bien, merci !