Tomasi a sorti son premier album Celui qui fait tout pour les autres l’année dernière. On a décidé d’aller le retrouver aux abords du Pop Up du Label pour discuter ensemble de cet objet format long sur le concept, sur l’importance des autres dans son projet, ses choix de collaboratrices et son honnêteté, retrouvez le en première partie d’Oscar les vacances à Pantin le 30 janvier et à la Boule Noire le 2 avril prochain.

La Face B : Salut Tomasi !
Tomasi : Salut !
LFB : Comment ça va ?
Tomasi : Ah, je m’attendais à cette question. Ca va plutôt bien ! Mon album est sorti il y a un mois (NDLR : l’entretien a eu lieu en novembre 2025) et j’ai recommencé à travailler avec les autres. Et c’est super, ça me fait du bien.
LFB : On t’a connu avec une palanquée d’EP. Qu’est-ce qui t’a convaincu de sauter le pas de l’album ?
Tomasi : En fait, l’album pour moi c’est un format assez important. J’adore écouter des albums en entier et il y a quelque chose d’assez cathartique dans le fait de travailler un projet qui a plus de morceaux. J’aime beaucoup les albums qui sont construits de A à Z.
Ce qui m’a permis de sauter le pas, c’est que je suis arrivé avec un concept que j’espère avoir bien retranscrit dans l’album. J’avais toutes ces chansons et j’ai cherché un lien de comment les unir ensemble. Et je me suis dit qu’à ce moment-là, je pourrais avoir un album.
LFB : Quand est-ce qu’on s’autorise à penser à soi ?
Tomasi : Bonne question…
LFB : Est-ce que tu fais enfin quelque chose pour toi ?
Tomasi : Je fais plein de choses pour moi. Je travaille beaucoup mais je glande beaucoup aussi. Je pense que j’ai toujours besoin d’avoir des petits moments seul à la maison où je joue à la console ou je regarde des matchs de foot. Ca me fait du bien. Ce n’est pas forcément dans le travail qu’on trouve des choses pour soi.
LFB : Pourquoi est-ce que tu as ce besoin de faire pour les autres pour exister ?
Tomasi : Je ne sais pas si c’est pour exister. A la base, ça s’est fait un peu comme ça. Il y a ce truc-là dans ma vie où je pense que ça vient de mes parents et de ma mère qui est quelqu’un de très dévouée et il y a toujours du monde à la maison. Je pense que j’ai hérité un peu de ça. Dans le travail, ce n’était pas nécessairement fait exprès. C’est juste que l’on m’a proposé d’aider sur des textes d’abord, puis sur des prods, sur différents projets. J’ai un peu fait au fil des demandes et c’était chouette.
LFB : Au fil des demandes ? Mais dans ces moments-là, tu faisais pour toi tout en le faisant vraiment pour les autres en premier. Mais est-ce que c’est pour toi ?
Tomasi : Ouais, je trouve qu’on se sent bien quand on aide les autres. Il y a quelque chose de beau, de simple. Moi, j’ai toujours le côté équipe de foot. Et je trouve que quand on est ensemble pour aller marquer un but, pour sortir un album, pour écrire une chanson, la joie est décuplée par rapport à faire les choses tout seul.
LFB : La dernière fois que tu as parlé avec Charles en interview, vous vous êtes dit tous les deux que c’était Greg qui prenait le pas sur Tomasi. J’ai surtout l’impression que les deux sont rentrés en collision sur l’album.
Tomasi : Ouais, c’est possible, je ne sais pas. Tomasi, à la base, c’est un peu moi. Je ne sais pas à quel point… Il y a toujours un truc de personnage parce que ça permet de mettre un doute sur le fait si les choses sont vraies dans ce que je raconte ou pas. Mais là, c’est vrai qu’il n’y a vraiment pas de filtre. Je crois qu’il n’y a pas une ligne de cet album qui ne soit pas comme je l’ai ressentie. Ce n’est pas forcément la vérité parce qu’on sait que la vérité a deux côtés au moins. Mais comme je l’ai ressenti, c’est un peu près ça.
LFB : Là, je pense que la vérité a trois côtés.
Tomasi : Ah ouais ?
LFB : Parce qu’il y a quand même une interlocutrice à qui tu parles qui n’est pas anodine. Et pour le coup, ça serait sa vérité.
Tomasi : Y a celles de Greg et de Tomasi… C’est celle-là que je vous disais, les deux minimum. Celle de Greg et de Tomasi, comme je l’ai dit la dernière fois, elle est vraiment très très proche. Mais je ne veux pas m’avancer en disant que c’est la vérité absolue parce que je n’ai pas le contre-parti.
LFB : Personne ne l’a… Pourquoi t’es-tu dirigé vers le format sitcom ?
Tu disais au début que tu l’a pensé comme un concept. Mais pourquoi celui de la sitcom ?
Tomasi : Je pense qu’avant le concept, si on écoute les morceaux, c’est quand même vachement un album de rupture. J’avais beau avoir certains morceaux avant, pendant ma rupture, j’ai regardé beaucoup de sitcoms. J’ai regardé Friends, The Big Bang Theory.
Ce sont des séries que je trouve hyper réconfortantes parce qu’il y a ce côté où il y a les rires enregistrés. C’est un peu codifié. Finalement, c’est du théâtre filmé.
Et en même temps, ça passe, ça transpose dans un univers. Friends porte bien son nom, mais Big Bang Theory aussi. J’ai l’impression de regarder des amis exister. Je trouvais ça marrant de le rapprocher de mon album parce que c’est une belle manière de se mettre en scène, je pense. Dans quelque chose de pas forcément lisse, mais de confortable. On revient toujours à des codes qu’on connaît, c’est dans le premier morceau de l’album. Dans les sitcoms, tout le monde rit aux blagues. C’est un peu ça. C’est réconfortant, je pense que c’est vraiment le mot.

LFB : Est-ce que tu avais la plupart des morceaux avant de te dire que tu allais faire un truc sur les sitcoms ? Ou tu as construit autour de ça ?
Tomasi : J’avais cette idée, je ne sais pas d’où elle vient. Sincèrement, je ne sais vraiment pas d’où elle vient .J’avais cette idée de mettre des rires sur un morceau, de réenregistrer, de pointer du doigt ce que je voulais dire par des interludes, des petits artifices comme ça. J’avais beaucoup de morceaux d’amour, un peu joyeux. Le truc, ça a été de faire un grand puzzle après pour essayer de faire s’articuler les différentes parties ensemble.
L’album est divisé en 4 chapitres. Il y a une sorte d’introduction, comme un monologue d’intro, un peu comme il y a dans les sitcoms, mais à l’ancienne vraiment. Il y a le moment de rupture un peu, le moment où tout s’effrite, c’est les morceaux qui suivent. Et il y a une longue période de flashback qui correspond en fait aux morceaux d’amour que j’avais pu écrire pendant ma relation et que j’ai emmagasiné.
Ça a été un vrai casse-tête de tout mélanger comme ça, mais c’était vraiment fun à faire. Et il y a la dernière partie qui est un peu le futur, l’ouverture, la résilience. Je pense que c’est un album de résilience aussi.
LFB : Toutes nos vies sont-elles des sitcoms ?
Tomasi : C’est un peu le truc, c’est que non. Je viens d’avoir 30 ans et j’ai l’impression qu’avec ça, il y a tout un lot de choses dont je ne me rendais pas compte avant et d’injustices. Je me rends compte que la vie est souvent injuste et ça, ce n’est pas ce que l’on vend dans les sitcom.
Il y a un équilibre toujours et ça finit bien. Et même si on nous surprend, on trouve de la beauté là-dedans. Je trouve que la vie est parfois bien plus violente, que ce soit aux informations, mais aussi dans ce qu’on vit au quotidien.
LFB : L’intégrité et la sincérité ont toujours été au cœur de ton projet, alors que tu ne sais que tricher… ?
Tomasi : On est plein de paradoxes, je pense. C’est ce qui fait la beauté de l’être humain. Mais je pense que c’est la loyauté plus que l’intégrité. Je ne sais pas si je suis très intègre. Je ne sais même pas ce que ça veut dire vraiment.
LFB : J’aurais tendance à dire que c’est de vraiment dire les choses telles que tu les penses, sans filtre parfois. Donc ça peut te revenir en boomerang, tu as dit la vérité qui était la tienne.
Tomasi : Oui, c’est sûr, ça peut m’arriver aussi. Mais ce n’est pas mon grand jeu de dire les vérités à voix haute. C’est en ça que je ne sais pas si je suis tout à fait intègre. Mais sincère, je pense que oui. Loyal aussi. Et effectivement, ça m’arrive de tricher quand j’étais plus jeune dans les jeux vidéos.
LFB : Les « cheat codes pour la vie », n’est-ce pas ?
Tomasi : Exactement.
LFB : Et justement, ce cheat code-là, tu l’attaches métaphoriquement au jeu vidéo, mais qu’est-ce que tu appelles tricher dans la vie ?
Tomasi : Il y a même un truc un peu méta avec la musique, où en fait je ne me considère pas comme un excellent musicien technique, j’ai envie de dire. En fait, en utilisant mes logiciels pour faire de la musique, j’ai plein de petits tricks pour avoir mon son à moi et mon identité. Et c’est souvent des choses qui ne nécessitent pas de la technique musicale et ça peut s’apparenter à de la triche. C’est quelque chose qu’on partage avec les deux personnes avec qui j’ai fait l’album, c’est-à-dire Iliona et Elodie Charmensat du groupe Ojos.
C’est un truc sur lequel on s’est retrouvés, on utilisait le même logiciel qu’est Logic Pro et on avait un peu ces mêmes tricks, ces petits cheat codes, on peut dire ça comme ça.
LFB : Justement, c’est des références que tu as à toi, elles sont plutôt multiples de façon générale. Chaque fois que tu crées quelque chose qui ne s’apparente pas à un seul genre, je me demande si ce n’est pas une mise en danger permanente que tu fais en faisant ça. Notamment quand tu dois te présenter à des pros ? La pop étant un peu fourre-tout. Tu es pop-rock parfois avec des références des années 2000…
Tomasi : Ouais, les concerts sont plutôt assez rock. Mais je n’ai pas compris la question…
LFB : Je cherche à comprendre si toi, tu n’es pas en danger à chaque fois de vouloir tricher sur la compo.
Tomasi : Je ne sais pas. C’est sûr que ça va avec mon évolution en tant qu’humain et ce fait de se chercher. En fait, j’arrive à 30 ans et c’est un moment où je crois que je commence à me trouver, mais ça m’a pris 10 ans facile. C’est à force d’essayer des choses. Je ne pense pas que ce soit une volonté. Ça m’énerve souvent quand les artistes en interview, ils sont toujours en mode j’ai tout prévu depuis le début…
La grande quête de ma vie, c’est d’essayer de lâcher prise et d’arrêter de m’inquiéter et de prendre les choses comme elles viennent. Je crois que je commence à y arriver un petit peu. Et cet album, il y a beaucoup de choses de ça là-dedans.

LFB : Toi qui es si vrai, qu’est-ce que tu ne veux pas montrer aux gens ?
Tomasi : Je ne sais pas. C’est dur… Mon ego, je crois que je n’ai pas trop envie de le montrer. Parce que ce n’est pas tant dans mes valeurs, même si on en a tous un qui peut être froissé ou qui peut être caressé de toutes les manières. C’est vrai que je ne sais pas trop.
Qu’est-ce que je pourrais ne pas avoir envie de montrer aux gens ? Je ne sais pas… Ou c’est peut-être dans la manière dont ils se vexent, mon ego, que je n’ai pas envie qu’on le voit. Ce métier, je ne sais pas si on peut le faire sans avoir d’ego. Ça coûte tellement cher, je trouve, de monter sur scène. C’est quand même quelque chose d’assez surnaturel. Contre-nature, plutôt.
Mais non, il y a quelque chose là-dedans. Et en fait, si on n’a pas envie de se montrer un peu, je ferais autre chose si je n’avais pas envie de me montrer.
LFB : Est-ce que tu as découvert quelque chose sur toi que tu ignorais jusqu’à la sortie de l’album ?
Tomasi : C’est une bonne question. Pendant la sortie de l’album ? Je pense que j’ai découvert que l’album aurait pu s’appeler « Celui qui ne fait rien comme les autres ».
Je crois que je me suis rendu compte que même en essayant d’imiter quelque chose ou en copiant, même pas en copiant mais en imitant, je crois que je n’arrive pas à le faire si je ne mets pas un peu de moi et si je n’ai pas le sentiment que ça va être différent de ce qui existe déjà.
C’est bien parce que ça me rend singulier mais c’est aussi compliqué parce que ça demande parfois d’avoir des clés de lecture que les gens n’ont pas sur ce que je pense. Et j’ai l’impression que j’ai appris ce truc-là que j’ai encore du mal à formuler, a priori.
J’ai tellement besoin de mettre du sens dans ce que je fais que parfois, j’oublie de donner la clé du sens aux gens (rires). Mais ça me rend singulier et je pense que c’est chouette quand même. Je ne sais pas si c’était très clair…
LFB : C’est dur de se dire qu’il n’y a aucun truc qui n’a jamais été fait.
Tomasi : Oui, bien sûr. Comment je pourrais le dire ? Je vais écrire beaucoup sur ma vie et c’est vrai que je vais rarement partir du principe qu’il faut tout expliquer et je vais plutôt lâcher les choses comme si je parlais à mon meilleur ami qui avait sûrement tout le contexte autour et ça ne me sert pas toujours. Mais ce n’est pas grave.
LFB : Tu t’es entouré de deux voire trois figures féminines que tu connais très bien. Mais surtout Elodie dont tu parlais et Iliona. Parce que tu as bossé pour elles. Mais est-ce que le projet, il a été travaillé différemment que quand toi, tu bosses pour elles ?
Tomasi : J’ai surtout bossé avec Elodie. Je n’ai pas travaillé sur le projet d’Iliona. Et en fait, avec Elodie, je suis intervenu à un certain moment de son projet Ojos. Notamment sur les textes. Là, ça a été vraiment différent. Je crois que j’ai amené vraiment des morceaux pour la plupart finis. Et l’idée, c’était vraiment de tout détruire et de reconstruire ensemble. C’est le truc cool de bosser pour les autres. C’est que j’ai plein de compétences. Mais je crois que ça ne m’intéressait pas de faire cet album tout seul.
J’avais besoin de le partager. J’ai eu trop de chance de le faire avec ces deux meufs incroyables. C’est toujours ce même truc de partager la joie. Je n’ai pas du tout cet égo de l’artiste qui fait tout tout seul dans son coin… Moi, ça ne m’intéresse assez peu. Même si je pense que je sais le faire. D’avoir quelqu’un d’autre en studio avec soi, c’est plutôt une manière de vérifier, de se dire qu’on partage ce truc-là. C’est qu’au moins, on ne se trompe pas. Au moins, il y aura ce moment d’engouement commun qui restera toujours.
Mais elles ne sont pas intervenues sur la partie sitcom, par exemple. C’était extrêmement musical. Les chansons étaient déjà plus ou moins finies. Je leur ai laissé de l’espace pour remettre beaucoup de choses en question, pour changer des structures. Même sur les paroles, je leur posais des questions pour voir si c’était juste. Je pense que c’est vraiment ce mot-là : juste. Et à trois, ça donnait un très bon équilibre.

LFB : Tu as bossé avec beaucoup d’artistes émergents. Je serais curieuse de connaître ta collaboration rêvée de la scène du cran au-dessus.
Tomasi : C’est une bonne question. En feat, je pense que ce serait MC Solaar ou OrelSan. J’aimerais beaucoup. Même si ce n’est pas très original. Il a tellement marqué ma génération. Je pense que c’est ça. Et MC Solaar parce que je trouve que ça reste encore aujourd’hui un des grands maîtres des mots de la langue française, de la pop. Même des textes touchent toujours dans ce qu’il écrit aujourd’hui. Et en prod, c’est une bonne question.
Je pense que ce serait de faire un album avec Adrien Gallo, le chanteur des BB Brunes. J’aimerais beaucoup faire ça.
LFB : On est à côté du Pop Up (du Label NDLR). Qu’est-ce que ce lieu évoque pour toi ?
Tomasi : Je pense que c’est l’endroit où j’ai fait le plus de concerts de ma vie. C’était une belle période. Il y a quelques années, on organisait des soirées qui s’appelaient soirées kimono. Beaucoup d’artistes émergents venaient jouer. C’était un peu un bordel à organiser et à tenir, mais c’était vraiment chouette. C’est un peu là où tout a commencé pour moi et où j’ai toujours envie d’y revenir. C’est une salle que j’adore et où je me sens bien. Et c’est cool de faire ça à côté.
LFB : Les chansons ne t’appartiennent plus. Qu’est-ce qui est à toi ?
Tomasi : Je pense que les histoires derrière les chansons et leur précision, qui n’est pas toujours très claire dans les morceaux, même si je donne beaucoup de détails, elles m’appartiendront toujours. Cet album m’a permis d’avancer. Il a fallu un moment à la fin. Le dernier morceau, c’est le dernier que j’ai fait. Ça m’a permis de lâcher quelque chose et de passer à un autre cycle de ma vie.
LFB : L’album est plutôt thérapeutique.
Tomasi : Je crois que c’est un peu thérapeutique chez moi. Ça n’a pas besoin de l’être tout le temps, mais c’est vrai qu’il y a quelque chose comme un journal intime à cœur ouvert. C’est très intime comme album. Je suis fier de ça.
LFB : Tu as des recommandations à nous faire ?
Tomasi : Dans les sitcoms, je suis dans les spin-off de Big Bang Theory mais je ne sais pas si je recommanderais ça. J’ai été voir la Palme d’Or, Un simple accident, et ça m’a beaucoup plu. J’ai trouvé ça assez génial. C’est très occidental pour un film iranien, mais c’est vraiment chouette.