Chroniques

La détonation Cannonball par Man/Woman/Chainsaw

Artiste
Man/Woman/Chainsaw
Album
Cannonball
Label
Fiction Records
Sortie
7 août 2026
© Charlie & Charlie

Depuis 2019, le sextet, Man/Woman/Chainsaw, disperse des singles plus que prometteurs, agitant la promesse d’un premier album comme l’on brandit une carotte pour faire avancer un cheval. Notre patience fut enfin récompensée avec la sortie de Cannonball le 7 juillet dernier.


Ok, fermez les yeux et laissez-vous emporter par votre imagination. Vous êtes dans un bar, assis sur un tabouret, le dos appuyé contre le rebord du comptoir. Dans votre main, une pinte de bière - ou un diabolo violette pour les plus sages d’entre vous - humidifie la paume de votre main, des gouttes perlant sur le verre, résultat de la condensation. Une sensation à laquelle vous ne prêtez aucunement attention, votre esprit étant trop occupé à observer les personnes présentes dans ce bar. Autant d’inconnus aux parcours et aux quotidiens différents, des vies qui vous sont étrangères mais que vous tentez de façonner en les observant. Une sorte de jeu pour combler l’ennui et divertir notre imagination que l’on pratique tous, parfois sans se l’avouer.


Un album à trois inconnues

Ce soir-là, vos inconnus se trouvent à des endroits différents du bar : l’un enchaîne les tirs de fléchettes avec une aigreur telle qu’il semble viser quelque chose de bien plus personnel que la cible ; une autre personne ne décroche pas le regard de son partenaire, souriant à en gercer les commissures de ses lèvres ; tandis qu’une troisième et dernière personne semble être la plus isolée du lieu, pourtant entourée d’un groupe d’amis qui enchaînent les histoires dans un bruit distinct.

Ces trois inconnus n’en sont plus, leurs identités révélées en ce 7 juillet 2026. Avec la sortie de leur premier album, Cannonball, Man/Woman/Chainsaw s’empare de ces histoires que l’on invente et en raconte un fragment au travers de ses trois voix principales : Vera Leppänen, Billy Ward et Emmie-Mae Avery.

Tour à tour, les musiciens dévoilent leurs univers. C’est la douceur pop-rock de Vera Leppänen qui ouvre l’album avec le morceau Only Girl, un morceau qui donne l’impression d’avoir été transpercé par la flèche de Cupidon, soudain épris d’une affection vorace pour ce groupe. Surgit alors une voix tout droit sortie des années 70, Goddamn, Lizard Man! introduit le timbre grave de crooner, revenu des abysses, de Billy Ward pour nous mettre en garde, non pas des repitiliens, mais des hommes toxiques. Un avertissement balayé d’un revers de la main par l’apparition d’Emilie-Mae Avery et son influence jazz redoutable, qui se prête autant aux déclarations d’amour avec Lighter qu’aux supplications d’une fin d’emprise pernicieuse sur - le déjà cultissime - Nosedive.


Redéfinir les contours de la création

Pendant 40 minutes, les six musiciens de Man/Woman/Chainsaw nous baladent entre leurs différents univers sans aucune faute. Alors que sur le papier autant d’influences semblent être un pari perdu d’avance, les Londoniens renversent les idées reçues ainsi que les attentes d’un album de pop-rock. Guidée par le violon que Clio Starwood - surnom dérivé de son patronyme — maîtrise avec une aisance singulière, elle et ses compagnons redéfinissent les contours de la création musicale. C’est sans prétention que l’on s’attend à ce que Man/Woman/Chainsaw influence la nouvelle génération de musiciens pop-rock.


En racontant l’histoire de ces trois inconnus à l’instar d’une sitcom, Man/Woman/Chainsaw signe avec Cannonball l’un des meilleurs premiers albums de la décennie.



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