Les clips de la semaine #298 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie des clips qui ont retenu notre attention cette semaine.

Courtney Barnett – One Thing At A Time

Absorber toujours plus pour se sentir vivant, engloutir cette envie de changement au fil d’un temps qui finit par s’étouffer, faute de liberté à nous offrir. Ce que nous désirons finira par se réaliser, mais pas sans remettre un peu d’ordre dans nos pensées, sans leur redonner la place qu’elles méritent dans nos esprits. Comme Courtney Barnett, vous êtes prêt(e) pour un changement. Alors honorez cette volonté, et avancez une chose à la fois.

Le nouvel album de l’artiste nous est apparu vendredi dernier, accompagné cette semaine d’une mise en images de son titre éponyme. Une musicalité brute et intime, fidèle à son travail, ici intelligemment tournée vers sa raison première de créer : le changement, avant tout, malgré un véritable cataclysme de désirs qui se manifestent en même temps.

Pas de solution miracle dans ce titre, mais plutôt une présence, presque un confident, qui traverse les mêmes choses que vous. De quoi se sentir moins seul(e), uni(e) dans cette période de vie. Et bien sûr, avec toute la passion qui nous anime, il reste possible de regarder plus loin, de comprendre que rien n’est perdu.

Pour l’instant, aucune date en France. En espérant pouvoir vivre sa musique en live cette année ou en 2027. En attendant, comme mentionné plus tôt, son nouvel album : One Thing At A Time, est disponible. Et il n’est pas impossible que vous entendiez à nouveau parler d’elle sur La Face B.

Pitou – Restlessness

Qui n’a jamais connu l’instabilité intérieure ?

Après avoir célébré la créativité retrouvée en tout début d’année, la chanteuse Pitou vient de sortir son nouvel EP P2 et révèle à l’occasion le clip du morceau Restlessness où le chaos se fait mouvement vers l’avant. Le morceau s’installe doucement en mêlant des influences free jazz et quasi orientales en introduction. Restlessness joue sur le calme et la tension latente.

Dans cette chanson, Pitou explore l’inquiétude douce et persistante, celle qui nous obsède quand on cherche le repos, celle où les pensées ne nous laissent aucun temps mort, quand on veut sortir la tête de l’eau… A la sortie d’un tunnel, Pitou nous emmène avec elles – car, oui, elle se démultiplie ! – sur son chemin de fer. Inconsciemment, on pense furtivement à la scène culte – bien qu’elle ne se déroule pas du tout au même endroit – de Mauvais sang où Denis Lavant entame une course enfiévrée sur les notes de David Bowie. La course de la néerlandaise s’achèvera dans une aquarelle onirique d’Eva Procee. Une invitation à lâcher prise devant l’immensité du monde.

Pour les plus chanceux, Pitou sera au Botanique à Bruxelles le 29 avril et le lendemain au Pop Up du Label.

Sheldon – Avec ça

Il y a quinze jours, Sheldon signait un retour fracassant avec son Grünt. Le 75e, pour la 75e Session, ça ne s’invente pas. Chauffés à blanc, les fans en redemandent et il ne s’est pas fait attendre. Après avoir annoncé sobrement un nouvel arc pour son projet, il dévoile cette semaine un clip lumineux et nostalgique pour son single Avec ça

Faire avec le temps qui passe, les potes qui grandissent et deviennent pères. Le devenir à son tour. Toucher au bonheur et se dire qu’il ne tient finalement pas à grand-chose. C’est tout cela dont parle Avec ça – une déclaration d’amour et d’amitié aux compagnons de route.

Robin, le réalisateur du clip,a filmé sa bande de copains en vadrouille, sac sur le dos et sourire aux lèvres. Des images prises au caméscope, dont se dégage une intense sensation de liberté. Aucun doute, c’est la vraie vie qui défile sous nos yeux. Le groupe d’amis, le cœur léger, ne se doute pas qu’une annonce va bientôt ouvrir une nouvelle page de leur histoire. 

Sheldon n’avait pas menti en annonçant qu’il s’apprêtait à sortir « les trucs les plus réels (…) depuis le début de (sa) carrière ». Une guitare en guise d’accompagnement, un texte sensible et un flow toujours aussi percutant. On n’en demandait pas tant – et on attend impatiemment la suite. 

Tété – Vertige du Seum

Après sept ans d’absence, Tété signe un retour magistral avec Vertige du Seum, un titre porté par une production cinématographique immersive et moderne. Ancré dans un piano organique, le morceau déploie un crescendo envoûtant : beat puissant, nappes d’arpeggiators, guitares hypnotiques et chœurs gospel qui élargissent l’espace sonore jusqu’à une libération cathartique. L’atmosphère oscille entre mélancolie hantée et ouverture lumineuse, sublimée par une voix frontale qui transforme l’hymne post-rupture en expérience universelle, captant le « bruit du silence qui hurle » dans une époque saturée d’émotions intimes devenues collectives.

À la croisée de la chanson française contemporaine et de l’indie pop émotionnelle, ce single inaugure un nouveau cycle libre et non formaté, où la narration musicale accompagne plus qu’elle ne commente. 

Bedouine – Long Way to Fall

Depuis son dernier album Waysides en 2021, la singer-songwriter Bedouine a multiplié les collaborations, notamment avec Norah Jones et Hozier. Apres un séjour chez sa famille en Arabie Saoudite, elle a entrepris l’écriture de Neon Summer Skin, son nouvel album attendu pour le 5 juin chez Thirty Tigers. 

Le disque raconte l’histoire de la famille et de l’enfance, le deuil de la fin de cette période et ce sentiment de sécurité que l’on n’arrive à nommer qu’une fois perdu. 

Premier single de cet album, Long Way to Fallmet en scène une conversation avec un membre de la famille aux prises avec une addiction. Bedouine confie à ce sujet : « Pour moi, ce morceau illustre la différence entre une relation très proche, presque fraternelle, vécue à un très jeune âge, et celle que l’on entretient à l’âge adulte. C’est plus délicat. Il faut respecter l’espace de l’autre, même quand on aurait envie de le secouer pour le réveiller. » 

Dans cet esprit, le clip, réalisé par Jackie Bao, aborde le deuil lié au passage à l’âge adulte avec une mise en scene de deux soeurs. Un morceau tout en retenue et en profondeur, qui augure une suite prometteuse.

Yael Naim – Solaire

Comme une conclusion qui vient éclairer son nouvel album, Yael Naim nous offre cette semaine le clip de Solaire.

L’artiste nous emmène dans le désert, sans doute le sien, en Israel. Le clip met en images le retour aux sources d’une femme qui sonde son âme, se remémore les épreuves qu’elle a traversées et se rappelle qui elle est, vraiment. Elle fait corps avec ce désert, non pas vide mais empli d’espace. Un espace propice à la création et la réinvention.

A lui-seul, Solaire raconte la profonde transformation vécue par Yael Naim au cours des dernières années. Un processus long pour aboutir à une renaissance, telle la chrysalide – symbolisée par le léger voile qui entoure Yael Naim – qui devient papillon.

Solaire, c’est le chemin vers la reconquête de la liberté. On ne peut s’empêcher d’y voir un message politique fort en faveur de la paix. On n’en attendait pas moins de Yael Naim, artiste définitivement engagée.

Yael Naim poursuit sa tournée dans toute la France. Elle sera notamment à La Cigale le 13 avril prochain et à l’Olympia le 23 mars 2027.

Courcheval – Péricarde

C’est un homme fin sur un tabouret, le cheveu grisonnant et la guitare à la main. Le premier mot de sa chanson, c’est péricarde. En voilà un défi. Il faudra faire avec. Peut-être que l’on pourrait s’en servir pour rappeler à quoi tient vraiment la vie. Un tissu épais de 1 à 2 mm, qui renferme ce bel organe que les poètes appellent le coeur. Rien qu’une membrane minuscule.

Et pourtant, il y a de la beauté dans ce titre de Courcheval, une beauté qui vous prend par surprise, comme un refrain qui s’envolerait de l’épiderme aux grands espaces, du microscopique à la grande histoire.

Dans tout cela, « c’est le corps qui dicte », écrit Courcheval. Il ressent, il sait. Il vit. Et là est tout l’intérêt : parce que si l’on écoute le nôtre dans cette chanson au titre curieusement prosaïque, on l’aperçoit qui frissonne. Alors on goûte de plus en plus les belles lumières de Lenny Urbain, qui réalise le clip. Et, les lèvres pliées dans un sourire, on se prépare à un dernier envol. 

Milena – Moi, j’y crois encore

Comment faire face à une rupture, aux sentiments et aux projections qui restent ? Milena, chanteuse d’origine arménienne, signe avec ce nouveau titre Moi j’y crois encore : un hymne pour traverser cette période. Une chanson pop, fédératrice qui donne du courage.

Elle explore ce moment suspendu : celui qui suit une rupture, lorsque tout semble terminé, mais que le cœur refuse encore d’y croire. Elle se fait finalement funambule : ne sachant pas si ces émotions sont vouées à disparaître ou non. Milena collabore avec Maxime Bouet pour réaliser le clip de Moi j’y crois encore. On retrouve la chanteuse dans un décor, qui rend hommage à ses origines, s’accrocher à ses origines.

deary – Alma

Le vidéoclip de deary pour Alma a une esthétique douce et un peu rêveuse, qui va bien avec le style du groupe. On y voit deux filles face à face dans un décor au bord de l’eau, avec une ambiance très calme et brumeuse. Après recherche, j’ai réalisé que ce sont en fait des jumelles, ce qui donne encore plus l’impression de miroir ou de double. Le groupe vient aussi du Royaume-Uni, ce qui se ressent dans ce côté un peu mélancolique et atmosphérique.

Le clip est très lent, avec peu de mouvements, comme si le temps était un peu suspendu. Les images sont douces, presque floues par moments, ce qui donne un côté rêve ou souvenir.

Le visuel reflète bien les paroles, avec une impression de dialogue intérieur, comme si on se parlait à soi-même, en se demandant si on peut vraiment se faire confiance.

Loud – A Win Is a Win

Le vidéoclip de Loud pour sa chanson A Win Is a Win mise sur une esthétique simple et directe, autour du thème du succès. Le clip est filmé en plan-séquence, ce qui donne l’impression de suivre Loud en temps réel, sans coupure.

On le voit d’abord en show, puis descendre de la scène pour aller dans la foule, proche du public. Il prend le temps de connecter avec eux, presque comme pour les remercier directement. Ensuite, il passe en backstage, avant de finir dehors, plus relax, en train de chiller avec son équipe. Ce parcours donne une vision complète de son univers, du moment sur scène jusqu’à ce qu’il y a autour.

Le clip parle aussi beaucoup de gratitude. Loud remercie les gens qui l’ont soutenu et qui ont contribué à son parcours dans la musique. Il mentionne aussi ceux qui n’ont pas cru en lui, comme une façon de dire que ça l’a motivé à se dépasser.

L’ensemble reste naturel, sans trop en faire, avec une énergie confiante et posée. C’est un clip qui ne cherche pas à impressionner, mais plutôt à montrer un moment vrai, et à souligner que chaque petite victoire compte.

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