Chroniques

Magi Merlin nous ouvre les portes de sa Power House

Artiste
Magi Merlin
Album
Power House
Label
Bonsound
Sortie
10 juillet 2026
© Sophia Perras

Magi Merlin nous dévoile avec Power House un premier album à l’image de son univers : éclectique, futuriste, électronique, mais surtout totalement libre. Avec cet album, les frontières entre les genres semblent ne jamais avoir vraiment existé. Jazz, hip-hop, musique industrielle, électro, pop et R&B se mélangent pour donner naissance à ce qu’elle appelle elle-même le « broken R&B ». Une musique qui n’est pas faite pour se conformer aux standards (et merci pour ça !) mais qui témoigne surtout d’une artiste ayant construit son propre langage sonore.

Et pour entrer dans cette Power House, il faut d’abord franchir la porte de Welcome Home. Le morceau semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Les sonorités industrielles et électroniques se mêlent à une sensibilité jazz, tandis que la voix de Magi Merlin nous entraîne dans un univers psychédélique et ensorcelant. On a alors ce sentiment de franchir le seuil de son intimité, comme si l’on entrait dans un rêve qui ne lui appartient qu’à elle. Une esthétique minimaliste, qui laisse pourtant énormément de place aux textures et aux détails.

Puis l’énergie change avec SpiceKick. Plus catchy, plus pop, le morceau met immédiatement en avant une production rythmée. On retrouve Magi Merlin avec sa singularité : une voix qui navigue constamment entre rap et chant, avec un timbre qui semble nonchalant et pourtant totalement maîtrisé. Les sonorités électroniques donnent au morceau un côté minimaliste et laissent toute la place à sa voix.

Cette énergie se prolonge naturellement avec EAT!ME!OUT!, où son interprétation prend une couleur beaucoup plus jazz. Les rythmes sont plus asymétriques, les harmonies vocales se multiplient et sa voix révèle ici une couleur soul qui n’est pas sans rappeler Selah Sue. Magi Merlin semble déjà avoir trouvé sa propre signature et nous impressionne par sa capacité à mélanger différentes esthétiques avec une facilité déconcertante. Les deux morceaux se répondent parfaitement, portés par une même énergie positive et cette façon presque désinvolte de faire danser sa voix sur les rythmes.

La découverte de la Power House continue avec So Smart. Magi Merlin revient à une production plus minimaliste et laisse davantage de place à ses qualités de vocaliste. Une nouvelle fois, tout repose sur le rythme : celui de la production, mais aussi celui de sa diction et de sa voix. Chez elle, chanter ne consiste pas seulement à suivre la musique. Sa voix devient elle-même un instrument rythmique. Une approche que l’on retrouve sur Thank You !!!, où ce travail sur la voix prend une dimension encore plus singulière.

C’est d’ailleurs mon titre préféré de l’album. La mélodie est unique, constamment suspendue entre parole et chant, tandis que l’instrumentation gagne progressivement en richesse. Magi Merlin semble ici coincée dans une faille temporelle : sa voix s’arrête, repart, se découpe et vient elle-même créer le rythme du morceau. Il y a quelque chose qui rappelle M.I.A. notamment dans cette façon de transformer le chant en véritable matière sonore et rythmique.

Et puis, au milieu du morceau, quelque chose bascule. Un effet appliqué à sa voix vient soudainement en modifier la texture et donne au morceau une nouvelle dimension. La production gagne alors en ampleur : les traitements vocaux se multiplient, les sonorités électroniques se densifient et l’ensemble devient beaucoup plus riche instrumentalement. C’est là que Thank You !!! prend toute sa puissance, faisant progressivement monter le morceau en intensité. Du sucre pour nos oreilles !

Cette puissance qu’on retrouve à la fin de Thank You !!! se prolonge dans WHIP. Le morceau le plus catchy de l’album selon moi. Magi Merlin laisse apparaître ses influences jazz, notamment dans les harmonies et le phrasé vocal. Le titre est d’une précision redoutable. En effet, le rythme créé par la diction de Magi Merlin est impressionnant : chaque syllabe semble avoir été pensée comme un élément de percussion. Et lorsque le refrain arrive, elle chante enfin à pleine voix, dévoilant une puissance vocale sublime. Elle ne cherche jamais à faire une démonstration vocale spectaculaire. Elle maîtrise sa voix, la place exactement là où elle doit être et s’en sert pour faire vivre le rythme. Une douceur qui devient une véritable force.

Avec Crawl, la maison change encore de pièce et plonge cette fois dans une atmosphère plus industrielle et vaporeuse. Les sonorités sont brutes et saturées, et peuvent rappeler par moments l’univers de Nine Inch Nails. Cette saturation fait d’ailleurs écho aux paroles, où Magi Merlin évoque une forme de lutte intérieure et cette sensation de ne pas réussir à avancer. La voix elle-même semble se déformer et se saturer, comme si elle était prise dans cette tension, pour ne faire plus qu’un avec l’instrumentation. À travers ce titre, Magi Merlin nous montre une fois de plus qu’elle est une artiste qui ne s’enferme dans aucun univers musical et qui fait vivre sa musique à travers ses inspirations et son imagination, sans jamais perdre son identité.

pixxie apporte une lumière nouvelle à l’album. C’est le morceau que l’on a envie d’écouter sur une longue route d’été, fenêtre ouverte, la main dehors, en fredonnant cet incroyable refrain entêtant. On retrouve ici Magi Merlin sur une production légère, dans la continuité de Thank You !!! et de WHIP, avec une voix exclusivement chantée. Le titre agit comme une bouffée d’air et permet à l’album de respirer avant de repartir ailleurs.

Workout représente peut-être le cœur même du « broken R&B » de Magi Merlin. Une voix sensuelle, un rythme saccadé, une production épurée et des sonorités jazz qui viennent ponctuellement s’intégrer au morceau. Tout semble construit autour du rythme : sa voix épouse les instruments, les devance parfois, puis vient se placer exactement là où on ne l’attend pas. Les cuivres apparaissent par touches et rappellent cette dimension improvisée, proche du jazz, où la liberté semble être le principe même de la composition.

Prendre une multitude d’influences, les déconstruire, les faire se rencontrer et finalement créer quelque chose qui n’appartient plus qu’à soi : c’est probablement là que réside toute l’identité de Power House.

Cette liberté devient presque dysfonctionnelle sur Salt. Le morceau plonge à nouveau dans une esthétique industrielle, avec des effets très marqués sur la voix comme sur les instruments. On a l’impression d’assister à un bug dans la matrice : une piste se brise, se répète, repart, puis semble de nouveau se fissurer. Comme si Magi Merlin prenait les codes de la musique électronique pour mieux les dérégler. Et c’est justement dans cette imperfection contrôlée que le morceau trouve sa force.

Après avoir traversé toutes ces différentes facettes, POPSTAR arrive presque comme une synthèse. On y retrouve tout ce qui fait la richesse de l’album : la puissance musicale et vocale, les effets, les sonorités électroniques et industrielles, le côté volontairement crade et saturé, mais aussi cette obsession du rythme. La voix de Magi Merlin y est volontairement imparfaite, parfois brute, parfois transformée, et toujours incroyablement séduisante. C’est comme si toutes les pièces de la Power House s’étaient finalement réunies dans un seul morceau.

Et lorsque l’on pense avoir fait le tour de cette maison, Magi Merlin ouvre une dernière porte avec Wtvr. Le morceau clôture l’album sur une énergie drum&bass et électronique particulièrement dansante, avec une dimension hip-hop qui le rend dansant. La production est éclatante, mais la voix reste toujours au centre. En effet, la voix est mise en avant avec une subtilité et une maîtrise qui témoignent une nouvelle fois de son talent. Ce dernier titre résume finalement assez bien l’aventure que propose Power House : des machines, de l’électronique, de l’industriel, du jazz, du hip-hop, du R&B et une multitude d’autres influences qui donnent naissance à un album d’une singularité et maîtrise époustouflante.

Power House n’est pas une simple accumulation d’influences : c’est un univers. Une maison musicale dans laquelle chaque pièce possède sa propre ambiance, tout en appartenant au même décor. Et derrière cette impression d’éclectisme permanent se cache une véritable cohérence : celle d’une artiste qui utilise sa voix comme un instrument, le rythme comme une matière et les machines comme un terrain de jeu.

Magi Merlin est définitivement une artiste à suivre de très près. Et pour les plus chanceux, vous pourrez la retrouver à Rock en Seine le 26 août. Et si je peux vous donner un conseil : allez la voir en live. Parce qu’après avoir découvert sa Power House depuis chez nous, il ne reste plus qu’à voir jusqu’où elle peut nous transporter sur scène.

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