Mana, l’ep de Chloé Antoniotti qui traduit ce qu’on ne sait pas nommer

Il y a des émotions que l’on ressent sans jamais savoir les nommer. Chloé Antoniotti, elle, a décidé de les faire résonner. Avec Mana, la pianiste autodidacte savoyarde signe un EP de cinq morceaux construits autour de mots intraduisibles. Un voyage intérieur, porté par un piano qui n’a besoin d’aucun mot pour tout exprimer.

La nature comme langage

Mangata ouvre l’EP Mana comme une fenêtre entrouverte sur un lac de montagne à la nuit tombée. Le titre s’appuie sur ce mot suédois “mangata”, qui désigne ce chemin de lumière que trace la lune à la surface de l’eau. Une image qui dit tout, ou presque, de ce que Chloé Antoniotti cherche à capturer ici.

Le morceau démarre dans une légèreté presque fragile, porté par des arpèges lyriques qui semblent flotter. Puis, quelque chose se resserre. Les percussions s’invitent en sourdine, discrètes, pour ne jamais écraser le piano. En moins de trois minutes, la pièce a basculé : ce qui commençait comme une promenade contemplative se révèle traversé de pensées plus intenses, celles qui surgissent précisément quand le silence et l’isolement font tomber les défenses.

La nostalgie et la puissance cohabitent sans se contrarier, et le morceau se referme dans une impression de dénouement apaisé, comme si quelque chose venait d’être résolu, sans avoir eu besoin de mots.

Komorebi est, d’une certaine façon, le morceau fondateur de Mana. C’est lui qui a tout déclenché. En tombant sur ce mot japonais, au détour d’un poème écrit pour son amoureux, Chloé Antoniotti a eu la révélation : et si tout un EP pouvait naître de ces mots qu’une langue invente là où les autres restent muettes ?

Le morceau porte cette genèse avec une douceur désarmante. Il y a quelque chose d’infiniment doux. On pense à la paix d’une forêt en matinée, mais aussi, plus intimement, à la chaleur d’une relation, celle qui protège sans étouffer, qui illumine sans brûler. Puis vient la montée finale. Et là, Chloé laisse l’émotion prendre toute la place. Le piano s’élève, s’intensifie, jusqu’à atteindre ce point de bascule où la beauté devient presque insoutenable.

Mana occupe le cœur de l’EP, et ce n’est sans doute pas un hasard. Emprunté aux cultures polynésiennes, le mot désigne cette énergie vitale et invisible qui circule librement entre la nature et les êtres qui l’habitent. Une force que l’on ne voit pas, mais que l’on sent. Exactement ce que fait ce morceau.

Musicalement, le morceau fonctionne comme une boucle qui se réinvente continuellement, creusant son sillon avec patience. Par son titre, il relie les différents thèmes de l’EP et en constitue en quelque sorte le fil conducteur. Pour Chloé, ce morceau représente aussi une ouverture : vers de nouvelles harmonies, de nouvelles émotions, la liberté d’explorer des sonorités encore inconnues.

Avant que le jour se lève

Sahar est le seul morceau de l’EP à ne pas être né avec lui. Composé bien avant le projet Mana, il n’était pas destiné à y figurer, jusqu’à ce que Chloé le redécouvre en le jouant au studio Pigalle. L’évidence s’est imposée d’elle-même.

Le titre aussi. Sahar, en arabe, désigne l’instant juste avant l’aube, et l’état de veille paisible qui l’accompagne. Cette heure suspendue où la nuit n’est plus tout à fait là et où le jour n’est pas encore arrivé. Chloé avait déjà ce mot en tête, et il lui allait parfaitement. Il y a quelque chose de juste dans cette rencontre entre un morceau ancien et un mot qui évoque la transition. Comme si Sahar avait attendu son heure et trouvé sa place au bon moment.

Heimat referme l’EP sur une question intime. Le mot allemand est difficile à traduire précisément. Il évoque à la fois le foyer, le pays natal, la maison d’enfance, le « chez-soi » et c’est peut-être justement cette impossibilité à le fixer qui a retenu Chloé.

À la fin du morceau, on entend une voix d’enfant qui invite à rentrer “à la maison”. Cette phrase fait écho à quelque chose de plus profond : pour Chloé, le chez-soi n’est pas un lieu que l’on peut pointer sur une carte. C’est un sentiment, lié aux personnes qui nous entourent. Heimat est une ode à cette idée et une façon de clore Mana là où tout commence toujours : auprès de ceux qu’on aime.

Finalement Mana c’est cinq mots, cinq émotions et une seule langue : la sienne.

Chloé Antoniotti vous donne rendez-vous le 8 avril à la Gaîté Lyrique. Prenez vos places !

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