Maxence, sensible, hypersensible : un nouvel EP à découvert

On s’est posé papoter avec Maxence pour la sortie de son nouvel EP, Déjà. D’une période compliquée, il en a fait un magnifique recueil de 6 chansons reprises en piano-voix, accompagné par Chloé Antoniotti.

© Romane Leo Marsault

Comment ça va ?

Ça va, franchement, ça roule, tout se passe. Là, il sera sorti, l’EP. J’ai trop hâte. Je suis aussi excité, c’est chouette. C’est cool, parce que forcément, dans ce métier, dès que tu fais un truc, t’as envie que ça sorte aussitôt.

Ça fait combien de temps que tu le couves ?

Franchement, c’est pas le projet que j’ai mis le plus de temps à couver. Je pense que ça fait… Juste un an. Donc ça va, franchement, pour certains projets, des fois, ça dure beaucoup longtemps.

Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, d’habitude, je demande juste : « présente-toi ». Mais là, je me suis dit, tiens, on fait un portrait chinois. Du coup, tout ce que tu as à faire, c’est de compléter les trous.

Ok !

Si tu étais une météo, tu serais …?

 Je serais de la pluie, mais il fait bon. Genre tu peux être en t-shirt sous la pluie, et du coup elle est quasi rafraîchissante, quoi. C’est pas désagréable.

Si tu étais une plante ?

C’est une bonne question. C’est tellement dur, je peux mettre des heures là-dessus. Un jasmin.

Ça sent bon.

Ça sent très bon. Si tu étais un dessin animé ?

Bob l’éponge, je crois.

Si tu étais un tatouage pas ouf ?

 Je serais le « Carpe Diem » parce que j’ai vraiment envie d’y croire à ça.

Si tu étais un animal ?

Un labrador.

Si tu étais un moment de la journée ?

Je serais le matin.

Si tu étais une couleur ?

Je serais le orange.

J’aime bien que ce soit sans explication.

Ah, tu veux que j’explique ?

Non, c’est trop bien parce que quand on regardera tout, on se dira, ok, ça, c’est Maxence. Si tu étais un film ?

Je serais Swiss Army Man.

Niche,

Oui, parce que j’allais dire Truman Show, mais non, Swiss Army Man, il englobe bien ce que j’aime. C’est-à-dire, c’est à la fois hyper absurde, mais en même temps il y a beaucoup de poésie.

© Romane Leo Marsault

 Si tu étais une chanson ?

Ça, c’est dur. Je serais Digital Bath de Deftones.

Si tu étais un biome ?

Je serais la garrigue, parce que c’est chez moi.

Si tu étais un livre ?

C’est compliqué, mais… Je serais Ratus, pour apprendre à lire en CP.

Si tu étais une odeur ?

Peut-être la sueur… L’odeur de savon à l’amande, mais l’amande chimique. Il y a la citronnelle aussi, l’un ou l’autre.

Ça sent l’été. Ça sent l’enfance, quand on allait à la fête foraine. Tous les étés dans le sud où j’étais, il y en avait. Ça me rappelle vraiment la fête foraine.

Et le dernier, si tu étais un super héros ou une super héroïne ?

Je ne suis pas calé en super-héros. Spiderman ? C’est un des seuls que je connaisse et que je kiffe, parce que j’ai beaucoup joué aux jeux sur Xbox.

Je trouve que ça te représente très bien, tout ces trucs.

Donc ça, c’était la question deep (rires).

Exactement ! Comment tu définirais ton style de musique ?

Ah ça c’est toujours un sujet.

Car il beaucoup changé ?

Il est variable, vu que là en plus c’est du piano-voix. Je dirais que c’est de la plutôt pop, même si la pop ça veut tout et rien dire. J’aime bien dire, et c’est énervant, que c’est de la pop décomplexée. Ça veut rien dire, mais je ne sais pas mieux le dire.

Tu sors ton nouvel EP, il s’appelle Déjà. Et il est, comme tu l’as dit, hyper acoustique. Pourquoi tu t’es rapproché du piano voilà, cette fois ?

 Je me suis rapproché de ça parce que je voulais, un peu comme la plupart de mes chansons au global, mais alors là, clairement, c’est le cas, j’ai toujours une approche très cathartique avec la musique. C’est vraiment plus par besoin, avant d’être par envie. Et là, très clairement, j’avais envie de coucher sur le papier des sentiments un peu durs que j’avais en moi, beaucoup de ruminements et de tristesse. Et tout simplement, moi qui ai dans le passé beaucoup usé de métaphores, d’effets, de styles, que ce soit sur ma voix ou dans la production musicale, je voulais aller vraiment à l’essentiel et à la brutalité, à l’expression pure. Et à mon sens, au-delà de la voix, l’instrument qui a le plus d’émotion et d’expression, c’est le piano. Donc je me suis dit, autant allier les deux.

Tu disais que c’est cathartique, la musique. Si tu devais choisir entre juste écrire et ne pas faire de musique, ou bien ne faire que de la musique et ne pas écrire, qu’est-ce que tu choisirais ?

Donc je pourrais, peut-être, jouer de la musique des autres, potentiellement ? Chanter celle des autres ?

Oui.

Alors écrire, je pense. Ça avancera le côté cathartique. En fait, c’est là où c’est très compliqué…

Non, je ne peux pas dire l’autre.

Ah ouais ?

En fait, ce qui me fait le plus grand bien et ce que j’adore faire, c’est jouer devant des gens. C’est partager un truc et… Vivre un moment où on est tous en communion autour d’une œuvre. Donc effectivement, écrire, c’est me renfermer dans ma solitude. Malheureusement, je préfère être dans la lumière que dans l’ombre.

Oui, c’est mieux pour tout lâcher.

En tout cas, j’en ai plus à nouveau besoin et envie.

Sur l’EP, tu as travaillé avec Chloé Antoniotti. C’était bien de collaborer ?

C’était génial, d’autant plus que je suis tombé en amour avec ce qu’elle faisait. Quelques temps avant de la contacter, je l’ai découvert. Et d’autant plus cool que je lui ai proposé le truc et qu’elle a accepté. Et d’autant plus cool qu’elle a fait un truc à mon sens divin et magnifique, je ne peux pas imaginer que ça ait pu être mieux.

C’est vrai qu’elle est vraiment forte. Vous avez fait une petite vidéo filmée dessus ?

Non, on n’a pas eu l’occasion. Franchement, elle est très occupée parce qu’elle est très talentueuse et du coup très sollicitée. On n’a pas encore eu l’occasion, il faudrait qu’on le fasse.

J’ai hâte de voir. Et avec qui d’autre tu aimerais bien travailler en musique ? Que ce soit, soit de co-écrire, soit faire de la musique. Des gens que t’aimes bien, avec qui t’aimerais bosser.

Je t’avoue que j’ai pas trop réfléchi. Parce qu’en fait, la seule vraie personne, c’était Julien Doré, parce que c’était aussi pour remplir un rêve d’enfant. On a fait une chanson ensemble. C’était très cool. J’ai pas de gens, précisément, parce qu’au global, moi j’adore juste rencontrer des gens, faire de la musique avec eux. J’aimerais par contre plus écrire avec des gens, partager ça aussi.

© Romane Leo Marsault

Tu écris tout tout seul ?

Ouais, mais j’adore échanger sur des idées et partager des idées, et créer des choses de zéro avec des gens. Et vu que je maîtrise peut-être plus l’écriture que la composition, j’aimerais bien juste faire des choses avec des gens en général car j’ai toujours été très fermé, et c’est même plutôt nouveau pour moi de m’ouvrir avec des personnes. Donc j’avoue, j’ai pas de nom en tête, mais juste la possibilité de le faire m’excite.

T’as déjà écrit pour des gens ? Ou co-écrit avec des gens sur leur projet ?

Jamais.

Tu aimerais bien ?

Ouais, grave. En tout cas, si je peux être utile, oui. Si les gens sentent que ma patte peut les aider, grave, parce que j’ai beaucoup beaucoup de textes que j’exploite pas donc peut-être que ça pourrait parler à des gens.

Publie un petit recueil !

Un recueil de poèmes, oui en vrai !

Cool, t’écris des poèmes ? ou tu écris des textes de chansons seulement ?

Les deux. Quand j’ai vraiment commencé à assumer un peu plus mes compositions, de base c’était des poèmes que j’ai repris. En fait, j’avais pas pensé que je pouvais chanter les trucs que j’écrivais. J’ai toujours beaucoup écrit.

La moitié de l’EP que tu sors, c’est des reprises d’anciens sons à toi. Est-ce que tu les as remis au goût du jour ? Pourquoi ?

Parce que cet EP, il avait plusieurs volontés. Déjà, j’avais envie de me prouver à moi-même que je pouvais écrire des choses dénudées, assumer cette fragilité en moi, de n’être pas trop dans le spectacle. Enfin, moins dans le masquage des choses. Et donc, je voulais aller dans cette brutalité. Je voulais donc, par cette même démarche, retrouver des textes dont j’étais plutôt fier, qui sont déjà sortis, et aller me les réapproprier.

Par exemple, j’ai en tête La lune à trois heures du mat. Cette chanson, l’originale, en vrai de vrai, ma voix n’est pas trop maîtrisée. Il y a beaucoup d’effets dans ma voix, il y a beaucoup de surproduction musicale. Et je pense que c’est normal parce que, faire quelque chose, c’est forcément sentir qu’on a plus de facilité à le faire au fur et à mesure. J’avais beaucoup mal à assumer ce que je faisais et qui j’étais au tout début. Donc, je me suis dit, vas-y, j’aime bien le texte, je vais essayer de le faire de la manière la plus simple possible.

Et c’est aussi pour ça, notamment pour Poids-lourd, pour le coup qui est une chanson plutôt qui est très axée autour du piano, ces trois reprises on les a fait dans des conditions du live avec Chloé. Je pense que ça s’entend, on n’était pas au clic, on n’avait pas de tempo, je voulais qu’il y ait une sorte de trace un peu figée d’une interprétation de Poids-lourd parce que j’adore la chanter en live. Et souvent on m’en parle de cette chanson, elle ressort souvent lors de mes concerts donc je trouvais ça aussi chouette de pouvoir le proposer sur un projet. Il y a plus des interprétations de mes chansons que des versions studio quoi.

Trop bien. J’avais une question sur l’expiation. On a déjà un peu parlé du fait que la musique te permet de te libérer un peu toi-même de tout ça, tu sors de ta tête tout ce que tu penses.

Oui. Ce ne sont même pas des choses que je conscientise. Je sens qu’il y a une espèce de boule de nœud en moi, dans ma cage thoracique. Et il faut que je sorte des trucs, des mots. Des fois, je me surprends un peu… Ça fait vraiment le Dark Sasuke (rires). Des fois, je retrouve des trucs, il y a une noirceur ! Comment j’ai pu écrire ça ? Mais au moins, c’est qu’il y a un truc en moi qui parle. Et en général, ça me soulage. Typiquement, la chanson Poids-lourd, c’est un truc plutôt dramatique que j’avais vécu, que j’avais très mal vécu. Franchement, de l’écrire le lendemain, ça allait beaucoup mieux.

Si on pouvait capturer le moment le plus probable où tu es en train d’écrire un texte, tu serais dans quelle situation ?

Je vais casser un mythe. C’est en train de jouer aux jeux vidéo.

Oh, tu as le petit carnet à côté de l’ordi ?

Non, en fait, c’est con, mais… Typiquement, La Lune à 3h du mat’, quand je l’ai écrit, évidemment j’étais pas yolo, en train de kiffer.

Gros fun, j’imagine.

Gros fun, mais disons qu’une fois que t’es trop dans le truc, t’es en tunnel, t’as besoin un peu de souffler. Du coup, je jouais à Fortnite, c’est l’année où c’est devenu populaire. C’était 2018, je crois, ou 2017. J’ai les idées qui viennent pendant que je joue.

Le même morceau, la mélodie du refrain m’est venue quand je rentrais dans l’eau à la piscine municipale de Nîmes. J’étais dégoûté parce que j’adorais la mélodie, donc pendant toutes mes longueurs, je me la chantais dans la tête pour pas l’oublier, pour l’enregistrer après.

C’est la même qu’il y a maintenant ?

Oui ! Mais donc souvent, ça m’arrive plusieurs fois en jouant aux jeux vidéo.

Quand j’étais en seconde, tu as ouvert la voie dans ma tête que c’était possible d’être décalé et d’être aimé quand même, d’être sensible, overthinker et d’être aimé quand même. Ce n’est pas trop un exemple que j’avais autour de moi et c’était trop bien. Est-ce que, du coup, toi, tu t’es toujours senti plus sensible que dans ton entourage, dans ton enfance ? Est-ce que t’as ressenti une différence ?

Je l’ai senti très vite. Je suis très vite allé voir des spécialistes. J’ai très vite été diagnostiqué hypersensible. Avec son lot d’avantages et de grosses tars. J’ai souvent été moqué. Le besoin vital de me mettre dans des rôles, de devenir important, au-dessus des gens, d’attirer l’attention, et surtout, j’ai toujours eu ce truc un peu caméléon, la volonté de plaire à tout le monde, mais du coup j’arrivais facilement à m’intégrer dans les groupes, dans les manières d’agir, dans les blagues. Mais ça, pour le coup, je pense que quand on est jeune, c’est un peu compliqué. Après, tardivement, j’ai réussi un peu à renverser le truc, je pense, et à comprendre qu’il y avait moyen d’en faire une force de nos différences. Et ça a toujours été un truc que je revendique.

Ces dernières années, c’est un truc même que je trouve important, que je répète à mes concerts. Je dis aux gens de garder en tête que c’est leurs singularités qui font la beauté de ce qu’ils sont. Et souvent, on est tenté d’aller dans des cases dans lesquelles les gens veulent nous rentrer. Tant pis, qu’ils aillent se faire foutre. Et la case, on la crée soi, et puis tant pis si on est hors des cases, on trouvera toujours, justement, des gens qui nous comprendront. Un refuge. Et je pense que c’est important.

Je crois que je l’ai un peu perdu au moment du passage à l’âge adulte. Je veux dire, après ma vingtaine. Mais là, je me rappelle qu’il n’y a rien de plus précieux que ça, assumer qui on est, l’accepter. Et du coup, ça ne peut que bien équilibrer son entourage, sa santé mentale. C’est les moments qu’on passe et c’est la chose la plus importante dans la vie. Au-delà du succès, de la carrière, du mérite, c’est juste de passer des chouettes moments avec les gens qu’on aime. C’est le plus précieux.

© Romane Leo Marsault

On parle pas mal d’hypersensibilité. En vrai, je trouve que dans le paysage musical en ce moment, l’hypersensibilité, mais même toute la santé mentale je trouve est beaucoup plus décomplexée.

Ouais, bien sûr. Je trouve ça trop cool. D’ailleurs, c’est marrant, Zaho de Sagazan l’avait personnifié un peu pareil dans La symphonie des éclairs. J’avais écrit une chanson qui s’appelait Averse, je parlais de ça. Alors ça a été très codé, à nouveau plein de métaphores, c’est très lié à ma manière d’écrire d’avant. J’aimais bien être un peu énigmatique, mettre tout personnifié. Chose dont je me détache maintenant parce que justement, il faut que j’assume mes propos, j’arrête d’essayer de chercher mille métaphores. C’est un truc d’acceptation. Mais c’est marrant du coup, je parlais d’averses, de nuages, elle parlait de ça, de cette chanson. J’étais traversé par la sensibilité, des fois c’était une espèce d’orage qui se réveillait en moi. C’est assez marrant du coup.

C’est une belle métaphore. Toi, t’aimes bien qui ou quoi en ce moment en musique ?

Justement, vu que je disais un peu que j’étais en train de me retrouver, là où ces dernières années, j’avais vraiment le sentiment de perdre ma candeur, ma naïveté, l’enfant en moi. Là, j’ai l’impression d’avoir un regain de ce pour quoi la vie est faite, et un plaisir à aller vers la vie et à m’amuser dans ce que je fais, du coup je reviens un peu à mes bases qui m’ont toujours animé. Plutôt du grunge, plutôt du rock, plutôt du métal, du shoegaze. Je réécoute les trucs que je hurlais quand j’étais ado, et ça me fait vraiment du bien.

T’as parlé de l’enfance, on dit qu’il faut garder son enfant intérieur pour être un artiste, est-ce que tu es d’accord ?

Pour être un artiste, je ne sais pas, et encore même la conception de l’artiste, je remets un peu en question le terme parce que j’aime pas trop la dissociation que ça crée entre les artistes et le peuple. J’ai un peu le sentiment qu’on est tous artistes, qu’il faut garder son enfant intérieur qui qu’on soit. C’est trop important, parce que sinon la vie est quand même bien merdique. Il faut garder cette candeur.

Après l’idée c’est, je ne sais pas, si il fallait faire une image, il faut lâcher la main de l’enfant, il faut le mettre sur les épaules. Il faut pas rester l’enfant, je pense, mais il faut aborder tout de même la vie comme ça. Moi, je le fais, j’ai l’impression, naturellement, j’ai pas le sentiment de l’avoir conscientisé, mais c’est vrai qu’on me le fait remarquer parfois que dans mon travail, que ce soit en comédie, même des fois on vient me chercher un peu pour ça. Dans mon écriture, je remarque que des fois j’ai un peu des tournures enfantines. J’ai un attrait à ça, mais effectivement je pense que c’est important.

Oui, je suis d’accord. Le Trianon, c’était bien ?

C’était génial.

Ça représentait quoi pour toi ? Parce que c’est un peu le gros dernier concert en date, là.

Alors, ça représentait, en tout cas, mon meilleur souvenir de scène, clairement. Mais ça a aussi représenté, juste après, le début d’une période très sombre pour moi. Parce que d’autant plus que j’estime être plutôt sensible, effectivement, c’est un métier qui n’est pas facile quand tu es dans cette condition. Ce ne sont que des montagnes russes. Et c’est en même temps nécessaire.

En fait, c’est comme si ma vie était à zéro, que le Trianon m’avait mis à +20 et qu’après j’étais à -20. Un peu ça. Le silence qui en suit est très dur, ça m’a beaucoup heurté. Ça m’a donné envie de comprendre. Je suis toujours en quête et ça va mieux.

Pourquoi ce besoin viscéral d’être sur scène ? Pourquoi je me sens bien et heureux que quand je suis sur scène face à des gens ? Et du coup, je me suis trouvé un peu dingue. Je trouvais ça un peu malsain de ne pas trouver plaisir dans la vie de tous les jours plutôt que juste dans ces moments où tu es acclamé. C’est un peu étrange. Je pense qu’on a tous, dans ce métier, une conception étrange de l’affection. On a tous besoin de lumière et des regards sur nous. Mais justement, j’ai envie de convertir ce besoin en bonus. Et j’y travaille, ça va beaucoup mieux.

Les chansons de l’EP, elles ont suivi cette période. Il y avait eu des prémices d’ailleurs à cette date-là. J’ai un morceau qui s’appelle Baskets, qui commençait déjà à traiter de ça et de mon mal-être intérieur. Et d’ailleurs sur ce morceau, je me suis rasé la tête sur scène parce qu’à nouveau dans cette même démarche, je voulais essayer d’être le plus… « Loco loco » (rires), d’être le plus brut et nu face aux gens et pareil dans ce truc de, est-ce que je suis un personnage ? Est-ce que je suis dans une interprétation d’une chose que je ne suis pas, et en même temps est-ce que c’est pas ça, être moi ?

C’est pour ça que tu as repris Maxence avec « ce » à la fin aussi ?

Ouais, c’était aussi ce truc-là.

Il y a aussi des chansons qui sont un peu fictives dans ce que j’écris, c’est pas ma vie à 100%. Mais en tout cas… Grosse crise existentielle quoi. Est-ce que même l’homme sur scène c’est vraiment moi ? Qui suis-je en dehors ? Voilà, du coup ça a donné les chansons sur l’EP.

© Romane Leo Marsault

Et ça va, tu avances ?

J’avance, je vais beaucoup mieux. J’ai suivi une thérapie, je suis aidé. C’est cool, j’ai compris beaucoup de choses de ma vie et d’où je viens. Et c’est cool. Là, j’ai un regain de vie quand même. Il y a plein de projets dans ma tête, de l’excitation et justement très envie de me ré-amuser. Parce que j’avais perdu ça.

 Je milite pour Rockstar. Je veux qu’elle sorte !

Ça arrive !

Est-ce que tu penses que ta musique a mûri depuis le début, et si oui comment ?

Je ne sais pas si la musique a mûri, je sais que moi j’ai mûri et heureusement. Elle a mûri dans le sens où déjà elle a suivi clairement mon âge. J’ai fait de la musique que je pense être digne d’un mec de 30 ans, mais c’est pas ça le truc. J’aurais pas pu la faire avant, mais je la ferai sûrement pas après. J’ai l’impression d’être en raccord avec mon expérience, mon apprentissage de la vie.

Par contre, là où elle m’a grandement aidé, c’est justement à que je n’avais pas besoin d’être sans arrêt dans une représentation de moi qui n’était pas vraie, ou tout le temps exagérée pour être apprécié, et pour qu’on apprécie ce que je crée tout simplement. C’est aussi le défi avec ce projet-là.

J’avais certes mon groupe de métal quand j’étais plus jeune, mais je me cachais un peu dans un personnage, dans des costumes. Après j’avais 17 ans, c’est dur aussi de complètement extérioriser les choses que l’on cherche. Mais c’est vrai qu’après les gens m’ont pas mal connu, à côté de ça je faisais des chansons humoristiques, ça a bien pris. Mais pareil c’était toujours teinté de beaucoup de blagues, je mets beaucoup d’air dans ma voix, beaucoup de filtres. Si vous n’aimez pas, c’est pas moi. Puis après, petit à petit, j’ai enlevé des couches, des couches, des couches, des couches. Et là, je suis sur ce projet, on quatrième, je suis encore en train d’enlever des couches. Mais au moins, c’est cool. Là, c’est bon. Il n’y en a plus trop à enlever.. Là, je me suis mis à poil.

Prochain projet : Oignon.

Ouais, juste moi qui parle en podcast (rires).

Ça ne veut pas dire, et j’y crois peu, que je vais m’enfermer dans ce registre-là du piano-voix. C’est un registre que j’adore, mais je ne vais pas rester là-dedans. J’aime trop faire trop de trucs.

 Cut, toi sur Flûtiste, sur scène.

Exactement (rires).

Ce qui est paradoxal et compliqué, justement, qui m’a beaucoup questionné et que j’ai compris maintenant dans ma psychologie et dans comment mon cerveau fonctionnait, j’ai compris que ça avait du sens. C’est propre à la nature humaine. Il y a des gens qui aiment faire ça, qui font très bien une chose et qui restent là-dessus et ça leur va très bien. Moi c’est un peu dur. Je prends tellement plaisir à faire ce que je fais là.

J’ai eu un peu cette discussion avec des potes par rapport aux métiers, comment ça a évolué. Avant, quand tu étais forgeron, t’étais forgeron toute ta vie, tu vois. Il n’y avait » pas de « j’aime bien le macramé », non, t’es forgeron, point. Alors que maintenant, on est tellement plus à faire plein de choses.

Je sais pas comment ça a évolué. Je pense qu’on considérait même que quelqu’un qui faisait plusieurs trucs, ça veut dire qu’il faisait plusieurs trucs, mal. Ça veut dire qu’il faisait rien de bien.

Effectivement, maintenant, c’est plus commun. C’est chouette aussi. Parfois, on dit « Less is more », du coup, tu peux plus te concentrer. C’est aussi mon défaut, là, j’ai fini l’EP, et je veux faire, je commence à écrire une fiction, tu vois. La vie est un cycle.

Merci. C’était trop bien !

Trop bien !

Ça t’a plu ?

Oui, de fou, j’aime bien, c’est très cool, très doux, très chouette.

Fun fact, 5 min après la fin de l’interview, on se dit au revoir, et il reçoit un message vocal de Chloé Antoniotti qui lui propose de venir filmer une vidéo vue du dessus. On a provoqué le destin 😉

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