Avec leur univers à part et singulier, on redécouvre Stereolab grâce à la sortie de leur nouvel album : Instant Holograms On Metal Film. 13 morceaux qui nous emportent au cœur d’un tourbillon lumineux, portés par des rythmes électriques et intemporels.

Alors pourquoi intemporel ? Instant Holograms On Metal Film est le premier album studio de Stereolab depuis 15 ans. Pourtant, le groupe franco-britannique, aujourd’hui composé de Laetitia Sadier, Tim Gane, Andy Ramsay, Joe Watson et Xavi Muñoz, ne semble pas avoir pris une ride. Engagé et ancré dans les problématiques contemporaines, Stereolab conserve cette identité propre, cette couleur difficile à définir, et à ranger; celle qui traverse le temps et s’affranchit des cases. Pour la petite anecdote, j’ai découvert Stereolab il y a quelques années, en puisant dans les inspirations musicales d’autres groupes que j’aimais écouter à cette époque. Peut-être que je ne suis pas la seule. Stereolab s’est établi dans le paysage musical, comme une référence, un point de rencontre. Des lignes qui se croisent. Au centre de cette chasse aux trésors, sans le savoir, ils étaient déjà là.
On entre dans le vif du sujet avec le titre Mystical Plosives. Une introduction mystérieuse et sans voix, qui attise notre curiosité. Dans le silence de la pénombre, quelque chose prend vie dans le noir, et se prépare à éclore. Alors qu’on les croyait peut-être endormis, le groupe s’éveille à nouveau.
Le premier single à paraître se nomme Aerial Troubles. Il nous offre un avant goût de ce projet, dansant et dynamique, c’est un son groovy et rythmé. On souligne également ce grain particulier, des changements de rythme surprenants. L’atmosphère s’assombrit au milieu du morceau, pour repartir de plus belle. Comme sur Melodie Is A Wound, quelque chose s’étire puis se fend. On passe par différentes émotions au sein d’un même titre. Sur Melodie Is A Wound, et après ces mots “Truthfulness has fallen in desuetude”, la parole s’efface pour laisser place à un passage plus électro et pop, un vacarme joyeux, qui nous fera danser seul ou accompagné, jusqu’à ce que les lumières s’éteignent.
C’est peut-être ce côté plus dansant et festif que l’on redécouvre sur ce nouvel album de Stereolab, et parfois même sur les morceaux où on s’y attendait le moins. On peut citer les élans funk que prend Immortal Hands sur la fin, notamment avec l’apport du saxophone. Un peu comme des strates qui se superposent les unes sur les autres, pour créer ce joyeux mélange, dont Stereolab connaît la recette. Electrified Teenybop! est un de nos morceaux préférés de l’album. Il s’agit d’une danse folle et décomplexée, qui tente d’échapper ou de briller sous les flashs de lumière envoyés sans interruption. On y a vu une sorte de fin d’épopée. Tout y est à la fois dramatique, et sublime.

Ce groupe c’est aussi un condensé de messages, disséminés à travers les mélodies et les images. Anticapitalistes et vecteurs d’amour, de paix, et de spiritualité (plus prononcée sur cet album), les protagonistes nous emmènent dans leur univers. Monde sensible et poétique, au cœur duquel on peut souligner les talents d’interprètes de Laetitia Sadier. Avec sa voix reconnaissable, on a énormément apprécié le morceau Le Cœur Et La Force. Après des nuances quelque peu inquiétantes, s’ensuit un rythme léger et onirique. Laetitia nous conte presque une poésie, magique et enchanteresse, des vœux envoyés à l’univers.
Celle-ci chante les contraires sur Esemplastic Creeping Eruption, au fil d’un jeu de questions/réponses entre elle et le chœur. Une sorte de dialogue, ou dédoublement de la personnalité, s’installe également avec le morceau Vermona F Transistor. C’est une chanson qui ne manque pas de surprises, avec un très beau passage à la fois doux et rock. Dans les paroles, un chef, “the joker”, règne sur un monde et le manipule à sa guise.
La dimension cinématographique est amenée par les titres des morceaux, traversant les époques, du transistor à la télévision en couleurs. Les références sont nombreuses. On relève les choix graphiques, ce coté rétro et les couleurs saturées mis en avant sur la pochette de l’album. Cependant on doute qu’il s’agisse d’une nostalgie du passé. Sur le chaleureux Colour Television, le groupe aborde les travers et leurres du capitalisme, les désillusions de notre époque. Des thèmes qui sont toujours d’actualité.
Enfin, Stereolab nous offre un très beau final sur cet album, en deux parties. De If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 1 à If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 2, on fut d’abord séduit par le titre, sa poésie. Laetitia Sadier chante en anglais et en français. Les mots “Subtle lenses Supple senses” se propagent dans l’espace, pour nous rappeler l’essentiel. Si le morceau est pop et lumineux, la danse devient éveil. La “Pt. 2” clôture Instant Holograms On Metal Film en reprenant la même trame. Elle la prolonge pour mieux la découdre par la suite. Découdre ou multiplier ? Ce morceau nous plonge dans les effluves de la nuit. Réseau qui se crée, des points qui se relient pour former une nouvelle voie lactée, à l’infini; c’est l’image qu’on s’en fait (mais qui porte plus précisément le nom de “labyrinthe rhizomique”).

C’est le moment où le rideau se referme sur Instant Holograms On Metal Film. 15 ans, vraiment ? Si les années passent, la musique continue de résonner. Il y a quelque chose de rassurant dans le projet de Stereolab, et nous avons été surpris mais pas chahutés. Cet album est une épaule sur laquelle se reposer. Ils nous ont offert un espace de liberté, un moment pour lâcher prise, mais aussi de quoi vivre pleinement toutes les émotions qui nous traversent, celles d’hier et d’aujourd’hui. L’avenir quant à lui, se transforme en une vague d’espoir, et de lumières. On aime leurs images, leur approche expérimentale et généreuse de la musique. Instant Holograms On Metal Film est un album que l’on vous invite à écouter une fois bien sûr, mais pas seulement, plusieurs fois, et à différents moments. À l’instar d’un livre de développement personnel, on ne le relira peut-être pas de la même manière la prochaine fois.