Avec SOMA, Skrillex démontre une nouvelle fois sa liberté créative en dévoilant un album complet, où apparaissent l’intégralité de ses influences et de son catalogue.

En début de semaine dernière, Skrillex annonçait un nouvel album, sans plus d’informations quant à une éventuelle date de sortie. Vendredi, l’album sortait. Cette sortie est à l’image de la musique de Skrillex : imprévisible. SOMA débarque ainsi, sans qu’on ait eu le temps de s’y préparer.
Ce que l’on retrouve dans ce projet, c’est toute la liberté créative d’un artiste qui n’a plus rien à prouver et tout à explorer. Chaque morceau est co-signé avec un collaborateur. Chaque son puise dans un coin de son catalogue. Aucune cohérence de façade, juste une cohérence profonde : celle d’un homme qui suit son instinct jusqu’au bout.
Dès le titre éponyme qui ouvre l’album, le ton est posé. Une flûte, là où on ne l’attendait pas, installe une urgence sourde. Ensuite, la basse arrive, massive, et les repères s’effondrent. On entre dans SOMA comme on entre dans une boite à 3h du matin : les yeux qui s’adaptent, le sol qui vibre, et l’impression immédiate qu’il n’y a plus de sortie. Thistle prolonge cette nuit urbaine. Le rythme se met en mouvement, quelque chose roule, avance, ne s’arrête pas. Sur le dernier tiers, des nappes plus lumineuses tentent de rééquilibrer l’énergie sans tout à fait y parvenir.
Tranki pousse encore plus loin ce jeu de textures. La basse est lourde, chargée, inévitable. Mais le morceau ne reste pas statique. Il mute, change de rythme, se transforme de l’intérieur. Plusieurs styles cohabitent dans un même espace, sans que rien ne se contredise vraiment. On est pris dans le rythme, sans possibilité d’en sortir. Smoke enchaîne sans respiration. Les sons nous heurtent de toute part et le drop percute sans poser de questions. Les basses sont claires, et chirurgicales dans leur impact.
Au milieu de cette déferlante, Noche Without You impose une pause inattendue. Un chant hispanique, et derrière lui, le sample de Children de Robert Miles. Une mélodie qui a marqué la culture électro. Skrillex ne la détourne pas, il l’étoffe, lui ajoute des couches, la densifie.
Scut 2 repart dans le chaos. Les textures électroniques s’affrontent, sans résolution, sans vainqueur. En live, on imagine que le morceau ne peut être que dévastateur. Et puis Cheeni offre ce qu’on n’attendait plus vraiment : un semblant de mélodie, des voix distordues mais reconnaissables, sans réel drop. Skrillex berce, joue avec nos oreilles, nous donne un peu de mou. Le temps de souffler et de se laisser bercer avant la suite.
Pente Rala et E o Bonde marquent l’ouverture géographique de l’album. Le Brésil s’invite, d’abord dans un tourbillon de textures qui semblent tourner autour de soi, les influences se mêlant sans jamais se fondre complètement. Puis sur un lit de techno pure, underground, avec un chant brésilien qui s’y intègre avec une évidence déconcertante. Ces deux morceaux prouvent que Skrillex ne fait pas que s’approprier des esthétiques : il crée des rencontres.
La Noche 2 marque une rupture nette. Le calme, des sonorités claires, presque lumineuses. Une parenthèse qui permet au corps de se repositionner avant Anybody qui repart à toute allure. Le drop explose, une urgence de vivre s’impose. Sur une piste de danse, il serait impossible de s’arrêter. Duro confirme ce cap : chant hispanique, beat rapide, drop surprenant. Le corps reprend ses droits.
Diwali referme l’album comme il a commencé : dans l’obscurité. Les textures s’assombrissent, la voix sature. SOMA est en définitive un album qui laisse des traces.
Dans un paysage électronique où beaucoup cherchent la cohérence au détriment de la prise de risque, Skrillex fait exactement l’inverse. SOMA est imprévisible, multiple, parfois inconfortable. Et c’est précisément pour cela qu’il marque.
Ecouter SOMA :