Chroniques
Sumin : à table !
- Artiste
- Sumin
- Album
- dinnermode
- Label
- STANDARD FRIENDS
- Sortie
- 13 août 2026

La très reconnue et indispensable Sud-Coréenne Sumin nous abreuve de ses sonorités avec dinnermode. Loin du mainstream par lequel elle collabore depuis une dizaine d'années dans l'industrie de la K-pop, elle retourne ici dans son jardin secret. Celui où elle a la main sur tout, de la tête au pied.
Comparé à la rêverie éveillée que produit la pop coréenne, chaque création personnelle de Sumin se veut épurée et mature. Cette différence de ton est-elle une signature propre à la K-pop, ou une façon de s'adapter à des idoles qui débutent, en moyenne, encore loin de leur majorité ? Question lancée telle une bouteille à la mer.
La créatrice de dinnermode, elle, au beau milieu de sa trentaine, s'empare d'un beau menu de thématiques universelles avec une réelle complexité : la rupture, la toxicité, le tout saupoudré d'un zeste de groove qui vient tout faciliter. Étudiante en musique à l'université d’Howon, elle n'a pourtant rien d'une élève sage. Elle incarne une musique rebondissante et libre qui touche à la perfection. À la carte, la joie de la bossa nova, la vulnérabilité du R&B, et un jazz adjacent qui vient lier le tout dans sa forme la plus complète, sur les 9 titres de l'album.
+82 : tout beau, tout sensible
Les visuels, épurés, créés également par l'artiste, ne sont pas sans rappeler le cinéma de Wong Kar-wai. +82 évoque la solitude d'In the Mood for Love avec une errance poussée et détaillée au beau milieu de la nuit. On retrouve cette même atmosphère dans le titre Taxi Talk, qui raconte la tension du retour en taxi après une rencontre amoureuse, le même parfum diffus qui imprègne le film du Hongkongais.
La force de dinnermode, et plus largement des projets solo de Sumin, tient aussi au choix de la langue. Dans ses collaborations mainstream, le hangeul (alphabet coréen), se fond de plus en plus dans l'anglais. Certaines versions sont même entièrement adaptées, et l'auditeur y perd souvent le goût de la linguistique. Ici, sur ses 9 titres, Sumin nous offre au contraire le plaisir de se plonger dans la traduction de ces histoires sentimentales, une contrainte qui n’en est pas réellement une et qui rend sa narration d'autant plus prenante.
L'addition

My Table vient ensuite nous tirer de cette utopie sentimentale. Après une nuit passée à errer, Sumin retrouve le chemin de la maison, comme une manière de déposer son cœur, encore en plein chaos. Tout au long de l’album, l’écriture de l’artiste se révèle particulièrement fouillée et minutieuse. Elle s’apparente presque à un flux de conscience ininterrompu, où les pensées se reprennent, se corrigent et se contredisent parfois d’une phrase à l’autre.
« Je me suis allongé n’importe où, ça ne s’est pas vraiment amélioré, mais ce n’est pas si terrible non plus.
Je crois que ça va, en quelque sorte.
Au moment où j’ai essayé d’arranger les choses, encore une fois, tout est simplement passé. » - Whyless
Se dessine alors un portrait aux émotions multiples, où le cœur et l’esprit ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde. Loin de proposer une vision idéalisée de l’amour, Abyss vient finalement clore l’album sur le constat d’une relation toxique, mais aussi sur ce désir paradoxal de rester auprès de l’être aimé, malgré tout.
« Si cet enfer, c’est toi, alors ça me va.
J’y entrerai volontiers, de mon plein gré. » - Abyss
Sumin ne résout pas la rupture, la toxicité ou encore la solitude, elle pose tout sur la table telle quelle, et nous laisse planter la fourchette dans ce qui nous plaît. Loin du fast food, dinnermode nous fait patienter avant d’être servi, et ce n’est que pour déguster encore plus ses bons petits plats. Bon appétit.