Figure de proue du rock indé expérimental des années 2010, Temples revient trois ans après leur dernier effort, Exotico. En ce mois de juin 2026, ils nous offrent la bande son de notre été avec BLISS, qui porte son nom à merveille. Au fil des titres, on se sent évoluer avec eux. Entre joie, exaltation, rêverie, doutes et paix retrouvée, bienvenue dans la nouvelle aventure de Temples.

La formation britannique surprend à chacune de ses sorties. Une diversité impressionnante mais Temples trouve toujours une manière d’apposer leur empreinte, leur patte, leur style. Chaque album est différent, mais tous ont l’essence de Temples. BLISS, sorti le 26 juin dernier, ne fait pas exception. Un écrin électro-dream-rock, à la fois psychédélique mais terriblement maîtrisé.
Après la réception mitigée de leur dernière sortie en 2023, une remise en question s’est imposée entre les quatres artistes. Une nécessité de se reconnecter à leur essence, à leur identité propre s’est imposée. Ainsi, le groupe a décidé d’autoproduire en totalité leur nouvelle oeuvre. En ce faisant, ils ont su retrouver leur étincelle, la raison pour laquelle Temples est né : faire de la musique ensemble, pour eux, privilégiant leur propre satisfaction dans leur art.
Et on le perçoit à merveille dans BLISS, où chaque morceau paraît tellement unique, travaillé et spontané à la fois. Infusé d’électro dance des années 90, le groupe s’est inspiré d’artistes comme Air, Massive Attack ou Orbital. Dans la construction, les musiciens ont choisi de sampler certaines parties de leurs chansons, au fur et à mesure de leur création.
Puis, ils ont fait évoluer ces samples, les ont transformés, modelés, pour obtenir une composition nouvelle, et ainsi former une autre création. Créant ainsi un véritable réseau à l’intérieur de l’album, une toute nouvelle palette, à l’image d’un collage de plusieurs images, pour créer un ensemble.
Un échappatoire au monde réel
BLISS débute l’écoute par Jet Stream Heart, qui donne le ton dès les premières secondes. Temples nous emporte en plein dance club, où les amplis tremblent et les coeurs s’accélèrent. Le groupe y décrit cette sensation d’attraction, d’hypnose devant les speakers, où la musique séduit, envoûte. “Soundwaves straight up to the heart”. Un titre que l’on ressent, physiquement, par les pulsations et vagues électroniques, et le chant délivré tel un mantra. Une entrée en matière abrasive et percutante. La fin du morceau surprendra, nous faisant appuyer immédiatement sur replay.
Second morceau de l’album, Revelations introduit dans ses premières secondes un chant Grégorien qui a eu du succès dans les années 90 sur des morceaux dance. Cela a pour effet de nous plonger dans une introspection, avant d’atteindre une révélation. Peu importe si l’on se sent bloqué, perdu, cet état ne dure jamais, rien n’est permanent. Temples introduit une dimension holistique, spirituelle à l’album, mais ne quitte pas ces mélodies vibrantes, saturées, en cherchant, comme toujours, à faire sentir et ressentir.

Des sonorités plus grunge, plus sombres, tapissent le troisième titre de BLISS, Megalith. Il se veut plus oppressant, inquiétant presque. La basse vibre, entrecoupée par une rythmique qui monte crescendo tout au long du titre. L’image du “megalith” est utilisée pour représenter cette immobilité et cette impression d’être bloqué.e, impuissant, à l’écart du monde qui continue de tourner autour de nous.
Les sonorités grunge et punk se poursuivent et se développent sur le prochain bijou de Temples, Glimmer. On oublie pas non plus les riffs de guitares tranchants et addictifs. En dehors de ces guitares, toutefois, l’ambiance nous transporte plutôt en vacances d’été. Une voix lointaine, presque rêveuse. Le groupe nous emmène à St Tropez, pour nous perdre, nous faire danser au rythme du soleil et de sa lumière réconfortante. A nouveau, l’auditeur est totalement plongé dans un univers dance 90’s, sans jamais tomber dans le cliché ou le déjà-vu.
La mélancolie nous rattrape…
Blue Flame nous replonge dans ce que Temples sait si bien faire : une pépite langoureuse et mélancolique. Au milieu de l’album, ce titre offre le repos nécessaire et nous laisse reprendre respiration. Les voix se font distantes et vaporeuses, on y retrouve l’ambiance rêveuse de Glimmer, la saturation en moins. On observe une distance entre ce chant et l’auditeur, et cela fait écho à la distance qui se creuse entre les Hommes, cet éloignement entre peuples et civilisations.
We may have learnt to measure
We may have learnt to fly
But we live alone together
Separate lives
Cette mélancolie et ce sentiment de perte, de désert à traverser, se retrouve un peu plus tard dans le titre Jaguar. De nouveau, le rythme change, ralentit, nous voilà dans une bulle à part, où l’on se remet en question. Au milieu de la fête, la réalité nous rattrape.
The more I learn the less I know
The night is coming up faster
Les hostilités reprennent sur le prochain titre, Vendetta, qui est paru en single quelques semaines plus tôt. Une nouvelle urgence arrive, sur des notes dance légères et acidulées, mêlées à des guitares saturées et des nappes électro laser orageuses. Le parfait mariage entre un Justice et un David Guetta, Vendetta nous fait nous lever de nos chaises, nous pousse à danser au milieu de la nuit.
Les sonorités dance réapparaissent de plus belle sur Horizon, où l’on peut entendre divers influences, comme Tame Impala ou MGMT. Un titre beaucoup plus coloré, moins grunge et saturé, un titre clairement estival et qui nous accompagnera sur nos road-trips pendant quelques mois. Horizon nous invite à l’escapade, à la liberté, on arrête de se poser trop de questions comme sur Jaguar ou Blue Flame, et on plonge dans l’inconnu.
You want horizon
You want it all
(I’m so ready)
… et nous transforme, nous transcende
Entre dream-pop et dance music, Waiting On The Echos est l’avant dernier titre de BLISS. Un challenge réussi haut la main, le suspens est introduit dès le départ. Une latence et une attente suspendues, qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Moins de riffs, de rythmes effrénés, James Bagshaw se retient presque sur ce titre, se met à l’écart. Le nom du morceau lui-même résume parfaitement cet univers en suspens, où l’on attend une fin, un acte final qui n’arrive jamais. Temples réinvente la dance music des années 90, à leur manière et selon leur interprétation. Une tentative réussie de remettre au goût du jour ces textures.
Comme conclusion à BLISS, le groupe choisit le titre Fantasy Realm, un nom bien mystérieux… Qui nous pousse à rêver, de nouvelles aventures, de nouveaux horizons. Ici la résonance est assumée, nous donnant une sensation de flottement, d’apaisement, qui rappelle la manière de composer de Air. Là où BLISS débutait en explosion, il se termine en douceur, comme pour traduire une forme d’acceptation et de lâcher-prise.
Temples réussit un tournant après un précédent essai à la réception mitigée. BLISS est un écrin de joie, de rage, d’expérimentation et en même temps on ressent une réelle simplicité pour les musiciens. Pour cet ouvrage, le groupe a décidé de se faire confiance et de se faire plaisir. Retrouver le courage de créer pour eux avant de créer pour les autres, voilà leur secret pour cet album, et c’est ce qui fonctionne ! Un joli retour qui innove sans trahir l’identité de Temples, où ils osent prendre des risques : un courage salvateur !
Retrouvez Temples en concert en France à Strasbourg, Nancy, Reims, Lille, Paris et Lyon en octobre 2026 !