Chroniques

Willow surprend sur son deuxième album de 2026, The Thread.

Artiste
Willow Smith
Album
The Thread
Label
Three Six Zero Recordings
Sortie
24 juillet 2026

Pas plus de 6 mois après la sortie de son septième ouvrage solo, petal rock black, la talentueuse Willow remet ça avec The Thread, bulle rafraîchissante en ce torride été, sorti sur Three Six Zero Recordings. Croyez-nous, ces prochaines 36 minutes passées à écouter cet album seront sûrement les plus belles de votre journée, on en parle dès maintenant ! 


Il a failli me filer entre les doigts celui-ci, mais j’ai enfin fini par lui accorder une écoute. Et, bon, il faut le reconnaître, il m’a conquise dès les premières secondes. The Thread renferme en réalité 10 pépites pop expérimentales absolument divines, riches, intemporelles. Willow, à seulement 25 ans, est à la tête d’une discographie déjà grandiose. Naviguant entre les genres, les instruments et les timbres de voix, aucun album ne se ressemble. Cette liberté d’expérimenter, sans limite, n’empêche pas la chanteuse de proposer des œuvres sensibles, cohérentes et qui embarquent dès les premiers instants d’écoute.

Le prédécesseur de The Thread, petal rock black, évoluait dans un rock-jazzy plutôt sombre et gothique. Sur The Thread, on retrouve inévitablement ces multiples instruments sur chaque morceau : piano, synthé, basse, percussions, guitares… Sans oublier les vocalises de Willow, véritable pièce maîtresse de cet album.

Premier chapitre de cet album, She’s My Religion détrône bon nombre de chansons d’amour et impressionne tout d’abord par la qualité de l’écriture. Véritable hymne à mère nature, à une force féminine supérieure, Willow fait de nombreuses références à la nature : “Devotion as deep as the sea”, “she's adorned in constellations”, “Her grace is a river raging straight towards the sea “... Des percussions et une basse saccadées accompagnent la prose, donnant ce côté bouncy à la mélodie. La voix de Willow devient plus éthérée par moment, avant de replonger dans un chant r’n’b entraînant. Une entrée en matière fabuleuse ! 

On continue dans l’enchantement avec The Thread, titre éponyme à l’album. Les premières secondes de “Oh oh oh oh” sur différentes tonalités donnent une dimension théâtrale dès le début. Des percussions sèches rejoignent la partie, et tout le titre s’enchaîne si bien, de manière si fluide, qu’on se laisse emporter par le courant. Les “Oh oh oh oh” poursuivent en fond, créant comme un fil conducteur entre les phrases. Un titre presque magique, telle une incantation, termine de nous faire entrer complètement dans l’univers de Willow.

La chanteuse explore toutes les subtilités de sa voix sur cet album, et on le remarque particulièrement sur le titre Unconditional. Elle joue avec un falsetto majestueux sur le refrain, puis repasse dans sa voix de velours sur les refrains. Accompagnée par un arrangement de percussions saccadées et des cordes acoustiques qui viennent et disparaissent entre ses paroles. L’artiste y exprime son amour inconditionnel pour l’autre, peu importe les envies de l’autre, où l’on sent un soupçon de dépendance. “I take no offense / If you need someone / Want somebody else / Loving you anyway”. 

Changement d’ambiance sur Talk On The Hill, où des maracas s’introduisent, donnant une coloration chaude, estivale au morceau. On chaloupe au rythme de la batterie et des paroles, saccadées. Une nouvelle fois, Willow surprend par sa capacité à faire évoluer si vite sa voix. Un titre plein de reliefs, de nuances, à l’image de l’album qui développe aussi un réel univers, on se plait à lui imaginer des couleurs, des paysages. 

Direction le jazz-fusion-rock-soul-expérimental sur Hell To Pay. Voici toutes les influences qu’on retrouve sur ces trois minutes de pure expérimentation, ce titre nous ancre dans l’instant, nous transporte différemment des précédents. On ne se prend pas à rêver, un nouveau dynamisme nous pousse à progresser, à devenir meilleur. There’s no other way, just Hell to pay. Les jeux de voix en échos à la moitié du titre résonnent telle une incantation, un mantra. Willow semble parler ici à un mentor, un guide qui la pousserait à retrouver le bon chemin. 

Retour à une soul vaporeuse sur Shrink To Fantasy, plus sobre et où toute la profondeur réside dans les paroles. Willow y déploie toute sa manière d’aimer : “No, I don't love with just one flame. I am not a fantasy fulfiller. Not a golden trophy hanging on your wall. I'm bursting at the seams with possibility”. L’artiste impressionne une nouvelle fois par sa capacité à naviguer entre les genres avec grâce, élégance et justesse. 

Les douces guitares de Crush On Eternity auront votre coeur. Plus pop, une lumière douce et enveloppante se dégage de ce titre, tout d’abord grâce aux paroles, légères et rythmées sur le refrain “I got a crush on eternity / You steal my mind / Bend me like light / Blush when you speak to me”. Willow est rejointe par Mei Semones, guitariste et chanteuse américaine et japonaise (probablement responsable de l'irrésistible jeu de guitare du titre). Sa voix, claire et fragile, apporte une sensibilité nouvelle contrastant avec la voix forte de Willow. 

Une dissonance nouvelle s’installe sur Tall Baby, un des titres les plus grandioses de cet album. Essayant de grandir, de devenir adulte, Willow semble bloquée dans ses émotions d’enfant, ses traumatismes et contradictions. Finalement, je trouve que le morceau dépeint bien ce que l’on peut ressentir en devenant adulte, comme une sorte de dualité entre se voir grandir (vieillir) trop vite, tout en ressentant toutes ces émotions du passé. La voix de Willow se fait plus torturée, habitée, essoufflée. En dernière partie de morceau, tout s’accélère, telle une course effrénée, et l’on ressent une telle urgence et une telle rage que l’on reprend notre respiration seulement lorsque le morceau s’arrête brusquement. 

Quatre petites secondes et nous voici à l’avant dernier arrêt de The Thread : The Present Moment. Il résonne à mon sens parfaitement avec Tall Baby, vient le compléter, comme si soudainement Willow se sentait plus apaisée. “We are the ones living in the present moment”. Les paroles sont plus assumées, légères, et elle prend également plus le temps de poser sa voix, avec laquelle elle explore encore davantage de textures. Une subtilité rare dans la composition, parfaitement mêlée avec le rythme du chant, rend la chanson absolument captivante. Quelques accords de guitare viennent clôturer ce moment suspendu, dans le présent.

Grand final de ce spectacle, Bone Collector évolue de nouveau dans un champ lexical très naturel, “forest floor”, “fertile ground”, “I bloom”. De nombreuses tournures de phrases nous démontrent encore une fois toute la maturité artistique de l’artiste, mais également sa maturité personnelle. 

Car au global dans cet album, la chanteuse évoque de nombreuses fois les subtilités des relations humaines, leurs contrastes, et comment elle les affronte. En faisant également référence à son passé, elle construit son présent, grandit de ses expériences. Comme finalement le laisse si bien entendre le titre de l’album, on apprend avec Willow à suivre le fil de notre vie, à accepter nos erreurs et à se remettre en question. 

Ces messages sont sublimés par des compositions riches, qui défient les frontières des genres musicaux. Willow expérimente la vie et la musique, sans retenue. Elle ne semble pas avoir de limite dans sa création, agissant en toute liberté. The Thread marquera sans doute l’année 2026 comme étant inattendu, peu conventionnel, et montre comment la liberté créative peut être prodigieuse lorsqu’elle est sincère et personnelle. 


Crédit Photographe : Austin Sandhaus




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