Comme chaque année, le festival américain nous fait plonger dans la découverte des nouveaux groupes émergents. Pendant sept jours d’affilés, la rédaction de la Face B a pu assister à plus d’une soixantaine de concerts. On vous dévoile nos 15 concerts préférés qui marquent une nouvelle génération d’artistes à suivre.

JOUR 1 – Lundi 3 Novembre
Saya Gray à l’Elysée Montmartre (Océane)
Lundi 3 novembre 2025, Saya Gray était la tête d’affiche d’un concert à l’Élysée Montmartre, aux côtés de Lümi et Hetta Falzon. Grands fanatiques de l’artiste que nous sommes, au point de classer son dernier album (SAYA) parmi les grands crus de cette riche année, c’est donc sans regrets que nous nous y sommes présentés, quitte à louper l’Olympia plus que complet de Blood Orange le même soir.
L’artiste nippo-canadienne est venue nous émerveiller quelques mois seulement après un passage remarqué dans la capitale. Attendue, scrutée, presque mythifiée par un public venu pour elle seule, Saya Gray a su, une nouvelle fois, captiver son auditoire. En fin de set, elle glisse pourtant qu’elle n’était pas censée revenir à Paris avant un bon moment, mais que l’appel du festival de renommée a suffi à la convaincre de changer d’avis.
Le concert s’ouvre sur un set acoustique et intime, où sa voix, à la fois posée et puissante, portée par ses musiciens, enveloppe la salle. De THUS IS WHY (I DON’T SPRING 4 LOVE) à LINE BACK 22, en passant par SHELL (OF A MAN), Saya instaure une proximité immédiate avec son public. Elle glisse ensuite vers un univers plus synthétique et électronique (H.B.W., DIZZY PPL BECOME BLURRY…), une transition qui bouscule l’atmosphère initialement apaisée, électrise la foule et révèle avec élégance la dualité de son identité artistique. Quelques voix réclament le puissant PREYING MANTIS !, mais fidèle à sa trajectoire, l’artiste conserve la maîtrise de sa narration et laisse peu de place à l’imprévu.
Entre deux morceaux, elle partage sans détour son regard sur l’industrie musicale, dénonçant les plateformes de streaming qui ne rémunèrent les artistes qu’à hauteur de quelques centimes. Elle réaffirme également son attachement au format physique, malgré les défis économiques qu’il implique, un constat lucide qu’elle confie à un public manifestement réceptif.
Enfin, contre toute attente, Saya Gray revient pour un rappel unanimement réclamé. Un geste rare en festival, qui suspend le temps le long de quelques minutes précieuses. Dans un élan de générosité, elle offre même du merch à un fan du premier rang, un acte spontané et touchant, en parfaite continuité avec la proximité qu’elle cultive depuis le début du set. Difficile aussi de ne pas repenser à son concert du Cabaret Sauvage, en avril dernier, où l’atmosphère, plus intimiste et libre, contrastait avec la cadence plus serrée imposée par un festival. Une bulle d’intimité plus fragile ici, certes, mais tout aussi marquante. Saya Gray a livré un concert fidèle à son image : brut, délicat, et de ceux qui laissent une empreinte durable.
JOUR 2 – Mardi 4 Novembre
Lea Sen, Hannah Jadagu & Erika de Casier au Trianon (Raphael)
En arrivant au Trianon, je constate tout de suite que l’ambiance est très hip. Le public est visiblement composé d’artistes, de musiciens, d’étudiants aux beaux-arts ou en mode. Un peu avant le début du show en trois parties, j’aperçois depuis le balcon central le chanteur Andéol dans la fosse. The place to be, alors ?
Léa Sen arrive à 19h30. L’artiste française vit à Londres depuis une dizaine d’années. Signée chez Partisan records, elle propose une alt-pop qu’elle habille de notes de guitares un peu plus folk. Sur scène, elle joue avec son frère au clavier. Une version très touchante de GHOSTWRITER me l’a fait réécouter le lendemain.
C’est l’artiste Hannah Jadagu qui prend le relais sur scène. C’est une bonne surprise, l’artiste a une sacrée présence scénique. Ses chansons indie-pop sont super efficaces et font mouche dans le public. Son dernier album Describe sorti fin octobre est d’ailleurs excellent. Mention spéciale à la chanson Normal Today.
Il est bientôt 21h30, la salle est bien remplie, trop pour que j’essaie de reconnaître des visages. Les lumières s’éteignent progressivement, les instruments du band de Jadagu sont retirés et remplacés par des installations électro-acoustiques minimalistes. C’est bien Erika De Casier qui va jouer. Un projecteur diffuse des images psychédéliques, entre road trip et voyage sous acide, mais sans les couleurs chaudes. Une première personne, cheveux mi-longs pas spécialement propres, monte sur scène et s’installe à la batterie. Un arrangement hybride entre drumpads électroniques et kit classique quasi complet.
Il s’agit du danois Jonathan Ludvigsen, qui officie sous le nom de J. Ludvig III. C’est sur lui que (presque) tout l’intérêt du show repose : le son des drums sonne super bien, sa posture de biais, assez éloigné du kit, est visuellement impressionnante… On retrouve là les talents de curation d’Erika de Casier, qui joue avec lui depuis 2018 en tournée. L’artiste portugaise, passée par le prestigieux Rhythmic Music Conservatory de Copenhague (lisez cet article du Guardian) ne laisse, soniquement, rien au hasard. Peut-être que la musicienne est un peu trop en contrôle d’ailleurs, j’aurais apprécié voir quelques instrumentistes en plus sous sa direction, pour des versions retravaillées de ses morceaux.
La setlist n’est pas particulièrement impressionnante de nouveautés, mais le public français peut quand même se réjouir d’avoir assisté à un show au long cours, qui dure presque 1h20. J’ai apprécié la présence du morceau Bikini, tiré du dernier projet du producteur-DJ Nick Leо́n, et des classiques comme The Chase, Lifetime et The Garden. Au milieu du concert, de Casier nous informe que son père est dans le public et que c’est la première fois qu’il la voit jouer. Franchement il peut être fier de sa fille !
JOUR 3 – Mercredi 5 Novembre
AG Cook à l’Elysée Montmartre (Anthony)
L’Élysée Montmartre se remplit dans un halo rose électrique, comme si la salle s’était mise d’elle-même en mode hyperpop. Dès l’arrivée d’AG Cook, chemise blanche impeccable et sourire presque timide, quelque chose bascule. Le producteur enclenche un rythme dansant, léché, immédiatement reconnaissable avec cette sensibilité techno-pop qu’il peaufine depuis plus d’une décennie.
Très vite, Charli XCX plane au-dessus du live. Impossible de passer à côté : les références, les sonorités, les mélodies familières. Le public ne s’en cache pas : beaucoup sont venus pour elle autant que pour lui. Et AG Cook l’assume totalement : So I, 365, Evrything Is Romantic ou encore Von Dutch (ft. Addison Rae), les tubes étaient là. Il joue avec quatre platines, dont une dédiée aux stems qui tournent en arrière-plan, comme un artisan maniant ses outils. Les transitions se fondent les unes dans les autres, créant des vagues continues qui relancent ses bangers. Quand Britpop surgit à plusieurs reprise, la salle explose de joie. L’absence de Lucifer, en revanche, laisse un léger creux.
Le set trouve un équilibre entre puissance dancefloor et moments plus vulnérables, notamment lorsqu’AG Cook décroche une guitare électrique pour revisiter trois titres de son avant-dernier album. Une parenthèse fragile, inattendue, qui rappelle la part artisanale de son travail. Le producteur fait valoir aussi son rooster de stars avec SOPHIE, Porches et surtout pour finir le set, Oklou, la nouvelle star montante.
Visuellement, l’univers est un feu d’artifice hyperpop : couleurs saturées, glitchs assumés, un drapeau UK revisité en textures néon qui flotte comme un symbole pop 2.0. L’artiste se permet quelques incursions timides au bord de scène pour danser à sa manière, avec ces mouvements un peu désarticulés qui déclenchent autant d’affection que d’énergie dans la foule. L’ensemble dégage une sincérité désarmante. On ressort secoué dans le bon sens. Musicalement et émotionnellement, le set frappe juste. Pas de démesure inutile, pas de prétention : une prestation solide, immersive et parfaitement calibrée. Rien de moins… et rien de plus, mais parfois c’est exactement ce qu’il faut.
JOUR 4 – Jeudi 6 Novembre (Pitchfork Avant-Garde)
spill tab au Café de la Danse (Anthony)
Une belle découverte ! spill tab propose un son pop rock, infusée de touches jazz et soul, baigne véritablement dans une sensibilité indie affirmée. Cet univers rappelle parfois Beabadoobee. Le bassiste, lui, fait littéralement fondre ses cordes lors des fins de morceaux, avec ces lignes torturées qui laissent une trace en suspension.
Claire Chicha a déjà été repérée lors de la fermeture de Beaubourg. Une assurance folle se dégage de sa présence : elle tourbillonne sur tout le front de scène, totalement habitée, accrochant chaque regard perché sur le morceau Assis. Entre les morceaux, elle se montre étonnamment expressive, racontant l’origine de ses chansons, souvent nées d’un break-up, des ruptures aussi franches que ses transitions de langue.
Car l’artiste passe de l’anglais au français avec une aisance désarmante, chaque mot porté par un accent impeccable. Une performance sincère et nerveuse comme sur son dernier titre CREME BRULEE qui passe par des phases délirantes et noisy. On en ressort finalement avec l’impression d’avoir assisté à quelque chose d’intime… mais suffisamment brillant pour remplir une plus grande salle encore.
Full Body 2 au Badaboum (Raphael)
J’entame l’Avant-Garde Pitchfork avec ce groupe de shoegaze américain, qui fait son premier concert en France. C’est un shoegaze un peu particulier car il semble émaner d’un jeu vidéo perdu des années 90. Dix minutes avant le show, nous devons être une quinzaine au Badaboum, et les trois-quarts parlent anglais.
Les membres du groupe, Dylan Vaissey (guitare/voix), Cassidy Rose Hammond (basse/voix) et Jack Chaffer (batterie/voix/synthés) boivent une pinte, là, avec nous. Une fois sur scène, c’est le mur du son qui est érigé par la guitare de Dylan Vaissey, branchée à une dizaine de pédales pour nous ensorceller. Les voix se perdent complètement dans les textures vaporeuses du groupe de Philadelphie, qui écrit de toute manière de façon complètement cryptique. Spectacle enivrant !
Alex Amen au Supersonic Records (Raphael)
Moustache impeccable, chemise en jean, Levi’s 501 et cowboy boots. Il n’y a que le chapeau qu’Alex Amen a oublié pour son show au Supersonic Records. Bon, pas que le chapeau : “D’habitude je joue avec un groupe, mais c’était trop cher de les amener ici” nous confie-t-il avec humour en début de concert. Son accent du Texas semble avoir été adouci par ses années de résidence sur une île du Puget Sound dans l’État de Washington (nord-ouest des USA).
A la croisée des mondes country, folk et americana, Amen livre un set guitare-voix musicalement réussi et plein d’émotions. Le singer-songwriter de 25 ans écrit les chansons d’un type du double de son âge, chante et joue de la guitare, de l’harmonica avec une aisance déconcertante et nous donne presque les larmes aux yeux quand il entame “Hello Old Man”. La chanson est un hommage à son grand-père texan qui lui a offert sa première guitare. Avec un très beau break au niveau du tempo en milieu de chanson, on croirait presque être dans dive bar, les deux bras sur le zinc, la gorgée de bière entre deux chansons.
A la fin du concert, je discute avec Lily, une américaine de Brooklyn qui est née à Asheville en Caroline du Nord. Elle me dit que son pays lui manque, que la musique est comme une machine à souvenirs. Quand Alex Amen sort des backstages, on lui sert la main, Lily le remercie : “Ça m’a fait beaucoup de bien”. Pas besoin d’être américain pour être d’accord.
JOUR 5 – Vendredi 7 Novembre (Pitchfork Avant-Garde)
The New Eve à la Mécanique Ondulatoire (Anthony)
Il fallait venir tôt pour bien apercevoir ce quatuor féminin. La cave de la Mécanique Ondulatoire était blindée. On suffoque presque avec une chaleur lourde, un air saturé et ces murs qui vibrent. Le son, lui, reste étonnamment propre malgré l’étau du public. Ce groupe 100 % féminin nous injecte pour un froid terrifiant à travers ce mélange orchestrale nerveux du titre Circles.
La violoncelliste (violoncelliste, oui !) assure le chant, mais ce n’est pas elle qui occupe le centre : la place de leader visuelle revient à la guitariste, plantée face au public comme un pivot magnétique. À droite, la multi-instrumentiste enchaîne violon, basse et autres armes sonores avec une aisance insolente.
Proche, par moments, de la froideur élégante d’un BNCR, The New Eves transpire pourtant davantage la hargne et le rock brut comme sur Cow Song et Highway Man. La batterie, saccadée et presque martiale, frappe sec, donne corps à une tension permanente qui ne retombe jamais. Une prestation dense, habitée et un souffle chaud et électrique dans les entrailles de la Mécanique qui ne cesse de s’éteindre qu’au bout du rappel Volcano, long de huit minutes
Jane Remover au Badaboum (Anthony)
Les fans hurlent dès l’arrivée de l’artiste : leurs cris couvrent même la bande sonore envoyée par le DJ. Jane n’a qu’à sautiller d’un bout à l’autre de la scène pour électriser encore davantage la foule. Détail étonnant : il semble ne jamais regarder son public, préférant lever les yeux vers le plafond ou danser en fixant un point invisible sur le côté, comme s’il évoluait dans un monde parallèle. On comprend mieux son banger Dancing with your eyes closed.
Le DJ, quant à lui, se contente la plupart du temps d’appuyer sur Play. Difficile d’en dire beaucoup plus : la fumée l’avale presque entièrement. Heureusement, il s’avance parfois vers le public pour lâcher trois ou quatre phrases, histoire d’incarner un minimum ce qui se passe derrière la console.
Le son est grésillant, bouillonnant, limite baveux. Et pourtant, dans ce chaos sonore surgissent des éclats nets : des guitares limpides, des voix claires, une cohérence étrange mais réelle. La comparaison avec le diable de Tasmanie prend alors tout son sens. Paradoxalement, c’est un compliment : dans le tourbillon, quelque chose prend forme, vibre, existe. Les slams et les moshpits s’enchaînent devant l’une des révélations d’Internet. Le rythme est tenu, le BPM cavale, tout s’enchaîne sans pause. On se croirait propulsé dans le roller coaster le plus extrême d’Europa Park.
La texture sonore, elle, oscille entre textes pop et fusion hyperpop/hip-hop façon début des années 2000. Un patchwork explosif, mais qui retombe toujours sur ses pieds. Jane Remover a honoré le Badaboum en livrant un concert explosif.
JOUR 6 – Samedi 8 Novembre (Pitchfork Avant-Garde)
Wombo au Supersonic (Raphael)
Le trio originaire de Louisville dans le Kentucky est aussi fascinant dans les écouteurs que sur la scène du Supersonic. Les chansons sont rythmiquement complexes, la guitare de Cameron Lowe (une très belle Kramer 84 Atlas Green) balance des accords dissonants millimétrés, complétés savamment par la basse de Sydney Chadwick qui n’hésite pas à accompagner son chant d’accords sur sa Danelectro 59M 4 cordes.
Un mélange post-punk qui tire vers la composition abstraite, avant-gardiste pour sûr. Un sacré vent de fraîcheur, mais il faut savoir rester concentré pour ne pas se perdre dans leurs morceaux labyrinthiques. Tout compte fait, c’est peut-être la perte que certain·es recherchent ?
Witch Post au Supersonic (Raphael)
Après avoir bouclé l’interview du groupe dans l’après-midi (les deux sont adorables), je ne pouvais qu’être impatient à l’idée de voir Witch Post en live. Tombé sur leur premier EP Beast complètement par hasard cet été, j’accroche tout de suite à la musique d’Alaska Reid (américaine) et de Dylan Fraser (écossais) en duo, fusion folk-americana et rock-britpop qui sonne comme une évidence.
Ce concert au Supersonic, qui clôt l’Avant-Garde du Pitchfork, est leur premier à Paris. Le temple du rock indie-underground parisien est plein à craquer, quelques fans de la première heure (j’en fait partie) sont aux premières loges et se déchaînent sur le refrain de Ragged. Witch Post enchaîne avec la fuzz destructrice de Dreaming, un des morceaux préférés d’Alaska Reid. J’essaie tant bien que mal de prendre quelques photos avec mon argentique. Je sais déjà qu’elles ne seront pas terribles mais je persévère et continue de me frayer un chemin dans le public pour changer d’angle de vue.
Les deux garnements sont diablement à l’aise sur scène. Il faut dire qu’il et elle ont, chacun de leur côté, une carrière solo qui fonctionne bien. Le Supersonic a d’ailleurs droit à un petit clin d’œil à l’EP “2030 Revolution” de Dylan Fraser, avec une reprise de la chanson Vampire, écrite avec Alaska Reid. Dans Witch Post, c’est un certain génie de la superposition d’influences et de mélodies qui surprend et qui fait qu’on y retourne. C’est intéressant de voir ce tricotage d’idées transatlantiques opérer en live, avec les deux derniers singles Changeling et surtout Twin Fawn où la guitare d’Alaska, au ton impeccable, fait exploser le potentiel rock star de Dylan et sa voix, d’une urgence bouleversante.







JOUR 7 – Dimanche 9 Novembre
Silver Gore au Café de Danse (Anthony)
Fatigués par cette longue semaine, on n’attendait plus grand-chose du festival, à part ses deux têtes d’affiche du dimanche soir. Assis dans les escaliers de la salle, presque amorphes, on observe les membres de Silver Gore s’installer calmement sur scène. La guitare semi-acoustique ouvre le bal : quelques notes qui prennent le temps de s’installer, de faire sens. Puis la voix d’Ava Gore surgit, mélodique, douce, légèrement hypnotique. Une accroche aussi délicate qu’entraînante. On se redresse sans s’en rendre compte, happés par cette pop à la fois innovante et chaleureuse.
Le morceau s’appelle Forever, et ce ne sera même pas le meilleur. Dogs In Heaven vient nous surprendre davantage, avec sa progression crescendo et ces cris de chiens ensorcelants qui résonnent comme un rituel. Ava danse dans son univers fantastique, portée par la batteuse dont le jeu charismatique sert de colonne vertébrale à l’ensemble. À ses côtés, le guitariste Ethan P. Flynn se laisse entraîner par sa longue barbe et sa chevelure qui semblent vivre leur propre vie. Il ne dévoile sa voix grave qu’avec parcimonie, un timbre venu du Yorkshire, notamment sur le final 25 Meters, moment suspendu qui clôt le set avec élégance.
Difficile d’en dire beaucoup plus sur ce duo tant le concert fut bref : huit titres, à peine vingt-cinq minutes. Mais Silver Gore a suffi pour nous réveiller, nous secouer, nous captiver. Leur mélange de pop alternative et expérimentale évoque une rencontre improbable et pourtant évidente : comme si Florence + The Machine fusionnait avec The Flaming Lips. Une parenthèse lumineuse qu’on n’attendait plus, et qui a redonné sens à notre soirée.
Hamilton Leithauser au Café de la Danse (Anthony)
Impossible de trouver plus charismatique que le chanteur de The Walkmen. Plus d’1m90, une voix américaine profondément marquée, une élégance naturelle : impossible de ne pas le remarquer. Avec sa troupe, il impose ce style indie rock si distinctif qui a largement contribué à sa renomée. Deux guitares, une basse, une batterie martelée sans relâche : de quoi faire trembler les murs du Café de la Danse. L’absence de piano ou de synthés, pourtant essentiels dans les albums solo d’Hamilton, surprend au début, mais les cordes compensent avec une intensité inattendue.
Fist of Flowers nous embarque immédiatement, porté par des mélodies entêtantes et ce refrain enjoué, presque naïf, ce “doo doo” qui évoque immanquablement Lou Reed. Le chanteur défend évidemment son cinquième album, The Side of the Islands, en enchaînant quatre titres. On y retrouve cette patte mélodique pleine de panache, qui raconte des fragments de sa vie post-Covid, comme si l’existence même de l’album répondait à un besoin vital de renaissance. Hamilton se confie énormément, regrette à plusieurs reprises de ne pas pouvoir détailler davantage en français, mais touche malgré tout.
La moitié du concert est consacrée à son chef-d’œuvre I Had a Dream That You Were Mine, qui vieillit comme un Bordeaux de collection. Devant une telle performance, impossible de danser : la salle reste suspendue, bouche bée, hypnotisée par un jeu d’une précision déroutante, sans un pet, sans une fausse note. Dans notre bulle, on se laisse submerger par les vibrations fragiles de When the Truth Is… ou You Ain’t That Young Kid. Et chaque musicien affirme son propre charisme : le bassiste, façon baron possédé par son instrument ; le guitariste coiffé d’un chapeau de cow-boy, élégant jusque dans la rythmique ; le batteur, bondissant à chaque frappe, martyrisant ses fûts avec une intensité presque animale.
Le moment charnière arrive avec A 1000 Times, qui fait chavirer de joie une salle aux trois quarts pleine mais entièrement conquise. Un instant de grâce, accompagné d’un discours poignant d’Hamilton, plein d’espoir envers le renouveau politique porté par le nouveau maire de sa ville d’adoption, New York. Après avoir honoré la request d’un spectateur avec Alexandra, il revient pour un rappel intime : Room for Forgiveness, l’un de ses premiers titres solo avec un finish nous rappelant Beach House. La boucle est bouclée, avec cette impression d’avoir assisté à la performance d’un artiste complet, immense, encore trop sous-coté. On repart avec un souhait : le revoir, enfin, en France avec les autres membres de The Walkmen. Peut-être pour 2026 ?
Marie Davidson au Trabendo (Charles)








crédit : Cédric Oberlin
Normalement, le dimanche soir c’est un mélange de repos et d’appréhension en vue de la semaine à venir. Pourtant en ce dimanche 9 novembre, on décide de mettre tout ça de côté et de se pointer au Trabendo pour retrouver Marie Davidson.
Il faut dire que la montréalaise a livré cet année un album absolument dingue, City Of Clowns (autour duquel on avait pu échanger avec Marie), un truc physique, baroque, drôle et musicalement assez intense qu’on avait hâte de découvrir sur scène.
Et bien autant dire qu’on n’a pas été déçus. On savait que Marie Davidson était de la catégorie des artistes à tout donner sur scène, c’était une nouvelle fois le cas au Trabendo. Un show intense, puissant et à l’image de cet album concocté avec Soulwax.
À mi-chemin entre le DJ Set et le concert, Marie Davidson navigue sur un fil fait de tension, de beaucoup d’humour et de charisme qui nous embarque du début à la fin, comme une grosse fête où l’on relâche toute la pression pour danser, crier et vivre en communauté.
Car c’est bien là le but ultime de Marie Davidson : faire du dancefloor un lieu de partage et d’amour tout à la fois poétique et politique. Et en ça, elle est bien aidée par ses titres, notamment les excellents Demolition, Sexy Clown, Y.A.A.M. et bien évidemment le remix de son Work It par Soulwax.
Le genre de concert dont on ressort rincés mais heureux. Des dimanches soirs comme ça, on en veut tout le temps. Et pour ça, on dit merci Marie Davidson !








