ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Aujourd’hui, on part à la découverte des influences des Rennais de bou, dévoilées par leur compositeur Philamon, à l’occasion de la sortie de leur premier album Pardon my french.

Animal Collective – The Purple Bottle
Ce morceau est la quintessence d’une phrase que je me dis souvent : « Je ne comprends pas pourquoi ça marche, mais ça marche tellement bien ». C’est peut-être la chanson d’amour la plus étrange et attachante au monde, elle devait être tellement bizarre à recevoir pour la personne concernée.
AnCo (pour les intimes), c’est un groupe qui a redéfini plein de limites à la pop, dans sa grande versatilité, dans ses paroles cryptiques et sa sagesse provocatrice. Tous leurs albums sont extrêmement différents, je crois que pour bou ce sera pareil.
Quand j’ai fait écouter notre morceau Kamloops à une pote, elle m’a dit que ça lui faisait penser à ce groupe, dont je n’avais jamais entendu parler. En faisant le tour de leur discographie, j’ai découvert que toutes mes propres compos étaient en fait inspirées par ce fameux groupe.
Kate Bush – Babooshka
Ça pourrait être le morceau d’ouverture de ma playlist « île déserte ».
La musique de Babooshka est indémodable, elle me fait toujours sourire, et elle me paraît en même temps délicieusement nostalgique. Les paroles sont bourrées d’insolence, d’intrigue, avec un des 10 meilleurs refrains du monde. Le morceau a beau être simplement une chanson, comme diraient des potes musiciens à moi : « waw nan mais c’est chiadé quand même ».
Même en 2026, tout le monde a compris que Kate Bush peut encore servir de guide artistique, et qu’elle sera de nouveau l’indétrônable queen des charts dans un siècle.
Big Thief – Simulation Swarm
Je suis un énorme mélomane : si la musique était un gâteau je serais obèse ; si elle était une marque de vêtements luxueux, je serais ruiné ; si elle était un parti politique, elle serait antifasciste.
Simulation Swarm, je l’ai découvert à la fin de la production de l’album, et ça a été le moment où j’ai eu envie de me rappeler des meilleurs morceaux de ma vie. Ceux qui, de la première seconde jusqu’à l’ultime fade-out, nous paraissent parfaits dans tous les contextes.
Je trouve qu’Adrianne Lenker est une des meilleures parolières en ce moment, chacune de ses phrases semble sortir d’un champ de fleurs pour se déposer directement dans le panier en coton de nos conduits auditifs.
La production est la plus imparfaitement belle que je connaisse. J’adore tout : du petit tambourin oublié près du kick, aux deux ou trois guitares complètement indissociables, à la petite ligne de « basse » qui ne fait pas du tout la basse. C’est *chef’s kiss*.
Mr Bungle – Goodbye Sober Day
Changer de genre musical toutes les 13 secondes, ce n’est certes pas du meilleur goût, mais c’est un bonheur pour les grillés du cerveau comme moi. Pourquoi se rattacher à un seul style quand on peut tester les métissages les plus improbables à chaque nouveau couplet ?
Goodbye Sober Day, c’est le morceau qui m’a fait me rendre compte qu’on a beau avoir « déjà tout fait dans la musique », comme le suggère volontiers une pelletée de gros crétins, on est loin d’avoir testé toutes les combinaisons.
J’essaye de ne pas trop m’en inspirer, parce que c’est quand même extrêmement fatiguant, et j’ai peur que ça ne fasse rêver que les musicien.nes.
Nas – The World Is Yours
J’adore le sample, c’est à la fois une des plus belles sciences qui existent, et un jeu très instinctif, entre des maths, de la peinture, et du drum porn. Le sample de The World Is Yours est le plus beau, le plus pertinent de cette époque. Je n’étais pas né, mais j’imagine les portes que ça a dû ouvrir pour le hip-hop, au niveau mondial.
Si je ne m’appelais pas Illy mais Pete Rock, la production de cette track serait le couronnement de ma vie. Si je m’appelais Nas, mais alors là, j’me b**serais tant les lyrics sont bonnes, tant la rime est lourde et le ghetto est poétique, voire politique.
Erykah Badu – Green Eyes
J’ai beaucoup écouté Mama’s Gun, le deuxième album d’Erykah Badu, dès qu’il est sorti avec mon père, puis avec mes ami.es, mes amours, à toutes étapes de ma vie. Il continue de m’accompagner dans les moments les plus compliqués.
Il y a peu de chansons qu’on aimerait écouter, au premier degré, en version rallongée de 10 heures sur Youtube. Green Eyes fait partie de cette petite liste.
J’aimerais que cette chanson ne s’arrête jamais en fait. Elle m’évoque la légèreté de la fin de l’été dans un cocon d’innocence, une douceur immobile et réconfortante. Je ne pourrais pas m’en lasser.