Le printemps qui s’installe, le café qui refroidit sur le comptoir, la lumière qui entre de biais par la fenêtre. C’est exactement le contexte dans lequel ces trois albums de l’est du Canada sont parfaits à être écoutés. Trois projets instrumentaux, trois univers distincts, mais un même fil : la musique comme espace de respiration, loin de l’urgence du reste de la semaine.

Simon Boisseau – Les fausses illusions
On commence doucement. Les fausses illusions, troisième album du pianiste montréalais Simon Boisseau, est une bande sonore imaginaire pour un dessin animé qui n’existe pas encore, et c’est tant mieux, parce que les images qu’il crée dans ta tête sont probablement meilleures que tout ce qu’on pourrait dessiner. Dans la lignée de Jean-Michel Blais ou d’Alexandra Stréliski, Simon Boisseau compose des pièces instrumentales délicates, cinématographiques, portées par le piano et agrémentées de cordes sobres et de textures synthétiseur. Ses collaborateurs Pierre-Olivier Rioux, Béatrice Ma et Adèle Saulnier complètent le tableau avec une discrétion bienvenue.
L’album suit un arc narratif clair : un personnage, représentation à peine voilée du compositeur lui-même, qui surmonte ses propres illusions pour finalement se permettre de ressentir pleinement. Parce que croire qu’on n’est pas capable de pleurer, de vivre le moment présent à fond, c’est peut-être la plus grande des fausses illusions. Le triptyque J’ai les yeux pleins d’eau / Mais je ne pleure pas / Et si je pleurais en est le cœur battant, une exploration toute en beauté de la difficulté d’exprimer ce qu’on ressent vraiment. Et puis il y a la reprise de Wow d’André Gagnon, inattendue, dansante, lumineuse, tirée de Neiges, un album qui accompagne Simon Boisseau depuis l’enfance. Elle détonne juste assez pour rappeler que la joie aussi a sa place dans tout ça, avant que les deux parties conclusives des Fausses illusions referment l’histoire avec douceur. Un album qui fait du bien, simplement.
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Flore Laurentienne – Volume III
Le deuxième café. Volume III conclut la trilogie instrumentale de Mathieu David Gagnon aka Flore Laurentienne, sept ans après ses débuts, et c’est une conclusion à la hauteur. Si Volume I nous faisait survoler les paysages québécois à vol d’oiseau et Volume II nous rapprochait de la force élégante des crues printanières, ce troisième opus descend encore plus profondément dans les détails et les micro-mouvements. Les cordes et les synthétiseurs analogiques, qui se courtisaient timidement au début de la trilogie, forment maintenant un seul corps, chaud, enveloppant, intemporel.
Dès Fleurs, la pièce d’ouverture, le temps s’étire. Les cordes pincées, les tourbillons de violons, les touches de piano, puis les synthétiseurs qui entrent avec une cohérence étonnante : tout est là, posé avec soin. Si Régate rappelle que la beauté persiste même dans la course effrénée du temps, Fleuve VII est un long crescendo qui laisse la lumière gagner sur la noirceur. (À travers les) Chablis, seul titre de toute la trilogie à inclure des percussions, clôt l’ensemble avec la grâce particulière de quelqu’un qui sait exactement quand s’arrêter. Flore Laurentienne a grandi au rythme du Saint-Laurent, en Gaspésie, et ça s’entend dans chaque mesure. Une musique qui sent le printemps qui revient.
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French For Horse – Plaid In Full
Et pour finir, on monte le volume. L’Acadien French For Horse lance son mini-album Plaid In Full via Acadian Embassy et Black Buffalo Records, et c’est une capsule temporelle parfaite pour quiconque a vécu l’ère Y2K Electronica de près ou de loin, ou pour ceux qui auraient voulu y être. Quatre titres autoréalisés qui couvrent un terrain étonnamment vaste : le Big Beat survoltés de Gaemboi avec ses lignes de basse distordues et sa batterie tonitruante, la balade lounge sophistiquée de Grand Prix et sa mélodie de flûte qui évoque une décapotable sur la Riviera, l’hypnose mécanique de On Off et ses arpégiateurs analogiques qui prennent vie comme une machine qui trouve son rythme, jusqu’à l’euphorique Party Cloudy et son refrain la-da-da qui s’accroche pour le reste de la journée.
Ce n’est pas une collection de chansons, c’est un DJ set, pensé et exécuté avec une cohérence qui force le respect. Des Chemical Brothers à Lemon Jelly en passant par Kraftwerk, les influences sont assumées et digérées, mais jamais copiées. Ça sonne comme une vieille cassette retrouvée dans le lecteur d’une Honda Civic en 1999, et c’est exactement là où on veut être un dimanche matin de mai, fenêtres ouvertes, soleil enfin de retour.
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