BbyMutha, la baddie de Chattanooga

BbyMutha, c’est la baddie qui pèse dans la scène rap du Tennessee. Bien qu’elle soit signée sur True Panther depuis 2023 (son premier contrat avec un label), Britnee Moore continue de sortir sa musique indépendamment, comme elle l’a toujours fait avec sa discographie constituée de morceaux et albums mis en ligne gratuitement et grâce à du bouche-à-oreille. BbyMutha a sorti quatre albums ces deux dernières années, notamment sleep paralysis en 2024, super intéressant par ses influences de la culture club UK et des jeux vidéos comme SSX Tricky ou Sonic the Hedgehog. Mais la rappeuse de Chattanooga revient avec un nouvel album bien américain, du fin fond du Tennessee. 

L’album rent due s’ouvre sur un extrait du film Coming to America (1988) de John Landis, qui capture cette ambiance new-yorkaise des années 80. Eddie Murphy joue le Prince Akeem de Zaminda complètement décalé, en arrivant à New York. Il commence alors un voyage initiatique ultra drôle pour trouver sa future reine. Ce film regorge de références et de citations, souvent vulgaires, devenues emblématiques dans la pop culture américaine. Dans l’intro de BbyMutha, il s’agit du passage dans lequel Frankie Faison crie au personnage de Stu : “your rent is due motherfucker” (“C’est le moment de payer ton loyer, connard”), introduisant alors le titre de l’album de BbyMutha, rent due.

“Rent due” littéralement veut dire qu’il est l’heure de payer son loyer, mais cette expression est aussi employée pour souligner qu’il faut assumer ses responsabilités, qu’un paiement est dû. Pour BbyMutha, cette phrase résonne très bien dans sa vie : c’est à la fois un rappel à soi, mais surtout un avertissement et une menace à ses détracteurs. Alors, menace, oui, mais ironique. Sur la pochette d’album, Britnee Moore brandit un sabre… en plastique. Cela annonce donc le ton que si elle ne se prend pas vraiment au sérieux, les autres devraient peut-être la craindre.

Le morceau “tempertantrums”, est produit par Rock Floyd, qui est crédité sur presque tout l’album. En utilisant des synthétiseurs analogiques, il mélange les époques, les styles et les supports sonores en associant instruments live, synthétiseurs et échantillonnage. Ça se ressent notamment sur one night in atl” avec une prod un peu synth pop des années 1980. Dans “tempertantrums”, elle rappe : “Bitches swear they know me / Ho I’m on my third life”. Ayant fait de la musique sous différents alias, ayant plusieurs baby daddys, elle a en effet vécu plusieurs vies. Elle commence la musique en tant que Cindyy Kushh, nom sous lequel elle publie des morceaux sur Soundcloud, notamment le titre Slut en 2012, qui connaît un certain succès. Elle change peu après d’alias à BbyMutha en référence à la compagne du père de ses enfants qui la traitait de “baby mama”.

Découverte pour la plupart par le morceau Rulesproduit par Luna God et sorti en 2017, BbyMutha est alors propulsée vers le rang de star (et baddie) de la scène underground dès sa première phrase haletante : You can’t give your pussy to a nigga who not used to getting pussy ’cause that pussy gon’ be everybody business. Cela lui a donné l’opportunité de faire la première partie de Earl Sweatshirt en 2019. Et cela lui a valu la reconnaissance de SZA, Kehlani et plus étonnamment Björk, qui a joué un de ses titres dans un DJ set. 

Le titre “muthaleficient back” sonne comme un hymne de méchante sorcière (“Muthaleficent, potions in my double cup”) qui prend sa revanche sur tous ses détracteurs qui lui ont fait tort. BbyMutha assume et affirme ce personnage : “I’m the villain in these bitches stories, that’s the leading role”. D’ailleurs le jeu de mot du titre entre “mother” prononcé dans le Tennessee “mutha” et Maleficent (Maléfique) renvoie directement au personnage impitoyable, sombre et sournois du conte de fée qui ferait un fuck à la Belle au Bois Dormant : “Back like I never left / Middle fingers up”. Si pour se débarrasser de ses ennemis, elle leur jette des sorts et des malédictions, elle peut aussi les assommer avec une massue dans “tempertantrums” : “I’m so like an evil villain / Walk down on you with a mace”.

Dans “mutha massacre’s metal mania!, elle pousse le délire misandre plus loin. Elle puise carrément dans l’horrorcore du Tennessee pour brosser un tableau d’une vivacité troublante dans lequel une femme traîne un homme mort par les parties génitales. Dans “muthaleficient back”, elle rappe “Dick bigger, I might fuck around and mansplain”. Elle traite ses hommes comme des objets avant qu’ils n’aient l’occasion de lui faire la même chose. Entre le père de ses jumeaux qui serait un pédophile, et l’autre père de ses autres jumeaux (oui il faut suivre) qui était violent et désapprouvait du rap de Britnee, on peut dire qu’elle n’a pas eu de très bonnes expériences avec les hommes. 

L’album se termine un extrait de l’animé Kakegurui dans l’« Outro« . Celui-ci explique qu’en société capitaliste, l’argent et la vie ne font qu’un et que les plus fous adorent parier. Cela fait maintenant plus de dix ans qu’elle parie sur elle-même, et elle n’a toujours pas encaissé ses gains.

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