Vide-Dressing : le vestiaire des beaux mots de Bonneville

En 2023, Bonneville s’est fait connaitre avec son super single Mes inconnus chez Play Two et depuis, s’était fait discret en sortant quelques nouveaux bien sentis. En 2026, c’est tout un album qui a vu le jour chez Bleu hasard : Vide-Dressing et qu’on se le dise d’emblée : quasiment aucun d’entre eux ne figurent dessus. En hommage à son studio 100% home made, il sort du placard ses meilleures pièces empreintes d’une douce mélancolie toujours teintée d’humour. Entre spoken word, pop et variété française, Bonneville trace sa route de jeune dandy chineur contemporain.

Ça vous dit quelque chose 28 835 ? Bonneville a pris soin de chiffrer dans le détail. Dans un phrasé parlé et une instrumentation minimaliste à la dominante piano et synthé, Bonneville philosophe sur l’existence. Avec 28 835, il pose une introduction qui pourrait nous rappeler la grande tirade d’ouverture d’Un monde sans pitié incarnée alors par un jeune Hippolyte Girardot. Dans un registre plus musical, on pense à la plume injustement oubliée d’Arnaud Fleurent-Didier. Bonneville ouvre son album de la plus cinématographique des manières.

Dans une esthétique beaucoup plus pop, Bonneville fédère autour de sa plume truffée de jeux de mots. Parce que l’univers de Bonneville est fait de ça : de solitude moderne et de récits du doux flâneur-rêveur. La lune devient son refuge éloigné de tous ses tracas de petit terrien. Il délaisse le parlé pour des lignes de chant et un refrain accrocheur.

Mélodie quasi immédiate, chaleureuse, Tadam est parfaite pour les journées d’été. Elle invite au lâcher prise, à l’optimisme de toutes les heures. L’expression « Tadam » est utilisée par Bonneville pour essayer de transformer en spectaculaire les petites victoires de chacun sur le quotidien. Et la magie opère en un peu plus de 3 minutes !

Mais qu’est-ce que tu nous racontes Bonneville ? Balcon pointure 42 nous entraine dans une mélodie plus aérienne, plus groovy, plus lente pour laisser respirer les mots. Entre le réel bien ancré dans ses pompes et à mi-chemin du dehors, Bonneville nous partage une rencontre que l’on dirait comme fantasmée.

Digne d’un titre d’un énième guide de bien-être, Vivre c’est mourir nous rappelle à quelle point la mort est omniprésente dans la vie de par les expressions qu’on peut utiliser pour décrire une situation. Plus énergique, Vivre c’est mourir révèle une nouvelle facette de Bonneville. Il y a quelque chose qui puise son inspiration dans la vibe rock français des années 1980. On y trouverait presque une inspiration rock dès que la guitare sort du décor. Le rire presque moqueur de notre chanteur clôt le morceau comme pour lui donner un souffle encore plus léger.

Pour ouvrir L’ignoble et le sublime, Bonneville s’est visiblement rendu dans un parc d’enfants pour y enregistrer ces sons agréables, insouciants. En piano-voix dominant, la guitare de son comparse de toujours FeedKool, Bonneville explore nos contradictions d’humains. Un chœur l’accompagne sur le refrain. Toujours avec un semblant de légèreté, il navigue dans une vraie profondeur dans ses textes.

Plus catchy, Tranquille ça baigne renoue avec le son aérien et une guitare que l’on caractériserait de crémeuse. La formule rassurante pour mieux laisser passer la nuance. Bonneville y exprime toute son apparente décontraction face au quotidien navrant ambiant. C’est toujours dans un chant volontairement détaché qu’il parvient à jouer la bonne carte.

Flirtant avec une ambiance très funky avec quelques effets glitchs parsemés, Début d’abus nous embarque dans un espace lounge où cohabite gravité et humour. Dansant, Début d’abus fait moins dans la mélancolie, petite échappée rythmique où la basse rebondit et le groove se répète, Bonneville fait un pas de côté dans le style sans oublier son regard décalé.

Paumé installe quelque chose de plus flottant, sans jamais se faire hésitant. Sur fond de perte de repères émotionnels, Bonneville se fait plus sentimental. On retrouve bien le Bonneville flâneur qui déambule ici et là, qui par chance, retrouvera sa bien-aimée – un appel est lancé -.

Maintenant qu’il l’a retrouvée, Bonneville pose un regard tendre sur la fin d’une histoire. Loin du fracas, du drame, On va pas rester là privilégie la justesse. Ce n’est pas une dispute, c’est une digression sentimentale. Bonneville mise sur un accompagnement musical plus étoffé que ces morceaux précédents pour s’arrêter sur un moment, une scène. Tout devient alors précisément pondéré. On va pas rester là est la dernière chanson de l’album, la plus longue et sans doute, la plus délicate de toutes.

Vide-Dressing est une grande réussite pour apprécier le style Bonneville. Comme dans un journal d’observations, Bonneville pose son regard espiègle sur le quotidien. Ses jeux de mots qui nous décrochent des sourires sur fond de mélodies accrocheuses, le garçon maitrise son style. Tout au long de l’album, Bonneville démontre son sens de la formule bien trouvée, celle qui sonne comme une évidence. Pas de place pour les silences, Bonneville aime les bons mots. En concert, il est tout aussi généreux et encore trop cantonné à sa région. Tourneurs de tout poil, laissez-vous séduire par ce doux coquin qu’est Bonneville !

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