Damantra, phénomène rock groovy, remet au goût du jour les sonorités seventies ! Un élan de modernité et de liberté souffle dans nos écouteurs en découvrant leur tout nouvel album, Better Off This Way. Nous avons échangé avec Mélanie et Virgile sur cet opus qui redonne des couleurs au paysage rock. Entre intuition et perfectionnisme, self-love et regard des autres, découvrez la philosophie Damantra !

La Face B : Est-ce que vous pouvez commencer par me raconter un peu votre rencontre à tous les quatre ? Comment est-ce que vous avez été amenés à faire de la musique ensemble ?
Melanie : À la base, avec Virgile, on avait un duo de blues acoustique et très vite, on a eu envie de sauter partout, ce qui n’était pas possible. Donc on avait envie de monter un groupe de rock. Au fil de l’eau, on a rencontré Robin. On avait un premier batteur et ça s’est arrêté au bout de quelques temps. Rémi nous a rejoints en 2021.
Virgile : Rémi est n ami de longue date de Robin. Ils ont fait leur tout premier concert ensemble ! Ils avaient 4 ans et 6 ans, je crois. C’était vraiment improbable. Ils se connaissent de très longtemps.
LFB : Pourquoi le nom Damantra, du coup ?
Mélanie : C’est basé sur le mot mantra. La musique de Damantra, c’est vraiment un exutoire. Et au final, on y dit des choses qu’on se répète pour aller mieux. Tu as pu le voir dans les paroles, à quel point c’est quand même des choses de soi qui sortent. Voilà pourquoi Damantra.
LFB : Vos premiers EPs, c’était plutôt rock, blues, un peu heavy, un peu « rock à papa ». Ce n’est pas péjoratif quand je dis ça, notamment sur Jekyll & Hyde. Et sur votre album, c’est plutôt un virage drastique autour blues rock, mais toujours plutôt psyché années 70. Comment c’est arrivé, ce changement de style drastique ?
Mélanie : Très naturellement. En fait, en vrai, tout est naturel dans notre manière de composer, notre manière d’avancer. Au tout début, on voulait tout faire très, très bien et chercher une imagerie, provoquer les trucs. Et en fait, on s’est rendu compte qu’il fallait juste le temps et on a évolué progressivement. Et c’est comme ça que nous, en grandissant, il y a des choses qui se sont développées et on a maintenant cette imagerie qui s’est construite petit à petit.
En fait, c’est venu naturellement et avec aussi tout le côté DIY, parce que Virgile, pendant le Covid, s’est mis à fabriquer des guitares, Robin, lui, il a commencé à bidouiller l’électronique, etc.
Virgile : Avant effectivement on était plus sur du rock un peu plus brutal, mais il y avait toujours cet esprit de vouloir faire des morceaux qui fonctionnent en live, pas juste enregistrer un disque et perdre l’étincelle en concert. Petit à petit, on s’est recentré sur les années 70 aussi parce que ça a été un style qui a parlé à tout le monde naturellement. On vient tous de styles différents, de la folk, du jazz… Beaucoup de blues, de rock and roll des années 50. C’est la musique qu’on aime. Donc quand on s’est mis à jouer, c’est ces influences là qui se sont mis sur le tapis.
LFB : Est-ce que votre attrait pour cette période est purement musical ou il y a un intérêt historique, sociétal…?
Virgile : Alors moi, j’ai toujours été fasciné par les années 70, je pense que quelque part, ça a dû jouer. Mais on s’est rendu compte après coup que finalement c’est très actuel, cette époque-là. Tout est cyclique. Les menaces nucléaires, les blocs Est/Ouest, l’arrivée des nouvelles technologiques avec l’IA. À l’époque, c’était plutôt les gens qui commençaient à avoir des voitures, des frigos, l’ère industrielle, tout ça. En fait, je trouve qu’il y a des parallèles qu’on peut faire aujourd’hui. Et puis les luttes sociales actuelles, mouvement étudiant, etc… Et puis on peut aussi dire que la musique, ça a toujours été un moyen d’exprimer des sujets sociétaux. Ca a toujours suivi aussi un peu la politique, et il y a beaucoup d’artistes qui s’en servent aussi pour porter des messages politiques, sociaux, etc.
LFB : Et, question un peu à part, mais pour vous, ça ressemblera à quoi, le rock dans 50 ans ? Est-ce que vous voyez une évolution en particulier du monde, ou de la musique, plus tard ?
Mélanie : Je pense qu’il y a toujours une évolution. Aujourd’hui, on fait un rock avec quand même des grosses influences des 70’s, mais il y a aussi des choses qui sont très actuelles. J’ai l’impression que plus on va avancer dans le temps, plus il y a tout qui va se mélanger. Je pense qu’on va avoir des influences de partout qui vont se mélanger.
Virgile : Oui, il y aura peut-être des groupes de rock 2010 K-pop, on ne sait pas ! (rires)
Mélanie : Il y a aussi toutes les techniques qui évoluent et qui nourrissent aussi des nouvelles inspirations. Je n’ai pas d’exemple en tête, mais si tu prends les codes du rap avec, par exemple, de l’autotune à fond, que tu colles ça sur du rock, par exemple, ça va être les moyens technologiques qui évoluent, qui vont permettre de faire ces nouvelles fusions.
LFB : Et par rapport à l’IA, vous, vous avez une vision par rapport à ça ? Est-ce que c’est quelque chose que vous craignez ou pas du tout ?
Virgile : Ce n’est pas quelque chose qu’on craint en tant qu’artiste. Parce que, en tout cas pour nous, notre musique est faite pour du live. Les gens vont à des concerts pour vraiment écouter cette musique là, j’ai l’impression en tout cas. Et pour partager aussi un moment, être dans un mood. Et ça, l’IA ne peut pas le remplacer.
Après, effectivement, tout ce qui est création pure de musique et diffusion, oui, on va forcément être un peu plus noyé par ce que peut créer l’IA. Mais quelque part, nous, en tant qu’artistes émergents, on est déjà un peu noyé dans l’offre possible et imaginable ! Et l’IA ne fait que copier ce qui existe.
Mélanie : J’ai vu une vidéo de Miki, qui répondait justement à cette question. Et elle disait que l’IA, justement, elle recopie les trucs qui existent, mais le nous dans deux jours, il est forcément différent de nous aujourd’hui. L’IA, elle aura toujours un train de retard. Mais après, que des gens soient transportés par de la musique faite par l’IA, au final, j’ai envie de dire, le plus important, c’est que ça leur fasse ressentir quelque chose. Et c’est moche parce que du coup, c’est des revenus qui ne vont plus à des vraies personnes. Mais si ça fait ressentir des choses à des gens, tant mieux.
LFB : Est-ce que vous avez des artistes qui vous inspirent, que ce soit des artistes plus anciens ou des artistes plus récents ?
Mélanie : Dans les références de l’album, c’est beaucoup des groupes qui sont inspirés par les années 70, mais actuels. Donc, il y a Blues Pills, bien sûr.
Virgile : Et sans qu’ils soient forcément « revival ». C’est plutôt des groupes qui amènent leur patte de la nouveauté, même s’il y a une grosse empreinte.
Mélanie : Greta Van Fleet aussi. Il y a un gros débat sur Greta Van Fleet, si c’est copier/coller Led Zeppelin ou non. Moi je trouve pas, mais il y a un gros débat sur Led Zeppelin au sein du groupe. Rémi et Virgile, eux, sont fans. Et Robin et moi, pas tant (rires). J’aime beaucoup Greta Van Fleet. Pour moi, il y a quelque chose de différent.
Virgile : Il y a un côté plus pop, plus frais. Et en même temps, c’est un peu un boy’s band de rock. C’est sans doute ce que leur reproche la plupart des gens. Mais je trouve qu’ils ont fait quelque chose que Led Zeppelin ne savait pas faire. A leur concert il y avait beaucoup de jeunes, c’était impressionnant !
LFB : On va un peu parler de ce premier album, Better Off This Way. Comment ça s’est passé la composition, l’écriture ? Combien de temps ça a pris ?
Mélanie : C’était vraiment très innovant pour nous. Parce qu’en fait, on avait très peu de temps pour le faire cet album. On rentrait de tourner des festivals l’été, et notre producteur, il nous a dit : « Allez, très bien. Je vois qu’il y a une bonne dynamique qui se met en place, on sort un album l’année prochaine. » L’année prochaine, ça veut dire qu’on enregistre dans 6 mois ! Du coup, on s’est mis à composer plein de morceaux de manière très spontanée et pas du tout réfléchie. On sortait tout ce qu’on avait à l’intérieur de nous. Et c’était vraiment très enrichissant et très spontané.
Virgile : En 4-5 mois, on a composé les 9 morceaux originaux. Et le réarrangement du 10ème. On a travaillé avec Nathan Boucher qui est un directeur artistique, pour pousser les morceaux à leur maximum. Car ces morceaux là, on ne les a jamais joués en concert avant de les enregistrer. Contrairement à ce qu’on faisait avant.

LFB : Vous vouliez garder ce côté titre qui fonctionne vraiment en live finalement ?
Mélanie : C’est mon approche oui. Quand j’écris la mélodie de voix je ferme les yeux et je m’imagine devant une foule immense de gens. Et c’est comme ça que je visualise ce que je veux dire. En fait, les paroles, je ne peux pas les décider à l’avance. Si je veux aborder un thème, les paroles ne sortent pas. Mon processus pour faire une chanson c’est : les garçons jouent un truc, et moi, je ferme les yeux, j’écoute. Et je m’imagine… Et ensuite, je vais chanter en yaourt n’importe quoi, ce qui me vient. Parce que ça m’inspire en termes de mélodie. Et en chantant en yaourt, il y a des mots, des petits bouts de phrases qui sortent. De nulle part. C’est vraiment trop bizarre ! (rires)
LFB : Vous avez vraiment besoin d’être ensemble aussi pour composer et écrire ?
Mélanie : Ouais, vraiment. Et je reviens très peu sur les textes. Parce qu’en fait, une fois que c’est passé, c’est passé. Après plusieurs allers-retours sur les pré-prods et des discussions avec notre directeur artistique, on s’est enfermé pendant une semaine en studio pour les productions finales.
Virgile : On a composé à la maison, en studio de répètes… On a enregistré au studio du Capitole, le maximum en live tous ensemble !

LFB : Vous recherchez un aspect, chaleureux, vivant, à enregistrer ensemble ?
Virgile : En réalité déjà on joue tous mieux ensemble. Plutôt que quand on fait du piste à piste, chaque instrument séparé. Quand tu as l’image d’un batteur qui joue devant toi, c’est vachement plus simple. Et on a rajouté des instruments en plus, les claviers notamment. On s’est enfermé dans une maison dans les Pyrénées pendant une semaine, pour ajouter tous ces instruments en plus.
LFB : Et j’ai vu que vous aviez créé vos propres instruments. Vous les avez utilisés pour l’enregistrement de l’album ?
Virgile : Oui, pas que mais Robin a toutes ses basses que je lui ai fabriquées. Moi, mes guitares, je dois en avoir dix aujourd’hui. J’en ai 5 ou 6 en électrique et je dois en avoir fabriquées quatre.
LFB : J’ai l’impression que vous n’avez pas arrêté pendant un an ! Vous n’avez pas fini en burnout, ça va ? (rires)
Mélanie : Non, ça va. C’était un peu stimulant. C’est motivant aussi, c’est un beau projet, mais c’est intense. On se voit pendant 3 heures, il y a un morceau qui est sorti au bout de 3 heures. Même si c’est nul, on s’en fout !
LFB : A vous écoutez, il y a ce côté très spontané, très intuitif. Il y a aussi ce sens du détail et ce souci d’être assez perfectionniste.
Mélanie : On est des gros débiles de perfectionnisme ! (rires)
Virgile : On dit que les musiciens et les artistes mettent un peu d’eux dans leurs œuvres… Nous, on est complètement perfectionnistes. Ce qui peut être intéressant à dire, c’est qu’on a choisi deux références pour l’album. Greta Van Fleet, l’album noir avec la porte dorée, Battle of Gardens Gate, pour le son des batteries, des orgues. Et puis, en plus dans l’énergie, et peut-être plus les guitares, c’est Rival Sons, Feral Roots.
Ensuite, on a chacun fait une playlist des titres qui nous parlaient. Je me souviens que dans ma playlist, j’avais mis Comme un Boomerang de Gainsbourg.
Mélanie : Reach Out, c’est très inspiré de ça. Elle est sortie en une heure et demie, deux heures. On en ressort avec l’impression d’avoir sorti un truc de soi. Je trouve que c’est comme ça que sont les plus beaux morceaux. Donc voilà dans la composition, chacun amène sa touche, et dès qu’on est tous les quatre, tout fait sens et on arrive à mélanger toutes nos idées.
LFB : Et non seulement vous avez aussi changé de style musical, mais aussi dans votre DA général, sur scène vous ramenez aussi tout un décor, des vêtements, une identité visuelle assez marquée. Pour vous, c’est important d’avoir une identité visuelle, qui montre aussi qui vous êtes ?
Virgile : Oui, car notre musique, elle se vit en live. Autant se sentir bien sur scène. Quelque part, on ramène un peu notre salon quand on vient jouer quelque part.
Mélanie : D’ailleurs, le tapis, c’était notre tapis de notre salon (rires). Et ensuite, on commence à ramener des trucs, des lampes etc. En fait, c’est comme les paroles. Tu commences à avoir une première idée, et ensuite, tu essaies d’aller un peu au bout. Pour les tenues progressivement j’avais commencé à me faire des hauts en crochet et ensuite les pattes d’eph’ ils sont revenus à la mode il y a un ou deux ans, Virgile a commencé à s’en acheter et puis voilà quoi !
Virgile : On a pas mal été aidés aussi avec la mode actuelle parce que toutes ces fringues là ça revient au bout du jour, c’est beaucoup plus facile d’accéder il y avait pléthore de choix mais en tout cas l’idée était déjà là.
LFB : Vous vous êtes aussi entourés d’une équipe pour produire l’album ?
Mélanie : Pour l’album à proprement parler on a Nathan Boucher qui est à la direction artistique, qui a vraiment pris part à la création de l’album. Pour tout le côté production c’est notre structure historique qui nous produit, Black Mantis. On a pu avoir des partenaires qui nous ont vraiment permis d’atteindre un autre niveau de production sur l’album. Et on a commencé à travailler avec un manager qui est arrivé en cours de route en 2024 et il a trouvé tout le reste ! Un éditeur qui est arrivé aussi peu de temps après et qui a aussi mis des sous, et des contacts. Et aussi pour la presse NRV Promotion qui a fait un super travail franchement on est très contents !
LFB : Oui c’est vraiment un travail d’équipe c’est important de bien s’entourer aussi parce que ça vous permet vous de vous concentrer sur la partie création. Puis vous avez fait pas mal de festivals des choses comme ça aussi donc c’est vrai que ça soulage et ça aide à porter le projet !
Mélanie : Perso si j’ai trop de trucs en tête je ne peux pas faire de musique. Si l’intérieur de moi c’est une to do list énorme je m’en sors pas. Je vais peut-être faire une chanson un jour sur la to do list justement ! (rires) Donc heureusement à ce moment-là les charges mentales il y avait pas grand chose dedans parce qu’en fait c’était géré par des autres gens !
LFB : De manière générale c’est quoi les messages que vous vouliez faire passer dans cet album ?
Mélanie : D’entrée de jeu il n’y avait pas de volonté en fait c’est un peu la loterie de : qu’est-ce que j’ai emmagasiné ces dernières années et qui va ressortir et qu’est-ce que la musique va me faire ressortir sur le moment ? Ce qui en ressort après coup, ce sont des questionnements sur le fait de grandir, de commencer à s’aimer soi-même, des chantiers infinis ! Apprendre à lâcher prise…
Il y a certaines choses où on a imaginé une histoire, par exemple Sweet Little Girl. On s’est imaginé une situation dans un ranch aux Etats-Unis où je voyais une maman qui berçait un petit bébé et qu’elle lui transmettait du courage pour sa vie : tu vas bien galérer mais ça va le faire !
Virgile : Globalement sur tous les morceaux on a une scène en tête, il y a un côté un peu cinématographique. Je n’ai pas du tout de difficulté à me projeter dans une scène de film, ce qui a sûrement aidé à la visualisation des titres.
Mélanie : Sur Mr Woop Woop il y a beaucoup de ça aussi, où on a imaginé quelqu’un qui faisait n’importe quoi dans la rue, et qui s’en fiche du regard des autres. Donc voilà dans l’album il y a du vécu et de l’imagination ! Mais dans tous les cas, c’est basé sur quelqu’un qui vit quelque chose.
LFB : Vous prenez beaucoup exemple sur le monde extérieur j’ai l’impression, vous partez d’une observation du monde extérieur pour exprimer quelque chose qui se passe à l’intérieur ? En tout cas c’est moi comme ça que je l’ai ressenti à l’écoute de l’album.
Mélanie : Je suis quand même assez sensible et du coup je vais forcément éponger beaucoup de ce qui se passe autour de moi. Dès qu’il y a quelqu’un qui me dit qu’il y a un truc chiant chez moi j’ai envie de le changer. Appliquer ce côté perfectionniste à soi-même fait que tu grandis, tu apprends de tes erreurs.

LFB : La chanson Big Girl fait référence à toutes les injonctions qui sont faites notamment aux jeunes femmes de ne pas trop parler, d’être discrète ne pas rire trop fort. C’est quelque chose qui a pu vous bloquer dans la vie d’être soumis aux injonctions sociales ?
Mélanie : Toutes les situations qui sont dans la chanson c’est des trucs qui sont tirés de mon vécu. Je me suis vraiment construite dans le regard des autres et la valorisation faite par les autres. C’est sûr qu’aujourd’hui j’essaye de m’en libérer, j’y arrive de plus en plus mais c’est un long chemin.
LFB : Les titres sont globalement assez solaires, assez estivaux c’est assez joyeux de manière générale mais je trouve qu’il y a un titre qui met une sorte de tension, de rage un peu froide dedans c’est The Game. De quoi ça parle ce morceau ?
Mélanie : Alors ça c’est un grand chantier que j’ai réussi enfin à fermer ! C’est celui d’avoir besoin du regard des autres. Moi, hétérosexuelle, des regards des hommes pour me sentir bien et me sentir belle et tout ça. Et quelle prison ! Ça te conduit à jouer un rôle, faire semblant pour récupérer un peu d’estime de toi-même. Et c’est hyper dangereux surtout quand tu es dans une relation longue où tu te retrouves à devoir faire des trucs pour te sentir bien qui ne vont pas du tout. Au moment de la composition j’étais pas encore sortie de tout ça, je commence seulement à l’assumer un peu. Le refrain c’est : « tu peux tout perdre pour quelque chose qui ne vaut rien en réalité, c’est que de la fumée » donc c’est pour ça qu’il y a cette rage. Cette chanson ça a été vraiment révélateur de ça, cette chanson elle a été importante, très intime.
LFB : A côté il y a le titre Slow It Down qui a un super groove qui donne envie de sauter dans tous les sens mais il y a toujours ce paradoxe car ça invite quand même à ralentir pour éviter d’exploser en plein vol, c’est un peu contradictoire ?
Virgile : Oui comme disait Mélanie on est tous à différents degrés de perfectionnisme et on veut faire les choses à fond. Sauf que des fois il faut se forcer à ralentir.
Mélanie : Des fois c’est ton corps qui te dit stop. Et ce morceau pour la blague il a été composé 15 jours avant le studio !
Virgile : C’est le tout dernier morceau à avoir été composé. On voulait faire un album de 10 titres et on en avait 9 avec la nouvelle version de Jekyll & Hide et ce morceau là est sorti comme ça ! On s’est dit qu’il fallait qu’on compose un morceau et c’est sorti très facilement.
Mélanie : Cette chanson c’est l’histoire de ma vie, j’entasse, j’entasse, j’entasse et je craque ! Pareil dans Slow It Down je me parle à moi-même et sur le pont j’aime bien parce que ça dit « tu veux pas t’en empêcher » et c’est exactement ça.
LFB : Le clip rappelle vraiment certaines scènes de vieux films avec la coccinelle, avec tout ce que vous avez trouvé. C’est quoi un peu l’histoire et les coulisses de ce clip ?
Mélanie : Alors là tu as nos contraintes et notre créativité mêlées ! On n’avait pas d’argent et on voulait faire un film type road movie années 60. Un truc un peu marrant plein de petites scénettes alors du coup on écrivait plein de gags qu’on avait envie de faire avec le ton un peu grave du morceau pour dédramatiser.
On a fabriqué plein de trucs. On avait besoin d’un studio mais ça vaut 800 balles la journée, donc on nous a prêté un gros hangar à Toulouse. Après il nous fallait un écran assez grand pour la voiture, on a acheté une grande toile sur Amazon en pensant pouvoir la rendre mais elle n’a malheureusement pas survécu ! (rires) On a aussi fabriqué la structure aussi de 3m par 5m.
Les plans de routes qui défilent derrière c’est hyper cher à acheter du coup la grand-mère de Robin nous a prêté sa voiture décapotable et Robin s’est mis à cheval par-dessus l’arrière pour filmer la route. Il nous fallait aussi des vieilles voitures donc on a été à des conventions vintage de voitures et on a été au culot demander à des gens si ils voulaient pas tourner dans un clip. Il y en a qui ont dit oui et ils se sont donné rendez-vous ! Ca fait des histoires à raconter… C’est tout fait maison de A à Z ce clip là.
Virgile : Une autre anecdote assez « drôle » : deux semaines après le tournage, qui a duré toute une journée, notre cadreur nous appelle pour nous dire qu’il a perdu les rush des images dans le hangar. Donc on a dû refaire une seconde journée de tournage, un mois plus tard. Heureusement personne n’était allé chez le coiffeur entre temps ! (rires)
LFB : C’est vrai que ça fait des histoires à raconter, il y a aussi un vécu avec ce clip. Et puis j’ai l’impression que comme vous faites tout vous-même, d’un côté vous apprenez plein de trucs. Ca peut permettre aussi peut-être plus tard si vous travaillez avec d’autres équipes, d’autres producteurs de savoir ce que vous voulez.
Mélanie : Et tu peux aussi voir quand les autres ne le font pas bien quand ça ne te convient pas et que tu veux faire autrement. Mais aussi quand on a une idée précise de ce que tu veux faire, en tout cas pour la partie artistique, ce sera forcément moins bien fait par quelqu’un d’autre. On a aussi fait la pochette aussi nous-même. Ca s’est décidé en 5 minutes, on allait à un spectacle de prévention des risques auditifs, on avait toutes nos affaires de scène. Et sur le chemin on a vu un champ de fleurs dans le Gers. On s’est dit qu’il fallait un truc comme ça, on est sortis de l’autoroute, on a roulé 2 minutes, on s’est garés on a été dans le champ. On a fait attention à pas trop casser le champ quand même ! (rires) Il fallait faire des photos où on marchait donc on s’est mis à un endroit où il y avait déjà des traces de tracteurs. La photo de la pochette elle a été prise comme ça sur le vif du coup.
Virgile : Donc c’est bien une vraie photo et pas un photomontage !
LFB : Je voulais parler un peu du titre Deep Into My Eyes, parce que j’adore la guitare dans ce titre là. C’est aussi le morceau le plus long de l’album, presque 6 minutes. Et il est assez introspectif. De quoi ça parle, ce titre là ?
Mélanie : Je crois que c’est un des tout premiers qu’on a écrit. En fait, c’est assez troublant quand tu passes beaucoup de temps avec des gens qu’au bout d’un moment, ils commencent à te connaître mieux que toi-même. Et moi, ça m’arrive plein de fois que Robin me dise « ça va ? » Et je dis « bah ouais ». Et une demi-heure après, je pleure ! Maintenant s’il me dit ça, sûrement que dans une demi-heure ça n’ira pas ! (rires) Virgile aussi, mais il parle moins. C’est moins évident que quand Robin me le dit. Et c’est vraiment un peu ce constat là de base. Quand t’as passé beaucoup de temps avec les gens, dans différentes situations, dans les moments de merde, dans les moments de bien. Il n’y a que comme ça que ça se crée. Que t’arrives vraiment à connaître les personnes.
LFB : L’album se conclut par I’ve Been. Je trouve que c’est un beau morceau de clôture. C’est même parfait. Avec cette guitare un peu blues en reverb. Et puis le message qui peut englober finalement tous les autres sujets de l’album. Sur l’amour de soi, s’assumer, ne pas craindre le regard de l’autre. Et est-ce que vous pensez que c’est totalement possible de se décrocher du regard des autres ? C’est un peu le message qui est porté dans cette chanson.
Mélanie: J’espère, j’en rêve ! Après, j’imagine que la contrainte des autres fait que tu ne vas pas devenir une personne horrible. Et ce que je me demande. A quel point il faut t’en foutre de ce que disent les autres ? A quel point tu te mets au centre ? Se mettre au centre, s’écouter, c’est bien. Mais à quel point tu deviens un gros égoïste ? C’est délicat.
J’en arrive à me dire qu’en fait, tout ça, c’est lié avec l’histoire de la perfection. Quand tu veux être parfait pour coller à tout ce que les gens veulent de toi, en fait, tu te perds complètement parce que c’est impossible. Parce que tu veux changer pour correspondre. Tandis que si tu veux changer parce que c’est quelque chose qui te dérange, toi, par rapport à tes valeurs, là, oui, tu peux changer, et ce sera grâce à quelqu’un d’autre qui t’aura montré quelque chose peut être.
LFB : Et du coup, c’est vraiment ce que vous avez voulu conclure en mettant I’ve Been en dernier de l’album ?
Mélanie : Il y a aussi cette intensité et la manière qu’elle finit aussi, un peu en suspens. Je crois que ça a pas mal joué.
Virgile : Je crois que ce qu’on s’était dit, c’était que on avait la sensation qu’après avoir écouté ce morceau là, t’avais plus rien envie d’écouter d’autre.
Mélanie : Oui, il y a une intensité dans ce morceau. Et même à jouer en live, ou quand même quand on en répèt, c’est surtout Rémi et moi où je pense qu’on est les plus sujets à cette sensation. Et waouh, à chaque fois qu’on finit la chanson, on se dit que ça résonne tellement.
LFB : J’étais à votre release le 27 février à Toulouse. Comment c’était déjà le concert pour vous ? Comment vous l’avez vécu ?
Mélanie : C’était une journée très intense. Parce que Rémi pouvait être papa d’une minute à l’autre. Du coup, c’était très… sport ! Donc en fait, on devait être là-bas à 14h, alors à midi, on a répété avec notre batteur de remplacement, qui se trouve être le batteur de Julii Sharp, qui jouait aussi ce soir-là. Rémi est venu pour les balances et il est reparti pour revenir vers 21h. Jusqu’au bout on ne savait pas quel batteur jouerait ! On était un peu en panique.
Pour le coup, ça te met quand même un peu dans une tension assez forte. Après le concert, c’est super bien passé. On a eu des bons retours. Les gens étaient dingues. Il y avait une ambiance de fou !

LFB : Et ça fait quoi de faire une release d’album dans votre ville en plus au Metronum ?
Mélanie : Très plaisant. En plus, là, c’était les conditions rêvées parce que c’est le Metronum qui organisait la soirée. Normalement, les releases, c’est toi qui produis tout. Et là, on avait juste à se laisser guider, donc ça, c’était vraiment royal. Et heureusement, en vrai, vu les conditions, heureusement qu’on avait besoin de rien gérer.
Virgile : Et ça fait plaisir de voir dans le public plein de visages qu’on connaissait ! Et aussi d’autres que tu ne connais pas.
Mélanie : Et c’était trop sympa à eux de penser à nous pour cette triple release. Ca s’est dealé en mars l’année dernière. Donc c’est vraiment des temps très longs. C’était juste l’option parfaite. C’est l’inverse de la loi de l’emmerdement maximum ! (rires)
LFB : En 2025, vous avez eu pas mal de concerts, de festivals. Il y en a d’autres prévus en 2026 ?
Mélanie : Oui, on va bientôt pouvoir annoncer tout ça. Il y a certains qui sont, ça y est, annoncés. Il y a beaucoup de trucs dans l’Est. Il va y avoir le festival de la Paille à Métabief, qui est un assez gros truc. Et on va avoir aussi des dates à l’étranger ! Donc voilà, il y a plein de trucs qui sont dans les tuyaux aussi, qui mettent un peu de temps à se valider parce que la conjoncture culturelle retarde pas mal de trucs. Mais on adore les festivals, petits ou grands on s’y sent toujours super bien.
LFB : Merci pour cet échange et plein de belles choses pour la suite !
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