Format court #99 : MDNS, NORD//NOIR, Mimi Mono

Chez La Face B, on adore les EPs. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux dans lequel on vous présentera une sélection d’EPs sortis récemment. Aujourd’hui, on s’intéresse à trois jeunes pousses venues tout droit du Nord : MDNS, NORD//NOIR et Mini Mono.

MDNS – DRACHE !

En voilà un qui a décidé de porter clairement les couleurs de sa région et de sa ville dans sa musique. Pour cela, quoi de plus évident que d’appeler son nouvel EP DRACHE! ?

Deux ans après Posthume (dont on vous parlait par ici) le fringant MDNS est de retour pour notre plus grand plaisir avec 7 titres qui mêlent énergie punk à l’anglaise (on peut entendre ici et là des réminiscences de Madness ou de Fontaines D.C. dans ces nouveaux titres) à une écriture française et moderne portée par l’énergie d’une époque entre coup de déprime, envie de s’en sortir et colère no futur bien sentie.

DRACHE ! c’est sept morceaux comme sept uppercuts qui d’une manière ou d’une autre nous laisseront K.O. MDNS a choisi la voix de l’efficacité, des morceaux qui durent tous moins de 3 minutes et qui se vivent comme une épopée à 1000 à l’heure dans une existence qui est autant une quête de sens, qu’une ride sans fin dans des plaisirs plus ou moins artificiels.

MDNS joue sur ce fil tenu entre moments riches en émotions (ON TRAÎNE! ,ENFANT DE MA VILLE, J’SUIS PAS MORT SI J’ESSAIE!), petits tubes en puissance ( l’excellent TELEPHONE! qu’il partage avec sa camarade THEA) et moments de provoc drôles et biens sentis ( SEXE, DROGE & DRAME !).

Un mélange détonnant et explosif qui secoue et fait beaucoup de bien. MDNS regarde la vie au fond de son verre de bière et y trouve des histoires à raconter, des moments de vie, la sienne mais aussi celle de ceux qu’il représente.

Car oui, MDNS est un fier représentant : celui d’une génération un peu perdue mais qui n’est pas prête à baisser les bras autant que d’une région qu’on ramène trop souvent à ses clichés mais qui a bien plus à raconter sur la solidarité et l’amour que n’importe quel autre endroit.

Crier pour exister, c’est un peu le combat de MDNS et c’est clairement réussi dans ces sept titres qui nous secouent et nous entrainent sans déplaisir au milieu des guitares et du pogo.

Cependant, c’est sur les deux derniers morceaux de DRACHE! que le lillois nous bouleverse complètement. Laissant ouvrir les vannes, laissant transparaitre une sensibilité à fleur de peau et une écriture qui mêle son sang et ses larmes, MDNS fait monter les poils et nous laisse pantois.

On a hâte de voir où les prochaines aventures de ce jeune punk bizarre vont le mener. En attendant aujourd’hui dans le nord il fait beau donc on se met DRACHE! dans les oreilles. Et très fort s’il vous plait !

NORD//NOIR / Fait d’amour

Un premier EP ne serait-il pas fait d’amour ? C’est une première étape, une grande lancée, un saut dans le vide et une lancée dans le vivant.

Le fait d’amour de NORD//NOIR est avant tout un manifeste, un grand bouleversement et une petite claque qu’on se prend dans la tronche. Celle d’une musique protéiforme, politique, intense et humaine. Le genre de projet qui fait danser les os et le corps, qui fait l’âme et le cœur.

Tout à la fois héros d’une fête politique aux slogans qui claquent, que compteurs d’histoires de moment vécus dans une région où la haine peut devenir une vague noire (ou brune) qui nous aspire mais où les résistants ne sont pas mort, les deux garçons de NORD//NOIR sortent les BPMs du Gabber pour les mêler à la pop, au punk ou aux chansons de manifs. Ça tape fort, ça tape bien, c’est l’histoire d’une révolte en cours et d’un groupe qui analyse une époque pour tenter de la sauver.

Dès Fait d’amour, tout est dit : malgré le chaos, malgré le monde qui les entoure, NORD//NOIR est fait d’amour. Une production atmosphérique qui se transforme en transe percutante autour d’une phrase simple et répétitive, un mantra évident scandé comme un acte de résistance.

Natacha, n’est pas une histoire d’amour qui finit mal. Ou peut être que si en vrai, celle d’une ville au main d’une personne qui la détruit peu à peu, qui transforme un lieu aimé en lieu hanté, qui durcit le ton et détruit tout. Chanson sur leur ville de Calais, Natacha est un exutoire à la colère qui ne peut plus rester en soi.

Pas Mort poursuite se besoin d’émancipation, cette pulsion de vie et cette révolte enclenchée depuis le premier morceau. Là encore un mantra pour le refrain et un texte poétique et sauvage qui donne envie de vivre et de se battre. La formule de NORD//NOIR se précise et s’affine, elle nous entraine avec elle pour remonter à la surface, respirer et se sentir vivant tout en s’autorisant à enfin être en paix avec soi même. L’amour et la violence comme dirait Tellier.

Petite coquetterie, uppercut d’ironie et d’une vision du monde évidente, NORD//NOIR s’image ensuite en ce qu’ils ne seront jamais : l’Amant de Bolloré. On se retrouve surtout face à un morceau hyper efficace, qui n’épargne aucun des affreux d’une certaine chaîne vomitive. Sur un rythme effréné le duo rappelle que derrière une pensée populiste se cache toujours une bourgeoise en costume cravate qui ne cherche qu’à nous diviser pour mieux nous contrôler.

Pour finir, et en accord avec cette sélection 100% Nord de la France, NORD//NOIR termine son premier EP avec Majorette. Un morceau plus pop, plus lumineux, mais toujours très chargé politiquement. Un morceau remplit d’amour et de bienveillance, un dernier doigt d’honneur envers l’intolérance à travers cette histoire qui appelle à la tolérance et à l’ouverture vers les autres.

Fait d’amour est un premier effort qui en dit et fait beaucoup, cinq morceaux qui claquent et qui font du bien et qui nous donnent envie de rejoindre NORD//NOIR dans toutes leurs luttes. Le tout en musique, forcément.

Mimi Mono – La Chevauchée Fantastique

Pour terminer, on prend un virage à 90° parce que le Nord c’est aussi la Pop. Mimi Mono en est un bel exemple avec son premier EP La Chevauchée Fantastique. Le chanteur, qui faisait auparavant partie de Jelly Bean nous livre un très joli disque empreint d’émotions amoureuses et mélancoliques. La Chevauchée Fantastique, c’est un road trip vers la côte avec des copaines ou une petite famille, des vacances au camping, des amours qui naissent et qui s’éteignent, un peu tout ça à la fois.

Embrassant volontiers les codes visuels d’une époque révolue, pour mieux illustrer l’essence d’un personnage parfois bloqué dans le passé, Mimi Mono raconte ses joies, ses rêves et ses peines au cours de 6 titres dont le premier et le dernier sont purement instrumentaux. Un vrai parti pris qui permet, à l’instar d’un livre composé d’un prologue et d’un épilogue, de dérouler un récit que l’on prend plaisir à dévorer.

Plutôt pudique qu’exubérant, cette musique est précieuse, subtile, elle reste avec nous pour le reste de la journée (essayez de ne pas sourire et danser en écoutant Samedi Comédie, son piano et son incroyable ligne de basse). C’est le genre d’ambiance qu’on a envie d’avoir dans les oreilles pour faire le ménage un matin de début de Printemps. Une Pop des moments de la vie de tous les jours en quelque sorte.

La Chevauchée Fantastique se termine sur un morceau du même nom, qui lui va comme un gant. Implacable montée sur laquelle chacun·e peut projet sa vision, elle emporte dans une forme d’aventure presque spatiale et qui donne confiance aussi bien dans notre capacité à changer le monde qu’à dire à la personne qui nous coupe les cheveux que le résultat ne nous plaît pas trop. Une chevauchée qui emmène aussi bien vers les petites que les grandes victoires, et donc universelle, c’est ça qui est beau. Alors merci et vive Mimi Mono !

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