Format court #102 : Dévore, LaFrange & VONFELT

Chez La Face B, on adore les EP. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux dans lequel on vous présentera une sélection d’EP sortis récemment. Aujourd’hui, on s’intéresse aux projets de Dévore, de LaFrange et de VONFELT.

Dévore – Jolt

La bande de DEVORE est revenue sur le devant de la scène ce mois de juin avec un nouvel EP intitulé Jolt (Vaguery / Howlin’ Banana / Modulor). Après avoir expérimenté la formule duo, DEVORE compte désormais dans ses rangs la flûtiste Louise Deschodt. Mais également le clarinettiste japonais Gen Tanaka. Ce changement s’accompagne d’une nouvelle identité musicale. Après Silent park qui les positionnait sur un créneau dance-punk, Jolt se fait plus expérimental et pour le moins que l’on puisse dire, arty.

C’est avec Vaudeville que s’ouvre ce nouvel objet. Il y a quelques semaines, nous vous en parlions dans une sélection des clips. Le printemps pointait tout juste son nez et le groupe nous embarquait dans un univers froid, quasi clinique. Et ça ne nous a pas repoussés. Bien au contraire, on s’est lovés dans la mélopée. La flûte de par sa nature d’instrument à vent, insuffle une dimension aérienne dans un morceau intriguant. Se construit une ambiance générale cinématographique plus qu’un manifeste d’une nouvelle direction. Si la voix de Jimy De Haese était plus en retrait sur Vaudeville, elle s’assume pleinement sur Love Is A – . Il devient plus difficile de mettre une étiquette sur l’univers sonore tant il puise son inspiration dans différents genres. L’esthétique est construite dans une dynamique alternative, les cuivres pulsent, la rythmique se fait irrégulière et les nappes synthétiques sont tenues à bonne distance. Love is A – est volontairement inachevé, comme pour inviter l’auditeur à poursuivre le questionnement. April, 1996 s’ouvre sur un dialogue des nouveaux instruments venus, on se dirait dans une composition de Philipp Glass, petit à petit s’installe une parade hip hop et soudainement le saxophone à la teinte très jazzy s’investit. Comme pour opérer une transition, on retrouve le dialogue introductif d’April, 1996 sur Last Honest Party qui nous embarque progressivement dans une autre dimension. Celle-ci est désormais plus électronique voire carrément futuriste. Les cuivres sont transformés, se suivent des collages sonores qui invitent à la danse. Mélancolie, tu ne nous lâcheras donc jamais. Toast to the void nous fait penser à une errance nocturne en solitaire. Clin d’œil indirect à Vaudeville pour sa grisaille ambiante, sa texture brumeuse. La rythmique y est lente, les notes lumineuses positives se font timides mais tenaces. S’ouvre alors Over sur une introduction aérienne dans les premières secondes et se meut en morceau plus profond à mesure qu’il avance. Les récits s’entrecroisent. On sent une montée en puissance. Le morceau s’achève brutalement comme si la quête devait se poursuivre, ailleurs. 

Avec Jolt, DEVORE redéfinit son terrain de jeu. Plus libre, plus expérimental, plus sensoriel. Jolt invite à penser une transition en douceur. Les voies s’ouvrent, la prise de risque est un mot d’ordre que DEVORE semble s’être donné pour écrire la suite de son histoire.

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LaFrange – memories of an old me

LaFrange ouvre une nouvelle page de son journal intime musical. Suspendu entre le souvenir et la reconstruction, son nouvel EP memories of an old me confirme la singularité de sa voix qui fait de sa sensibilité une véritable force d’écriture. Le projet voit le jour avec une assistance à la production à dominante masculine qui compte dans ses rangs Matthieu Berton (Dewey), Guilherm Frénod (Born Idiot, Paper Tapes), Emilien Gery (Picot, Paper Tapes) et Nics (Championne, Paper Tapes).

Dans le premier morceau éponyme, LaFrange pose le décor d’une recherche sonore. En un peu plus d’une minute, sans aucun texte, c’est l’image d’une plage lumineuse qui s’offre à nous. Comme celui d’un nouveau moment à vivre et avec la chanteuse, au loin mais qui veille à ce que notre voyage se passe bien.

Tout en s’emparant des codes de la scène alternative des années 1990, on retrouve toute la douceur de la voix de LaFrange. Le morceau i want to go home est imprégné de l’éternelle mélancolie indissociable de l’œuvre de LaFrange toujours aussi sincère chez elle. La maison dont il est question n’est pas un simple chez-soi géographique mais un espace mental, qui invite à se remettre à sa place, se retrouver. Très vaporeux, the summer i turned pretty donne un semblant de confiance que l’on ressentait déjà dans le clip qui l’accompagnait. Dans ce dernier, on retrouve LaFrange dansant et riant aux éclats à côté d’une voie ferrée. A l’instar de la série à qui elle doit son titre, la chanson mêle insouciance et amertume. A mi-chemin le morceau semble atteindre son sommet de toute sa puissance émotionnelle jouant sur fond de folkcore profonde.

Avec empty, LaFrange universalise. Avis aux membres de fratrie, qui n’a jamais vécu cette sensation de solitude absolue quand on se rend au mariage d’un frère ou d’une sœur seul ? C’est ce que raconte LaFrange dans empty. On adore la clôture progressive du morceau qui prend son envol vers une dynamique ambient. Comme si la volonté de s’extirper de cette situation prenait de plus en plus de place. Et s’achève memories of an old me sur wendigo, une créature surnaturelle dont nous nous passerons de revenir sur les caractéristiques tant elles n’ont rien à voir avec celles de Zoé, ni sur le plan psychique ni physique ! Mais il y a quelque chose qui évoque l’univers de LaFrange : la sensation de manque, un trouble intérieur… wendigo est chanté comme au loin, pour se faire plus contrasté. L’intime de LaFrange revêt des textures électroniques plus aériennes, faisant respirer le morceau, le rendant contemplatif et l’amenant à se métamorphoser en quelque chose de plus chargé émotionnellement.

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 VONFELT – Velours

VONFELT a longtemps œuvré pour les autres (Jacques, Joko, Uto, Petit Prince, Ed Mount, AJA ou encore T/O) et depuis quelques années en son nom propre. C’est en 2026 qu’il revient sur les devants de la scène. C’est chez Vietnam label que son nouvel EP Velours trouve refuge. Le multi instrumentiste strasbourgeois y tisse une pop raffinée en français à laquelle se brode une poésie électronique imprégnée d’un spleen bleu nuit.

Avec un phrasé mi-parlé mi-chanté digne d’un Gainsbourg, Touché est une introduction parfaite à l’univers de VONFELT, toute sa sensibilité s’exprime ici. Rythmique implacable, VONFELT tisse ici un morceau électro moderne à la limite du cosmique avec ce synthé délicat. Son écoute au casque amplifie les effets et de nuit, l’extase ! Le vertige des questions laissées en suspens est exploré au détour de Pourquoi qui prend la suite. Inspiré, le doux synthé nous embarque en terre pop, nos oreilles – pas absolues pour un sou – se demandent s’il n’y a pas une inspiration puisée chez un certain Michael Jackson et son incontournable tube Billie Jean pour cette note redondante. On vous laissera juges.

Le morceau central Velours qui donne son nom à l’EP fait figure de colonne vertébrale. On y retrouve toute l’élégance du geste de VONFELT. Tout en progression, le morceau gagne en épaisseur. Les rimes s’enchainent comme de manière obsessionnelle. Les paroles minimalistes habillent un morceau fort en contrastes. Sur Tais-toi le garçon recherche quelque chose de plus groovy mais pas moins nocturne pour autant. Une voix féminine qui vient apporter une touche de sensualité supplémentaire avec l’injonction qui donne son titre et en arrière-plan, une voix plus aérienne devient un instrument à part entière. Invitant à la perte de contrôle, La nuit est le morceau qui laisse s’exprimer toutes les influences de VONFELT. Ce dernier invite pour l’occasion une figure majeure du genre : Lescop. La nuit devient un morceau que l’on qualifierait de cold-pop. La rythmique quasi mécanique se fait efficace, c’est un morceau rendez-vous addictif à souhaits. Parfait pour les retours de fins de soirée ! Sur Bientôt, VONFELT joue la carte du long format. En 6 minutes, il explore le clubbing tout en laissant libre court à son mouvement pop synthétique.

Cinématographique, la conclusion s’appelle Bonps. Un instrumental full piano, interlude qui laisse imaginer une suite toute proche. Exit les synthés, la boîte à rythmes ou encore la batterie, c’est une respiration, une échappée en douceur.

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