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Interview avec une reine du show : Piche

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À l’occasion des Francofolies de La Rochelle, La Face B a rencontré Piche pour évoquer son parcours, sa musique et son rapport au drag. L’artiste revient notamment sur son attachement particulier à La Rochelle, avant de parler de ses nombreux projets à venir et de sa manière d’envisager son art dans toute sa grandeur.


La Face B : Déjà, comment vas-tu ?

Piche : Eh bien écoute, ça va tranquillement. J'ai envie de dire chaudement ! Mais on est dans une pièce climatisée, donc on ne va pas se plaindre.

LFB : En effet !

Piche : Ah ouais, c'est plutôt agréable.

LFB : T’es heureuse, du coup ? Heureuse, heureux ?

Piche : Les deux me vont. Les deux me vont, tous les pronoms.

LFB : Heureuse d'être à La Rochelle aujourd'hui ?

Piche : Très heureuse d'être à La Rochelle. J'avoue que c'est un endroit que j'affectionne particulièrement. J'étais venue plus jeune en vacances ici. C'était parmi mes premières vacances avec ma meilleure pote et sa belle-famille. Et je ne sais pas pourquoi mais c'est un souvenir qui m'est resté très très très ancré. Donc je suis évidemment très content d'être là pour les Franco mais le fait que ce soit à La Rochelle c'est un petit plus !

LFB : Une petite fierté ?

Piche : Ouais j'en suis content. Quand tu as passé des événements de vie plus jeune à des endroits et qu'après tu reviens avec ta musique, ton projet, il y a toujours un petit truc. Et je ne connais personne ici, mais c'est pas grave !

LFB : Puis tu représentes une communauté qui n'est toujours pas assez représentée dans les lieux culturels. C'est quand même, on ne va pas se mentir, assez rare un peu partout je pense.

Piche : Je ne sais pas exactement comment est la vie culturelle queer à La Rochelle, mais si tu me dis que c'est cool que je vienne, je pense que c'est toujours cool.

LFB : Ce sera toujours cool ! Est-ce que tu as hâte de cette grosse date qui t'attend ? Je pense à l'Olympia !!

Piche : En novembre, en effet, on a l'Olympia. Donc oui, on repart en novembre pour faire toute la tournée d'hiver avec ce nouveau show. Ensuite, au printemps 2027. Et j'imagine plus tard, on repartira pour les festivals encore, (again) en 2027. Parce qu'on est complètement folle ici ! Donc, on a décidé d'enchaîner deux tournées. Pourquoi pas ? Alors que les gens se prennent des breaks, décident de vivre, moi non !

LFB : Pas fatiguée ?

Piche : Si, je suis épuisée.

LFB : Mais tu as envie de profiter au max de ce qui t'arrive.

Piche : Complètement, complètement. Tu sais, il y a des gens qui sont épuisés tous les jours parce qu'ils se lèvent pour travailler à 6h du soir sous je ne sais pas combien de degrés sur les chantiers. Je serais quand même très, très ingrate de me plaindre de cette vie-là. Alors oui, je suis fatiguée, je suis épuisée. Mais j'ai beaucoup de chance. Donc j'en profite !

LFB : Et donc, tu fais du rap. Je voulais savoir si tu avais été bercé dans ça ? Ou est-ce que c'est arrivé tardivement ? Qu'est-ce qui t'a poussé à te dire que tu allais faire du rap ?

Piche : Mon frère jumeau ! C'est avec lui que je fais de la musique. C'est lui qui a un peu plus cette culture-là. Moi, j'ai connu la culture du rap musical, notamment à travers la danse parce que j’ai fais pas mal de hip-hop, entre autres. Donc c'est vrai que c'est des sonorités avec lesquelles on travaille beaucoup. Mais c'était pas forcément une stylistique dans laquelle je me reconnaissais ou dans laquelle je me sentais véritablement inclus. Parce que plein de messages étaient prônés à l'intérieur qui ne parlaient jamais de moi ou de gens comme moi.

Donc au bout d'un moment... Entendre des femmes se faire insulter toute la journée, ça ne m'intéresse pas particulièrement. En tout cas, je ne m'y retrouvais pas ! Mais parce qu'encore une fois, c'est toujours une partie du rap qu'on décide de mettre en avant, que certains média décident de mettre en avant. Alors qu'en vérité, il y a une pluralité dans le rap qui est très importante. C'est juste que je la connaissais pas particulièrement. Et mon frère, lui, qui était beaucoup plus dans cette stylistique-là et qui faisait du rap, lorsqu'est arrivé le projet Piche (à chaque fois de devoir parler comme ça à la troisième personne de soi, c'est super bizarre).

LFB : C’est très drôle.

Piche : Donc quand est arrivé le projet Piche, est née cette espèce de fusion. Cette envie de faire quelque chose dans laquelle on avait moins l'habitude de voir des queers, notamment le rap. Les queers participent énormément à l'économie du rap. On consomme. On va en concert. On achète du merch, whatsoever. Et pourtant, on ne parle jamais de nous. ! Autant, dans le rap, je trouve qu'il y a beaucoup de combats identitaires et minoritaires qui sont mis en avant et qui sont très, très importants, notamment sur le racisme et même de plus en plus aussi sur la misogynie avec de plus en plus de femmes qui font du rap.

Néanmoins, les queers, on n'en parle jamais. Dans le rap, ça n'existe pas du tout. Même les gens les plus engagés politiquement parlent dans le rap. Ils ne parlent quasiment jamais des personnes queers. Tu peux entendre des rappeurs parler de racisme, et dénoncer ça et se positionner politiquement. Tu verras rarement dans la story d'après un mot en soutien aux personnes queers. Et en fait, je trouvais que ça manquait. Donc je me suis dit "bah tiens, tu sais quoi, on ne va pas dénaturer cette stylistique parce qu'on respecte trop le rap, donc on va demander conseil à son frère". Donc je travaille avec lui. Il m'aide sur le phrasé, sur les types de mots que je vais utiliser, sur les codes de la stylistique à respecter pour rester crédible. Je mets des guillemets à ça. Et moi, je vais y emmener plutôt les thématiques qu'on a moins l'habitude encore une fois d'entendre là-dedans. Et ce petit mélange, ça donne un gros bordel qui se retrouve sur scène un peu partout, notamment aux Francofolies.

LFB : Et est-ce que tu n'as pas eu peur qu'on te voit plus comme une drag qui fait du rap et pas un rappeur qui fait du drag ?

Piche : Oui, complètement.

LFB : Et est-ce que tu t'es pas dit par moment que c'était peut-être mieux de le faire sans être drag même si ce n'était pas 100% toi ?

Piche : En fait, je n'aurais pas fait de musique si je n'étais pas en drag à la base. Donc non, je ne le ferai pas sans. Évidemment que ce serait plus simple sans. Mais je ne le ferai pas sans. Parce que à la base des bases, je n'avais pas envie de faire de musique en ayant l'impression d'apporter un énième projet. Un projet qui n'avait pas une substance particulière, qui n'avait pas une identité particulière. C'est un milieu qui est déjà tellement surchargé. Tout le monde à le droit de faire de la musique et te kiffer ! Mais j'avoue que moi, je ne me sentais pas légitime à me dire, "qu'est-ce que tu apportes finalement à ce milieu-là" ? "Qu'est-ce que tu viens faire, si ce n'est être un énième gars avec une guitare pour faire des guitares-voix" ? "Pourquoi tu fais ça" ? De la même manière, je pense que lorsqu'on fait une discipline artistique, il faut qu'on se dise pourquoi on l'a fait. Quel est le plan derrière, quel est le message, etc. Et c'est vrai que le drag donne du sens à tout ça.

Et la musique finalement, est devenue plus concrète, plus réelle, plus possible, plus plausible. Et le drag permet des excentricités que tu ne peux pas te permettre si tu n'étais pas en drag. Enfin qu'on peut se permettre, mais ce n'est pas la même chose. Le drag, ça permet de pousser toutes les boundaries, toutes les frontières. Il y a un truc où, quand tu es en drag, personne ne te pointe du doigt parce que tu dépasses une espèce de ligne ou de norme. Tant qu'elle est dans le respect et la bienveillance des autres, évidemment. Mais personne ne te dit, "ah, t'es too much, qu'est-ce que tu fous avec des ventilos dans tes cheveux pour faire du vent". "Oui, mais je suis une drag". En fait, les gens attendent ça.

Par contre, je reviens sur ta question. C'est vrai que le drag, c'est tellement puissant visuellement que des fois, ça peut avoir tendance à effacer tout le reste. Et donc, on peut se dire "elle est drag point, donc c'est tout ce qu'elle est". Alors qu'en vrai, non. Le drag est un apparat. C'est un vecteur. Le drag est un élément qui permet de transmettre des messages. Mais à l'intérieur d'un drag, tu remarques que plein de performateur·ices ont des disciplines qui leur sont propres. Moi, en l'occurrence, c'est la musique, le rap et le chant. C'est vrai qu'on voit moins de drag dans cette sphère-là. Mais on a toutes nos sphères. Elles font du diabolo. Il y en a d'autres qui font de la comédie, du stand-up... Mais c'est vrai que dans la musique, ça peut être compliqué. Parce qu'on peut s'arrêter à une image et ça veut juste dire que je dois en permanence prouver 14 fois plus que tout le monde que je suis autant légitime que n'importe qui. Que j'ai une discographie, que je chante, que je fais tout ça en même temps et qu'en plus de faire la même chose que tout le monde, je le fais sous 45 degrés avec une perruque.

LFB : En dansant !

Piche : En dansant. Mais en vrai, les gens ne sont pas non plus complètement stupides. Franchement, ils font quand même la part des choses. Je le vois de plus en plus. Sinon, on ne serait pas au Franco aujourd'hui sur un line-up qui ne comporte aucune personnalité drag. Si on est là, c'est bien que les gens commencent à comprendre que notre projet, il est vraiment musical avant tout. Et que notre but, c'est de mettre des petites claques musicales, autant que faire se peut.

LFB : Et justement, tes titres sont hyper catchy. Tu crées de vraies performances scéniques. Je voulais savoir comment ça se passe quand tu crées tes shows. Car ça représente beaucoup plus que de la musique pour moi. C'est vraiment une performance unique et à part entière. Et pour moi tu es un des rares artistes français qui fait tout !

Piche : J’essaie.

LFB : Tu as l'air d'avoir tellement d'idées. Et moi, je me demande comment tu fais pour réussir à créer un show aussi net ? Parce que c'est très précis.

Piche : C'est le problème ! Je te dirais que j'ai le cerveau qui bouillonne tout le temps. J'ai plein d'idées. Mais j'ai des gens merveilleux autour qui canalisent les choses et qui arrivent à synthétiser, à écrire les choses. Parce que, dès que j'ai une idée. Comme j'en ai 15 en même temps. J'en ai oublié 14 sur les 15 et je ne sais plus ce que j'ai dit ! Si j'ai dit un truc, tu peux être sûr que deux secondes après, je l'ai oublié. Donc, il faut que des gens soient avec moi pendant qu'on brainstorm comme ça il y a des gens qui organisent ce qui se passe dans ma tête.

Et après, je dirais que le côté un peu plus clean, c'est plus lié à la danse. La danse, ça t'oblige à avoir une rigueur de malade sur scène. Ce qui fait que moi, je veux que rien ne dépasse. En fait, les moments où on est en performance, on est en performance. C'est-à-dire que dès que la musique est ON et qu'on chante et danse : ça doit être absolument carré. Et je mets le facteur un peu plus humain, un peu plus accessible qui est très important pour moi à partir du moment où la musique s'arrête. Du début à la fin de la musique, je suis Beyoncé. Quand c'est terminé, je suis Nagui. Je ne sais pas si Nagui est le bon exemple, mais j'ai besoin de cette proximité avec les gens. Sinon ça annule le fait que je me suis pris pour une diva deux secondes avant. Et le drag, c'est du spectacle, c'est du show. Je joue pour vous, pour moi, et on s'éclate. On s’amuse. Mais ce n'est pas ce que je suis. Je ne marche pas comme ça dans la rue. Il faut que les gens le comprennent. Du coup, je balance un peu entre ces deux trucs là. Et je pense que le secret, encore une fois, pour que ce soit qualitatif, c'est d'être bien entouré et de bosser en permanence.

LFB : Je souhaitais revenir sur un titre qui m'a beaucoup marqué : Respire. C'est à Paul B que ton interprétation m'a marqué profondément. Je pense que c'est un titre qui a aidé beaucoup de jeunes, notamment. Des personnes qui n'arrivent pas à assumer qui ils·elles sont. Et c'est ton frère qui l'a écrit, si je ne me trompe pas. Comment tu as reçu ce titre quand il te l'a proposé ? Comment ça s'est passé ?

Piche : C’est assez rare parce que je suis chiante. Et je pense que c'est une des rares chansons où il n'y a pas beaucoup de choses qui ont bougé. J'ai bougé deux petits trucs dessus pour que ce soit encore plus spot-on et corrélé à ce que j'ai vécu. Mais j'ai trouvé les trois quarts des mots très justes et très parlants. Je pense qu'avant tout, la musique c'est ça. C'est une histoire de ressenti. J'en ai une autre qu'il m'a proposé, qui n'est pas encore sortie, d'ailleurs, qui est dans ce type de vibe-là. Je trouve que mon frère est doué pour ça. Et quand ça me touche en général, je le prends. Je le réceptionne et je suis en mode : "il est quand même fort, ce con". Et après, je fais quelque chose pour que ça me parle, évidemment.

Tu sais, en plus avec mon frère, on n'est pas du genre très expressifs. Contrairement à ce qu'on pourrait croire là. Mais en vrai, on n'est pas très expressifs. Donc je pense que je prends juste la chanson. Je lui dis qu'elle est belle. Et ça suffit.

En plus, toi, t'es venue à Massy. C'était la dernière date en salle. J’étais en larmes.

LFB : Oui c’était hyper intense. J’ai beaucoup pleuré. J'étais trop contente d'être là.

Piche : Oui c'était un peu intense ce jour-là ! Mais oui, la chanter, c'est un peu différent. Quand il est dans la salle, c'est encore différent. Il y a toute une résonance qui n'est pas pareille.

Mais c'est vrai que quand je la reçois, je suis plus sur les paroles et sur ce qu'il a voulu me donner. Je sens que ça me touche d'une certaine manière. Et en même temps, je suis tellement une control freak que deux secondes après, je me dis "comment on va chanter ça". "Comment on va le mixer". "Comment on va faire ça". Je ne suis pas encore sur le produit. Je pense que je le vis vraiment après, quand je suis sur scène.

LFB : Est-ce que tu as reçu des messages de personnes qui t'ont dit merci ?

Piche : Par rapport à cette chanson ? Oui, bien sûr.

LFB : Je trouve que c'est une musique qui est hyper parlante et à la fois très différente du reste de ton album.

Piche : Oui. Mais c'est marrant quand tu dis ça. Parce que les gens ont tellement pas l'habitude d'entendre un rappeur qui fait du drag. Que dès que tu dis rappeur, dans la tête des gens, c'est "tu rappes et tu fais que ça". Non, c'est vraiment pas que ça. Oui, je rappe par moments et tout . Il y a des musiques qui sont du rap, mais je chante aussi. Donc c'est vrai que pour beaucoup de gens, avant justement Respire, me disaient, "mais on savait pas que tu chantais". Enfin, si tu prends deux secondes pour écouter une discographie, il y a plein d'artistes qui font plein de choses comme ça. Qui ont des passages rappés dans des musiques qui sont plus chantées. Bon, c'est peut-être pas commun, mais ça arrive. Et moi, le chant, c'est mon premier amour. Donc oui, je chante beaucoup. Et sur le projet Carré, je vais chanter encore plus.

LFB : Je te pose une dernière question. Tu écoutes quoi en ce moment ?

Piche : J’écoute quoi en ce moment ? Je vais te dire ça directement dans les dernières musiques téléchargées parce que sinon, on ne va pas s'en sortir. J'écoute Joy de Raye. Je suis en boucle en ce moment là-dessus. Il y a le nouveau son de Sienna Spiro qui vient de sortir, Great Expectations. Il y a Dis-le de Angèle. Il y a le dernier EP de ma copine MIMAA qui est sorti également. Il y a des trucs plus génériques comme hate that I made you love me d'Ariana Grande, évidemment.

LFB : La base !

Piche : La base et puis je pourrais te sortir trois autres sons que j'ai ajoutés mais c'est des Adagio, Philip Glass, Max Richter, c'est du classique.

LFB : J'aime beaucoup Philippe Glass aussi. Merci pour cette interview !


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