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Rencontre avec une poétesse de la musique : Anne Paceo

Nous avons eu la chance d’échanger avec Anne Paceo à la sortie de son concert aux Francofolies de La Rochelle. Elle revient sur son expérience de musicienne, compositrice et batteuse, mais aussi sur son rapport à la poésie, aux voyages et à l’importance de la spiritualité. Elle évoque également les difficultés liées au sexisme et à la misogynie, encore bien trop présents dans le milieu musical, et nous présente ce qu’elle met en place pour améliorer les conditions des nouvelles générations de musiciennes.

La Face B : Hello ! C’était incroyable, le public était à fond !

Anne Paceo : Oui, mais déjà, avant de commencer, ils faisaient déjà un rappel.

LFB : C’était trop rigolo. Tout le monde applaudissait et était debout avant même que ça commence ! Pardon, je ne me suis même pas présentée. Je suis Sarah de La Face B. Comment tu vas ?

Anne Paceo : Enchantée ! Ça va super. C’était cool !

LFB : C’était un bon moment pour vous ?

Anne Paceo : Oui, et puis c'est émouvant de jouer aux Francofolies.

LFB : C’était la première fois que tu jouais ici ?

Anne Paceo : Sous mon nom oui. C’était la première fois que je jouais ma musique. Et du coup, c'est un rêve de gamine, mais je ne pensais pas pouvoir atteindre ce rêve-là un jour.

LFB : Pourquoi ça ?

Anne Paceo : Parce que c'est plus un festival de chansons, globalement. Et après, il y a des chansons dans mon album, donc finalement, ça fait sens. Enfin, il y a aussi des chansons. Mais oui, puis le plafond de verre est tellement épais par moment.

LFB : C’est vrai que le jazz rend ça sans doute plus complexe d’autant plus en étant une femme. Ça doit être d’autant plus difficile.

Anne Paceo : Une femme, compositrice, batteuse...

LFB : Avec ton propre label…

Anne Paceo : Voilà. Et qui vient d'une esthétique qu'on appelle jazz, même si c'est beaucoup plus que ça. Mais oui, donc je suis très émue, très touchée. Un peu triste que ça soit déjà passé.

LFB : Oui, c'est passé si vite.

Anne Paceo : Mais je vais célébrer aujourd'hui. Je vais profiter d'être là.

LFB : C’était trop bien. Je ne dis pas ça parce que tu es devant moi. Mais c'était vraiment un moment que je n'avais pas vécu depuis très longtemps d'être émue comme ça. Ça ne m'était pas arrivé depuis très longtemps. Du coup, j'étais à deux doigts de pleurer à tout moment c’était super !

Anne Paceo : C’est vrai ? Oh c’est cool !

LFB : Je voulais savoir, justement comme tu le dis, tu fais du jazz, mais pour moi, ce n'est pas juste du jazz. Tu mélanges plein d’univers. On ressent énormément de poésie dans ta musique. Est-ce que tu lis ? Je sais que tu t'accompagnes de Laura Cahen, c'est bien ça ?

Anne Paceo : En fait, il y a eu plusieurs paroliers et parolières sur l'album. Il y a eu Laura, il y a eu Pierce, il y a Sandra Nkake aussi. Moi, je ne suis pas bonne pour les mots. En général, j'appelle des gens qui savent mieux manier les mots que moi.

LFB : Mais à travers ta musique, on comprend les paroles. Même dans les titres où il n'y a pas de parole, on arrive à percevoir les mots sans qu'ils soient là. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Et je me demandais si tu étais aussi fan de littérature, parce qu'on ressent tellement de poésie à travers tes musiques.

Anne Paceo : Oui, j'adore la poésie. J'adore Baudelaire et Prévert. En fait, ce sont des artistes capables d'ouvrir des nouveaux mondes. Quand tu lis leurs mots, tu as un autre monde qui se crée, une autre géographie, d'autres dimensions. Et oui, je lis beaucoup ! Et surtout pour cet album, j'ai aussi beaucoup lu de romans et des livres sur l'océan. La musique comme l'écriture, comme la peinture, en fait, ce sont des vecteurs. Et le but, c'est d'arriver à passer des émotions.

Et tu vois, ce qui est marrant, c’est que… Je repensais à ça l'autre jour, quand par exemple, tu vas envoyer un morceau à quelqu’un. Tu ne vas pas forcément faire attention aux paroles. Tu vas juste sentir une vibe, un truc, et tu vas envoyer. Et puis, en fait, des mois après, tu vas réécouter ce truc, tu vas te dire, waouh, en fait... Ça m'est beaucoup arrivé beaucoup au début d'histoire d'amour, tu vois, mais sans vraiment checker les paroles. Et tu réécoutes le truc et tu te dis « Ah, mais en fait, c'est exactement ça que je ressentais à ce moment-là. » Et je pense que la musique a le pouvoir de dépasser les mots. Et les mots, c'est génial et c'est important. Mais je trouve que la musique c'est comme si tu parlais d'une âme à une autre, sans chichi quoi.

LFB : Oui, il y a une aura. C'est comme si c'était organique aussi, qu'on pouvait toucher le son.

Anne Paceo : Oui ! Moi j'aime beaucoup le travail de la matière. C’est pour ça aussi qu'on est si nombreux et nombreuses. Ça donne beaucoup de possibilités d'orchestration et de matière sonore. Et puis de pouvoir être un moment à six et puis un moment à deux et faire évoluer le son au sein du groupe.

LFB : Et est-ce que justement, c'est pas compliqué parfois d'être aussi nombreux pour réussir à trancher ? Est-ce que vous travaillez tous ensemble ou est-ce que tu as une première sorte de matière que tu vas leur partager ? Tu vas leur dire « ok, essaie d'improviser là-dessus ». Comment ça se passe en fait ?

Anne Paceo : Alors, c'est toujours moi qui tranche. C'est moi qui amène la musique. J'amène une couleur. En général, je sais où j'ai envie d'aller. Après, je trouve que c'est important quand on dirige un groupe, de laisser aussi les gens pouvoir proposer et être ce qu'ils sont. Et qu'ils puissent dire ce qu'ils ont à dire. Et donc parfois, je vais dire, « ah oui, ça j'aime bien, ça j'aime moins ».

En tout cas, dans la phase au moment de l'enregistrement, j'arrive, on échange et puis au bout d'un moment, je tranche. Après, sur le live… Quand je démarre une tournée, je cherche toujours à ce que le groupe connaisse parfaitement le cadre, les parties. Et en fait, après je vais réfléchir aux endroits où ça peut ouvrir ou pas. Mais je trouve très important de bien connaître sa maison avant d'en sortir. Mais j'aime bien quand ils font pas du tout ce qu'on a prévu.

LFB : Et aujourd'hui, c’est arrivé à des moments, que ce soit des choses que tu n'avais jamais entendues auparavant ?

Anne Paceo : Oui. Le morceau qui s'appelle The Diver. Tu as toutes les premières parties qui sont 100% écrites. Et à partir du moment où moi je m’arrête. Le moment où il y a juste le piano. Là c'est totalement improvisé jusqu'au moment où je repars. Je joue la grosse caisse et au moment où j'enlève la grosse caisse. On sait qu'on a 8 mesures et là on file droit vers la fin et on reprend ce qui était écrit.

LFB : Et en fait, vous vous regardez pour retrouver votre unité et repartir sur la suite. J'ai cru comprendre ça en tout cas. J'ai eu cette impression qu'il y a une part d'improvisation pour que tout le monde ait sa place et puisse montrer aussi ses talents artistiques. Parce que tout le monde est incroyable.

Anne Paceo : C’est ça, exactement. Et donc, il y a des parties très écrites. Et puis, il y a des parties où c'est vraiment open. Mais, on a un cadre. Par exemple, on se dit, je ne sais pas, on a 20 mots. Et on fait ce qu'on veut avec 20 mots. On les met dans tel ordre, tel ordre, tel ordre.

LFB : Tu es une femme, tu fais du jazz et tu es batteuse. C'est un instrument qui, dans l'imaginaire collectif, est un instrument « pour les hommes ». Mais comment est-ce que tu as reçu tout ça? Parce que je suppose que tu as dû prouver deux fois plus que les autres, que tu en valais la peine, que tu étais tout aussi légitime voire même plus que certains mecs qui sont peut-être moins fort ou au même niveau que toi simplement parce que tu es une femme.

Donc, comment est-ce que tu as fait pour surmonter ça et te dire fuck. Et quels conseils tu donnerais aux jeunes musiciennes qui veulent jouer d’un instrument qui est dans l'imaginaire collectif masculin comme la basse ou même les cuivres. Je vois rarement des meufs qui jouent des cuivres, par exemple.

Anne Paceo : Oui. Évidemment, j'ai subi, et j'en subis toujours, du sexisme, de la misogynie… Enfin, je compte même plus le nombre de fois. Mais je me suis rendue au conservatoire. En fait, j'ai étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, en jazz. Et c'était très compliqué avec mes collègues masculins. Et je me souviens d'un moment où ça me bouffait. Je me suis dit que la musique, c'est mon plus grand bonheur et personne n'a le droit de me l'enlever. Personne n'a le droit. Et à partir de là, j'ai dit ok, je trace.

Mon but, c'est faire ma vie de ça. C'est jouer sur des grandes scènes, dans des grands festivals, avec des gens que j'aime, que j'ai choisis. Travailler avec des gens que j'ai choisis. Faire la musique que j'ai envie de faire sans concession. C'est-à-dire, je n'ai jamais fait un disque en me disant « tiens, je vais faire ça parce que potentiellement, c'est ça qui pourrait marcher ». Non, j'ai toujours été hyper entière, mais vraiment, mon moteur, c'est que c'est la chose qui me rend la plus heureuse. Et juste personne n'a le droit de me l’enlever. Et ça, je pense que c'est penser à soi. Qu'est-ce qui vous fait du bien ? Et y aller.

LFB : C’est un beau message à transmettre. Et tu as commencé la batterie vers 12 ans, non ?

Anne Paceo : Oui, 10 ans.

LFB : Et comment tu as choisi cet instrument ? Comment tu t'es dit que tu voulais faire ça ?

Anne Paceo : En fait, c'était une époque où il y avait beaucoup de musique à la télévision. Il y avait des groupes dans toutes les émissions, en fait. Et même les émissions pour enfants, il y avait des groupes qui jouaient en live tout le temps, tout le temps. Et je pense que j'ai dû voir des batteurs, en fait. Et puis, un jour, ma mère m'a dit, « mais tiens, est-ce que tu aurais envie de faire de la musique ? » Et je lui ai dit, « oui ». Elle me dit, «  tu veux faire quoi ? De la trompette ? Non, du sax ? Non. » Et je lui ai répondu, « moi, je veux faire de la batterie. » Elle m'a dit, « bon, bah ok. On va t’inscrire ». Et puis, c'était parti, quoi.

LFB : C’est une chance d’avoir eu le choix ! Et quels sont les artistes qui t'inspirent et qui t'ont inspiré ?

Anne Paceo : Oh il y en a plein. Une des grosses sources d'inspiration pour Atlantis, c'est James Blake pour toute la partie synth. Sachant que lui, il a souvent des batteries qui sont jouées avec des pads. C'est très synthétique. Donc moi, j'ai ce parti-là d'avoir une batterie très organique. En fait, il y a plein, plein de choses. J'adore Bon Iver. C'est vraiment un de mes artistes préférés. Big Red Machine. Là, j'ai découvert une chanteuse dont je suis absolument fan qui s'appelle Arooj Aftab qui est incroyable. C'est d'une beauté, mais c’est magnifique !

Il y a une autre chanteuse aussi qui m'a bien émue ces derniers temps. C'est une fille qui s'appelle Ganavya qui est, je crois, mi-américaine, mi-indienne et c'est magnifique. Après, j’ai écouté beaucoup de musiques d'Afrique de l’Ouest et beaucoup de musiques du Mali. Plein de choses très différentes. Et puis, Asie du Sud-Est aussi dont la musique du Myanmar et du Cambodge. Et aussi la musique classique, Ravel, Debussy, Fauré. Mais oui, je suis très ouverte à plein de musiques. Par exemple, j'adore la musique Gnaoua aussi. C'est trop bien, c'est trop la classe. Et les musiques de trance aussi m'inspirent beaucoup. Et je crois que les musiques qui me parlent le plus sont celles qui sont connectées à la spiritualité. Et où, en fait, la musique dépasse la condition humaine, quoi.

LFB : Et est-ce que tu as beaucoup voyagé pour cette raison ? Pour essayer de découvrir en live et partager des moments avec eux directement ?

Anne Paceo : Oui, j'ai eu la chance d'aller tourner dans... Je pense que je dois être à peut-être 46 pays, maintenant. Oui, quand je voyage et que j'ai le temps. J’essaie de rester un peu plus avant ou après. Là par exemple, je retourne au Cambodge en novembre. Donc j'y vais un peu plus tôt, je vais essayer d'enregistrer des choses et de me nourrir quoi. Après je ramène toujours des disques, parce qu'il y a plein de pays où il y a encore des CD. Donc je ramène des CD, ou maintenant parfois je récupère avec Shazam les trucs que j'entends, et j’essaie d'écouter de la musique aussi.

Anne Paceo - Francofolies 2026
Anne Paceo - Francofolies 2026


LFB : Et tu mets un peu de tes voyages à chaque fois dans tes musiques ? Tu essaies de transmettre ce que tu as vécu ?

Anne Paceo : Ce n'est pas que j'essaie, c'est que ça se fait tout seul. Je crois que je suis une éponge.

LFB : Ça se ressent. On a tous des histoires très différentes et en même temps, on a réussi à s'y retrouver avec ta musique. Le public était là pour le prouver, on était tous différents, mais en même temps, on a tous bu ce que tu nous as fait boire. Et c'était trop cool.

Anne Paceo : Ah, c'est cool !

LFB : Et est-ce qu'il y a un voyage qui t'a marqué ? Enfin, c'est peut-être dur comme question, mais est-ce qu'il y a un voyage qui t'a marqué plus que les autres ou tu as fait une rencontre qui t'a vraiment bouleversée ?

Anne Paceo : C’est la Birmanie. En fait, c'est marrant parce que la première fois que j’y suis allée, je remplaçais dans un groupe. Le batteur n'était pas dispo. Et j'étais morte de trouille à l'idée d'y aller parce que c'était l'époque où Aung San Suu Ky était encore assigné à résidence. C'était connu pour être une dictature sanguinaire. Il y avait eu la révolte des moines qui s'était finie dans un bain de sang. Les geôles birmanes… J'étais terrorisée à l'idée d'y aller. Et en fait, je me suis pris un espèce de tsunami d’humanité avec tous les gens que j'ai rencontrés là-bas, la musique aussi. Et la vie est étrange parfois car elle m'a ramenée chaque année pendant dix ans. Et des trucs un peu fous aussi parce que je me souviens d'une fois. J’étais dans un train corail entre Paris et Limoges.

Et en fait, il se trouve que quand je voyage. J'aime bien enregistrer des sons de vie : un son de rue, un oiseau qui chante, un son qui va attirer mon oreille. Et je réécoutais ça, ces sons-là. Et je me disais, mais « oh là là, qu'est-ce que j'aimerais retourner en Birmanie ». Je disais ça à un copain,. Et là, mon téléphone sonne. C'était une chanteuse qui me dit « Bonjour Anne, j'ai une tournée en Asie du Sud-Est, dont la Birmanie, est-ce que ça te dit ? ». Je dis « Ah bah, merci. Il suffisait de demander. » En fait, il faut demander. Et donc, c'est un pays où je suis beaucoup allée. Et j'ai même monté une création avec des musiciens birmans il y a quelques années, où on a fait un mélange de musique que j'ai composée pour eux et de la musique de chez eux.

LFB : C’est ce qu'il y a sur ton Instagram, je crois.

Anne Paceo : Ouais, je l'ai posté ce matin. Ouais, je l'ai reposté ce matin.

LFB : C’est incroyable. Et comment ça s'appelle, justement ? Parce que j'ai l'impression que c'est un instrument, mais avec plein d'instruments.

Anne Paceo : Ouais, en fait, l'ensemble instrumental, s’appelle Hsaing Waing. Et l'instrument central s'appelle le Pat Waing. Mais t'as le mec qui joue les gongs, c'est le Mong Zaing. Les espèces de grosses percussions, là, c'est Chauk Lon Pat. Et il y a la petite espèce de flûte, c'est Hne. Et il y a le Si-Wa qui est le petit woodblock et la clochette.

LFB : Incroyable ! Parce que j'avais vu et je me suis dit que chacun devait avoir son poste entre guillemets, pour jouer. Ça me fait penser à un autre instrument, mais je ne me rappelle plus.

Anne Paceo : Le gamelan, peut-être ?

LFB : Oui, c'est ça. Je sais que ce n'est pas pareil, mais dans le sens où il y a une entité.

Anne Paceo : Mais c’est ça et même la musique marche comme ça. Celui qui joue le Pat Waing, ça représente la tête du serpent. C'est lui qui amène tout le monde à aller par ici ou par là.

LFB : Déjà, rien que là-dedans, il y a de la poésie et de la spiritualité.

Anne Paceo : Oui, complètement.

LFB : J'ai vu que tu avais aussi un projet de mentorat. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?

Anne Paceo : En gros, ce que je disais tout à l'heure, c'est que quand j'étais au CNSM, ça a été très très dur. Je crois que ça a été les 4 pires années de ma vie. Moi, je sortais du lycée où il y avait un orchestre. Je dirigeais le groupe de jazz. Et en fait, tout le monde était hyper bienveillant et soutenant et tout ça. Et je suis arrivée au CNSM et en fait, ça a été horrible. Il se trouve que quand je suis arrivée, je commençais à avoir un peu de la presse. Ça a fait beaucoup de jalousie. Et bref, ça a été vraiment très très dur avec mes collègues masculins. Et j'ai fini par en sortir. Et puis, il y a 4 ans, j'ai reçu un coup de fil. Enfin, il y a une jeune musicienne qui m'a contactée sur Instagram en me disant « Bonjour Anne, on ne se connaît pas. Mais je suis étudiante en école de jazz et c'est très dur. Est-ce qu'on pourrait s'appeler pour en discuter ? »

Et en fait, quand je l’ai eu au téléphone. Je me suis rendu compte que ce que moi j'ai vécu, je pensais que ça allait mieux. En fait, non, ça n'allait pas mieux. Et donc, je me suis dit, mais qu'est-ce qui m'a aidée, moi, dans mon parcours ? Ça a été aussi d'avoir des sœurs. C'est-à-dire, par exemple, je jouais dans le groupe de Roda Scott, où on n'était que des femmes. Et en fait, c'était des espaces qui étaient plus safe, en fait. Même, pas seulement safe physiquement, mais aussi de pouvoir s’exprimer, de ne pas être coupé tout le temps. Et je me suis dit : "il faut pouvoir créer un espace où on puisse parler, échanger, se raconter un peu et puis aussi être qui on est sans avoir tout le temps à prouver ou à rentrer dedans pour se faire écouter ». Et je me suis dit aussi que quand on est jeune musicien ou musicienne. Tu finis tes études et t'es lâchée dans le milieu de la musique. Et en fait, tu connais rien, quoi. On te dit, ouais, il faut t'inscrire à la SACEM. Alors attends, c'est quoi la SACEM. Et puis l’Adami, mais c'est quoi l’Adami ?

LFB : Il n’y a pas d’accompagnement à la vie administrative qui va avec la vie d’artiste en gros.

Anne Paceo : Mais oui ! On te dit, « ah oui, tu vas sortir un disque, il faut un attaché de presse ». Qu'est-ce que c'est qu'un attaché de presse ? Et du coup, je me suis dit qu'il fallait aussi les accompagner. Leur faire rencontrer des actrices de ce milieu aussi parce qu'il y a plein de monde qui bosse autour des artistes et des groupes. C'était l'occasion d'inviter des femmes inspirantes et qui, elles aussi, dans leur métier, se battent comme des folles. Et puis, évidemment une partie musique. Au début, je voulais travailler sur le matrimoine. Sauf qu'en fait, le matrimoine en jazz, il est vraiment assez réduit. Et en écoutant les candidatures, je me suis rendue compte qu'il y avait des super compositrices. Donc je me suis dit que c'est à nous de faire le matrimoine. Et puis le soir, des rencontres avec des femmes qui défendent leur projet et qui proposent une musique qui est hyper intéressante. Et je suis hyper fière, on a fait la deuxième édition cette année et c'est génial.

LFB : Et comment ça se passe pour les personnes qui vont lire l'article ? Est-ce qu'il faut s'inscrire, faire quelque chose ?

Anne Paceo : En fait, on lance un appel à projet. On a créé un Insta récemment, donc je pense qu'on postera. Mais il y a un appel à projet qui est posté sur le site de Jazz Sous les Pommiers, La Scène Nationale des Gémeaux. Et ça sera aussi sur l'Insta du programme. Et en gros, après, il faut poser sa candidature, et puis il y a un jury. On le fait tous les deux ans parce que c'est vachement de boulot pour tout le monde. Donc là, on est en 2026, ce sera 2028, donc c'est trop chouette.

LFB : Le pire c'est que ce sont des choses qui ne sont pas forcément connues par les femmes qui veulent se lancer là-dedans. Donc à chaque fois qu'on peut en parler, je pense qu'il faut le faire.

Anne Paceo : Oui ! C’est hyper important.

LFB : Quels artistes tu écoutes en ce moment et à qui on pourrait donner de la visibilité ?

Anne Paceo : Il y en a plein. C’est vrai que ces derniers temps, je n'ai pas vraiment eu le temps forcément d'aller checker un peu la scène, la nouvelle scène. Mais il y a Ganavya, j'en parlais tout à l'heure. Je trouve que c'est vraiment incroyable ce qu'elle fait. Arooj Aftab aussi.

Mais c'est vrai qu’en ce moment, j'ai pas vraiment beaucoup le temps d'écouter de la musique. J'écoute un peu des choses que j'écoute tout le temps, sinon je mets FIP en fait. Ouais, du coup, je vais être un peu nulle à cette question-là. En fait, j'ai des phases où je vais écouter beaucoup de choses. Et là, je suis plus dans une phase où plus je compose.

LFB : Je pense qu’on a tous des phases où on veut écouter des choses qu’on connait déjà car ça nous rassure aussi.

Anne Paceo : Ouais. Mais là, tu vois, ça fait un moment que j'ai pas eu une énorme tarte musicale. Où je me dis, « wow, ok, là, il se passe un truc très très sérieux ». Et en fait, ça me chafouine un peu parce que ça fait longtemps que ce n'est pas arrivé.

LFB : J’espère que ça arrivera. On espère que ça fera comme la Bimarnie. Tu voulais y retourner, tu y vas en novembre. Peut-être que la claque musicale arrivera demain !

Anne Paceo : Oui, c'est ça, oui. Ça serait cool.

LFB : Merci beaucoup. C’était super comme échange !

Anne Paceo : Merci à toi. Avec plaisir !

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