Easy EP de Smerz, l’apologie de l’imperfection et de l’abstraction

Easy EP de Smerz sorti le 15 mai 2026 s’apparente à un projet facile, comme fabriqué avec des chutes de tissus d’un fond de tiroir. Mais cette simplicité semble également faire l’apologie (nonchalante) d’une imperfection imparfaite et abstraite.

S’inscrivant dans la scène musicale de Copenhague, influencée par l’électronique qui mélange souvent la dream pop et les sons expérimentaux, le duo norvégien Smerz composé de Catharina Stoltenberg et de Henriette Motzfeldt, assemble un répertoire de sons singuliers, se reposant sur de nombreux synthés, des samplers, des sons de piano lo-fi transformés. Tiré du dernier titre de leur album Big City Life sorti en mai 2025 et acclamé par la critique, Easy EP de Smerz ressemble davantage à une face B commémorative qu’à une nouvelle aventure artistique, une sorte de déclinaison du dernier album sorti sur le label danois Escho.

Imperfection

Somewhere, c’est 48 secondes de trois accords de synthés et des bruits de fond. Its here”, ballade autotunée. Le morceau “Spring summer” reprend exactement les mêmes accords joués par des cordes que le titre Easy” de leur dernier album. Mais le son de Easy EP est plus amer, plus sec. Le recyclage des productions et l’autosamplage en devient carrément meta, puisque ce processus se décline à différents niveaux, sur plusieurs morceaux de l’EP.

Cette musique inachevée publiée de manière flegmatique fait écho à la pochette de l’EP qui représente bien le four-tout que sont les six titres du projet. La pochette représente un sac à main qu’on aurait vidé sur le dossier du siège de devant, avec des babioles exposées (portefeuille, chargeur, lunettes de soleil, quelques tubes de crème et un carnet).

Easy EP rassemble des démos qui n’auraient comme jamais dû voir le jour. Easy EP, c’est 9min09 de sons abstraits, de “non structures”, d’autotune, de quelques accords de synthés plaqués et dissonants. Pas grand chose finalement. Mais est-ce que ce ne serait pas ÇA un EP finalement ? Smerz ré-imagine le format du Extended Play en assumant l’abstraction que cela peut représenter. La dimension spirituelle et ésotérique au caractère un peu obscur et incompréhensible de la musique de Smerz rappelle beaucoup l’art abstrait de certaines artistes scandinaves du 20e siècle.

Abstraction

En effet, le caractère mystique de Easy EP rappelle notamment les œuvres de la peintre suédoise Hilma af Klint (1862-1944) considérée aujourd’hui comme l’artiste à l’origine de l’abstraction en Europe, ou même la peintre norvégienne Inger Sitter (1929-2015), l’une des grandes figures modernistes du mouvement artistique norvégien d’après-guerre.

Comme Sitter qui se familiarise avec la figuration analytique cubiste, l’EP de Smerz représente également une esthétique introduisant des signes de lisibilité dans l’espace de la toile, des éléments issus du quotidien, des samples imbriqués, des bruits rafistolés, orientant ainsi ce projet musical vers une réflexion esthétique sur les différents niveaux de référence au réel. Chaque tableau, comme chaque pochette d’album, représente un pont entre le visible et le ressenti.

Si les 9min09 du projet Easy EP restent un peu maigres, Smerz reste un duo pertinent dans sa démarche artistique et musicale, qui ne fera que se developper dans un probable prochain album.

Retrouvez Smerz sur Instagram

Laisser un commentaire