La sève de words of Azia

C’est lors d’un concert organisé par le festival Africolor, que nous avons rencontré la lumineuse Azia. Avec douceur et intuition, elle nous a ouvert les portes de son univers. On a parlé de sororité, de paix, de racines et d’identification, au rythme de la musique évidemment.

La Face B : Enchantée. On se rencontre dans le cadre du festival Africolor. Je voulais savoir comment tu as vécu ce concert ? Est-ce que c’est la première fois que tu joues dans ce festival ?

Azia : Oui, c’était la première fois. J’ai découvert Africolor l’année dernière, au mois d’avril. Quand Sébastien, je crois que c’est le fondateur, est venu à un de mes concerts. Il m’a demandé ensuite si je serais intéressée pour jouer. Franchement j’ai passé un super moment !

C’était vraiment cool. Le public était hyper réceptif. Il y avait quelque chose d’assez intimiste quand même. Moi c’est les configurations que je préfère.

La Face B : Ce soir vous étiez une formation à quatre. Est-ce que c’est toujours comme ça ? Ou est-ce que parfois tu joues toute seule sur scène, ou avec plus de personnes ?

Azia : Écoute c’était la première fois qu’on jouait tous les quatre ensemble. Joanne, c’est la première fois qu’elle jouait mes morceaux.

LFB : Elle a été incroyable.

Azia : Elle a assuré. Elle a appris mes morceaux il y a trois jours, littéralement. Steven m’a beaucoup accompagnée dans la composition de l’EP sur certains morceaux. Mais étant donné qu’il habitait à l’étranger, on a pas fait beaucoup de scènes ensemble. Donc c’est peut-être la deuxième ou la troisième fois qu’on joue ensemble, avec Karine aussi. Donc c’est quand même quelque chose d’assez nouveau cette formation. Mais c’était cool, ça nous a aussi permis de nous amuser. Tu vois, d’être dans la découverte, dans l’expérimentation. On découvrait un petit peu des choses en live. Ça permet de rendre le truc encore intéressant et encore amusant. Mais parfois je me produis aussi toute seule. Ça m’arrive de chanter aussi juste avec la contrebassiste, et ma mère.

LFB : Donc ils sont arrivés après la composition de l’album ?

Azia : Pour la plupart oui. Karine et Joanne sont arrivées après, et j’ai rencontré Steven avant de sortir mes premiers morceaux de wordsofAzia.

Le tout premier morceau que j’ai écrit, qui s’appelle Glory, c’est Steven qui a joué les percussions dessus. On était dans son studio, j’ai débarqué avec le morceau. Je lui ai dit “mets-moi des percussions”, et il a tué ça. Depuis, c’est resté. Ça s’est fait naturellement. C’était tellement fluide et instinctif que ça faisait sens, notre collaboration. Il y a quelque chose qui match.

LFB : Et tu rejouerais avec cette formation ?

Azia : Ouais, grave ! Je me suis bien amusée. Puis ils sont très talentueux. Aussi ma musique et ce que j’aurais fait, ça aurait une couleur différente sans eux.

LFB : Ça ne fait pas très longtemps que tu te produis sous le nom words of Azia. Mais ça fait beaucoup plus longtemps que tu joues de la musique.

Azia : Yes.

LFB : Tu as eu d’autres noms d’artistes, si je ne me trompe pas. Donc je me demandais pourquoi ce nouveau nom, et comment tu te définirais avec words of Azia ?

Azia : En fait c’est un nouveau nom d’artiste, parce que pour moi c’est une nouvelle “journey”, comme ils disent en anglais. Je pense que j’avais une approche de ma musique qui était complètement différente sous Nandita, qui était du coup mon nom d’artiste avant. Je chantais en français, et ça ne me rendait pas heureuse, la musique que je faisais sous Nandita.

Avec wordsofAzia j’ai l’impression que je suis réellement en phase avec moi-même. C’est difficile à expliquer, mais je pense qu’il y a eu une partie de ma vie où je faisais de la musique avec un objectif. Je voulais que les gens aiment ce que je fais, que je devienne célèbre, que je fasse de l’argent, etc etc. Je sortais de l’université, donc je me mettais énormément de pression. J’avais cette idée que tu dois trouver un boulot, tu sais un petit peu où tu vas. Alors qu’avec la musique, ce n’est pas forcément de la même manière. Quand j’ai commencé à me produire sous Nandita, j’avais un peu cette exigence. Il faut que dans un an j’en sois là, que je gagne tant, et j’étais super malheureuse.

Donc j’ai pris du recul, j’ai recommencé à faire de la musique, mais juste pour moi. Juste parce que j’avais envie de réapprendre à aimer le fait de jouer, le fait de chanter, le fait d’écrire. Même le message, avant je parlais énormément d’amour, de relation. Il y avait quelque chose où ma musique était ancrée dans la souffrance, donc mon processus créatif était extrêmement lié à la souffrance et j’avais limite besoin de souffrir pour créer. Tandis qu’aujourd’hui la sorte de paix que j’ai trouvé un petit peu avec wordsofAzia, m’aide à créer dans d’autres situations, avec d’autres sources d’inspiration. Ça me rend beaucoup plus heureuse. Je pouvais pas garder le même nom, le chemin est trop différent. Même si c’est la continuité, même si sans Nandita il n’y aurait pas eu wordsofAzia, ça ne faisait pas sens.

LFB : Tu as l’impression d’écrire et de composer avec plus de maturité maintenant ?

Azia : Oui ! Et aussi avec plus de lâcher prise. Quelque part je me dis que si ça vient de moi je suis rarement satisfaite, mais si j’ai l’impression que je suis juste un canal, que je retransmets, sans être dans un truc de copie, et en vrai on s’inspire de tout. Il y a cette idée que dans la manière dont je vais créer, je vais trouver des accords et je vais être en mode “ouh les accords là ils me plaisent”. Dans la top line je vais déjà parler et les mots 90% du temps je les garde, parce que c’est pas quelque chose qui est contrôlé. J’ai besoin que ça reste instinctif.

LFB : Les inspirations parfois elles sont conscientes et inconscientes.

Azia : Totalement.

LFB : Dans le sens où c’est des choses que tu as vu et ressenti, et tu écris, mais parfois sans savoir d’où ça vient.

Pour rebondir avec tout ce qui t’inspire et tout ce qui t’entoure, tu as vécu à Londres, à Paris, mais la musique elle est aussi très imprégnée de ta culture ivoirienne. Je me demandais de quelle manière ces racines nourrissent ta musique ?

Azia : C’est quelque chose qui a toujours pris énormément de place, parce que je pense que j’ai pas trop eu le choix. Même en étant métisse, on m’a tout de suite rangée du côté de mon africanité. On m’a pas forcément laissé la possibilité d’être aussi l’autre côté, parce que je suis aussi russe polonaise. C’est pas quelque chose que j’ai pu explorer. Par contre contrairement à ma mère, mes tantes, mes cousins, je suis aussi la seule femme métisse de ma famille. Mes sœurs elles sont 100% ivoiriennes. Donc j’ai pas vraiment eu le choix entre guillemets. Cet héritage ivoirien il a toujours été très très fort, avant même de faire de la musique. Il prend énormément de place dans ma vie, et dans mon identité en général.

Quand j’étais en fac d’histoire, je faisais histoire de l’Afrique et je m’intéressais précisément à la Côte d’Ivoire. Mais il y a quand même eu un shift qui s’est passé quand je suis allée vivre là-bas. Après Londres je me suis dit que j’allais aller au pays, et juste voir ce qui se passe. Ça m’a mis une gifle. D’y vivre, vraiment m’immerger, parce que j’avais l’habitude d’y aller, un mois, deux semaines, mais de vivre en Côte d’Ivoire … Je me sens tellement comprise quand je suis là-bas. J’ai l’impression d’être avec des gens qui résonnent de la même manière que moi, qui rigolent de la même manière que moi. C’est tout simple, juste j’ai le même humour que les ivoiriens tu vois. J’ai la même manière un peu de m’exprimer, de parler, donc un truc où je me sentais bien.

Ça m’a permis aussi de me rapprocher de ma mère, parce que c’est elle qui m’a ramené cet héritage-là. Donc d’avoir vécu dans ce pays sans qu’elle ne soit là, il y avait quelque chose de fort. C’est pour ça qu’il y a aussi ce rapport au matriarcat dans mes chansons, par rapport à la sororité, par rapport aux femmes. Parce que ce lien-là, moi il me vient d’une femme. Je m’imagine aussi, demain peut-être, le transmettre à une fille, ou quand je vois d’autres femmes qui sont inspirées par ce chemin et qui se disent “moi aussi j’ai envie de me reconnecter”. Il y a un truc qui est très féminin dans cette démarche.

LFB : Est-ce que ta mère fait, ou faisait, de la musique ?

Azia : Elle fait, avec moi !

LFB : Comme sur Lagô, que j’ai tellement aimé. Est-ce que c’est toi qui lui a proposé de venir sur tes morceaux, ou ça s’est fait naturellement ?

Azia : Au départ elle me traduisait juste des phrases. “Maman comment on dit ça en bété ?”. Vu que j’étais à l’étranger, elle m’envoyait beaucoup de notes vocales. Sur Glory je m’étais dit « tiens j’aimerais bien mettre maman qui chante en bété ». Donc je lui ai demandé si elle pouvait chanter Dieu sauve moi aussi. J’ai écouté le mémo, j’ai pris ma guitare, j’ai fait les accords et j’ai écrit le morceau d’une traite. Ça a commencé comme ça et après ça a juste continué, mais c’est trop bien parce que maintenant elle vient à la maison et on se fait des sessions studio. On chante ensemble, elle m’apprend des contes en bété. Franchement c’est trop une bénédiction, mais oui c’est venu de moi.

LFB : Est-ce qu’elle chante sur d’autres morceaux de ton dernier album ?

Azia : Ouais, elle chante sur Liwouho, Oyé Wossô et Sehkeyoulou. Sehkeyoulou elle a carrément un couplet entier. Je voulais lui laisser sa place, et en plus c’est différent de ce qu’elle fait parce qu’elle fait de la musique très traditionnelle. Là je l’ai faite chanter sur de la kora. J’aime transformer aussi cette musicalité-là, autrement, je mélange les genres.

crédit photo : Anna Gatti Pierrini

C’est en train de la transformer, ça la fait rire. On a fait une résidence à Montreux et elle chantait sur des petites instrus de jazz. Elle était trop contente, le soir on faisait des jams et elle dansait. J’aime bien, j’ai l’impression que je lui redonne aussi une jeunesse en quelque sorte. Elle est arrivée en France à 16 ans, ça a pas été facile. Surtout les conditions dans lesquelles elle est arrivée. Elle a pas réellement eu d’enfance, elle a eu sa première fille à 17 ans et elle a 6 enfants maintenant. Donc de lui permettre un petit peu de juste s’amuser comme je le fais, comme on le fait en voyageant, là on va partir à Berlin normalement ensemble, ça me rend trop heureuse.

LFB : Vous avez déjà joué ensemble sur scène ?

Azia : Oui oui, plusieurs fois !

LFB : Du coup le bété est-ce que c’est une langue que tu parles depuis l’enfance ou que tu as appris dernièrement, petit à petit ?

Azia : C’est une langue que je parle toujours pas. *Rires. C’est à dire que, le bété c’est une langue qui est tellement compliquée. Ça a commencé parce que j’avais envie de l’apprendre, je demandais des trucs à ma mère, mais.. c’est trop dur. Donc je maîtrise quelques trucs, mais on peut pas avoir une conversation complètement en bété.

LFB : Mais t’aimes ce mélange, le passage de l’anglais au bété et parfois au français ?

Azia : Ouais carrément. Le français un petit peu moins, c’est vrai qu’il y a plus d’anglais parce que je trouve qu’il y a une certaine souplesse qu’il n’y a pas avec le français. C’est une super belle langue pour la poésie, moi j’aime énormément, mais pour chanter il y a une rondeur qui est différente. Quand je chante j’ai un phrasé qui peut être un petit peu soul, le français je trouve que ça s’y prête un petit peu moins.

LFB : C’est vrai que, après avoir écouté ton projet, je trouvais que quand tu parlais en français c’était plus sur un ton poétique ou raconté. Donc en fonction de la langue que tu choisis, tu ne l’utilises pas de la même manière.

Azia : Et c’est inconscient, ça se fait assez naturellement. Mais tu sais il y a un truc qui me passionne c’est comment le langage va façonner ta manière de penser. Comme quand j’étais en classe, on parlait avec un de mes professeurs de comment pour les inuits il y avait 50 termes pour décrire la glace, pour décrire une chose. Parce qu’ils ont besoin d’avoir tous ces termes-là pour décrire les différents stades de la glace, comment elle est gelée etc. Je trouve ça trop intéressant. Par exemple en bété le mot « abandonner » n’existe pas. Quand tu rencontres des bétés et que tu vois leur mentalité et leur approche des choses, tu comprends pourquoi. *Rires. Parce que c’est des gens qui sont tellement têtus.  

LFB : Et comment tu décrirais le « bété jazz » ?

Azia : Franchement le bété jazz j’en fais un peu ce que je veux j’avoue. C’est l’avantage d’être la première à en faire. En fait cette idée que j’avais c’était juste de pouvoir mélanger des genres et j’avais envie de sortir des carcans. Avant, j’arrivais quelque part, je suis dans un festival on me dit « alors elle ce qu’elle fait c’est du jazz soul, neo, r’n’b.. ». 30 000 qualificatifs pour ma musique, donc avec le bété jazz il n’y a rien à dire. Tu viens, tu vis l’expérience et tu découvres ce que c’est en même temps.

Peut-être que demain il y a d’autres gens qui vont faire du bété jazz et que ça va se dessiner encore un peu plus, mais voilà moi pour l’instant je le dessine comme ça. J’ai des éléments de jazz qui vont être apportés par la contrebassiste, par le choix des rythmiques, puis après tout simplement le fait de chanter en bété, d’utiliser aussi des archives que je vais mettre dans les morceaux, que je vais sampler, avec des percussions.

LFB : Est-ce qu’il y a des artistes qui t’inspirent, même sans faire du bété jazz, dans lesquels tu te retrouves ?

Azia : Oui, grave ! En ce moment j’écoute énormément Thando Zide, une artiste sud-africaine qui est génialissime. J’aime trop ce qu’elle fait, ça m’inspire. J’aime aussi The Cavemen., Asha, Blick Bassy, Fatoumata Diawara. Je les écoute beaucoup et je pense qu’ils m’inspirent aussi dans cette manière de mélanger les genres. Et puis je trouve que c’est des gens qui font de la musique pour les africains. C’est quelque chose que j’ai envie de faire. Ça me fait trop plaisir de faire de la musique qui est écoutée par les ivoiriens, par les gens de la diaspora. Je me dis « I made it ». Si eux ils m’écoutent, des gens qui me ressemblent, ça veut dire que « I’m in tune ». Je suis ancrée. Bon les autres ont le droit d’écouter aussi, j’aime que tout le monde écoute !

Je trouve ça cool de pouvoir s’identifier, parce qu’en fait je sais qu’il y a énormément d’artistes issus de la diaspora dans lesquels je ne m’identifie pas, même si j’aime ce qu’ils font et je respecte ce qu’ils font, je ne m’y retrouve pas. Des filles comme moi, des femmes qui me ressemblent, il y en a énormément. Je les vois du coup à mes concerts et c’est trop cool de faire de la musique dans laquelle elles se retrouvent. Il y a cet effet de miroir un petit peu tu vois.

Eden : Je le ressens grave avec toi. Je ne suis pas ivoirienne, mais je suis née en France, j’ai grandi en France, et à un moment donné dans ma vie je voulais avoir cette approche, en savoir plus sur mes origines. Là tu vois, Azia c’est ça, c’est le genre d’artiste que j’aime, c’est une personne comme moi qui écrit son histoire à sa manière, qui met en avant ce métissage entre la France et ses origines. À travers ma marque c’est exactement ce que j’ai envie de faire.

Azia : D’ailleurs ce soir je porte Maison Lisapo, création d’Eden ici présente.

LFB : Comment vous vous êtes rencontrées ?

Azia : C’est moi qui ai découvert sa marque. Je recherche beaucoup, j’avoue. J’aime bien mettre en avant aussi des créateurs africains. En fait le pagne qui est énormément utilisé, c’est pas quelque chose qui est à proprement africain. C’est hollandais, ça a été importé. Les Africains se le sont réapproprié quand les Hollandais ne l’utilisaient plus. Mais c’est pas un tissu qui est ancestral chez nous. Tandis que le tissu que je porte là, oui, c’est un tissu qui vient du Congo.

Eden : Tu vois, par exemple dans ta musique, c’est de la musique ivoirienne mais il n’y pas que les Ivoiriens qui l’écoutent. Toi tu viens et tu dis « Ok, je vais montrer aux gens de la diaspora que, vous aussi vous pouvez écouter de la musique qui a des origines d’Afrique du Nord.

Azia : Panafricanisme.

Eden : Voilà. À travers ma marque c’est pareil. On a des tissus comme ça, ancestraux, qu’on exploite pas assez et qu’on met pas assez en avant. Vas-y je vais montrer aux personnes de la diaspora que c’est possible aussi de porter des tissus africains, avec cet héritage.

Azia : D’en faire des designs vénères, qu’on se les réapproprie.

Eden : Ouais, je trouve ça trop bien.

crédit photo : Remi Oasis Really

Azia : Je pense que c’est les premiers qui m’ont donné de la force, c’est eux qui ont fait que je suis là. Après la musique c’est quelque chose d’universel. Vraiment, on est tous des créations de Dieu. On est régis par des systèmes. On est dans des sociétés qui ont une certaine histoire, qui vont déterminer un peu comment on vit au quotidien. Mais il y a des choses qui sont universelles. Tu regardes quelqu’un pleurer, ça te touche. Quelqu’un rit, ça te donne envie de rire, même si vous ne riez pas dans la même langue. Il y a des choses que tu n’as pas besoin de comprendre. Il y a toujours des aspects sur lesquels on peut se relier les uns aux autres. Avec n’importe quelle personne sur Terre, je pense que tu peux trouver des similarités.

LFB : La spiritualité, elle occupe une grande place dans ta musique et dans ta vie en général.

Azia : Oui, j’essaie. C’est un petit peu mon socle. C’est ce qui m’aide à me lever tous les jours, et à me dire qu’il y a des choses à faire et que je suis contente de ce que j’ai déjà fait. Je pense qu’avant de donner autant de place à la spiritualité dans ma vie, j’étais quelqu’un d’assez frustrée. En fait, d’apprendre à célébrer, tout, célébrer ce qui peut paraître comme être une chute, garder une sorte de constance, ça m’a changée. La spiritualité prend beaucoup de place et je veux qu’elle garde de la place, parce que j’ai un peu cette idée que rien n’est réel. On vit dans une sorte de simulation entre guillemets. It’s a game.

LFB : Tu as un très beau morceau où justement tu parlais de résilience, du fait que si on peut se réveiller, alors on peut recommencer quelque chose. C’est en accord avec ce que tu racontes.

Azia : Ce morceau-là, Oyè Wossô, je l’ai écrit avec la perspective de Dieu qui me parle. Quand je dis qu’il y a une lumière qui sort de ta poitrine, There is a light that’s coming from your chest, a light that you can confess, but I’m still there. Parce qu’en fait, no matter what, il est là. Tu fais tout ce que tu veux, mais demain, tu vas encore respirer et tu auras encore de la nourriture. Et même si demain tu pars, ce n’est pas une punition. Si tu pars, c’est que c’était ton moment. Moi j’ai ce sentiment que quoi qu’il se passe, on n’est jamais seul, vraiment. En tout cas c’est ce que je ressens avec Dieu.

LFB : Je comprends.

Tu as sorti un album il y a quelques mois qui s’appelle Modern Wihegou. Dont tu as chanté beaucoup de morceaux ce soir. Je me demandais où est-ce que tu les avais écrits, composés ?

Azia : Franchement..

LFB : Un peu partout ?

Azia : De ouf, mais avec le même ordinateur et le même micro, et moi. *Rires. Glory je l’ai enregistré à Londres. Lagô je l’ai enregistré au Sénégal, Sehkeyoulou à Londres, Liwouho à Paris. Je crois qu’il y en a un que j’ai fait au Nigeria aussi. Mais franchement, je les ai enregistrés partout. J’enregistre mes guitares avec mon iPhone. Et puis je rajoute mes voix, je fais mes trucs.

LFB : T’aimes bien créer de cette manière ?

Azia : Oui. Parce que je ne suis pas en train de réfléchir. En faisant ma musique toute seule, j’ai accès à tout. Tu vois, quand je suis avec des ingénieurs du son, je suis à côté d’eux, « Tac ! » j’appuie sur les raccourcis. Je suis un petit peu une control freak. Donc l’avantage, quand tu fais tout toute seule, t’es contente. Mais il faut que j’apprenne à déléguer. Après, ça change. Parfois je suis bien pour créer toute seule, parfois je suis hyper entourée.

LFB : Je voulais aussi parler de l’esthétique. Tu as déjà réalisé quelques clips pour ce dernier album, dont un que j’ai beaucoup aimé, c’est le clip de Liwouho. Je trouve que d’un côté c’est un peu figé comme un petit tableau, mais c’est très métaphorique. Il est dans le même univers que les autres clips mais ça raconte peut-être autre chose.

Est-ce que c’est un point sur lequel t’aimes travailler, qu’est-ce que t’essaies de raconter par tes images ?

Azia : En fait quand je suis en train d’écrire mes morceaux, j’imagine des choses, j’ai déjà des images en tête. Liwouho il est particulier parce que c’est pas moi qui ai fait la DA. C’est la première fois que je déléguais, et que je laissais quelqu’un le faire. L’avantage d’avoir sorti d’autres projets et d’avoir mis beaucoup de photos, c’est qu’il y a des gens qui ont capté mon univers. Il y a des gens qui se sont rapprochés de moi avec lesquels on est sur la même longueur d’onde. Donc j’avais totalement confiance en le réal. Je vais venir au Kenya et je te suis.

Tu vois par exemple Oyè Wossô, quand j’étais en train de chanter le morceau et de l’enregistrer, je voyais ma tante en train de piler le foutou. Je me suis dit qu’il fallait que je tourne ce clip dans mon village.

Je pense que le fait de comprendre que j’étais un individu dans une collectivité, dans un monde entouré de gens et qu’il fallait que je vive en accord avec ça, avec eux et avec moi, que j’y trouve ma place tout en sachant célébrer les autres, c’est quelque chose qui me rend heureuse et qui fait sens dans ma musique. Elle n’aurait rien à voir si j’étais toute seule.

concert à La Dynamo de Banlieues Bleues

LFB : Est-ce que tu aurais des envies pour la suite, en termes de projets, des créations, des choses que tu n’as pas encore faites ?

Azia : J’ai envie de bosser avec plein de musiciens. Il y a une chanteuse que je kiffe, elle s’appelle Sophye Soliveau. Elle est trop forte, j’aimerais bien faire un morceau avec elle. *Rires. Elle est là ! Aujourd’hui elle est en soutien, mais c’est une grande star.

En fait je suis juste une bonne vivante, j’aime les gens, j’aime manger, dormir, j’aime vivre. J’ai la même curiosité avec la musique. Je suis juste curieuse de voir ce qui va venir, de voir avec qui je vais collaborer. J’ai envie de tourner, et de rencontrer d’autres artistes. J’ai peut-être même envie d’écrire pour d’autres artistes.

LFB : Et pas forcément en bété ?

Azia : Je fais au feeling, si j’ai pas envie de mettre de bété je mets pas de bété. Dans Than All il y a zéro bété.

LFB : Oui, je l’ai trouvé très soul et très jazz. Le clip est aussi intéressant, alors que le morceau est plus jazz, par les images on retrouve ce même univers.

Azia : Oui, mais aussi avec le son, parce que derrière t’as un sample des funérailles de mon grand-père. En fait chez les Bétés, c’est hyper important les funérailles. C’est un rituel, c’est là qu’il y a des percussionnistes qui viennent, des chanteuses, tout ce que tu veux. En général la plupart des archives c’est des funérailles, c’est ce qu’on filmait. Donc j’en ai pris un petit extrait et je l’ai mis dans le morceau. C’est ça que t’entends au début.

LFB : Tu te sers essentiellement d’archives personnelles ?

Azia : Pour l’instant oui. Je pense que ce truc-là d’archives, c’est par rapport à ma formation d’historienne. Ça me manque un petit peu ce truc que j’avais de chercher. Je me demandais comment j’allais pouvoir le lier avec la musique. Moi ça m’intéresserait d’utiliser d’autres archives que les miennes, que celles de ma famille.

LFB : On te souhaite de beaux projets. Merci beaucoup pour cette interview, et pour ce concert qui m’a vraiment touchée.

Azia : C’était trop cool. Merci d’être venue !

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