Les clips de la semaine #253 – partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, on vous invite à découvrir la seconde partie de la sélection 253 des clips de la semaine.

Krisy – Noé & Toumani

Depuis la sortie d’Euphoria, il y a plus d’un an, Krisy joue la carte de la discrétion. Quelques singles, un détour par High & Fines Herbes, et surtout une présence renforcée sur TikTok, où il partage des live sessions et des discussions passionnantes. Loin de s’éclipser, il semble plutôt peaufiner son univers. Une attente qui en valait la peine avec la sortie de son single et du clip de Noé & Toumani

Bruxelles continue d’être sous les projecteurs. Après la balade immersive de Jungle Jack et JeanJass dans Châteldon, c’est au tour de Krisy d’endosser le rôle de guide de sa propre ville. Accompagné de son crew, dont GXLDENBOY à la production d’une instru faussement chill, le rappeur nous embarque dans un itinéraire bien ficelé : un match de basket pour ouvrir l’appétit, un passage chez SUM SUM (une adresse que je vous recommande d’ailleurs), avant de clôturer la journée par une partie de bowling. Le tout servi par une réalisation léchée et une esthétique toujours aussi pointilleuse, fidèle à son univers artistique.

Krisy prouve une fois de plus qu’il n’a rien perdu de sa plume affûtée ni de son sens du rythme. Avec un refrain percutant qui s’imprime instantanément, il rappelle à certains qu’il mérite une place bien plus régulière dans leurs playlists. Une énergie qu’il aura l’occasion de déployer sur scène le 7 mai prochain à l’Olympia

Parcels – Safeandsound (Live)

Quel immense sourire illumine nos visages à la sortie de cette semaine marquée par un nouveau single de Parcels !

Après leur retour en octobre dernier avec le savoureux Leaveyourlove, les garçons australiens nous régalent à nouveau. Cette fois, ils remplissent nos assiettes d’un mets de choix : Safeandsound, un titre qui marque une nouvelle évolution dans leur univers musical. Plus audacieux que son prédécesseur, ce morceau tranche même avec ce que le groupe nous offrait depuis ses débuts.

Les cinq musiciens troquent ici les rythmes et les harmonies teintées de funk et disco pour une approche plus épurée, où les sonorités s’épanouissent dans un registre résolument rock alternatif. Pourtant, cette nouvelle direction n’efface en rien leur identité sonore. Il y a dans Safeandsound une subtilité qui confirme, une fois de plus, que Parcels a su forger une patte musicale propre, immédiatement identifiable.

Accompagnant cette sortie, une session live mise en images dans la continuité de leurs précédentes vidéos. Fidèles à leur esthétique, les musiciens nous plongent dans leur univers avec une spontanéité désarmante, capturant ces instants de complicité où seule la musique compte. Parcels n’a jamais semblé aussi uni, et cette cohésion se ressent jusque dans la montée en puissance du morceau, portée par des coups de guitare incisifs et une intensité grandissante.

Autant dire que cette chanson tournera en boucle chez nous, en attendant impatiemment d’en découvrir davantage sur leurs futurs projets. D’ailleurs, le groupe a déjà annoncé une tournée mondiale, avec des passages très attendus à We Love Green le 7 juin et à Bercy le 8 novembre.

HotWax – Strange To Be Here

Il s’agira très certainement de l’un des barbecues les plus insolites auxquels vous assisterez ici.

Le voici enfin, après des mois d’attente grandissante : le premier album de HotWaxHot Shock, est enfin sorti le 7 mars, accompagné d’un clip mettant en images le mélancolique et brutal Strange To Be Here. Un excellent choix de titre à mettre en avant, aussi percutant que leurs précédents singles et à l’image de l’album dans son ensemble.

Ce morceau installe une atmosphère lourde et hypnotique. Les voix traînantes et désabusées se mêlent aux guitares abrasives, nous confrontant à cette étrange sensation d’être là sans vraiment l’être. La structure musicale oscille entre tension contenue et explosion cathartique, portée par une intensité croissante.

Les images, très efficaces, prolongent ce sentiment de flottement et de chaos maîtrisé. Les Britanniques prouvent ici qu’il ne s’agit pas seulement d’un premier album, mais d’une œuvre maîtrisée au sein et au service d’une acoustique abrasive, viscérale, qui s’imprime dans la peau.

Et si l’attente a été (un peu) longue pour nous, elle en valait largement la peine. Maintenant, il ne reste plus qu’à voir comment ce feu brûlera en live, le 2 juin, lorsque le trio se produira sur la scène de La Maroquinerie.

Stéphanie Boulay – Est-ce que quelqu’un me voit ?

Stéphanie Boulay, déjà bien connue comme la moitié blonde du duo Les sœurs Boulay, s’affirme avec audace sur la scène musicale en solo. Son dernier clip, Est-ce que quelqu’un me voit ?, est une œuvre poignante qui explore les méandres de l’identité, de la solitude et de la quête de reconnaissance.​

Dès les premières notes, la chanson enveloppe l’auditeur dans une atmosphère intime et introspective. La mélodie douce-amère sert de toile de fond aux paroles sincères de Stéphanie Boulay, qui questionne sa place dans le monde et cherche à être vue pour ce qu’elle est réellement. Le clip, reprenant des archives vidéo de son enfance, met en lumière la vulnérabilité de l’artiste, renforçant le message universel de la chanson.​

Ce morceau est le troisième extrait de son album à venir, prévu pour le 11 avril prochain. Les précédents singles, Si l’essentiel c’est d’être aimé et La mauvaise question, ont déjà donné le ton d’un opus introspectif et authentique qu’on a hâte de découvrir !

Les Hay Babies – Some People

Les Hay Babies, trio acadien aux harmonies envoûtantes, nous offrent avec Some People une plongée country dans un sous-sol de vieux garçon. Ce morceau est extrait de leur album Tintamarre sorti en 2024. À travers le clip, on peut admirer le déhanché endiablé de l’acteur, qui se prépare peut-être lui aussi à aller à Nashville pour devenir une star. Entre santiags et veste à frange, on a un petit goût USA en Acadie.

Musicalement, Some People illustre la capacité des Hay Babies à fusionner des mélodies accrocheuses avec des paroles introspectives, créant ainsi une atmosphère à la fois familière et novatrice. Leur signature sonore, mêlant folk et accents indie, est ici sublimée, témoignant de leur maturité artistique croissante.​

Nach – Sacré secret (Live église)

Instant de grâce et de libération. La chanteuse Nach dévoile une version a capella dans une église de son titre Sacré secret. L’écho du lieu fait vibrer la voix de l’artiste, qui s’accompagne d’un chœur de quatre femmes : Lucile Chriqui, Kanto Calange, Julia Jerosme et Gisella Grazanajatovo. Le morceau est ainsi sublimé. L’église et cette composition lui confèrent des airs de prière ou de litanie. Alors même que Sacré secret évoque sa propre libération : « Au gré des silences et des saisons / Ma langue se délie, ma voix se libère / De tous les noms dits, de tous les mystères / Je suis prête à révéler mon âme. » 

Une esthétique intimiste est renvoyée par le clip monté et réalisé par Florent Tessier. On y aperçoit le chœur chanter dans l’église, éclairé d’une lumière chaude et saisi dans une image filmée en plongée. Comme s’il s’agissait d’anges qui les écoutaient avec bienveillance. La spiritualité tient une place importante dans l’album Peau neuve dont est tiré Sacré Secret et qui s’est vu s’offrir une réédition deluxe. Nach sera en concert à l’Olympia le 18 mars prochain.

Dafné Kritharas – Ferte Φέρτε

Et si la fête pouvait nous soigner le cœur, le corps et l’esprit ? C’est en tout cas le pari réussi que lance Dafné Kritharas avec son morceau Ferte. La chanteuse franco-grecque rendue célèbre pour ses reprises de chants traditionnels judéo-espagnol ou grecs présente depuis peu ses propres compositions. Ferte, qu’elle interprète, a été écrit en collaboration avec l’artiste athénien Alexandros Emmanouilidis. 

Il évoque le besoin de faire la fête, de la lâcher prise pour guérir. Comme si le corps avait besoin de s’articuler, de s’enivrer de vin pour pouvoir être habité complètement. Un besoin de rire surtout. Dafné Kritharas nous surprend au travers ce clip par des scènes de joie en amis, elle rate en pleine rue parisienne le verre de vin qu’on lui lance et se met à rire. Ou encore, on aperçoit un sage vieil homme qui participe à une fête nocturne éclairée par un feu, dont l’artiste s’exclame à la fin du clip « Wow il est trop beau le feu, bravo pour le feu ! ». Une chose est certaine, Dafné Kritharas compte bien mettre le feu à La Cigale pour son concert mardi 18 mars prochain.

ARNE VINZON – LES ROCHERS

Après Charleroi, Les Rochers est le deuxième extrait du futur album d’Arne Vinzon, A propos de Fantômes, dont la sortie est prévue le 4 avril chez Les Disques Pavillon. Le rouge des forges laisse place au bleu de la mer qui se brise sur les rochers ancrés. Le bruit sourd des hauts fourneaux se métamorphose en celui du ressac, ce va et vient incessant des vagues qui lamine inexorablement. L’odeur du soufre se complète de notes iodées.

Le temps est à l’apaisement des sentiments si exacerbés du poème de Verlaine. Pourtant puissante et implacable, la force des lignes de mer naît du calme mystérieusement paisible qui les revêt. « Inévitablement, les rochers ».

Les lignes mélodiques tracées par Arne Vinzon dans Les Rochers détiennent cette même puissance. Une puissance portée par une poésie simple qui ne demande qu’à nous submerger et à faire renaître les souvenirs de moments qui nous ont émus. Il s’agit, peut-être, des fantômes – ces traces de nos ressentis émotionnels – dont il est question dans le nom de leur album qui s’annonce comme étant la bonne surprise du printemps. « Inexorablement, la beauté ».  

Ed Mount — MARIAH / SILLY SONGS

Deux en un. En un long clip, Thibault Chevaillier aka Ed Mount nous présente deux extraits de son prochain EP qui sortira bientôt chez Futur Records. Sa Pop tranquillement sautillante nous entraine dans son univers musical aussi ample que simple. Comme une « modestie » sonore – que ne renierait pas Ricky Hollywood qui accompagne Ed Mount à la batterie – qui nous touche tant on sent la sincérité qui l’a construite. Rien d’alambiqué, juste une mélodie groovy qui s’appuie sur un refrain convaincant.

Mariah, filmé par Leo Lacan dans un long plan séquence qui se réinvente au fur et à mesure qu’il se déroule, a la saveur douce et fruitée d’une « positive attitude » qui tempère une mélancolie sous-jacente. Tout comme dans Silly Songs, les textes intègrent une composante introspective qui donne corps et profondeur aux compositions, nous rappelant ainsi à notre condition humaine « Silly Songs goes like this, always, starts with a haunted kiss. You never know how this story ends, but you need to hear it ».

Pour les Parisiens, Ed Mount sera en première partie des incroyables Evergreen lundi prochain à la Boule Noire. Il fera également une première restitution de résidence à La Marbrerie de Montreuil le 29 mars en compagnie de Maxime Daoud [Ojard] et de Tao Ehrlich.

Max Baby – New Material

Et si on se promenait dans la nuit parisienne avec Max Baby, un soir d’Halloween ? Entre deux pavés luisants, Pigalle déborde de figures fantasmagoriques : une horde de bananes déchaînées, un kebab douteux sous néons blafards, une doudoune orange citrouille et quelques âmes trop éméchées pour marcher droit. C’est dans ce décor de fête que prend vie le clip de New Material, troisième extrait visuel de son brillant EP Out of Control, Into the Wall, sorti en novembre dernier.

On y suit un Max Baby en chevalier noctambule, prêt à défendre Paris et sa nuit, adoubant au passage chaque créature déguisée (et bien déguisée s’il vous plaît) qui croise sa route. La caméra tangue à l’épaule et se désaxe, capturant un Paris où le réel vrille par moments. L’image est faite de couleurs intenses et de textures rêches, quelque part entre une cassette fatiguée et un Tumblr en surchauffe. À la réalisation, Spike Gonzo pose son empreinte, fidèle à son goût pour les esthétiques saturées et les ambiances déstructurées.

On retrouve ici encore la patte caractéristique de Max Baby : un pied dans le rock internet des années 2000, l’autre dans des synthés ultras trafiqués, et un orteil dans une écriture brute et très personnelle. Dans New Material, la formule guitare-batterie-machines tisse un mur de son dense, où les guitares garage flirtent avec des effets saturés et une voix qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Julian Casablancas. Un EP qui, en tout cas, fait son chemin et s’habille ici d’une nouvelle pépite visuelle.