Les clips de la semaine #302 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie de notre 302ème sélection des clips de la semaine.

The Lanskies – Jacky

The Lanskies reviennent en force avec “Jacky”, un titre dévoilé en même temps que leur nouvel album War Machine. Fidèle à cette énergie rock très marquée années 2000, le groupe normand balance ici une vraie décharge électrique comme on les aime. Ça cogne, ça avance, ça déborde d’énergie. Il y a ce petit parfum british qui traîne toujours dans leurs morceaux, et franchement, ça fait du bien de retrouver un groupe dans ce registre. Un retour qui sonne à la fois familier et rafraîchissant.

Le clip, lui, part complètement ailleurs. On se retrouve plongé dans un délire total où le groupe doit faire face à une pieuvre géante, mutante et volante, rien que ça. Lewis, de son côté, apparaît grimé façon Kiss, ajoutant encore une couche d’étrangeté à l’ensemble. Les membres fuient, se cachent, pendant que le refrain “Jacky don’t lock the door…” tourne en boucle comme une alerte. C’est complètement barré, assumé, et ça colle parfaitement à l’énergie du morceau. Résultat : on ressort avec une seule envie, lancer War Machine et le laisser tourner en entier.

GENER8ION & Yung Lean – STORM

En 2034, comment aurons-nous réinventé nos codes ? C’est la question que pose GENER8ION, le projet pluridisciplinaire du musicien Surkin et du réalisateur Romain Gavras, dont les univers convergent depuis longtemps autour d’une même esthétique, le post-apocalyptique. Pour STORM, leur dernier clip composé de deux titres (STORM I & II), le duo a frappé fort en s’associant à Yung Lean. Le Suédois n’intervient pas seulement sur le titre, il est au cœur du clip, un acting juste tout au long de ce presque court-métrage de sept minutes. Il y interprète un personnage imprévisible et affranchi, qui nous rappelle bien l’humain qui se cache derrière l’artiste.

Connu sous plusieurs identités, Jonathan Leandoer96 et vocaliste du groupe Död Mark entre autres, Yung Lean a su évoluer sans jamais se renier. Musicalement, il tire aujourd’hui vers le indie-rock, loin du cloud rap qui l’avait révélé au début des années 2010. Toutes ses incarnations semblent désormais fondues en une seule, plus affirmée. GENER8ON prend tout son sens dans le choix de ses collaborateurs. Yung Lean reste, à ce titre, l’un des rares artistes de sa génération à traverser le temps sans en porter les rides, dans vingt ans, il sera encore young.

Yael Naim – Blame

Une bien belle surprise cette semaine avec la découverte du nouveau clip de Yael Naim pour accompagner le morceau Blame. Un titre construit autour de la notion de dualité, pour parler d’une relation à la fois toxique et hypnotique.

Le visage d’abord, en gros plan, fugace, flou. Yael Naim s’adresse à nous et nous partage ses émotions. Il se déforme, se recompose, cherche l’expression d’une vérité. Une démarche sincère et juste, à l’image de l’ensemble du travail de Yael Naim.

En filigrane, Yael réapparaît dans ce même voile transparent du clip de Solaire. Un cocon qui emprisonne avant de libérer, un symbole qu’elle convoque à nouveau comme pour dire : l’histoire n’est pas finie, elle continue. D’un clip à l’autre, elle tisse le fil d’une émancipation qui prend du temps.

Et puis vient la pluie, ou plutôt l’eau, apaisante, régénérante, salvatrice.

Yael Naim sillonne les routes de France pour présenter son dernier album SOLAIRE. Si elle passe à côté de chez vous, prenez vos places : vous assisterez au concert magique d’une artiste majestueuse. 

Azelio – Devenir celui qui ose

Besoin de liberté ? De lâcher-prise ? Rejoignez Azelio et le sable chaud du sud de la France dans son nouveau titre Devenir celui qui ose. Le jeune chanteur nous invite, le temps de quelques minutes, à la prise de recul et au lâcher prise. Lesté de lourdes valises, et de lourds doutes qui pèsent sur ses épaules, Azelio arpente les plages et chemins qui défilent devant lui. 

Azelio pose des mots justes sur ce sentiment de doute, ses métaphores atteignent leurs cibles. Au fur et à mesure, il se débarrasse de ce qui l’encombre, abandonne des objets, et avec eux des préjugés ou des peurs. Devenir celui qui ose est un titre sensible et percutant, et la voix du chanteur, douce et sereine, accroche immédiatement l’attention. Ce titre est entièrement auto-produit par l’artiste, des paroles aux clips, de la compo au montage.

Azelio prépare la sortie de son premier album dans les prochains mois, suivez le sur ses réseaux pour ne rien louper !

Luvcat – Vampire at the Beach

Après l’opéra glam et décadent de Vicious Delicious, Luvcat signe un retour plus sombre avec Vampire at the Beach, un single hypnotique qui donne le ton de son nouvel EP Lovebites, attendu le 22 mai prochain chez AWAL. Véritable prolongement plus noir de son premier album, qui a cumulé 120 millions de streams, Lovebites creuse davantage le sillon d’un romantisme gothique, entre pulsion de vie et fascination morbide.

Vampire at the Beach raconte la chute dans une relation toxique : celle d’une femme happée par un amant vampirique, à la fois fascinant et destructeur, jusqu’à s’y perdre entièrement. Via ce fantasme cinématographique, Luvcat explore l’emprise, le désir et la perte de soi avec l’intensité viscérale qu’on lui connaît.

Dès l’introduction, Vampire at the Beach installe une atmosphère envoûtante : un piano-voix presque spectral, comme une présence lointaine qui viendrait hanter nos rêves, avant de basculer vers un rock glam lent et lancinant, signature sonore de l’artiste. L’imaginaire se dessine immédiatement, nourri par les visions de Federico Fellini et une esthétique gothique évoquant Tim Burton période Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street. “Had dreams of Ana Capri, When I fell asleep with a film on TV, Fellini’s golden bodies, Lapped by the sea like melted ice cream”

Très vite, le rêve se fissure. Luvcat compose une ballade vampirique aussi envoûtante que dérangeante, où elle incarne une amante fascinée par une figure spectrale, magnétique et destructrice, un amour qui consume autant qu’il attire. Elle déclare : « J’avais presque l’impression d’attendre qu’il me morde le cou. Il m’avait complètement sous son emprise. »

Vampire at the Beach devient alors une confession crue, où aimer revient à se laisser dévorer :“You’ve stolen my soul, and eaten my brains, Gave the skin off my bones, The blood from my veins”

Le clip, co-réalisé par Oliver Bradley-Baker et Luvcat, prolonge cette tension dans une narration fragmentée mais visuellement très cohérente. Fidèle à son esthétique dramatique et incandescente, l’artiste apparaît dans un look hybride, entre écolière déviante et créature sortie de Beetlejuice. On retrouve les éléments signature de sa direction artistique, sol en damier, plumes, palette noir/blanc/rouge, mais ont une dimension plus macabre.

Le clip alterne performance live, séquences dansées et narration intime, dans une succession de tableaux marquants : électrocution dans une baignoire, lancer de couteaux, regards figés sous tension. Parmi les images les plus fortes, Luvcat apparaît dans un cercueil aux côtés de son amant, comme si l’amour et la mort se confondaient. La narration oscille en permanence entre fantasme et réalité. La conclusion du clip est en miroir avec la scène d’introduction — une danse lente, aussi belle que condamnée  entre les deux amants toxiques, perdus dans une forêt hors du temps, portée par un final puissant : “I knew, that you would fuck me up forever”

Avec Vampire at the Beach, Luvcat signe une nouvelle pièce maîtresse de son univers : plus dark, plus viscérale, où musique, image et narration s’entrelacent dans un même souffle hypnotique. Un titre qui confirme, une fois encore, sa singularité sur la scène pop alternative britannique.

Elle sera à l’affiche du We Love Green le 5 juin prochain; une performance qui promet de transposer sur scène toute l’intensité visuelle et émotionnelle de cet univers singulier.

HYL – Laisser tomber

Nouvel extrait de sa mixtape à venir en septembre, HYL revient avec un nouveau titre : Laisser tomber. Un titre introspectif, sensible, à fleur de peau. HYL y raconte l’histoire d’une relation amoureuse arrivant à son dernier souffle, le chanteur déploie une nouvelle fois son talent d’écriture et son interprétation poignante. 

Sur les couplets, HYL partage sa déception, ses faux espoirs : “J’ai cru qu’un jour un petit être aurait le mélange de nos deux sangs. J’me sens tout seul depuis que t’es pas là”. Mais quand vient le couplet, l’évidence apparait : “Je sais que t’as tout fait avant de laisser tomber”.

Laisser tomber est illustré en image par la talentueuse danseuse Manaé Hernandez-Louis, traduisant dans ses mouvements les sentiments partagés par HYL. 

Alewya – Selah 

Avec SelahAlewya continue de dévoiler son univers à l’approche de son album, affirmant une direction artistique riche et éclectique.

Selah s’impose comme une invitation immédiate à la danse et à la joie. Portée par une instrumentale accentuant le rythme et le caractère dansant du morceau, ce titre repose sur une fusion d’influences. Entre afrobeats et électro, Selah est une véritable musique de danse. La voix d’Alewya, à la fois envoûtante et unique, agit comme une parenthèse hors du temps. C’est un morceau qui donne autant envie de rouler fenêtres ouvertes que de twerker devant son miroir.

Le clip, à l’image du titre, déborde d’énergie et de chaleur. On y suit l’artiste se préparant dans une voiture avant de rejoindre une soirée dont l’atmosphère apparaît immédiatement vibrante et accueillante. À travers des scènes de danse et de célébration, le clip met en avant des personnes racisées dans toute leur diversité et leur style. La présence de plusieurs drapeaux, notamment ceux de l’Éthiopie, de la Somalie ou encore du Ghana, enrichit cette mise en scène. De plus, cela évoque un hommage aux cultures africaines et diasporiques.

La présence du drapeau palestinien souligne également qu’au-delà de sa voix unique et de son univers musical affirmé, Alewya s’impose comme une artiste engagée, dont les valeurs transparaissent dans ses choix esthétiques et visuels.

Voyou – Dimanche

Visiblement nous ne sommes pas les seul(e)s à avoir des projets particuliers le dimanche. Voyou, de retour pour nous jouer un mauvais tour, a choisi ce jour pour nommer le premier extrait de son prochain album, Chroniques Terrestres Vol. 2. Un album qui sera instrumental, et quand on se rend de la qualité de ce premier morceau, on ne peut que languir de découvrir la suite. Pour l’instant, on découvre Dimanche et ses images. Un morceau court mais bien rempli et qui n’a donc pas le temps d’être ennuyeux.

On s’imagine sans problème profiter des rayons du soleil du début de printemps à travers les fenêtres par lesquelles on entend également les enfants jouer dans la rue (tiens comme dans le morceau), démarrer la journée de bonne heure par une brocante ou simplement retrouver ses ami(e)s pour un goûter paresseux. Côté images, la couleur est mise en avant avec un rouge rosé magnifique et des plans très géométriques, découpés et sublimement assemblés. On savoure ça comme la part de dessert du repas de famille, dont on avait peur qu’elle soit de trop et qui au final s’avère être juste la touche de sucré qu’il fallait pour conclure le moment. Miam !

Jewel Usain – Fou

Jewel Usain conclut son épopée japonaise avec ce dernier clip, toujours réalisé par Kidhao, qui vient parachever son EP avec élégance. Avec Fou, le rappeur referme cette parenthèse sur une note résolument optimiste, portée par une production lumineuse et inspirante, jusqu’à une dernière surprise qui vient subtilement sceller l’ensemble.

À travers ce morceau, Jewel Usain apparaît apaisé, mais plus sûr de lui que jamais. Les images le montrent à la fois sportif, pensif et concentré, dessinant le portrait d’un artiste en pleine maîtrise. Plusieurs lectures émergent, mais une impression domine : celle d’un rappeur prêt.

Deux ans d’absence, c’est long, mais c’est peut-être le temps nécessaire pour revenir avec une telle justesse. Et à  l’écoute de cet EP, l’attente semble presque pardonnée.

Surtout, Fou marque un nouveau départ. Jewel Usain regarde déjà vers l’avant, laissant entrevoir de futurs défis, et peut-être même un deuxième album qui commence à se dessiner. Une sensation renforcée par une production qui mêle apaisement, positivité et détermination, comme un équilibre trouvé entre recul et ambition.

Avec Otoko, il prouve qu’un format court peut avoir tout d’un grand projet. En seulement quatre titres, il expose l’étendue de son talent : une écriture carrée, un rap bien propre et une vraie vision narrative qui vient sublimer l’ensemble. Une proposition aboutie, récompensée par une date symbolique le 6 juin à La Cigale.

Reste désormais une seule attente : ne pas devoir patienter deux ans de plus. Parce que, clairement, un projet comme celui-là fait du bien.

Roma Luca – Séléné

Célébrer la sortie de Séléné en sortant le clip du morceau qui donne son nom à l’EP c’est chose faite – ou fête, si on aime les jeux de mots –  pour Roma Luca ! Et comme souvent avec la demoiselle rêveuse, c’est plein de poésie.

En noir et blanc, la lune sur les épaules qui n’est pas sans rappeler l’objet cinématographique culte Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès pour son aspect humanisé, Séléné est un clip à l’image du morceau, sensible, inspiré du travail d’Edith Di Monda. Roma Luca et l’astre lunaire c’est tout une histoire complice des premiers jours. La légende veut que Roma Luca se soit un jour perdue dans la forêt et c’est bien la Lune par sa lumière qui l’a aidée à retrouver son chemin.

Riche en contrastes et jeux de lumières, Séléné place la Lune au cœur du projet. Roma Luca vient l’accompagner pour lui chanter comme une ode. Avec la petite gommette scintillante, une nouvelle source de lumière discrète s’incruste dans le clip. L’ambiance nocturne générale s’expliquerait par la perte de repères contée par Roma Luca dans sa chanson. C’est avec sobriété et délicatesse qu’a choisi de s’allier Roma Luca et nous, on s’est laissés bercer par cette esthétique.

VONFELT – Tais-toi

La dernière fois que nous croisions le chemin de VONFELT, il était en duo avec Lescop. Il nous est revenu avec un morceau en solo : Tais-toi en conservant le minimalisme du décor de sa dernière collaboration. Comme une injonction qui était déjà sortie de la bouche de feu Johnny, Tais-toi sonne autant comme une affirmation (T’es toi). VONFELT cultive les sonorités électroniques tout en conservant sa fidèle batterie pour rythmer ses chansons d’un beat synthétique et accompagner sa voix grave.

Introspectif, sensible, Tais-toi s’étend sur un morceau planant où un synthé vient apporter des contrastes avec des notes parfois plus aériennes. Dans une mise en scène pour le moins épurée, VONFELT invite à se concentrer sur son attitude physique. Tout au long du clip, le chanteur multi instrumentiste ne quittera pas sa batterie. Sans détour, il se livre dans un phrasé quasi murmuré avec des phrases plus ou moins longues pour mieux jouer avec l’auditeur

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