Les clips de la semaine #301 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie de notre 301ème sélection des clips de la semaine.

Matmatah – Tombé pour la France

Si vous avez suivi les aventures de Matmatah vous avez bien remarqué que l’art de la reprise passe par la case maîtrise sans méprise. L’année dernière les brestois ont jeté leur dévolu sur Putain Putain du belge Arno, cette année c’est sur un autre monument de la chanson francophone qu’ils ont décidé de se pencher : Tombé pour la France. Déjà sortie en février dernier, elle se voit accompagnée d’un clip.

Petit voyage dans le temps, retour dans les années 1980, un breton – tiens, encore un ! Mais cette fois c’est un rennais d’adoption – nommé Etienne Daho se hisse dans le Top 50 avec ce tube composé par un normand – qui finira lui aussi breton d’adoption – j’ai nommé Arnold Turboust. Et pour parfaire ce voyage dans le temps, le gang brestois nous entraine dans une ambiance de boum avec la boule à facettes de sortie !

Rassurez-vous, le groupe n’a pas pour autant opté pour un virage disco, les guitares rock sont toujours là ! Tout en conservant son efficacité mélodique qui a valu à Tombé pour la France le succès, Matmatah lui rend un hommage dopé à l’énergie rock. Dans la foule ambiante, la bande se fond dans le décor, sans être complètement invisibilisée. Les gars portent des costumes blancs et des lunettes noires, un peu difficile de ne pas les voir ! La foule et l’ambiance festive créent un contraste avec la solitude évoquée dans le morceau.   

Brigitte Calls Me Baby  I Can Take the Sun Out of the Sky

Il aura fallu attendre le single I can take the sun out of the sky pour tenter de comprendre l’engouement actuel autour des américains Brigitte Calls Me Baby repérés en première partie du plus que sulfureux Morrissey qui s’offrait une date au Zénith de Paris l’an passé.

En choisissant de se mettre en scène dans un magazine digne de la gazette des sorciers pour ses images mouvantes, Brigitte Calls Me Baby évolue dans des cadres qu’on imagine figés. Les poses adoptées sont aussi suggérées que celles des shootings publicitaires. Alors que l’imaginaire de la chanson renvoie plus à une passion amoureuse, le magazine vient apporter une autre lecture plus connotée négativement : l’idée de contrôle. Nouvelle strate de lecture qui nous vient à l’esprit : l’objet amoureux comme fantasme pur.

La bande menée par le jeune crooner Wes Leavins signe un morceau pop rock à l’inspiration puisée dans l’esthétique de leurs aînés britanniques mancuniens, très solaire – alors que bon, on ne nous parle pas de décrocher la lune mais bien le soleil ! – dans ses guitares rayonnantes.  

SOEN – Axis

SOEN n’est peut-être pas le nom qui vient en premier quand on parle de la scène rock/metal actuelle, mais le groupe trace sa route depuis plusieurs années avec une identité bien à lui. Avec Axis, ils reviennent avec un titre qui ne fait pas semblant. Une entrée en matière directe, presque frontale, qui annonce tout de suite la couleur.

Le morceau démarre sans prévenir, porté par un riff massif parfaitement verrouillé avec une batterie qui cogne juste. La voix d’Ekelöf vient rapidement calmer le jeu sur un pré-refrain plus aérien, avant que tout ne reparte de plus belle. Le titre joue constamment sur ces contrastes. Le solo de guitare apporte une vraie montée en intensité, avant un final marqué par la double pédale du batteur qui enfonce le clou. Côté paroles, on sent une critique assez frontale des systèmes de pouvoir et des faux-semblants, avec cette idée de ne plus subir, de sortir de l’indifférence et de reprendre sa place.

Le clip reste dans cette logique de simplicité et d’efficacité. Pas d’artifice, pas de mise en scène compliquée : du noir et blanc, un studio, et le groupe qui joue. Une captation brute, presque froide, qui met toute l’attention sur la musique et l’énergie dégagée. Ça colle parfaitement au morceau, sans détour inutile. Parfois, il n’en faut pas plus.

GURL FORECAST 

Inspirés par des groupes de rock indépendant/surf-rock de tous âges comme Hockey Dad ou Dinosaur Jr, le trio parisien GURL défend un rock spontané, instinctif, pas trop réfléchi et pourtant travaillé finement. Le groupe se forme en 2021 et leur premier single, Friends, sort en 2022. Une voix déjà tranchante et des riffs accrocheurs, dès le départ, GURL trouve la bonne formule. Puis le groupe commence à décoller doucement, tournant dans les salles françaises et les festivals ces dernières années. D’autres single suivront : Silly Dreams, My Dream CarGURL y perfectionnera son identité, du rock home-made, à la fois brut et frais.

Ce jeudi, GURL revient en force avec un nouveau titre, FORECAST. Plus groovy et dynamique, on y retrouve des influences du rock des années 2000, ce n’est pas pour nous déplaire ! Le groupe joue avec les rythmes, à toute allure sur les refrains et appui sur le frein dans les couplets. en collaboration avec l’équipe de skate basque Churl, le clip qui l’accompagne illustre la musique, entre chutes et figures acrobatiques. 

Le premier album de GURL sort le 25 septembre chez Howlin’ Banana et Le Cèpe Records ! 

Bleachers the van

Déjà le troisième single promotionnel du prochain album de Bleachers à venir, the van vient apporter un peu de douceur en ces temps troublés. “Here’s the story of the kid in his shadow”.

Un rythme répétitif qui nous berce, un saxophone qui prend sa place en douceur, et les paroles toujours aussi poétiques délivrées par Jack Antonoff. Dans le clip, on retrouve la bande de Bleachers au cœur d’un petit salon où pénètre une douce lueur.

Hors de l’appartement, leur musique se propage, chez le voisin, dans la rue, jusqu’au petit commerce. Les curieux affluent, se mêlent, entament une danse, avant de tous se diriger vers le petit salon. Auparavant solitaires, les individus se rassemblent, ne sont plus si seuls, sont sortis de leur cocon pour trouver un peu de réconfort. « I just don’t wanna be lonely ».

chest. – Otto

Les parisiens de chest. reviennent en force ! Un nouveau single est disponible, il s’appelle Otto, et il est déjà incontournable ! chest. se démarque par un rock sombre, introspectif, qui ne laisse pas indifférent. On pourrait y voir un air de IDLES, Fontaines DC ou The Horrors, ils sont en réalité uniques en leur genre.

Otto attrape l’attention de l’auditeur dès les premières secondes, où les basses vibrantes et le rythme puissant saisissent immédiatement. Véritable hymne se dressant face aux injonctions faites au hommes, le titre vise et dénonce la masculinité toxique, bien trop ancrée dans nos sociétés. Un titre punk rock industriel qui secoue les codes et libère la parole. “When you act so proud, it’s coming down. When you want to be, the man, the man.”chest. prépare la sortie de son tout premier album, on attend bientôt des nouvelles de la part du groupe, alors allez les suivre pour ne rien louper !

José González – A Perfect Storm

Il y a trois semaines, José González dévoilait son nouvel album, Against The Dying Of The Light, treize chansons dont l’artiste dit espérer « qu’elles vieilliront mal, au sens où l’humanité trouvera un moyen de s’écarter de ses tendances les plus auto-destructrices ».

A Perfect Storm, dont le clip sort cette semaine, parle justement des risques que l’humanité fait peser sur elle-même, bien supérieurs aux risques naturels. C’est un concept qu’il développait dans son interview pour La Face B, citant le livre The Precipice, de Toby Ord. Avec une certaine urgence, il nous interpelle, et nous oblige à regarder les choses en face : « Hey now! It’s not random / When we’re the ones to cause the storm ». (Trad : « Ce n’est pas un hasard / Quand c’est nous qui créons l’orage ».)

L’artiste s’inquiète de la course effrénée et incontrôlée vers des nouvelles technologies, tout en s’intéressant à la capacité de certaines technologies à nourrir la créativité. C’est sur cette dualité qu’a été imaginé le clip d’A Perfect Storm, réalisé par Mads Damsbo. « Un produit de la créativité humaine, rendu possible par l’intelligence artificielle », peut-on lire à la fin de la vidéo. On ne vous en dit pas plus, par crainte de gâcher la surprise, mais on vous recommande fort d’aller découvrir ces images qui portent plus haut le message humaniste de José González.

Bedouine  Always on Time

5 ans après son dernier album Waysides en 2021, la singer-songwriter Bedouine revient avec Neon Summer Skin, son nouvel album attendu pour le 5 juin chez Thirty Tigers. Le disque raconte l’histoire de la famille et de l’enfance, le deuil de la fin de cette période et ce sentiment de sécurité que l’on n’arrive à nommer qu’une fois perdu. 

Deuxième extrait de ce nouvel album, Always on Time est une berceuse pour adultes portée par un piano déployant une mélodie valsante soutenue par des arrangements de cordes et synthétiseurs, sur lesquels la voix de Bedouine flotte avec élégance.  « Always on Time parle d’accepter le déroulement de sa propre trajectoire plutôt que de la comparer à celle que l’on pense être censé suivre. Notamment en ce qui concerne les grandes étapes de la vie, comme fonder une famille ou réussir dans sa carrière. C’était un rappel à moi-même que chacun a sa propre façon de faire les choses, et qu’il n’y a ni bonne ni mauvaise manière. » explique l’artiste.

Le clip, réalisé par Janell Shirtcliff, sert de métaphore visuelle à ce cheminement : on y voit Bedouine faire face à la perte de quelque chose de précieux et partir à sa recherche. Elle se laisse distraire en chemin, mais tente d’apprécier le voyage tout en portant l’inquiétude de ce qu’elle a perdu. 

Florent Marchet – Tant que tu respires

Florent Marchet est de retour cette semaine avec Tant que tu respires, 1er extrait de son prochain album Mobil home. Une magnifique chanson d’amour à fleur de peau, dans laquelle l’artiste l’envisage comme un refuge pour se mettre à l’abri du monde.

Tous les ingrédients qui font la signature de Florent Marchet sont là et permettent de réussir haut la main l’exercice périlleux de la chanson d’amour : l’écriture exigeante, la justesse des mots et des portraits, son phrasé si particulier, sa force d’interprétation.

Florent Marchet confie : « Des années que je cherchais à écrire cette chanson intime et sentimentale, à célébrer le lien amoureux comme rempart face à un monde anxiogène. Le grand amour comme abri solide. Mais tôt ou tard, le feu finira par s’éteindre, c’est inéluctable. »

Le clip réalisé par l’artiste tunisien Bachir Tayachi met en scène Florent Marchet campant un personnage ordinaire. Filmé en lumière naturelle, sans maquillage, Florent Marchet évolue dans différentes situations ou lieux, entre réel et surnaturel, créant une tension grandissante. L’amour, matérialisé par les mains qui l’enveloppent, est un rempart à la solitude dans un monde étrange et abîmé. 

Pierre de Maere – Je pense à vous

Dans le sillage d’une pop irrévérencieuse, Pierre de Maere revient avec Je pense à vous. Toujours en équilibre entre panache et fragilité, le chanteur belge partage un morceau aussi personnel qu’élégant.

Pierre de Maere, qui fait son grand retour après 3 ans d’absence, s’adresse à son public en martelant : « Je vais, je viens, ça monte, Et je pense à vous ». Il s’offre aussi, dans les textes, un clin d’œil à Françoise Hardy dont le regard se comparait aux garçons et les filles de son âge. Celui qui a collaboré avec Dua Lipa n’oublie pas d’où il vient.

Le clip de Je pense à vous réalisé par Edie Blanchard a été tourné non loin de là où il a grandi. Pierre de Maere confie qu’à l’époque on disait de lui qu’il était « bizarre » mais que c’était « normal, (car) c’est un artiste ». Le musicien aura l’occasion de chanter cette chanson d’amour à son public à l’Olympia en début de décembre prochain. 

blesse C’est normal

C’est normal est le quatrième et dernier extrait du nouvel album de blesse Transit, sorti le 16 avril 2026.

Toujours réalisé par CAO, le clip nous emmène cette fois-ci en dehors du hangar où se sont déroulés les trois derniers. Entre toits et stationnements, C’est normal nous déculpabilise des choix que l’on peut faire, des directions que l’on prend, ou des jugements que l’on porte sur soi-même.

C’est normal est également la dernière pièce de l’album et illustre bien ce que l’on a pu vivre les quatre ami·e·s dans la cocréation de cet album, une vulnérabilité collective où l’expérience de l’intime devient un espace partagé.

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