Les clips de la semaine #301 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, voici la seconde partie de notre 301ème sélection des clips de la semaine.

NERLOV – MERCI

Si le monde s’endurcit jour après jour, ce n’est pas le cas de la musique de NERLOV. Au fur et à mesure que son second album se dévoile, on réalise bien que l’angevin a décidé de fissuré petit à petit sa carapace de cynisme pour explorer une veine plus sensible, sincère et proche de lui.

Preuve en est avec MERCI, troisième extrait de NAIF, prévu pour septembre. Sur un tempo assez lent, entre rythmique de batterie répétitive et ligne de basse bien sentie, NERLOV délivre un texte à la pureté désarmante, le genre que l’on arrivera tous à sentir vibrer dans nos os et dans notre cœur. MERCI est une déclaration d’amour, de gratitude et de respect d’un fils envers ses parents.

Dans le morceau, pas si léger léger, NERLOV retrace le parcours des souvenirs évaporés, reprend le fil d’une existence où la tendresse et l’amour ont toujours été présent, des bouts de weekends évidents, des rires et des câlins avec des émotions et de la douceur qui se transmet d’une génération à une autre.

La vidéo réalisée par Josic Jégu & Morgan Richard prend le chemin d’une simplicité. Une sorte de plan séquence où tout se joue dans le regard de NERLOV.

On se retrouve ainsi, de manière presque impudique, spectateurs d’un moment intime où NERLOV semble enfin dire ce qu’il porte en lui depuis si longtemps et qui se retrouve dans son morceau. La vidéo devient ainsi rapidement assez bouleversante, sans forcer, sans esbroufe, en allant capter l’émotion au plus juste.

Et comme NERLOV, à la fin, c’est avec les larmes aux coins des yeux que notre visionnage se termine.

CABADZI – Poudrière

Observateurs d’un monde en complète déliquescence, CABADZI balance cette semaine Poudrière, un morceau aux allures de conte dystopique, à l’écriture racée qui prend le pouls d’une époque qui va de plus en plus mal.

Le monde est une poudrière, de quel côté te trouves-tu ? Du côté de ceux qui prennent plaisir à allumer la mèche ou de ceux qui feront tout pour l’éteindre ?

Avec ce titre, CABADZI interroge beaucoup et juge aussi. Entre ceux qui refusent de voir, ceux qui s’amusent du chaos et l’alimentent, ceux qui font leur jeux en jouant au jeu de la mesure et ceux qui voient tout mais dont les voix ne portent plus. Chacun dans sa bulle opaque, où les paroles reviennent comme des échos jusqu’à ce que tout explose.

Poudrière de CABADZI a cela d’inquiétant qu’elle sonne vraie mais qu’elle nous laisse aussi voir qu’il est sans doute déjà trop tard… ou peut-être pas ? CABADZI restent des vivants qui parlent aux vivants, qui créent des morceaux comme des petits aiguilles pour percer des petits trous dans nos bulles faussement protectrices. Parce que, comme dans Poudrière, quand les mots s’éteignent, il reste la musique pour secouer le monde.

La vidéo de Marian Landrieve suit le chemin du morceau. Poétique et éloquente, onirique et déviante, pensée comme différents tableaux remplis d’images, d’allusion et de réfléxion, elle donne autant à voir qu’à penser, elle alimente le dialogue créé par le morceau et nous pousse à réfléchir par nous même, à chercher des réponses au delà de la facilité et du discours prémâché.

Une chose est évidente : en 2026, un groupe comme CABADZI n’est pas seulement nécessaire, il est surtout vital.

Nectar Woode Naturally

Dans l’intimité d’une mixtape dédiée à la paix intérieure, Nectar tisse une toile d’émotions brutes et libératrices, où chaque piste est un pas vers l’acceptation de soi. Au cœur de cet univers, Naturally émerge comme la conclusion idéale, une « tendre étreinte » que l’auteure-compositrice qualifie elle-même d’essentielle pour embrasser ses sentiments et avancer. Elle y explore les erreurs qui nous définissent, la frustration qui nous ronge, un esprit agité en quête de calme, l’amour dans toute sa complexité et, surtout, l’amour de soi qui guérit. Un fil conducteur parfait pour clore ce voyage introspectif.

Le clip s’ancre dans cette douceur organique dès les premières images, comme un rituel qui se dévoile lentement. Des photos en développement sèchent sur une corde à linge, bercées par le murmure du vent et le goutte-à-goutte de l’eau qui perle encore sur elles, évoquant des souvenirs en train de prendre forme, fragiles et vivants. Soudain, un gros plan capture un escargot glissant avec patience sur sa trajectoire, symbole discret d’une progression naturelle, loin des précipitations du monde.

Puis, la lumière perce l’obscurité : dans une pièce aux tons ternes, deux fenêtres dressent un puits lumineux qui caresse l’artiste, l’enveloppant d’une clarté presque sacrée. Elle apparaît, radieuse, et se met à chanter, le corps habité par une joie contagieuse. Elle danse librement, sourit avec une malice complice, comme si chaque mouvement était une célébration de cette paix enfin conquise. Dans ce cocon visuel et sonore, Naturally ne raconte pas seulement une chanson : elle invite à se lover dans ses propres émotions, à avancer à son rythme, naturellement.

Freya Ridings Dancing In The Kitchen

Dancing In The Kitchen de Freya Ridings est un titre émouvant qui capture la force trouvée dans les moments intimes du quotidien, comme une danse solitaire en cuisine face à la douleur d’une rupture. L’artiste y évoque cette phase incontournable du chagrin d’amour où l’on résiste à l’envie d’appeler celui avec qui on ne partage plus sa vie. Freya nous propose un hymne à la résilience teasé via des démos sur TikTok et Facebook.

Dans le clip, cette intimité se transcende dans un décor saisissant : Freya apparaît dans une ancienne église ou cathédrale délabrée, enveloppée d’une robe noire fluide qui souligne sa grâce vulnérable. Ses doigts dansent sur un instrument à corde avec une intensité poignante, tandis que les ruines spectrales amplifient l’émotion brute, transformant la cuisine en métaphore d’un cœur en reconstruction, soit une invitation à renaître au milieu des décombres.

Disiz ft. Kid Cudi – Try Try Try 

On retrouve Disiz avec le clip de Try Try Try, en compagnie de Kid Cudi. Un featuring qui nous rappelle que Disiz est un artiste accompli.

Le clip, tourné à la Philharmonie de Paris, laisse transparaître à la fois une certaine simplicité à travers l’usage du noir et blanc, mais aussi un côté futuriste grâce à son architecture. 

À travers ce clip, il y a cette idée de trait d’union entre le passé et le futur. Notamment avec le poisson rouge que l’on aperçoit. Il fait directement écho à son premier album, Le Poisson rouge.

Ici, ce motif fait réapparaître le passé en l’inscrivant dans une esthétique plus moderne et introspective.

Les nappes électro appuient le côté futuriste du lieu. Cette version avec Kid Cudi laisse place à quelque chose de plus dansant et dynamique. Son passage apporte une vraie musicalité : son timbre de voix feutré se mêle parfaitement à cette production éthérée.

C’est une collaboration qui fait sens et apporte une nouvelle couleur au morceau, sans en dénaturer l’esprit. À écouter encore et encore.

Ebony – Kill Bill et Rêves d’enfant 

C’est bien Ebony qui ne nous offre pas un, mais deux clips en un avec Kill Bill et Rêves d’enfant : un court-métrage d’une qualité bouleversante et exceptionnelle.

Comme Ebony a pu nous le montrer à de multiples reprises, elle a un univers bien à elle, qu’elle assume pleinement et qu’elle transforme en quelque chose d’unique, sensible et puissant.

Avec Kill Bill, on retrouve une rage de vaincre. La production, épique, sert parfaitement le propos. On y retrouve Ebony, qu’on avait quittée avec le clip de Rage, et on comprend que Kill Bill en est la continuité. Toujours animée par cette volonté de vaincre, elle lutte et se défend face aux deux agents qui la traquent. Une fois ceux-ci mis à terre, la vidéo bascule sur Rêves d’enfant à travers une transition digne d’un long métrage.

Ce second titre prend la forme d’une lettre qu’elle s’adresse à elle-même : un message pour ne jamais abandonner ses rêves. Le contraste avec Kill Bill est d’autant plus fort, porté par la douceur de sa voix et des paroles encourageantes. On peut affirmer que cela en valait la peine, tant Ebony est une artiste talentueuse et accomplie.

On espère qu’elle obtiendra très bientôt la reconnaissance qu’elle mérite. Streamez fort !

Sean Solomon  Finish Line 

Si le moral est parti, ailleurs, à l’autre bout du miroir, en vacances ou bien loin dans les chaussettes, la musique de Sean Solomon tourne en boucle dans nos oreilles. Car oui, on a tendance à appuyer là où ça pique. C’est une vague de mélancolie qu’entraîne une mélodie pop-folk, et où la lumière jaillit parfois dans l’entrebâillement d’une fenêtre. Le musicien californien, ancien membre du groupe Moaning, autant guitariste que dessinateur, a l’habitude de nous raconter des histoires. Ce dimanche, les rideaux s’ouvrent sur Finish Line

« The world is not good enough » est au cœur du morceau. Cependant Sean Solomon transforme son regard, et déploie son imaginaire à travers une ville parallèle et colorée. On assiste à un scénario catastrophe, une chute de dominos qui touche tous les petits personnages de ce monde. On aperçoit même leur créateur au beau milieu de la route. On se laisse surprendre, et bercer par cette histoire. Le diable et l’ange quant à eux, semblent vivre le parfait amour ?

Pour tous les cœurs lourds, et car chaque fenêtre est une nouvelle intrigue et recèle sa pointe d’humour et de poésie, on vous recommande d’écouter et de visionner (absolument) les douces parenthèses musicales de Sean Solomon

Olivia Rodrigo – drop dead

Pour son come back, Olivia Rodrigo voit les choses en (très) grand : direction le château de Versailles pour un clip somptueux signé Petra Collins. Impossible de ne pas penser à Marie-Antoinette de Sofia Coppola avec ces images d’une aristocratie pop, décadente et libre. Olivia y erre comme une princesse insoumise, transformant les dorures en terrain de jeu avant de faire littéralement vibrer les murs à coups de guitares en fin de morceau. 

Sur le fond, Drop Dead capture ce moment précis où un crush bascule en obsession. La chanteuse y distille des hyperboles entre vie et mort pour magnifier l’intensité du sentiment, avec en filigrane un clin d’œil assumé à Just Like Heaven des Cure. Un clin d’œil à son duo sur scène avec Robert Smith qui avait fait beaucoup parler il y a quelques mois. Cette référence  nourrit une pop expansive, capable de bifurquer vers des textures indie plus abrasives avec un deuxième couplet évoquant par moments la fougue de Wolf Alice. Premier extrait de son troisième album you seem pretty sad for a girl so in love (meilleur titre d’album de 2026), attendu le 12 juin, drop dead pose les bases d’un disque qui promet de conjuguer grand spectacle et nerf à vif.

Pop Crimes – Seven Rounds

À quelques jours de la sortie de Bright Lights, le 24 avril, Pop Crimes enfile ses gants avec Seven Rounds, un titre punchy, plus fort que tout ce qu’ils ont déjà proposé jusqu’ici. Tout est tension, nerf et impact.

Réalisé par Gaspard Rolland, le clip nous plonge dans la salle de boxe du centre sportif Léon Mottot, au plus près d’un boxeur fougueux et totalement déterminé dans sa préparation. La métaphore se veut limpide, avec cette frénésie à la fois physique et émotionnelle qui traverse le morceau.

Sur le ring comme en studio, le groupe serre les dents, avec des riffs acérés qui font trembler les cordes, un rythme frontal et surtout une voix rageuse, celle de Romain Meaulard presque à la rupture. Avec Seven Rounds, Pop Crimes change de braquet avec ce morceau plus urgent et laisse entrevoir un groupe qui cherche désormais à percuter.

Hush Funhouse

Hush dévoile Funhouse, troisième et dernier extrait avant la sortie de Phasing, leur premier album attendu le 22 mai.

Entre guitares scintillantes, synthés planants et une batterie aux accents house et trip-hop, Funhouse se déploie comme une pièce de dream-pop riche et enveloppante. Enregistrée en grande partie en prise directe, elle conjugue précision et relâchement dans un effet tourbillonnant qui brouille les repères.

Ce dernier aperçu annonce un album qui évoque un jeu de miroirs : textures chatoyantes, rythmes mouvants et mélodies finement ciselées. Phasing évolue entre clarté et illusion, où chaque détour mène à un motif pop mémorable.

En tous cas, mieux vaut ne pas être ommétaphobe pour regarder ce clip.

Iliona Seule

Peut-être que le plus dur, après avoir ouvert son cœur en grand, c’est de trouver le courage de la refermer. Un an après la sortie de What if I break up with u?, cet album qui nous a servi de refuge et d’exutoire, Iliona nous a offert par surprise un épilogue: Seule.

Si l’album nous proposait mille manières d’envisager et d’explorer les ruptures, ce titre en est le point final, avec pour conclusion la solitude. Ce sentiment de vide qui survient quand on a fini de tout livrer, qu’il faut laisser derrière soi les traumas et les chagrins qui saturaient l’espace pour enfin passer à la suite.

Pour accompagner le morceau, Iliona repasse derrière la caméra, comme elle l’a fait pour l’album. Elle est seule dans une chambre d’hôtel, dans cette ambiance de fin de fête où les ballons traînent au sol. Son ordi, son synthé et sa guitare sont encore posés sur le lit, comme les derniers témoins d’une page qui se tourne enfin.

C’est l’occasion de saluer une dernière fois ce projet puissant et bouleversant, dans lequel on s’est reconnu avec une intensité rare. Un disque qui aura imposé Iliona comme une artiste totale, capable de transformer ses fêlures en un univers esthétique et sonore fascinant. Elle referme la marche et on reste avec l’écho de cet album qui lui, n’est pas près de nous quitter.

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