Bandit Bandit à fleur de nuit

Leur histoire d’amour est terminée mais leur aventure musicale, elle, continue. Près de trois ans après leur premier opus 11:11, Bandit Bandit nous revient avec un nouvel album au titre ultra poétique : Cavalcades « ce que la nuit ne dit pas ». Un album où la nuit se fait territoire, où les émotions se bousculent. Entre tensions rock et élans charnels, Bandit Bandit façonne son approche. Par cette chronique, osons explorer ce que les secrets préfèrent abandonner à la nuit.

L’album s’ouvre sur Rien attendre avec une guitare puissamment rock, à la limite du sauvage que l’on retrouve à mi-parcours comme révélatrice d’une tension intérieure. Maëva y sonne comme apaisée, elle oscille entre la lucidité et la résignation. Déployé comme une retenue, presque douloureuse, le morceau met en lumière une approche détachée pour mieux se protéger, sans basculer dans l’excès de l’indifférence.

Pas le temps est porté par une rythmique soutenue. La chanson capte une forme d’urgence. « Mon cœur n’a pas le temps d’rester fidèle » nous confie la chanteuse, la vitesse du morceau comme pour empêcher l’ancrage. Rester fidèle ne sonne pas comme une revendication, ni un appel, c’est une fatalité.

Les guitares tournent en boucle sur Pression artérielle, comme une séquence de rumination, une pensée obsessionnel. Pression artérielle se fait la métaphore d’un trop plein émotionnel où se bousculent le désir, la colère ou la frustration mais aussi l’angoisse, ce poids invisible mais bien ressenti. Sur le morceau s’alternent les moments calmes et les montées en puissance comme les battements d’un cœur : lents au repos, un souffle qui se coupe et une grande phase de relâchement. Comme souvent dans les textes de Maëva, la fragilité et la force s’entrechoquent.

Plus douce, plus aérienne dans sa mélodie, moins rock, Seulement cette fois, est une confession à demi-mot. Les arrangements sont plus fins, la voix respire. Le morceau se pare d’atours plus raffinés, une mélancolie pointe son nez mais aucun regret à l’horizon. Seulement cette fois capte la beauté fragile du souvenir.

Et comme inscrite dans la poursuite de cette esthétique plus légère, Opaline invite un piano aux notes claires dans l’aventure pour mieux envelopper la voix. A l’instar de la pierre du même nom, elle porte en elle une lumière douce, qui se reflète et varie. Opaline est une chanson hautement intime qui traite de l’avortement vécu par Maëva, où l’on appréciera le phrasé délicat du vers « Si c’est mon choix, à contre cœur mais pas contre toi » au timbre enivrant.

Joli voyage a un cachet rétro qui n’est pas pour nous déplaire, prend un virage dansant et nous embarque dans son refrain hyper accrocheur. Cheveux au vent, cabriolet décapotable, l’imaginaire s’emballe au-delà de la question du voyage qui n’est pas que celui vers une destination physique.

S’il y avait une question que l’on brûle de demander à Maëva c’est bien celle de savoir si Idole est adressée – ne serait-ce qu’un peu – à Hugo. Bien que séparés, il n’y a aucun doute sur le fait que les deux artistes aient su conserver leur admiration mutuelle. Idole questionne la fabrication de ceux que l’on admire secrètement ou ouvertement, qui nourrissent souvent inconsciemment des relations asymétriques tant ils viennent combler un vide. Sujet hautement délicat à l’ère de #MeToo. Maëva revient lucide et forte avec cette phrase qui claque : « Je dois séparer l’homme qui m’attriste ». Le morceau par à coup rugueux installe une montée de troubles avec ces boucles pour une fois de plus nourrir l’obsession. Se croisent accumulation et saturation pour malmener l’auditeur, pour en faire une victime d’une forme d’emprise à son tour.

Plus instable, J’aime nous ramène au son toxique des débuts. Le morceau joue avec les variations rythmiques, les décalages et respirations. Les guitares se font tranchantes, c’est chic et très rock.

Les inspirations de Bandit Bandit sont variées, denses et ça se ressent d’autant plus sur Message pour O. Le morceau est bougrement bien garni, puise dans une esthétique très 1960s et ce, pas uniquement due à la présence discrète du tambourin, les chœurs en écho quasi psyché à l’aspect bien graineux qui le ponctuent pour mieux le clore et une bonne guitare vrombissante.

Une conclusion qui commence avec une distorsion sexy, on ne peut pas résister. Après les explorations des zones d’ombre, douloureuses pour certaines, Pour toi synthétise la sincérité et la fragilité qui ont traversé l’album. Bandit Bandit reprend la parole à deux pour mieux se remémorés les souvenirs intimes partagés. L’ambiance est plus flottante, mélange parfait de sérénité et douceur retrouvées. Une adresse finale définitivement complice.

Entre confidences douloureuses et tensions qui peuplent les âmes humaines, Bandit Bandit signe avec Cavalcades : ce que la nuit ne dit pas un album apaisé, aux moments délicats, complexes et souvent profondément lucides. Son énergie rock se renouvelle avec des facettes plus pop. La nuit est un terrain de jeu où se croisent les tensions, les rêves et les souvenirs dans une espèce de parenthèse suspendue. Bandit Bandit a de beaux jours devant eux. Rendez-vous au Trianon le 5 novembre prochain !

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