La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie notre 304ème sélection des clips de la semaine.

Suzane et Sofiane Pamart – Virile
On retrouve Suzane sur son titre Virile en compagnie de l’exceptionnel pianiste Sofiane Pamart. Un duo riche en émotions, qui sublime à la perfection ce titre touchant et impactant de Suzane.
Virile est une chanson qui a su nous bouleverser par ses paroles. En tant que femmes, nous avons été considérées (et le sommes toujours) comme « masculines » lorsque nous aimions des choses que la société associe aux garçons. Une fille qui joue au foot, qui écarte « trop » les jambes dans les transports, qui ne sourit pas ou qui ne se laisse pas faire a toujours beaucoup fait parler. À travers Virile, Suzane met en lumière des comportements encore trop souvent jugés différemment selon qu’ils viennent d’un homme ou d’une femme, et il est temps que cela change !
À travers ce titre, beaucoup peuvent se reconnaître. Ce duo renforce davantage l’émotion portée par le morceau. Sofiane Pamart accompagne la voix de Suzane avec délicatesse et puissance, suivant parfaitement l’émotion et les propos du titre.
Le clip, sobre et sans fioritures, laisse toute la place à la puissance du texte ainsi qu’à la beauté de l’accompagnement musical.
On espère qu’il y aura d’autres titres réunissant ce duo. Suzane a ce don de transmettre des émotions à travers ses textes et sa voix sincère, et Sofiane Pamart celui de les sublimer au piano.
Harry Styles – Dance No More
Harry Styles continue tranquillement de construire sa carrière solo loin de l’image “One-D » de ses débuts. L’anglais s’amuse avec les esthétiques rétro, la pop 70’s, parfois même le disco. Avec Dance No More, extrait de son dernier album Kiss All The Time. Disco, Occasionally., il pousse encore un peu plus vers ce virage dansant. Le morceau respire la sueur des dancefloors, avec une ligne de basse disco et ce côté faussement léger.
Le clip, lui, assume totalement cette énergie. Il plonge Harry Styles dans une ambiance de gymnase très années 80, entouré d’une immense troupe de danseurs et danseuses. Shorts rouges, chorégraphies sensuelles, regards caméra et micro léché : le chanteur joue à fond la carte du lâcher prise. Plus le morceau avance, plus la vidéo bascule dans quelque chose de presque euphorique. Même quand ça frôle parfois l’excès, difficile de ne pas se laisser embarquer par l’énergie du morceau.
Darzack – The light is not far if you want it to be
Deux mois se sont écoulés depuis le premier « épisode » Contact Lost, qui nous faisait rencontrer le nouveau protagoniste Elios Solen en expédition spatiale déclinées en aventures clipées. Les beaux jours arrivant, le breton Darzack dégaine la carte de l’optimisme.
Alors que Contact Lost nous immergeait dans une ambiance inquiétante où Elios Solen sombrait dans une forme de folie, The light is not far if you want it to be se distingue par un retour à l’apaisement, plus intime et beaucoup plus contemplatif. Miroir des thèmes de la résilience et de la quête, Darzack insuffle une production plus douce, plus lumineuse avec quelques moments déstructurés faisant écho aux moments durs de l’aventure. Darzack nourrit les contrastes avec des percussions discrètes pour ponctuer la flottaison, sonoriser une progression intérieure qui s’oppose nettement avec l’urgence de Contact Lost. L’apparente douceur et légèreté générale devient un vecteur de lumière qui traverse le brouillard. Le morceau s’attarde musicalement sur la rencontre entre la vulnérabilité et la détermination.
Dans le clip, cela se traduit par une noirceur progressive qui se fait absorber par la lumière. The light is not far if you want it to be de toute évidence s’inscrit dans le prolongement narratif de Contact Lost mais pas seulement, il renforce la cohérence musique/graphisme afin de créer une expérience immersive globale. Les couleurs froides et chaudes alternées traduisent les émotions oscillant entre doute et espoir, comme les fluctuations de l’intensité sonore. La lumière n’est pas qu’une quête métaphorique. Darzack vous le dit : la lumière est atteignable même en s’aventurant dans l’inconnu !
Zimmer & Local Suicide – The Night
La nuit, la nuit. Source inépuisable d’inspiration. Cette fois-ci, on se tourne du côté de Berlin pour un featuring franco-allemand de grande qualité – ne pensez pas que l’on vous épargne la mention de la Deutsche Qualität -. Entre béton fraîchement humide et éclairages urbains se sont rencontrés le parisien Zimmer et le duo berlinois Local Suicide pour signer The Night.
Minimaliste dans son introduction, The Night s’épaissit à mesure que s’ajoutent de nouveaux éléments rythmiques. Délicatesse mélodique et rugosité mécanique s’entremêlent pour créer un équilibre saisissant qui prend sa source sonore dans l’EBM. Les nappes s’installent sur la durée pour mieux se transformer tout au long du morceau.
Façades brutes, lumières timides où les couleurs sont étouffées, béton rincé par la pluie, les silhouettes circulent dans Berlin désertée. Parfois un visage est capturé dans un angle curieux, mouvant. L’illustration de l’errance nocturne joue sur une variation de vitesse. Berlin devient un terrain de jeu froid où il n’est pas judicieux de se laisser aspirer. Ne pensez pas au clubbing mais à une pure traversée dans un espace-temps.
Bedouine – On My Own
Troisième et dernier single avant la sortie de Neon Summer Skin, le nouveau titre de Bedouine, On My Own, est une ballade contemplative qui trouve son origine dans un moment de rupture intime : Bedouine l’a écrit après être rentrée d’un séjour chez ses parents en Arabie Saoudite, qui était probablement l’un de ses derniers dans ce lieu de son enfance. « J‘ai été submergée par la nostalgie : le bruit de la maison, les disputes constantes entre mes frères, mais surtout ce sentiment d’appartenir à quelque chose. Je me suis sentie très seule, et j’ai réfléchi à l’espace qui s’ouvre entre la famille dont on est issus et celle qu’on pourrait un jour créer. »
Portée par des accords de piano classiques et sobres, la voix de Bedouine vient contrebalancer la grandeur de l’arrangement par une touche de tristesse et de fragilité toute particulière. Le clip, co-réalisé par Pat Shahabian et Azniv Korkejian (Bedouine) elle-même, s’attarde sur l’immobilité, et la possible monotonie, d’un foyer occupé seul, sans interruptions pour remplir les pièces. Une image forte et juste, qui traduit avec pudeur ce que les mots de la chanson n’osent pas tout à fait dire.
The Womack Sisters – Chauffeur
La scène soul est décidément extrêmement prolifique, pour le plus grand plaisir des amateurs que nous sommes. L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre cette semaine : The Womack Sisters ont annoncé la sortie de leur premier album chez Daptone records prévu pour le 14 août, assortie du single et du clip Chauffeur.
Womack, ce nom vous dit forcément quelque chose. Et oui, BG, Kucha et Zeimani sont bien les héritières de cette incroyable dynastie de musiciens. Filles de Womack & Womack, petites filles de Sam Cooke et nièces de Bobby Womack, rien que ça ! Si elles portent un nom prestigieux, la vie et l’industrie musicale ne leur ont pourtant pas fait de cadeaux, et c’est précisément ce que le trio raconte dans Chauffeur. Une vie de galère et de petits boulots pour essayer de joindre les deux bouts. En l’occurrence, elles reviennent sur leurs jobs de chauffeur Uber.
« Chauffeur parle du rythme effréné de la vie, de la lutte quotidienne pour survivre et de l’espoir d’un avenir meilleur », explique Zeimani. « C’est une chanson pour les plus démunis, un encouragement à persévérer. La vie peut être difficile et semée d’embûches, mais avec la foi, on y arrive. »
Un titre fort sur le terrain des mots et de la musique, construit dans la plus pure tradition soul avec la rythmique, les cuivres, les cordes et l’intensité des voix, tantôt en lead tantôt rassemblées dans des harmonies parfaites. Les oreilles les plus averties repèreront peut-être le bruit des klaxons sur les « Drive ! ».
Le clip lui, réalisé par Shauna Presto, met en scène les Womack Sisters dans une alternance de plans où, ensemble elles se placent en narratrices de leur histoire, puis seules, chacune au volant de leur voiture, nous font revivre des bribes de courses. On est marqué par le glamour et l’élégance des Womack Sisters, dans un clip aux allures de revanche sur la vie. Vivement la suite !
Florence Road – Hanging out to Dry
Avec Hanging Out To Dry, Florence Road confirme qu’il faudra désormais compter sur elles parmi les groupes les plus excitants de cette nouvelle génération rock. Le quatuor irlandais signe un morceau aussi nerveux qu’accrocheur, entre grunge des années 2000, urgence indie rock et sensibilité alt-pop ultra moderne. Une collision frontale entre Nirvana et The Cranberries, portée par une manière de chanter la fragilité avec une intensité explosive.
Dès les premières secondes, Hanging Out To Dry frappe fort : guitare lead qui guide la mélodie, batterie qui cogne sans relâche, tension permanente… puis arrive ce refrain immense, où les harmonies et la rythmique transforment le morceau en véritable bombe émotionnelle. Florence Road réussit surtout à remettre au goût du jour le rock alternatif des années 2000 sans tomber dans la nostalgie ou le pastiche. Tout paraît vivant, frais et profondément 2026, porté par la voix puissante de Lily Aron, capable de passer de la vulnérabilité au hurlement avec une facilité bluffante.
Hanging out to Dry parle de cette contradiction permanente entre désir de détachement et peur de tomber amoureux. “Trust me, I’m not falling / don’t trust me, I might fall in” devient le cœur émotionnel du titre, traduisant parfaitement cette incapacité à savoir où l’on se situe dans une relation. Florence Road capture ce flottement sentimental où l’on tente désespérément d’être assez pour quelqu’un sans jamais savoir si l’autre nous regarde encore. Même le titre, “Hanging out to dry”, évoque cet état suspendu entre attente, rejet et obsession.
Le clip, réalisé par Kate Poling-Cummings, illustre cette agitation intérieure. Tourné entièrement à New York City le jour même du premier concert new-yorkais du groupe au Baby’s All Right, le clip suit Florence Road dans les rues, le métro et sur les toits d’immeubles de Manhattan. Les scènes sur rooftop donnent au morceau une dimension presque cinématographique des films d’action du début des années 2000. Avec sa caméra nerveuse, ses lumières froides et son esthétique grunge volontairement brute, le clip rappelle l’esthétique des grandes années MTV a la sauce 2026.
Après une année 2025 explosive et des tournées avec The Last Dinner Party, Olivia Rodrigo ou Wolf Alice, Florence Road semble prête à franchir un nouveau cap. Hanging Out To Dry remet le rock au centre avec spontanéité, émotion et une énergie brute terriblement contagieuse. À ne surtout pas manquer cet été lors de leur passage à Rock en Seine.
Yard Act – Redeemer
Avec Redeemer, Yard Act dévoile un premier aperçu aussi sombre qu’intrigant de You’re Gonna Need A Little Music, leur troisième album attendu le 17 juillet. Le quatuor de Leeds pousse encore plus loin son post-punk tendu et théâtral avec un morceau dense, rempli de textures, de contrastes et d’une tension qui ne cesse de monter. À l’image du clip, Redeemer avance dans un clair-obscur permanent, entre rouge profond, bleu marine et visions presque prophétiques.
Dès les premières secondes, Redeemer installe une atmosphère pesante. La batterie martèle, la guitare crie et gronde en arrière-plan et James Smith impose sa voix habitée, quelque part entre spoken word nerveux et sermon sous pression. Puis il y a ce refrain, ultra catchy, où le groupe scande “Redeemer!” comme un slogan de fin du monde, un cri qui résonnera forcément très fort en live.
Musicalement, Yard Act semble franchir un nouveau cap des plus audacieux. Enregistré pour la première fois tous ensemble dans la même pièce, l’album promet une approche plus organique et explosive. Produit entre Leeds et Los Angeles avec Justin Meldal-Johnsen — connu pour son travail avec Nine Inch Nails, Beck ou St. Vincent — You’re Gonna Need A Little Music semble marquer un tournant pour le groupe, plus libre et ambitieux que jamais. Une évolution que James Smith résume ainsi : « C’était une sensation de liberté. Exactement tout ce que j’avais toujours imaginé en faisant partie d’un groupe. »
Redeemer est un pamphlet sur l’état du monde. James Smith dit « Je pense que l’album parle de réalités multiples et de la manière dont l’individualisme nous a poussés, dans le monde moderne, à nous demander s’il existe encore une réalité commune, parce qu’aujourd’hui chacun finit par croire uniquement ce qu’il veut croire », explique-t-il. “You stole the sun / now your orbit is the bullshit of the damage done” devient alors une attaque frontale contre les faux prophètes, les figures de pouvoir et le chaos contemporain. Derrière son ironie mordante, Redeemer dégage surtout de la colère et de l’épuisement face à un monde devenu absurde.
Le clip accompagne parfaitement cette colère. Entre symboles religieux, lumières rouges inquiétantes, silhouettes fantomatiques et ce corbeau qui traverse le clip comme une figure d’oracle, ce qui donne a Redeemer une dimension presque apocalyptique. James Smith y apparaît comme un prédicateur moderne, charismatique et élégant mais possédé par ses propres pensées, tandis que le ton monte crescendo jusqu’à un final où la colère des instruments et de la voix atteint un point de rupture. Après The Overload et Where’s My Utopia?, Yard Act continue de brouiller les pistes et refuse de tourner en rond. Redeemer intrigue autant qu’il impressionne, laissant entrevoir un album plus sombre, plus ambitieux mais qui s’annonce majeur et audacieux. Cet automne, le chaos de Yard Act promet de résonner particulièrement fort le 1er octobre à La Cigale puis le 18 octobre à La Cabane.
Tori Kelly – Dive
Tori Kelly a écrit Dive à sept mois de grossesse, un morceau euphorique et anxieux où elle capture ce saut dans l’inconnu de la nouvelle phase de vie : « on ne sera jamais parfait, mais il faut plonger et faire de son mieux », confie-t-elle pour ce titre produit par Jason Gill. Le clip, sentimental à souhait, met en scène son mari basketteur André Murillo comme love interest, aux côtés de leur fils Zayden Michael Murillo, un tableau familial authentique qui rend ce retour à la musique d’autant plus touchant et universel.