La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, on a le plaisir de vous présenter notre seconde partie de la sélection 304 des clips de la semaine.

Lucie Antunes (Ft. Louisahhh) — I don’t need
Lucie Antunes continue de faire monter la pression avant la sortie de son nouveau projet, Silence.
Et de pression, il en est fortement question avec son nouveau titre I don’t need, qu’elle partage avec Louisahhh. Puissant, le nouveau morceau de Lucie Antunes nous entraine dans une danse, ou plutôt une transe, à la brutalité rentrée. Portée par les percussions, instruments de prédilection de l’artiste, le morceau joue sur cette violence qui ne se présente jamais et joue avec la voix de Louisahhh qui se transforme en une sorte de prêtresse, nous lançant un sortilège en forme d’écho alors que sa voix brise le silence et que son souffle disparaît au fur et à mesure.
Visuellement, Giorgio Cassano continue de développer l’univers qu’il avait ouvert avec la vidéo de Silence. Un monde de béton aux angles tranchants, une architecture oppressante qui se joue désormais dans la nuit et Lucie Antunes derrière sa batterie et la présente physique et toute en intensité de Lucia Garcia Pulles dans une chorégraphie réalisée par Mathilde Monnier.
Cette nouvelle aventure démesurée qui mélange les arts prendra toute son ampleur sur scène avec une release party prévue le 10 juin prochain au Grand Palais avant que le projet ne soit présenté cet été au festival d’Avignon.
La Sécurité – Deny
Les singles tombent et nous rapprochent de l’arrivée du nouvel album de La Sécurité.
Le combo québécois est de retour cette semaine avec Deny, un titre à l’efficacité dingue et contagieuse comme ils savent si bien les produire.
Batterie métronome, ligne de basse absolument folle, guitares agressives et accrocheuses et le chant d’Éliane, faussement distant et ironique mais toujours aussi juste.
Derrière son efficacité musicale, Deny porte bien son nom. Le morceau parle du moment où le déni n’est plus possible et où l’on réalise que l’on est en plein dans des relations dysfonctionnelles et violentes. Une prise de conscience et une révolte qui vibre complètement dans la fin du morceau.
La vidéo de Béatrice Cuierrier-Legault s’amuse à alterner les tableaux et les histoires, nous entrainant dans des moments et des esthétiques différentes selon le membre du groupe qui est mis en avant.
Des références de la fin des années 90 et du début des années 2000 se mélangent, nous entrainant comme toujours dans les clips de La Sécurité dans un univers foisonnant, visuellement puissant et souvent très drôle.
La Sécurité débarque en France la semaine prochaine avec notamment un passage au Grand Mix de Tourcoing le 19 mai prochain.
Jonathan Bree – Savour My Love (feat. Rachel Clarke)
Fin août, Jonathan Bree dévoilera son nouvel album, Don’t Call it Love chez Lil’ Chief Records. Pour porter ce projet, le musicien néo-zélandais à ouvert les vannes de la collaboration, allant chercher des artistes féminines issues de toutes les formes d’art (photographes, musiciennes, réalisatrices, chorégraphes …) pour créer un album concept hypnotique et sensuel.
Après Live To Dance, Jonathan Bree revient cette semaine en compagnie de Rachel Clarke pour nous dévoiler Savour My Love. On retrouve la patte du musicien pour des ambiances sombres, presque minimalistes, qui pourraient être la bande son d’un film noir sur lequel Rachel Clarke vient poser sa voix pour nous parler d’amour, de désir et tromperie, comme si un vampire dévorait l’amour qu’on lui porte pour s’en nourrir sans rien donner en retour.
La vidéo de James Milne prolonge ce sentiment d’étrangeté aux accents lynchéen. On retrouve ainsi Rachel Clarke dans un théâtre qui ressemble à une émission télévisuelle des années 70. Le grain de la vidéo donne cette sensation d’une captation retrouvée par hasard et ramener d’un autre temps.
On la regarde et on réalise au fur et à mesure qu’elle semble être la seul figure vivante de cette histoire, entourée par des mannequins habillés comme Jonathan Bree, dans un décor aux accents bleutés alors que la caméra semble vouloir la transformer en icône.
On a hâte de découvrir la suite de l’album et de voir où nous emmène Jonathan Bree pour ce sixième album.
Kelela – linknb
Il n’y a pas une seconde de recul avant de plonger corps et âme dans la vague musicale de Kelela. Toujours cette sensation hypnotique d’une première fois, cette douceur étrange qui saisit et captive.
linknb ouvre un vertige, une dérive presque rêveuse dans une atmosphère new-yorkaise baignée de néons et de brume. Ici, aucune direction n’est imposée, aucun chemin tracé d’avance : il suffit de suivre celui qui nous appelle en silence. Depuis idea 1, l’attente n’a cessé de grandir ; désormais, c’est une impatience fiévreuse qui accompagne l’approche du futur LP new avatar.
C’est un morceau qui se traverse. Comme tous ses autres titres, il enveloppe l’esprit sans jamais l’alourdir, capturant chaque frisson intellectuel sans chercher à l’expliquer. L’émotion possède parfois une vérité plus profonde que la réflexion elle-même, et qu’il existe une beauté précieuse dans l’abandon.
The Rions – How To Breathe feat. Matt Corby
Le clip de How To Breathe brille par sa sobriété et son élégance. Entièrement réalisé en noir et blanc, il mise sur une esthétique épurée et intimiste qui colle parfaitement à la douceur nostalgique du morceau. Ce choix visuel intemporel, associé à des jeux de lumière très simples, capture à merveille l’émotion brute et la complicité des artistes. C’est un accompagnement d’une grande poésie, sans artifice inutile, qui laisse toute la place à la beauté de la musique.
Gauvain Sers – Silence Radio
Gauvain Sers vient de dévoiler son nouvel album, Boulevard de l’enfance. Le musicien à la casquette bien vissée sur la tête continue de parler de la vie, du monde et de ce qui fait battre son cœur… et le brise parfois aussi.
La preuve avec Silence Radio. Ici, Gauvain Sers nous parle d’une peine d’amour amicale, du temps qui passe sans l’autre à nos côtés. Silence Radio donc et tout autour de nous qui nous rappelle l’autre et son vide assourdissant de plus en plus dur à vivre. Le musicien continue d’écrire avec une simplicité qui nous touche le cœur parce que ce qu’il raconte, on l’a tous vécu à un moment ou un autre.
Avec Emma Cortijo, il met cette histoire en images. Entre plans pirates sur les toits des immeubles et plans nocturnes dans les rues de Paris, on suit Gauvin Sers qui traine son spleen et sa solitude dans les rues qu’il partageait autrefois avec son pote. Brut, direct et évident, la vidéo colle parfaitement à l’ambiance du morceau, entre naturalisme et sentiments doux-amers.
Les premières dates de la tournée de Gauvain Sers affichent déjà complètes mais pas d’inquiétudes, le musicien vient d’annoncer une toute nouvelle salve de concerts pour présenter Boulevard de l’enfance au plus grand nombre.
Ofé – Je sais que tu m’aimes
À l’image d’une Lou errant dans Le Cimetière des autobus, on rêve parfois de cet espace à part, où on pourrait laisser vivre nos émotions, alors libres. Ofé entre en jeu et s’empare de cette liberté sur Je sais que tu m’aimes. Pépite de la scène indie rock française, si vous ne la connaissez pas encore, c’est le moment de nous suivre. Au prochain rond-point, prenez la 3ème sortie.
La 3ème sortie direction la casse. Pardon ? Si les mots sont bien choisis et la prod entraînante, Ofé soigne l’image. Chaque nouveau projet nous en montre un peu plus. Avec Je sais que tu m’aimes, nous voilà plongés au cœur d’une course solitaire nourrie de sentiments paradoxaux. À la lueur d’une fin de journée, cette artiste arpente ce lieu et déambule dans les allées comme au milieu d’un catwalk. Rêve ou cauchemar, un ciné-parc sans dessus dessous, on se laisse emporter par les images de cette scène un peu surréaliste. Quelque chose s’étire dans le temps et l’énergie monte, jusqu’à la fin de la route peut-être, jusqu’à la fin d’une illusion.
Car Ofé parvient à chanter nos maux dans un tourbillon lumineux, à capter le présent avec envie et sincérité, on a hâte de découvrir la suite. Et quelque part on se dit que ce n’est que le début.
Nawel Ben Kraïem – Stenitek
Éternelle litanie que celle de l’attente. L’auteure-compositrice-interprète et actrice franco-tunisienne Nawel Ben Kraïem l’explore sous toutes les coutures avec son morceau Stenitek, à traduire par « j’attends » en arabe. L’artiste y chante ses fragilités et l’acceptation de ses failles dans un chant où s’entremêlent français et arabe. Des paroles sous-titrées, portées par un discours slamé, dans ce visualizer réalisé par Ablaye Souare. Un clip sobre en noir et blanc, où l’on aperçoit la chanteuse arborant de longs cheveux blonds. Le morceau Stenitek figure parmi les titres de Troubles, le dernier album de Nawel Ben Kraïem, dont la release party se tiendra le 22 mai prochain à La Bellevilloise.
Almost Rose – Fever
Avec Fever, tout bascule à 40° : le corps s’emballe, la parole se trouble, et l’on se heurte à soi-même dans une fièvre qui ressemble autant à une crise qu’à une prise de conscience. Porté par ses voix provocantes et son énergie entre disco moderne et pop, le titre transforme ce trop-plein intérieur en ring imaginaire, où s’affrontent ego, remords et combativité.
Présenté ici sous forme de visualizer, le morceau ouvre aussi la porte à un court métrage plus ambitieux, dont on devine déjà les premières images. Entre influence French Touch et tension du quotidien, Fever donne envie de plonger dans cet univers incandescent avant même la sortie de l’EP Act Normal cet automne.