La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie notre 306ème sélection des clips de la semaine.

Maquina – Dança feat. Dame Area
Les lisboètes de Maquina distillent les singles pour promouvoir leur nouvel album Body Transmission prévu pour le 10 juillet prochain. Après le double single agonyet pressure/pleasure, le trio tient fermement le corps et son endurance au cœur du projet. Dans une esthétique brute, Maquina nous entraine dans sa folie industrielle à la croisée de la techno indus et d’un semblant de noise.
dança nous fait entrer dans une espèce de transe techno, la guitare vient trancher pour donner une atmosphère électrique bien tendue néanmoins vivante. Dança sonne autant comme une injonction que l’art, une montée progressive dans l’intensité sonore, une chorégraphie répétée en boucle, comme un exercice cardio. Notre petit corps tiendra-t-il la cadence ?
La voix minimale de Dame Area sonne au loin comme une incantation tribale qui nous enjoint de participer à ce rite sacré d’un genre plus mécanique. L’univers graphique du clip est plus complexe dans son approche qui laisse une grande place à l’imaginaire du mouvement. Toutefois on y cerne quelques scènes folkloriques dansées d’une époque sans doute révolue en noir et blanc dans une esthétique très sale, graineuse, le montage y est volontairement saccadé, le rituel des corps et des sons. Aucune ligne narrative, juste la danse et les sensations intenses.
Maquina est actuellement sur les routes européennes, c’est d’ailleurs à l’occasion du Foul Weather au Havre que nous les rencontrerons.
Sofiane Pamart ft. FKJ – Cinema
Avec Cinema, Sofiane Pamart poursuit la mise en images de son dernier album à travers un clip aussi sobre qu’hypnotique. Pour cette collaboration, il retrouve FKJ dans une mise en scène minimaliste où les deux artistes se font face, chacun derrière son piano. Tout repose sur les silences et les notes qui se répondent.
Derrière eux, les images défilent comme des fragments de souvenirs ou des instants suspendus. La réalisation accompagne parfaitement la délicatesse du morceau, et nous donne l’impression d’assister à une conversation intime entre deux sensibilités musicales.
Le clip joue justement sur cette idée du temps qui passe et des émotions qui évoluent. Chaque accord semble accompagner le mouvement de la vie, entre contemplation et mélancolie. Avec Cinema, Sofiane Pamart et FKJ livrent une parenthèse élégante et apaisante, où la simplicité devient une véritable force visuelle et émotionnelle.
Charles Dollé – Maïa
Un véritable petit court-métrage, c’est ce que nous offre Charles Dollé pour Maïa, avec Martin Schrepel à la réalisation.
Un morceau pop de 7 minutes, à l’orchestration majestueuse, dans lequel Charles Dollé imagine une danseuse devenue cygne qui s’envole lors de son dernier spectacle. Charles Dollé convoque trois références majeures : la ballerine russe Maïa Plissetskaïa dont il s’est inspiré, le ballet du Lac des Cygnes de Tchaïkovski, mais aussi l’œuvre poétique du Château dans le ciel de Miyazaki.
Côté clip, on est attrapé dès les premières secondes. L’énergie de la rythmique, calée sur les enjambées d’un personnage qui court à perdre haleine, tenant une valise à la main, installe d’emblée une tension. Il traverse le film de part en part, témoin mystérieux du destin d’une danseuse dont les rubans de ses chaussons n’ont pas de fin.
Maïa est le 2e extrait de premier album de Charles Dollé, Panthère à la fenêtre, attendu le 25 septembre chez Tricatel.
Suzanne Belaubre – Ne plus parler
Dans la foulée de la sortie de son nouvel album Feu de bois, Suzanne Belaubre nous offre un nouveau clip pour accompagner le titre Ne plus parler.
A l’heure où la parole est partout, tout le temps, Suzanne Belaubre prend le contre-pied et choisit dans ce morceau de parler du silence et de ses vertus. « Le silence n’est pas un interdit, c’est une route | Qui passe au milieu du bruit sans en être l’ennemi ». Le silence, c’est (s’)apaiser, prendre le temps de réfléchir pour redonner du sens. Le silence chez Suzanne Belaubre, c’est aussi préférer la sincérité aux certitudes toutes faites.
Côté clip, on retrouve Suzanne Belaubre aux manettes avec Maxime Morin, même duo que sur les précédents Cosmonaute, A mon rythme et Si je suis un arbre. Même esthétique léchée, épurée, proche de la nature. Même procédé métaphorique aussi où cette fois, la cabane dans les arbres représente la conscience.
En plongeant dans un bain rempli de mots, Suzanne essaye d’abord d’en saisir leur sens, avant de renoncer dans un cri étouffé par l’eau. Les mots, les notes et les pensées tourbillonnent. Les chœurs vibrent et s’élèvent, incantatoires. Puis, le rythme ralentit, l’horizon s’éclaircit et le calme revient. Suzanne Belaubre suit le chemin devant elle, tracé par les mots qui la mènent tout droit au havre de paix qu’est la forêt.
Suzanne Belaubre est en tournée dans toute la France, notamment le 27 mai aux Trois Baudets à Paris pour sa release party.
Arlo Parks ft Sampha – Senses
Vous n’entendrez sûrement rien de plus doux aujourd’hui ! Les deux voix de velours d’Arlo Parks et Sampha ont décidé de se lier le temps d’un morceau, Senses, accompagné d’un visuel des plus introspectifs.
Un titre qui nous apprend l’indulgence et la patience envers nous-même. Treat myself with this impatience / I would never give a friend. Une collaboration évidente et immensément réussie. Le clip se déroule dans un décor froid, en sous-sol, comme pour rappeler ces mécanismes auto-destructeurs que l’on s’inflige au plus profond de nous même. Une atmosphère minimaliste, entre ombre et lumière. Une chaise, des platines, et les deux artistes se donnant la parole et joignant leurs voix sur les refrains. Senses nous pousse à l’introspection, à la remise au question, mais tout en douceur et bienveillance.
Getdown Service – I Can’t Die Like That
Le groupe le plus en vogue de la scène post-punk de Manchester revient pour nous annoncer un nouvel album. Il sortira le 14 août prochain chez Breakfast Records sous le nom de Massive Champion. Pour nous donner l’eau à la bouche, le duo nous dévoile un premier extrait avec I Can’t Die Like That. Le clip est à l’image du groupe à ses débuts avec un ton subversif et décalé lors de leur aventure américaine. On y voit ainsi leur souvenir de tournée qui est aussi barje et dénudé que leur show. Les images jouent sur des suites d’idées et clichés d’animés qui nous font entrer davantage dans leur monde. Le son est plus porté sur garage rock à l’américaine avec une montée en puissance de la batterie et du riff. Il s’agit d’un classique du savoir-faire de Josh Law et Ben Sadler qui explore davantage leurs émotions et leurs âmes immatures. Et on finit par y prendre goût à cette insouciance fortement marquée par la nostalgie.
Marie Poulain – Si l’IA
Single extrait du premier album de Marie Poulain, attendu le 26 juin, « Si l’I.A. » est une initiative qui interroge, une tentative de dialogue avec l’absence, une chanson suspendue entre mémoire, technologie et émotion brute. Elle ne cherche pas à reproduire artificiellement Barbara de manière spectaculaire ou opportuniste. Le projet repose justement sur cette frontière fragile entre hommage et illusion. Barbara disait elle-même que « la voix était la chose la plus intime que nous possédions. » La sienne ne se limitait pas à une signature sonore reconnaissable : elle portait ses silences, ses blessures, sa respiration, sa façon unique d’habiter les mots. C’est précisément cette intimité que le morceau interroge avec beaucoup de délicatesse.
La chanson, dont le titre joue habilement avec les mots « S’il y a… », trouve son origine dans une réflexion intime. Après avoir lu un article évoquant la possibilité de recréer des proches disparus grâce à l’IA, Marie Poulain pense immédiatement à sa grand-mère, avec qui elle aimerait pouvoir échanger à nouveau. La chanson prend alors naturellement la forme d’un duo imaginaire entre elle et une voix disparue. Lorsque la voix recréée de Barbara arrive, il y a ce frisson, ce trouble immédiat. « Me voilà, enfin presque… » chante cette voix au phrasé si reconnaissable. Un résultat profondément déstabilisant, qui brouille les frontières entre souvenir et illusion, réalité et fiction.
Son clip, réalisé par Marie Poulain et Julien Peyrache, en épouse parfaitement les contours fantomatiques. Les cadres sont épurés, laissant toute la place aux corps et aux voix, dans ce dialogue fictif mais sincère entre deux présences qui semblent se chercher et se répondre à travers le temps. Dans une esthétique presque monochrome, Marie Poulain apparaît vêtue d’une robe blanche fluide et scintillante, tandis que la voix de Barbara remplit l’espace comme une ombre familière, sa silhouette semblant flotter entre rêve et souvenir. Tout repose sur cette hésitation permanente entre apparition et disparition.
Cette ambiguïté est d’ailleurs au cœur même du projet. Bernard Serf, neveu de Barbara et représentant de ses ayants droit, a lui-même reconnu avoir longuement hésité avant d’accepter cette aventure artistique — tant tout semble avoir été pensé avec retenue et respect.
Avec « Si l’I.A. », Marie Poulain signe une chanson aussi audacieuse que sensible, qui pose de vraies questions sur la mémoire, la transmission et l’usage de l’IA, ainsi que la place et l’avenir de l’humain dans la création.
Condore – If only
Leticia Collet aka Condore vient de dévoiler son nouvel EP Sorry for the mute crumbs. Pour accompagner la sortie, l’artiste belge nous offre cette semaine le clip de If only.
If Only capture cet instant suspendu où l’on réalise que la douleur d’une déchirure émotionnelle s’est lentement dissipée, sans haine ni colère. Reste le poids des regrets et la perspective, quoi qu’incertaine, d’un apaisement.
Porté par des arpèges lancinants, la mélodie délicate de son piano et des textures électroniques vaporeuses, If only constitue une ballade introspective douce-amère, où se mêlent des émotions et sentiments contrastés. Sa voix, à la fois fragile et aérienne, exprime une profonde mélancolie.
Le clip, réalisé par Condore elle-même, reprend cette idée de contraste. Construit sur une alternance de gros plans sur des lieux ou objets, il mêle ombre et lumière, blanc et noir. Condore s’est attachée également à travailler sur la différence des textures. Un clip extrêmement graphique et poétique pour mettre des images sur la complexité et l’ambivalence des sentiments.
Saint Levant — SABAH EL WARD
On retrouve Saint Levant avec un titre rempli d’amour : Sabah El Ward, qui signifie littéralement « matin des roses ». Cette expression arabe, douce et poétique, est une manière chaleureuse de dire bonjour. Dès les premières secondes, la chanson installe une atmosphère intime et nostalgique.
À travers ce morceau, Saint Levant rend hommage aux sonorités orientales et palestiniennes. L’instrumentation joue un rôle essentiel dans cette émotion. En effet, les violons, les percussions orientales, la flûte ainsi que le saxophone créent une ambiance à la fois romantique et profondément nostalgique. La rythmique très présente dans les musiques du Proche-Orient, donne au morceau une identité chaleureuse et familière.
Le clip accompagne parfaitement cette douceur. Construit autour de deux récits parallèles, il suit les parcours des deux personnages jusqu’à leurs retrouvailles. Les images baignées de scènes du quotidien transmettent un sentiment de proximité.
Sabah El Ward ne raconte pas seulement une histoire d’amour. Derrière cette romance se cache aussi une profonde nostalgie liée à la Palestine. Il est difficile d’écouter cette chanson sans penser aux Palestiniens et à la souffrance qu’ils doivent ressentir à l’idée de ne plus pouvoir retourner sur leur propre terre. Saint Levant transforme des scènes du quotidien en symboles d’identité et de mémoire collective.
Sa voix transmet une émotion sincère qui touche immédiatement en plein cœur. Même sans comprendre l’arabe, on peut ressentir toute la chaleur, la poésie et la nostalgie présentes dans le morceau. Saint Levant à cette capacité à mêler modernité, romantisme et héritage culturel dans sa musique.
À travers Sabah El Ward, il montre aussi comment la nostalgie peut devenir une forme de résistance culturelle. En mettant en avant la langue arabe, les sonorités orientales et les images du quotidien palestinien, il contribue à la préservation d’une culture qu’il ne faut absolument jamais mettre de côté, ni oublier.
Martin Garrix & Ed Sheeran – Repeat It
Avec Repeat It, Martin Garrix et Ed Sheeran dévoilent enfin le clip d’un morceau enregistré il y a plusieurs années, mais sorti seulement récemment. Une attente qui donne justement tout son sens à la vidéo, pensée comme un regard porté sur le temps qui passe et le chemin parcouru depuis la création du titre.
Le clip alterne entre plusieurs images symboliques de leurs carrières : les deux artistes apparaissent sur scène ensemble, au sommet d’un immeuble, mais aussi entourés d’objets qui racontent leur parcours. Affiches de concerts, bracelets de tournée, médiators ou encore récompenses viennent s’accumuler à l’écran comme des souvenirs laissés derrière eux au fil des années.
La réalisation donne alors l’impression de feuilleter une mémoire commune. Chaque détail rappelle tout ce qui s’est enchaîné depuis l’enregistrement du morceau, entre succès, tournées et moments marquants. Pourtant, malgré le temps écoulé, le message reste intact. Avec Repeat It, Martin Garrix et Ed Sheeran montrent que certaines connexions artistiques ne perdent jamais leur sincérité.