Les clips de la semaine #306 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la deuxième partie notre 306ème sélection des clips de la semaine.

ARTICLE15 – MONGUNA YA MOTO

Par petite touches, comme un peintre qui laisserait sa toile se découvrir au fur et à mesure, l’univers d’ARTICLE15 continue de se dévoiler.

Le duo continue de créer des ponts dans la musique, entre les continues et entre les humains. Un univers intriguant, dansant, poétique et politique qui s’autorise tout et nous invite à réfléchir autant qu’à danser.

Dans MONGUNA YA MOTO, on retrouve les obsessions de GriGri pour une musique faite de recherche mélodiques, de petites touches surréalistes et d’un beat techno qui ne faiblit jamais tandis que la production se fait de plus en plus pop, permettant à MONGUNA YA MOTO de transformer ces bizarreries en force et de laisser à Wilfried la possibilité de développer son chant et ses idées.

Avec MONGUNA YA MOTO et son chant habité, il nous raconte l’histoire du monde, les déviances d’une humanité qui est sa propre perte. Le texte nous amène à nous interroger sur l’humanité mais aussi sur ceux qui la dirigent et par extension sur nous mêmes. Sommes nous aveuglés ou ne voulons pas nous voir ? Car au final, nous participons tous à la destruction qui se déroule sous nos yeux.

La vidéo joue d’ailleurs de cette idée, nous entrainant dans un monde à la réalité déteriorié, comme si tout était un jeu et que l’on plaçait des filtres sur le monde pour ne pas en voir sa laideur.

Entre images léchées à l’esthétique proche du jeux-vidéos par moment et un monde qui se délite, le clip de MONGUNA YA MOTO interroge autant que le morceau qu’il porte.

Ainsi ARTICLE15 continue de tracer sa voie, devenant single après single un élément fascinant et unique d’une scène française qui a plus que jamais besoin de ce genre de projets.

Les Vulves assassines – Louise Mitchell

De Louise Michel à Louise Mitchell, il n’y a qu’un pas que les Vulves Assassines font avec bonheur pour nous livrer un single parfait et un clip magnifique.

Figurine de la Commune, elle se transforme ici en héroïne pop, mais toujours aussi punk, dans un morceau entrainant, nouvelle figure contestataire et moderne dans un morceau au rythme qui ne faiblit jamais, porté par une rythmique de guitare et des synthés qui s’envolent.

Les Vulves Assassines continuent d’être ludique pour être mieux politique, de jouer avec la provocation pour mieux nous faire réfléchir et nous rappeler que la révolte ne prend jamais fin et qu’il est nécessaire de se trouver des exemples dans un monde qui en manque cruellement.

Elles sont en ça bien aidées par Pierre Adrien qui nous livre un clip animé, sublime et collant parfaitement aux morceaux.

Hyper coloré et rempli de références pop (de Akira à Tintin en passant par Rick & Morty), la vidéo passe du western à la science fiction, du périph aux bars de Paris, de la piscine à la cantine.

La vidéo suit ainsi la trame du morceau pour nous livrer une grosse fête en technicolor dans laquelle on n’oublie jamais de botter le cul aux fascistes, anciens ou récents.

Une vidéo qui tombe à point nommé pour célébrer le prochain meeting des Vulves Assassines la semaine prochaine à La Cigale. Un grand rassemblement qui affiche complet, la fête promet donc d’être belle.

Gurriers – Nobody’s Coming To Save You

Deux ans après leur excellent premier album, Come and See, Gurriers estde retour et annonce l’arrivée d’un second album intitulé Nobody’s Coming To Save You pour le mois de septembre prochain.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Irlandais nous reviennent en grande forme avec un titre explosif et intense, s’amusant une nouvelle fois à jouer avec les sonorités dissonantes pour mieux nous charmer et nous entrainer dans leur univers mêlant puissance et mélodie.

Car contrairement à ce que son titre laisse entendre, Nobody’s Coming To Save You n’est pas un morceau désespéré mais bien l’opposé, nous intimant l’ordre de prendre les choses en mains, de passer à l’action et de ne pas laisser l’espoir nous échapper si on le voit passer.

La vidéo réalisée par Thomas James pour le morceau nous entraine dans un monde post-apocalyptique qui sent la mort et le sang. On suit un personnage naviguant dans une maison, un appareil photo à la main.

Le héros semble prendre en photos des rencontres, des lieux et toute l’étrangeté de l’époque dans laquelle il vit, le tout étant entrecoupé d’instant où l’on retrouve Gurriers dans les mêmes lieux, jouant leur morceau.

Le tout donne un rendu hyper cinématographique, parfois oppressant, basculant même dans l’horreur pur à certains endroits. Une vidéo parfaite pour mettre en avant ce nouvelle uppercut délivré par Gurriers.

On a donc hâte de découvrir ce nouvel album et surtout de les retrouver en live, les irlandais ayant annoncé une tournée française en décembre qui passera notamment par Lille, Bordeaux et Paris.

Panic Shack – grin & bear it

On reste de l’autre côté de La Manche mais cette fois-ci direction le Pays de Galles pour être secoué par grin & bear it, le nouveau titre de Panic Shack.

Mois d’un an après leur premier album, et alors qu’elles s’apprêtent à se lancer dans leur première tournée nord américaine, Panic Shack nous offre un petit bonbon explosif avec ce nouveau morceau bien énervé.

grin & bear it existe depuis un moment dans le répertoire des galloises mais c’est leur rencontre avec Ross Orton qui aura permis au morceau de trouver sa forme définitive. Celle-ci prend la forme d’une intensité qui ne descend jamais, d’un déluge de guitares qui explose dans nos oreilles et du chant de Sarah Harvey porté par une morgue et une fureur à peine rentrée qui nous fait beaucoup de bien.

grin & bear it est un grand moment de défoulement auquel on prend un vrai plaisir à participer.

La vidéo réalisée par Panic Shack joue d’ailleurs de ce grand plein d’énergie qui ne demande qu’à sortir. Avec son côté DIY, et beaucoup d’humour, le clip met en avant l’énergie collective des musiciennes et leur fougue explosive.

On se laisse emporter dans la danse et, après une petite bière entre copines, on n’oublie pas de bien se brosser les dents.

Dean Lewis – Escape

Avec Escape, Dean Lewis parle de ce moment où tout devient trop lourd et où l’on ressent presque physiquement le besoin de partir loin, de couper avec son quotidien, ses repères, et même avec une partie de soi-même. Ce n’est pas seulement une chanson sur le fait de fuir un endroit, mais sur l’envie de respirer à nouveau, de retrouver un peu de paix quand on a l’impression d’être coincé dans sa propre vie. Le clip renforce très bien cette idée : au départ, on est face à une plage qui pourrait sembler paradisiaque, mais le décor est vide, gris, presque brumeux, comme si la beauté du lieu avait été vidée de sa chaleur. En le voyant marcher seul le long du rivage, parfois tourné vers l’océan, on sent que cette promenade ressemble moins à une escapade qu’à une forme de solitude intérieure, presque méditative. Ce qui rend l’ensemble touchant, c’est justement ce contraste entre l’espace ouvert et le sentiment d’enfermement, entre le paysage immense et l’impression qu’on reste malgré tout prisonnier de ses émotions.

SYML – The Morning After a Death

Avec The Morning After a Death, SYML livre une pièce instrumentale suspendue, construite autour d’un piano minimaliste et d’une émotion contenue. Mais c’est surtout son clip qui donne toute sa dimension au morceau : filmé dans les rues de Paris, on y voit Brian Fennell errer seul entre avenues, cafés et stations de métro, dans une esthétique volontairement vieillie, comme capturée avec un vieux caméscope VHS. Cette texture granuleuse donne au clip un aspect de souvenir retrouvé, presque fantomatique, parfaitement raccord avec la mélancolie du morceau. À mi-parcours, la vidéo semble littéralement se rembobiner sur elle-même, comme une cassette qu’on revient regarder encore une fois pour tenter de retenir quelque chose qui disparaît déjà. Fidèle à l’univers sensible et cinématographique de SYML, The Morning After a Death transforme ainsi une simple déambulation parisienne en méditation douce sur la mémoire, le manque et le temps qui échappe.

Voyou ft. Tuerie – Hula Hoop

C’est une certitude, cette semaine vous n’allez pas rester sur votre faim. Conservé au frais, on vous a réservé un met délicat couleur cerise, de quoi exalter vos sens. Entrainé dans une boucle douce, entre le jazz, le rap et la pop, le Hula Hoop revient sur le devant de la scène. Ce morceau est signé Voyou, en featuring avec Tuerie. Ces deux artistes mêlent leurs talents et leurs nombreuses influences musicales pour nous proposer un projet de qualité, autant musicalement que visuellement. 

Le clip a été réalisé par Jade De Brito, et c’est une belle surprise. On se laisse emporter dans un univers bien défini. Si Voyou est un artiste multi-instrumentiste, ici tout y est. Le tableau s’ouvre sur le musicien avec sa clarinette, puis on le retrouve plus tard avec une trompette, au clavier, au saxo, à la basse ou encore au tuba. Le split screen apporte cette double lecture, entremêlée d’archives extraits d’un cours de hula hoop. Voire triple ! On souligne la sublime chorégraphie de Stencia Yambogaza. La proposition est hyper intéressante, le cerceau ne tombe pas. Une certaine douceur enveloppe le tout, et nous sert dans ses bras. La prose de Tuerie fait monter la pression, jusqu’à arrondir le virage. Il nous conte la vie d’artiste, sur un flow moderne et poétique. 

Une mélodie riche tout en souplesse, « smooth », voilà ce que nous évoque Hula Hoop. Cerise sur le gâteau, ce titre annonce également le nouvel album de Voyou qui sortira en juin, Chroniques terrestres (Vol.2), 5 ans après le volume 1. On a hâte de vous en dire plus. En attendant on se remet au cerceau, pour être fin prêt pour cet été ! 

Olivia Rodrigo – the cure

C’est une nouvelle confirmation que cet album sera l’un des plus attendus de l’année. Avec une identité sonore qui ne cesse de rassembler un public toujours plus large, Olivia Rodrigo confirme une fois encore l’étendue de son talent.

Ce nouvel extrait est précisément celui que l’on espérait. Le premier single, drop dead, bien que percutant et enthousiasmant, pouvait laisser un léger sentiment d’inachevé et nourrir encore davantage l’impatience, tant on connaît les capacités de la musicienne. Puis the cure vient apaiser cette frustration. Sa mélodie, travaillée avec une précision remarquable, nous ramène à ce qui fait la force des compositions les plus marquantes de l’artiste.

Tant sur le plan visuel que sonore, cette création fonctionne pleinement. Il est même impressionnant de constater à quel point Olivia Rodrigo parvient, avec une apparente simplicité, à construire quelque chose de fort, sincère et jamais redondant.

Widowspeak – Soft Cover

Rester fidèle à ses sentiments autant que nous le sommes à leur travail est une source de satisfaction assez prenante.

Voici un nouvel extrait, sans doute le dernier avant la sortie de Roses, le prochain album de Widowspeak, attendu le 5 juin. Jusqu’ici, chacune de leurs compositions nous a conquis, et Soft Cover ne fait évidemment pas exception.

Dans sa douceur feutrée, portée par des mots qui effleurent un attachement simple et pourtant profondément ancré, le morceau trouve naturellement sa place parmi les plus belles promesses de ce disque à venir. De quoi faire durer encore un peu l’attente, avant de se laisser entièrement gagner par ce disque au complet.

Westside Cowboy – Kick Stones (The Boys)

On le sait, le rock anglais a cette faculté fascinante de nous délivrer des nouveaux héros, des nouveaux groupes parfois sortis de nulle part et qui en un morceau ou en EP bouleversent complètement nos vies.

Au petit jeu de la prochaine sensation, on mettrait bien une pièce sur Westside Cowboy, groupe mancunien qui en l’espace de deux EPs a inventé son propre genre musical : la Brittanica.

Alors que leur premier album est attendu pour fin août, ces cowboys fringants délivre ce qui est sans doute la plus belle pépite de la semaine, avec Kick Stones (The Boys). Un flegme tout britannique porté par une énergie qui sent bon les grands territoires, un morceau qui trace sa route et nous laisse pantois. Ici tout semble facile alors que tout est merveilleux et parfaitement dosé. Le genre de morceau qu’on a plus envie de lâcher une fois que l’on y a posé les oreilles.

Vous imaginez que l’on ne peut pas faire mieux ? Attendez donc de jeter un oeil à la vidéo qui accompagne le morceau et qui nous entraine à la découverte du FC United, club créé par d’anciens supporters de Manchester United après que celui-ci aie cédé aux sirènes du grand capital. Un club où les places sont abordables, les idées à gauches et les causes humanitaires jamais très loin.

On plonge donc dans cette communauté qui réchauffe le cœur en ces temps troublés pour l’Angleterre (et pour le monde).

Faire de la bonne musique et mettre en avant ses opinions de manière classe et évidente ? Mission accomplie pour Westisde Cowboy !

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