La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie notre 309ème sélection des clips de la semaine.

Lola Sauvageot – Les flammes
C’est émouvant d’écrire sur un clip qui prend pour décor sa ville natale qui plus est sur un morceau shoegazeux bien mélancolique. Les lumières – souvent – grises de la ville, les horizons infinis dessinés par la Manche, les grues du port, les galets grisâtres qui croisent le bitume, tout y transpire la mélancolie. C’est donc dans ce cadre bien à propos qu’a choisi de tourner son clip la normande native Lola Sauvageot pour son single Les flammes.
Lola Sauvageot et sa guitare seront les seules protagonistes. La chanteuse fait le récit de l’affirmation de soi dans l’espace de la vie à deux. Rester soi sans renoncer au lien qui nous unit à l’autre. La sobriété est au centre de ce clip pour mieux laisser une place de choix à l’émotion pure. Le morceau est construit dans une forme de progression, à la manière d’une petite dose de braise qui grandit doucement jusqu’à devenir un véritable embrasement pour mieux s’apaiser.
Freya Ridings – Mother Of Pearl
Avec Mother Of Pearl, Freya Ridings livre une ballade intense, portée par une émotion à fleur de peau. Dès les premières secondes du clip, un gros plan sur ses mains au piano impose le ton, avant qu’un plan d’ensemble ne révèle une mise en scène sombre, dominée par le noir de la tenue, du piano et de l’atmosphère générale.
Tout au long de la vidéo, la chanteuse reste à son instrument et laisse parler sa présence, sans artifice ni détour. Le choix d’une image épurée renforce encore la force du morceau, qui avance comme une montée émotionnelle continue, entre fragilité, tension et intensité.
Pour ce morceau titre, Freya Ridings dit l’avoir écrit dans un état très intime, seule au piano, autour d’une « secret story » qui lui tient particulièrement à cœur. Elle évoque aussi « l’amour et la vie qu’ils auraient pu vivre ensemble », ce qui laisse entrevoir une chanson centrée sur une relation forte, probablement marquée par une perte ou une séparation, mais traitée avec tendresse plutôt qu’avec amertume.
Bandit Bandit – Seulement cette fois
La question de l’emprise revient souvent chez Bandit Bandit. Dans Seulement cette fois, c’est être l’emprise d’une histoire qui fait naître une envie de s’en extraire. Le clip que réalise Kamir Meridja mise sur les corps et les reflets du duo dans un espace clôt comme pour se faire métaphore de la tête et des souvenirs qui défilent et se percutent, l’esthétique y est brute.
Tension et vulnérabilité ne font que s’entrecroiser dans ce clip exclusivement centré sur Maéva et Hugo qui avec leurs reflets révèlent des doubles – et plus encore selon les miroirs – que l’on imagine comme plus maléfiques. Chaque reflet renverrait à une version différente de nos chers Bandit Bandit.
N’est-ce pas là le fruit de l’emprise ? Ne plus vraiment savoir qui on est, quelle part de nous nous appartient, laquelle laisse-t-on ? Ces différents personnages sont autant de transpositions des mécanismes de l’attachement malsain : nostalgie, culpabilité, regret, fantasme… Maéva et Hugo incarnent les forces contradictoires d’un seul et même individu. Bandit Bandit s’offre une tentative de regarder en face les choses qu’ils ont laissé derrière eux pour mieux aller de l’avant.
The Last Internationale – People Let’s Stop The War
The Last Internationale est de retour avec un nouveau single au message aussi limpide que nécessaire : « People, Let’s Stop The War ». Protégé de Tom Morello, le duo américain n’a jamais caché ses convictions et continue de faire du rock un véritable vecteur d’engagement. Dès les premières secondes, on retrouve ce qui fait leur identité : la guitare rugueuse d’Edgey Pires, la voix habitée de Delila Paz et une tension qui ne quitte jamais vraiment ce morceau. Très vite, le titre prend de l’ampleur et retrouve cette énergie qui fait la force du groupe sur scène.
Les paroles ne laissent aucune place au doute. Delila Paz interpelle directement son public et questionne l’absurdité des conflits qui continuent de coûter des vies au profit de quelques-uns. Le refrain, répété comme un slogan, résonne comme un appel collectif : « People, let’s stop the war ». Derrière sa simplicité apparente, il porte toute la force du morceau. The Last Internationale rappelle ici que la musique peut encore être un outil de contestation et de rassemblement, dans la plus pure tradition du rock.
Le clip reste fidèle à cette démarche. Sans artifices inutiles, il met simplement en scène le duo dans un décor brut et authentique : un avion, une guitare, un micro et cette énergie sincère qui caractérise chacune de leurs prestations. Tout est centré sur le message et sur l’interprétation. La vidéo s’achève d’ailleurs sur une citation de Daniel Berrigan, célèbre militant pacifiste américain, rappelant avec ironie que ceux qui s’opposent à la guerre sont souvent traités comme des criminels par ceux qui la provoquent. Un message fort, à quelques jours seulement du passage du groupe au Bataclan en ouverture de Tom Morello.
Marguerite – Bellevie
Avec Bellevie, Marguerite livre un single lumineux qui capte l’essence des petits riens du quotidien. Portée par une énergie immédiate et entraînante, la chanson célèbre une joie simple, presque instinctive, née de l’attention portée à ce qui nous entoure.
Le clip, à son image, adopte une approche brute et sans artifice. On y suit l’artiste déambuler dans les rues de Paris, écouteurs filaires aux oreilles, se filmant elle-même à l’aide d’une caméra à 360 degrés, dans une esthétique volontairement spontanée. Gros plans assumés, angles parfois déformés : Marguerite choisit l’authenticité plutôt que la mise en scène, créant une proximité directe avec le spectateur.
Un moment clé, qui s’impose comme un refrain avec son entêtant « bellevie, bellevie, bellevie », marque une rupture douce dans cette errance urbaine. Installée au restaurant, Marguerite partage un instant suspendu, presque banal, qui vient souligner le propos du morceau : ce sont ces fragments de vie, simples et sincères, qui donnent tout son relief au quotidien.
Entre balade introspective et célébration du présent, Bellevie s’inscrit comme un titre à la fois intime et universel, où la légèreté devient une forme de regard sur le monde.
Ghinzu – WOWA
L’emblématique groupe de rock belge Ghinzu s’est muré dans le silence pendant 17 ans. Après tout ce temps, ce quatuor charismatique retrouve sa plume et ses instruments sur un tout nouvel album (chroniqué ici !), W.O.W.A. Cette semaine, ils ont illustré en image le titre éponyme de l’album, When Other Worlds Await.
Le titre de deux minutes trente nous plonge dans une transe contemplative électronique presque inquiétante. Un rythme saccadé, sec, qui ne laisse aucun répit, surplombé de notes au clavier puissantes. Une boucle de lyrics nous enveloppe dès les premiers instants, délicate et discrète au début, puis explose dans la seconde moitié du morceau. : « Go through the day, you were called an outsider. When your eyes and your guts were burning like a fir. When your heart was a gift where your mind was a tige. To explore everything in the name of desire. »
Pour le clip, une ambiance cinématographique, froide, presque horrifique. De la colorimétrie aux scènes en zones bétonnées désertiques, Ghinzu plante le décor d’un titre et d’un album abrasif, au rock brut. Un seul conseil : foncez découvrir l’album en entier, qui s’imposera sûrement comme l’un des plus marquants de l’année.
GONE – Believe
Vendredi, GONE a dévoilé Believe, premier extrait de son album Meteor attendu pour l’hiver 2026. Le morceau s’appuie sur une production immersive, qui gagne progressivement en intensité au fil des minutes.
Le clip traduit cette même sensation à l’écran. Installé sur le toit d’un immeuble, l’artiste évolue devant une série de piliers dont les lumières colorées s’animent au rythme de la musique. Cette mise en scène épurée met en valeur la force du morceau et son atmosphère cinématographique. Avec Believe, GONE livre un morceau à la fois puissant et sensible, qui donne un premier aperçu prometteur de l’univers de son futur album.
Olivia Rodrigo – Stupid Song
À l’occasion de la sortie de son troisième album, you seem pretty sad for a girl so in love, Olivia Rodrigo dévoile un troisième clip avec Stupid Song. Sans surprise, ce nouveau disque raconte une histoire d’amour faite d’élans, de doutes et de désillusions, probablement nourrie par sa relation passée avec Louis Partridge. Sur ce morceau, la chanteuse américaine explore la perte de repères provoquée par le coup de foudre, ce moment où les sentiments prennent le dessus sur toute forme de rationalité. Le clip épouse parfaitement cette idée en oscillant entre la grâce et l’absurde, entre l’émerveillement et la confusion.
Olivia Rodrigo y apparaît comme une jeune adulte en pleine dérive émotionnelle, entourée de danseuses de ballet et errant dans les rues de New York aux abords de Central Park. La ville semble encore assoupie après une longue nuit de fête tandis qu’elle cherche sa place dans une relation qui ne lui procure jamais totalement le sentiment d’être aimée. Entre espoir et incertitude, ses pensées vagabondent jusqu’au petit matin.
Musicalement, Stupid Song s’impose comme l’un des plus beaux moments du disque. Plus proche de l’indie pop que de la pop grand public qui domine parfois l’album, le titre repose sur une montée en puissance aussi délicate que cinématographique, dans la lignée de vampire. Une nouvelle preuve du talent de la Californienne pour transformer ses tourments sentimentaux en hymnes générationnels. De quoi donner envie de découvrir les prochains clips d’un album qui ne manque déjà pas de tubes.
Florent Marchet – Irréel
Florent Marchet continue à lever le voile progressivement sur son prochain album Mobil Home, en présentant cette semaine un nouvel extrait : Irréel.
Dans ce morceau, Florent Marchet aborde ce moment où tout bascule au cours d’un simple appel téléphonique. Un déchainement de violence, des mots qui claquent, qui frappent et qui blessent, plus encore lorsqu’ils touchent à l’intime, jusqu’à nous mettre KO.
Le clip réalisé par Biscuit Production explore cette sidération qui laisse des traces bien réelles, bien qu’invisibles. Il démarre par un gros plan sur un téléphone, celui que Florent Marchet a probablement connu dans son enfance. Pour donner corps à ces blessures intérieures, le clip le met en scène ligoté, dans des situations toutes aussi improbables qu’absurdes. Entre humour noir, surréalisme et malaise grandissant, les frontières se brouillent. Florent Marchet apparaît comme prisonnier d’un cauchemar burlesque où la violence psychologique finit par prendre une forme tangible.
Interpol – See Out Loud
Les maîtres des ombres sont de retour. Interpol dévoile See Out Loud, premier extrait de leur huitième album, This Mirror Weighs a Ton, attendu le 28 août. Et dès les premières secondes, le constat est sans appel : la signature sonore du groupe new-yorkais n’a pas pris une ride. La voix grave et éraillée de Paul Banks continue de planer au-dessus de guitares tranchantes, nerveuses mais toujours mélodiques. Avec son énergie contenue et sa tension permanente, See Out Loud semble renouer avec la fougue des premiers disques du groupe.
Le clip accompagne parfaitement cette ambiance. Une succession d’images tremblantes, évoque un cinéma expérimental aux accents post-industriels d’une ville moderne. Rien n’est vraiment explicite, tout est affaire de sensation, comme souvent chez Interpol. Autre surprise : le retour au chant de Daniel Kessler, une rareté qui rappelle immédiatement l’époque de PDA. Au point de se demander si See Out Loud n’était pas resté caché quelque part entre les bandes de Turn on the Bright Lights et Antics. Une impression trompeuse sans doute, mais qui en dit long sur la capacité du groupe à retrouver l’intensité de ses débuts sans sombrer dans la nostalgie.
Charles Dollé – Promesses
De l’amour, rien que de l’amour, c’est la déclaration de Charles Dollé cette semaine avec Promesses. Une ritournelle pop au goût de miel, sans jamais verser dans le mièvre.
Charles Dollé explore l’incertitude du futur faisant du couple un refuge face au brouillard de l’existence. L’amour en constitue les fondations, solides, évidentes. Entre images poétiques et aveux sincères, il célèbre une relation qui se construit sans certitudes mais avec conviction.
Le clip réalisé par Martin Schrepel, en format vertical, est pensé comme une boucle. Il met en scène Charles Dollé et sa compagne, alors enceinte de 8 mois. Ils tournent sur eux-mêmes, infiniment, amoureusement, intensément. L’avenir s’annonce radieux.
Promesses est le troisième extrait de son album Panthère à la fenêtre, prévu le 25 septembre.
Zeyne – A’ti (feat. Marina Satti)
La chanteuse grecque Marina Satti et l’artiste palestino-jordanienne Zeyne s’associent pour un morceau hypnotique intitulé A’ti. Chanté en arabe et grec, il évoque l’impuissance devant le laisser aller des choses et le fait de naviguer entre les contradictions : partir ou rester, retenir ses émotions ou les laisser d’exprimer.
L’eau s’affirme comme un élément important, central, du morceau. La Méditerranée relie les deux artistes. C’est pourtant à l’opposé, comme pour renforcer le jeu des contraires, comme le réalisateur Ben Cole met en scène Zeyne et Marina Satti. A travers le clip de A’ti on voit les deux chanteuses se rencontrer dans un décor désertique et minimaliste.