La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous fait découvrir la première partie notre 310ème sélection des clips de la semaine.

Lulu Gainsbourg – 1, 2, 3, Soleil (feat Polocorp)
Lulu Gainsbourg est de retour avec un single qui tombe à pic pour accompagner les beaux jours. Pour l’occasion, l’artiste s’est associé à Polocorp, moitié du duo Polo & Pan, dont on retrouve immédiatement la patte musicale. Cette rencontre entre les deux univers donne naissance à un morceau léger, élégant et terriblement addictif, qui sent bon les vacances et les fins de journée au bord de l’eau.
Avec ses claviers lumineux, ses rythmiques dansantes et ses paroles qui invitent estivales, « 1, 2, 3, Soleil » a tout du morceau que l’on glisse dans sa playlist de l’été. Lulu Gainsbourg s’aventure ici sur un terrain plus solaire que d’habitude, porté par une production raffinée qui lui va à merveille. Le résultat est frais, entraînant et donne immédiatement envie de prendre le large.
Le clip prolonge parfaitement cette parenthèse estivale. On y retrouve Lulu Gainsbourg au bord de la mer, le sourire aux lèvres, dans un univers coloré. Pieuvres musiciennes, crabes mélomanes, cigales et créatures marines peuplent cette aventure aquatique aux allures de conte ensoleillé. Difficile de ne pas se laisser embarquer par cette ambiance légère et joyeuse. À peine terminé, une question nous traverse déjà l’esprit : et si Lulu Gainsbourg venait tout simplement de signer le parfait titre de l’été ?
Romain Provence – C’est possible
Avec C’est possible, Romain Provence signe une chanson qui fait de l’espoir un choix, pas une naïveté. Porté par la production et les arrangements de Théo Laurent Vitale, le morceau parle de cette envie de se rapprocher des autres, de prendre le risque le plus beau qui soit, celui de laisser une place à l’autre. On sent aussi toute la force de cette collaboration ancienne et fidèle, nourrie par le temps, la maturité et une vraie oreille partagée.
Le clip, réalisé par Juliano Dufour, accompagne cette idée avec une image simple et lumineuse : Romain apparaît au bord de la plage, sur un ponton, les pieds dans l’eau, sur un rocher, à faire des ricochets, comme presque seul au monde. Pourtant, loin d’isoler, ces plans respirent la gaieté et l’apaisement, et donnent au morceau une douceur très concrète. Entre paysages ouverts, instants suspendus et énergie positive, C’est possible donne envie d’y croire, vraiment.
Dynamite Shakers – Hot Stumps
Avec Hot Stumps, Dynamite Shakers déterre un petit trésor oublié du punk rock américain pour lui offrir une seconde jeunesse aussi explosive qu’irrésistible. À l’origine, ce morceau est signé par The Controllers, groupe culte de Los Angeles apparu à la fin des années 70. Plus de quarante ans après sa sortie, cette chanson aussi absurde que provocatrice trouve un nouvel élan entre les mains du quatuor vendéen, qui la transforme en une décharge de rock’n’roll jubilatoire où se croisent garage rock, énergie punk et mélodies accrocheuses.
Depuis sa création il y a six ans, Dynamite Shakers interprète régulièrement Hot Stumps sur scène. « Nous avons découvert les Controllers au hasard d’une playlist Spotify après une répétition. Nous avons flashé sur ce morceau qui s’appelle Hot Stumps et date des années 80 », raconte Elouan Davy. Derrière son humour noir assumé, la chanson concentre tout ce qui fait le charme du punk des origines : provocation, irrévérence et efficacité immédiate. Le récit met en scène un homme follement amoureux d’une femme amputée après un accident, dans un mélange de romantisme absurde et de mauvais goût parfaitement revendiqué. Une farce punk délicieusement loufoque, résumée par ce refrain aussi accrocheur qu’improbable : « She’s got hot stumps / My heart goes thump thump / She’s the only one for me / She’s my amputee ».
Musicalement, Dynamite Shakers conserve toute l’urgence de l’original tout en lui offrant une production plus musclée et contemporaine. Les guitares rugissent, la section rythmique bastonne et la voix d’Elouan Davyapporte juste ce qu’il faut d’insolence pour faire décoller l’ensemble. On retrouve ici tout ce qui fait le charme du groupe : des riffs incendiaires, des refrains fédérateurs et cette capacité à marier l’énergie brute du garage rock à une sensibilité héritée de l’indie rock des années 90.
Cette nouvelle version de Hot Stumps arrive dans le sillage de Cinéma, premier EP du groupe paru le 6 mai 2026. Une étape importante pour les Vendéens, qui y affirmaient déjà leur identité entre urgence rock, mélodies entêtantes et ouverture croissante à la langue française. Une manière de confirmer également leur goût pour les passerelles entre leurs propres compositions et les trésors cachés du punk rock dont ils revendiquent l’héritage.
Réalisé par Julien Guillet, le clip en noir et blanc accompagne parfaitement cette relecture survitaminée. Tourné comme un concert sauvage sur les plages vendéennes, entre horizon atlantique et amplis poussés à bloc, il capture l’essence même du groupe : une bande de copains animée par une passion viscérale pour le rock’n’roll. L’esthétique monochrome donne au morceau une dimension intemporelle, comme si la Californie punk des années 80 rencontrait soudainement les côtes de l’Ouest français. Sans artifices, la vidéo met en avant l’énergie contagieuse et la spontanéité du groupe, rappelant que son véritable terrain de jeu reste avant tout la scène.
Et justement, Dynamite Shakers ne compte pas ralentir la cadence. Après avoir sillonné la France avec le Nightclubing Tour, les quatre Vendéens reprennent la route tout l’été avec une série de festivals qui les mènera notamment à Beauregard, au Festival de Nîmes, à la Fête du Bruit, au Festival du Roi Arthur ou encore à Rock en Seine.
Avec cette reprise survitaminée de Hot Stumps, Dynamite Shakers ne se contente pas de rendre hommage à l’une de ses influences. Le groupe démontre surtout sa capacité à faire revivre un classique méconnu en le réinventant à son image : fougueux, insolent, mélodique et furieusement vivant.
Danielle Ponder – Power
Dans son nouveau clip, Danielle Ponder livre une œuvre aussi brève qu’intense. En moins de deux minutes, l’artiste déploie une puissance visuelle et émotionnelle saisissante. Entourée d’hommes, elle porte un message fort d’affirmation et de célébration du pouvoir noir. Sa présence magnétique capte immédiatement l’attention, tandis que sa voix, profonde et vibrante, donne toute sa force au propos.
Réalisé par Fede Kortz, le clip a été tourné au Sénégal et met magnifiquement en lumière la richesse de la culture locale. Les paysages, les visages et les scènes du quotidien sont filmés avec une grande sensibilité. Chaque image semble célébrer la dignité et la beauté des habitants. Malgré son format court, la vidéo laisse une impression durable. Un véritable condensé de force, de fierté et d’émotion.
Danyl – C’est qui c’est nous (feat. Kulturr)
Avec C’est qui c’est nous, Danyl dévoile un nouveau titre solaire accompagné d’un clip tourné intégralement au festival We Love Green. Réalisée au début du mois, la vidéo capture l’énergie festive et conviviale de l’événement. On y retrouve l’artiste entouré de ses proches, dans une atmosphère chaleureuse et authentique. Fidèle à son univers, Danyl mise sur la spontanéité et le partage. Le morceau séduit immédiatement par son rythme entraînant et ses sonorités dansantes. Dès les premières secondes, l’envie de bouger s’impose naturellement. Le refrain, particulièrement efficace, reste en tête après une seule écoute. La participation de Kulturr apporte une énergie supplémentaire au titre. Sa présence renforce le caractère fédérateur du morceau et invite à la fête. Le clip respire la bonne humeur. Une proposition estivale qui célèbre l’amitié, la musique et les instants partagés. Danyl signe un titre feel-good taillé pour accompagner les beaux jours.
Aunenof – Sous les étoiles
Avec Sous les étoiles, Aunenof parle avant tout d’un moment rare : celui où l’on réussit enfin à laisser tomber ses barrières et à laisser quelqu’un entrer dans sa vie. Il y a dans le morceau cette impression de tendre la main à l’être aimé, de lui montrer à quel point elle est unique, presque comme une étoile qui brille plus fort que toutes les autres. En regardant le ciel la nuit, on trouve souvent une forme d’apaisement, comme si tout devenait plus doux, plus simple, plus silencieux. C’est exactement ce sentiment que le morceau semble faire naître : celui d’être bien avec des personnes qui nous apportent la même sérénité, la même sensation de bulle hors du temps.
Dans le clip, deux silhouettes évoluent sous un ciel étoilé, se rapprochent, dansent, se tiennent la main, s’enlacent, comme si le monde autour d’elles s’arrêtait. Une chanson qui donne envie de se laisser porter, de danser, et de l’écouter les yeux levés vers les étoiles.
(personne) – Silence
Tom Hachez n’est plus dans l’anonymat de l’un de ses nombreux projets musicaux. Avec (personne), sa nouvelle identité, l’auteur-compositeur s’affirme comme le maître d’œuvre unique de ses créations. On découvre ainsi une facette plus profonde de lui-même qui apprend à s’emparer de la solitude pour gagner plus de confiance en soi.
Silence est le premier souffle de son futur EP anar en devant dont la sortie est prévue pour l’automne 2026. L’artiste assume pleinement de chanter en français avec une monture instrumentale assez minimaliste : un beat de TR909 et un riff de basse. Le clip est lui aussi simple et poétique avec ces instants filmant des lieux désertés (personne) est dans sa bulle et cherche à se réconcilier avec lui même. On y découvre un chanteur sensible à travers une ballade chill et réconfortante.
Johnny Marr – Spin
Johnny Marr et son inséparable guitare reviennent faire tourner nos têtes avec son nouveau titre Spin. Annonciateur d’un nouvel album à paraître le 2 octobre 2026, l’ancien guitariste des Smiths dévoile un premier extrait de The Age Of Everything. Un titre déjà connus de son public puisqu’il l’a déjà performée en live à plusieurs reprises.
Une guitare claire, aérienne et une rythmique régulière viennent immédiatement saisir notre attention. Puis la voix grave et habitée de Johnny Marr apporte une profondeur au titre. Le musicien pose un constat assez global, dépeint un sentiment commun et où chacun se reconnaîtra. La planète continue de tourner, le monde continue d’avancer, et parfois, on se sent un peu perdus, démunis, au coeur de tout ça.
World turns the days go by
Comes round to make me try
Le clip nous plonge en plein dans ce sentiment. Enfermé dans une pièce, seul avec sa guitare, penseur, entre mots et pensées. Johnny Marr arrive à nous faire ressentir les choses visuellement. Un chemin de forêt où l’on roule à toute vitesse mais sans savoir où l’on va, des gratte-ciels gigantesque nous donnant le vertige, et des instants où l’artiste nous regarde droit dans les yeux, comme un défi.
CRC ft ISHA – TOTAL 90
On ne va pas vous saouler plus longtemps avec la chaleur. Il fait lourd dehors, mais le Belge CRC a décidé d’apporter un peu de fraîcheur avec le clip de Total 90. Tiré de son dernier projet Pierre-Alexandre (Acte III), le morceau rend hommage, avec une nostalgie assumée, à toute une génération biberonnée aux années 2000, et à tout ce qu’elle a légué. Et qui de mieux qu’ISHA, vétéran du rap belge, pour l’accompagner sur ce terrain-là ?
Dès les premières secondes, le ton est donné. Ce qu’on y voit dépasse largement la simple référence à la paire mythique de Nike sortie dans les années 2000 : c’est un rappeur qui se livre, rempli de souvenirs et de clins d’œil que toute une génération a croisés sur son chemin. Le catch de la WWE défile, le Real Madrid version Galactiques aussi, et Ünkut, la marque de Booba, vient s’ajouter à cette liste de madeleines de Proust version année 2000.
Mais CRC et ISHA ne s’arrêtent pas à la surface. Au détour d’une ligne, l’un évoque un parent disparu d’une maladie, l’autre sa propre enfance. La nostalgie devient alors plus intime, plus vraie, moins un hommage poli à une époque qu’un vrai shout-out à toute une jeunesse qui a grandi dans la capitale belge.
Et cette nostalgie-là, on la retrouve jusque dans l’image. CRC replonge son public dans ces heures perdues, gamin, devant MCM ou MTV, à attendre le clip suivant. Les deux rappeurs s’échangent le micro sur un fond vert qui met les paroles en lumière, pendant que défilent des images d’une Bruxelles d’antan. Le tout est sublimé par un grain « VHS » qui devrait redonner le sourire à pas mal de monde.
Composée par Armand Tournier, l’instru, simple en apparence, reste redoutablement efficace, et joue parfaitement avec la nostalgie que le morceau veut faire passer. Le clip accompagne la sortie du nouveau projet de CRC, qu’il viendra défendre sur scène le 29 novembre, à la Maroquinerie.
Di-Meh x Chilly Gonzales ft Jungle Jack – Pacino Pacino
Pianiste, auteur, producteur, et surtout gros amateur de rap : voilà comment on pourrait décrire très grossièrement Chilly Gonzales. Mais il faut l’avouer, à chaque fois qu’on peut l’entendre accompagner un rappeur, ça fonctionne toujours très bien. On l’a déjà vu aux côtés de Caballero & JeanJass, du groupe Legends Industries, de l’équipe de Grünt, et même sur un morceau de Drake. Cette fois, c’est avec un artiste qu’il commence à très bien connaître qu’il partage un titre : le Suisse Di-Meh, sur le morceau Pacino Pacino, en featuring avec Jungle Jack. Et justement, en parlant de connexions, c’est une nouvelle fois JeanJass qui signe la production — la boucle est bouclée.
Le morceau est extrait de Chaupard & Chopin, un EP commun à paraître le 26 juin, et son titre résume déjà tout l’esprit du projet. « Chaupard », c’est le surnom que la mère de Di-Meh lui donnait enfant, déformation tendre de « Paco Chaupard », elle-même inspirée de 2Pac Shakur. « Chopin », c’est un clin d’œil au compositeur romantique qui inspire Gonzales depuis toujours. La rue et le conservatoire, réunis dans un seul nom.
Et le clip en est la preuve vivante : ces deux styles, ces deux visions de la musique, se répondent à la perfection. Le couplet d’intro de Jungle Jack pose déjà le ton, voyageant entre les notes de piano de Gonzales. Puis, dans une esthétique 3D magnifique, la voix de Di-Meh entre en scène, aussi rauque que puissante, venant répondre aux touches mélodieuses du piano. Évidemment, on ne reste jamais bien longtemps sur une instru calme et posée : tout s’accélère, pour le plus grand bonheur des amateurs de kicks bien sentis, jusqu’à former un ensemble qui monte crescendo.
Reste plus qu’à patienter une semaine avant de retrouver ce choc des styles sur l’intégralité de Chaupard & Chopin. Au vu de Pacino Pacino, la rue et le conservatoire ont déjà toutes les raisons de bien s’entendre.
Roberto Cicogna – Cara
Roberto Cicogna, le plus Français des chanteurs Italiens (à moins que ce ne soit l’inverse ?) nous propose cette semaine un nouveau morceau : Cara. Pépite de balade au bord de la mère un matin ensoleillé, où le chanteur nous emmène vers des contrées apaisées au son d’un orgue gentil comme tout et de sa voix claire. L’opportunité idéale pour prendre le temps de respirer en conscience, tout en dansant doucement de gauche à droite comme si la chanson ne terminerait jamais, comme une bulle éternelle à l’abri du monde. Côté images, on suit l’artiste dans des plans zoomés et dézoomés qui donnent une impression de vertige et d’immensité. Le traitement de l’image rapproche aussi les tableaux de toiles impressionnistes pour un rendu magnifique. En bref, Roberto, c’est une belle réussite !