La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Voici la deuxième partie de notre 313e sélection des clips de la semaine, de quoi vous rafraîchir durant cette chaude fin de semaine.

Gilla Band – Placeholder
La chaleur vous accable cette semaine ? On est désolé mais Gilla Band a décidé de rajouter une couche de lourdeur et de poisseux avec Placeholder, le second single de Pugnello, leur nouvel album attendu pour le mois de septembre.
Est-ce vraiment une mauvaise chose ? On a envie de vous dire que non, tant ce Placeholder a tout de la petite claque qui fait du bien. Le morceau annonce un tournant dans les sonorités du groupe du Nord de l’Irlande, mélangeant leur énergie punk à des sonorités plus électroniques et industrielle.
Le résultat est brutal, entêtant, puissant et frappe juste et fort. Avec ce morceau Gilla Band fait monter l’attente jusque septembre, délivrant une petite bombe entre tension et libération, avec un brin de folie qui fait beaucoup, beaucoup de bien. Mention spéciale au chant de Dara Kiely et à sa poésie étrange, entre réflexion sur la société moderne et digression surréaliste.
La vidéo de Chanthila Phaophanit et Cuan Roche suit d’ailleurs le même chemin, entre animation, peinture et images dérangeantes.
Culte du corps qui semble tout droit sorti d’un hôpital psychiatrique, personnage étrange et glauque et images hors contexte nous assaillent.
Le rendu visuel crée un sentiment de malaise persistant qui ne nous quitte jamais vraiment jamais alors que la vidéo continue de faire défiler les images, mélangeant aussi les couleurs pour mieux nous marquer.
Avec ce nouveau titre Gilla Band nous retourne et on est certains que celui-ci sera l’un des grands moments de leur prochaine tournée. Pour le savoir, on vous donne rendez vous le 20 janvier au Trabendo et le 22 au Grand Mix à Tourcoing.
Philippe Katerine – Lingette-moi
Les lingettes, c’est à la poubelle ! Cela sonne comme une évidence mais pour beaucoup, la facilité envoie souvent les lingettes au fond des toilettes. Citéo a donc pris les choses en mains et s’est offert un casting cinq étoiles pour nous rappeler les bonnes manières : à la musique, Philippe Katerine et à la réalisation du clip, Martin Jauvat.
Le tout donne donc Lingette-moi, un titre et un clip tout à la fois drôle, tendre et fatalement d’utilité publique.
On aurait imaginé personne d’autre que Katerine pour une chanson sur les lingettes. Le musicien nous entraine donc dans un petit délire dont il a le secret, devenant lui même une lingette sur un air de bossa nova. L’écriture simple et imagée de l’artiste fait toujours mouche et sa manière de créer des mélodies qui rentrent immédiatement en tête aussi. Impossible de passer à côté du titre et de son effet donc, et à chaque fois qu’on se retrouvera face à la situation, on finira par chanter « lingette-moi, lingette-moi, lingette-moi dans les toilettes !« .
Et qui de mieux que Martin Jauvat pour donner un rendu visuel à ce petit délire ? Le réalisateur mais son sens de l’image et sa poésie au diapason du morceau et nous entraine dans une quête sans fin pour le respect du tri. Jouant lui même différents personnages face à des situations-lingettes, Jauvat, face à son choix, voit à chaque fois Katerine et ses musiciens apparaître pour lui indiquer le bon choix. Le clip est donc aussi lunaire et drôle que le morceau, ce qui permet de faire plus facilement passer le message.
Alors on n’oublie pas : aux toilettes, au camping, en voiture ou dans l’espace : la lingette, c’est à la poublelle.
Coline Rio – Refuge
Avec MAISON, Coline Rio nous a offert un grand album, intime, puissant, un geste d’un cœur à d’autres, un pansement pour soi qui finit inévitablement par grandir et venir réparer ceux qui l’écoutent.
Parmi les pièces de sa MAISON, Coline a construit un Refuge. Morceau finale, évidence de la reconstruction, lumière qui brille à l’intérieur de soi, Refuge est un bilan, un joyau minimaliste porté par le piano et les voix, qui raconte le voyage autant que le futur, qui mêle rime et prose, comme si toutes les pensées devaient être explorées, que chaque mot qui compte devait être dit avant que le temps ne prenne une pause et que la chanson s’arrête.
Calme, lancinante et bouleversante, cette chanson-refuge transfère l’amour de l’autre vers l’amour de soi avec simplicité et tendresse pour un rendu qui émeut aux larmes.
la vidéo réalisée par Coline Rio et Zoé Cavaro va dans ce sens. Dans un espace aux teintes bleues, faussement bancal et dépouillé, l’artiste construit l’intérieur, pose ses petites maisons, celles qui l’accompagnent alternant avec des passages chantés et plus proche d’elles.
Au fur et à mesure, la pièce se remplit, se nourrit, au delà des maisons ce sont des éléments importants pour Coline Rio qui viennent l’accompagner et les failles qui auparavant inquiétaient deviennent soudainement des forces.
On regarde ces maisons et alors que les dernières secondes de la vidéo arrivent, on réalise que le voyage est intérieur et que cette pièce en construction est finalement le cœur qui brille et bat dans la poitrine de Coline.
Cage The Elephant – Beaches In Tennessee
Cage The Elephant revient avec Beaches In Tennessee, premier single via Big Loud Rock et premier nouveau morceau depuis leur album Metaverse en 2024. Le groupe sort de deux ans chargés et ce retour sonne comme une décompression. Le morceau est une déflagration rock directe, sans fioriture, qui retrouve l’énergie des débuts sans chercher à la reconstruire.
Matt Schultz chante son envie de rentrer au Tennessee, et il en ressort une urgence simple, presque physique. Le clip est au niveau avec des images tournées sur de vieilles caméras qui pixelisent, des plans du Tennessee qui s’enchaînent sans narration précise, comme des souvenirs mal numérisés retrouvés sur une cassette oubliée.
Aucune mise en scène, aucun concept fumeux, juste des images qui coexistent avec le morceau. Le groupe maintient ce flegme caractéristique : même quand le propos est personnel, il ne surjoue jamais l’urgence. Un retour sans esbroufe, qui n’a pas besoin de se justifier.
Django Django – Cameos
Après l’odyssée cosmique d’Off Planet (2023), Django Django revient à l’essentiel avec Cameos, premier extrait de son sixième album Doveland, attendu le 6 novembre 2026 chez Clouds Hill. Produit par Nick McCarthy (cofondateur de Franz Ferdinand) et Pollyester, ce nouvel album s’inspire de la légende urbaine de Doveland, une ville que certains affirment avoir connue sans qu’elle n’ait pourtant jamais existé. Une idée qui guide un album plus épuré, introspectif et cinématographique. « Nous voulions tout dépouiller et revenir à l’essentiel », résume le groupe.
Écrite pendant l’un des confinements, Cameos parle du deuil,de la solitude, de la mémoire et de ces personnes qui ne font que traverser nos vies. Jimmy Dixon explique : « Les paroles sont beaucoup plus introspectives et parlent du cheminement à travers le deuil, ainsi que du fait que les personnes importantes ne font partie de notre histoire que pendant un certain temps. » Dès les premiers mots — « Are we alone, I know / And are we free, just you and me » (« Sommes-nous seuls ? Je le sais. Sommes-nous libres, juste toi et moi ? ») — le morceau installe une intimité fragile, tandis que le refrain, « Will we ever know? » (« Le saurons-nous un jour ? »), laisse planer une question simple mais universelle.
Musicalement, Cameos est une superbe ballade qui séduit par son évidence. Une introduction à la guitare, rythmée et lumineuse, oscille comme une bossa / folk-rock avant de laisser place à des harmonies vocales douces et aériennes. Le morceau gagne progressivement en intensité jusqu’à un refrain irrésistiblement accrocheur, porté par des voix plus amples sans jamais perdre en délicatesse. Un titre qui donne autant envie de partir sur les routes qu’elle nous invite à embarquer dans le voyage intérieur imaginé par Django Django.
Réalisé par Jim Dixon et Ollie Briggs (COMB), le clip prolonge cette sensation d’évasion avec une esthétique volontairement artisanale. Caméra à l’épaule, VHS, pellicule 35 mm, iPhone, stop-motion, superpositions d’images, doubles expositions, selfies au fisheye, paysages marins, nature, crabes sur le sable ou cerfs-volants dans le ciel : tout évoque un carnet de souvenirs filmé au fil des jours. Le clip est comme une rétrospective de la création de Doveland, où chaque image semble raviver un fragment de mémoire.
Avec Cameos, Django Django signe un retour plus intime sans perdre ce qui fait sa singularité. Un premier aperçu particulièrement séduisant de Doveland, qui donne vraiment envie de découvrir la suite.
Nanika – Kings Of Entropy
Nanika, trio provençal, signe avec Kings Of Entropy le morceau qui clôt son premier maxi FEARS. Sur ce titre, le groupe crée un groove en 7 temps, plus anxiogène que le 4/4 habituel, et mêle basse-batterie lancinante, attaques de caisse claire multipliées et spoken word de Lucie Chaillan. La pression monte, sans explosion, comme enfermée dans une boucle d’anxiété. La chanteuse y décrit une peur sociétale, de chaos collectif et de lutte intérieure, où survivre devient la seule question.
Le clip, de nouveau réalisé par Mathieu Bordat, conclut le triptyque Afraid Of The Dark – Love Impostor – Kings Of Entropy. Cet hybride de clip, lyrics video et visualizer suit la protagoniste incarnée par Marie Massoni, visiblement éprouvée par la soirée où on l’avait déjà suivie, et montre que ses angoisses ne semblent pas décidées à lui laisser de répit.
she’s green – locket
La dernière pièce du puzzle vient trouver sa place, achevant la magnifique fresque qu’est swallowtail, le premier album de she’s green.
Avec locket, le groupe referme cette série de singles en dévoilant un morceau qui cristallise toute l’essence du projet. Un souffle à la fois aérien, puissant et délicatement poétique, porté par une direction artistique où l’organique se mêle au fantastique. Dans un écrin de pudeur et d’ambiguïté, la chanson s’aventure sur le terrain des désirs inavoués, des émotions enfouies et de la fragilité des liens amoureux. Une tension émotionnelle traverse le morceau de part en part, sans jamais se livrer pleinement, laissant les guitares brumeuses et la voix éthérée de Zofia Smith habiter les silences autant que les mots. Le morceau apparaît comme le reflet le plus fidèle de swallowtail, condensant avec grâce toute la mélancolie contemplative qui irrigue l’album.
Theo Lawrence – I Wanna Know What’s Going On
Parisien d’origine franco-canadienne, le singer-songwriter Theo Lawrence se tourne tres tôt vers les racines de la musique américaine: blues du delta du Mississippi, country et gospel. Après plusieurs albums enregistrés en France, il part s’installer à Austin au Texas en 2023, pour vivre au plus près de la musique qu’il aime et qu’il incarne. Sa voix de crooner, son jeu de guitare et son amour sincère des traditions du Sud des États-Unis en font aujourd’hui l’une des figures les plus attachantes de la scène americana en France et à l’international.
Sorti le 7 juillet 2026, I Wanna Know What’s Going On est un nouveau single solo qui arrive dans la foulée d’une année particulièrement riche pour l’artiste, après la sortie en février 2026 de l’album Havin’ A Talk, un disque de duos enregistré avec la musicienne Melissa Carper (voir notre chronique ici)
I Wanna Know What’s Going On marque un retour à son travail en solo, avec ce mélange caractéristique de soul sudiste, de rock’n’roll originel et de cette élégance vintage qui est sa signature. Le clip, réalisé par Cherry Panther, vient prolonger visuellement cet univers rétro, avec ses couleurs chaleureuses et son atmosphere à la Twin Peaks.
FKJ – Changes Rising
Le chemin vers Tyber, prochain album de FKJ prévu pour la rentrée, se poursuit. C’est à cette occasion que le producteur et multi-instrumentiste à révélé le deuxième single promotionnel de ce nouveau projet : Changes Rising. Avec des sonorités profitant de l’héritage stylistique de VINCENT, le titre vient cependant nous offrir une signature différente qui passe notamment par un tempo plus élevé.
Le ton posé, presque méditatif, du disque précédent est laissé de côté pour préférer quelque chose de plus vif, qui laisse dégager une énergie changeante mais qui colle toujours bien aux idées directrices de la musique du français. On y retrouve toujours certains codes immuables à l’identité du projet FKJ. L’exemple de la ligne mélodique haute est probant. Changes Rising ne fait pas exception avec ses parties de guitare et de clavier, toujours écrites de manière habile, et qui constituent la fondation mélodique de ce nouveau single.
En d’autres mots, Vincent Fenton avance, comme toujours, de manière sereine et assurée vers une direction qui semble lui coller à la peau. Les deux sorties promouvant la sortie prochaine de Tyber, à savoir Soulmates et Changes Rising annoncent une couleur déjà connue, aux détails changeants. De quoi nous laisser espérer une rentrée riche tant la musicalité du natif de Tours s’affirme de plus en plus comme une évidence dans les paysages francophones et internationaux.