Les clips de la semaine #314

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, on vous dévoile notre 314ème sélection des clips de la semaine.

BLOODY$ANJI – SANG BAL (PROD. IDÉENOIRE)

Habitué·es aux collaborations entre BLOODY$ANJI et le producteur IDÉENOIRE, on pourrait penser que la surprise n’opère plus. Il n’en est rien. Quelques claps ciselés suffisent avant que la basse ne vienne tout assommer. SANG BAL plonge tête la première.

Fidèle à son univers visuel, BLOODY$ANJI se met en scène dans des décors d’urbex aux tons gris, où son haut couleur écarlate tranche avec les tags et le béton brut. « On est le cauchemar des conservateurs » : la formule résume à elle seule son identité artistique. Révélé au grand public avec LR DEFENDER, l’enfant terrible continue de construire un univers aussi frontal que politique.

Chez BLOODY$ANJI, une urgence traverse chaque prise de parole. Quand il évoque les fins de mois bouclées avec presque rien, son récit dépasse le témoignage individuel. Il s’inscrit dans une réalité sociale et politique qui, à l’approche de 2027, résonne avec une force particulière. À son échelle, cette parole peut faire la différence. K.O., noyé dans l’hémoglobine.

Getdown Services – Cha Cha Slide

Les brit boys sont de retour avec un nouvel album au titre évocateur Massive champion. Pour nous en faire découvrir les contours, un premier single est arrivé : Cha Cha Slide. Oui oui, retour en l’an 2000. DJ Casper est-il dans la place ? Non, non ce sont bien les gars de Bristol Josh Law et Ben Sadler qui se sont chauffés comme un plat Picard au micro-ondes. 

Avec Cha Cha Slide, on danse sur les névroses en bouffant des chips sur un jogging faisant office de pyjama de fortune. Un tempo ralenti, une lo-fi bien sale, un spoken-word bien nonchalant voilà ce que Cha Cha Slide a dans le bide. La chanson est clairement identifiée comme la plus triste qu’ils n’aient jamais écrite. 

Le texte est écrit à la première personne, le narrateur est un enfant de six ans, le voilà qui part en gros goûter amical à 16h mais ne sait pas vers qui se tourner ni comment se comporter. Autant Cha Cha Slide de DJ Casper donnaient des indications autant là c’est le manuel de l’inadaptation. Ne passe-t-on pas notre vie à essayer de comprendre les pas d’une danse – que s’apelerio la Vie – que tout le monde donne l’impression de maîtriser ? 

Le clip joue la carte de la simplicité brute, un vieux montage d’un Minion qui danse sans grands efforts. Il se livre à une déambulation gauche en solitaire. Mention spéciale nostalgie : on adore la projection du titre stylisé dans un bon WordArt des années 1990. Changez rien Getdown Services, c’est bon pour nous !

Charlie Jeer, Simone Ashley – SO GOOD

Quelques notes de saxo, et SO GOOD est déjà lancée. Charlie Jeer installe le décor en quelques secondes. Le morceau lorgne franchement vers les années 60-70, entre disco et soul ensoleillée, avec une production de Ben Stancombe qui préfère la chaleur à la sophistication. Le clip suit la même logique : belle esthétique vintage, couleurs saturées, une image qui bouge et qui respire. On danse, on sourit, le chanteur déclare sa flamme sans détour : l’amour de l’autre comme carburant, rien d’autre n’existe. C’est léger, assumé, contagieux. Sur ce titre, Simone Ashley est également présente. L’actrice de Bridgerton, qui développe en parallèle son propre projet musical, vient contrebalancer l’élan euphorique de Charlie Jeer avec quelque chose de plus suspendu, de plus intérieur. Sa voix donne de la gravité à cette attirance, rappelle que sous tout cela, il y a aussi quelque chose de fragile. Le contraste fonctionne parce qu’il n’est jamais forcé. Un morceau taillé pour l’été, qui a l’intelligence de ne pas s’arrêter à ça.

Thee Marloes – Di Hotel Malibu

Dans le sillage de leur 2e album fraichement sorti, les Indonésiens de Thee Marloes nous dévoilent cette semaine le clip éponyme Di Hotel Malibu. La conclusion en somme, d’un voyage musical à l’image de 5 clips débuté il y a un an avec Sarahdiva Rinaldy aux manettes.

La valise comme fil rouge et avec elle, l’idée du voyage et de la découverte. Dans I’d be lost, la valise apparaît pour la première fois. Si elle est absente dans What’s on you mind et Under the silver moon, deux clips où il est aussi question de rencontre et de relation à l’autre, elle réapparaît et prend tout son sens dans 6 years, dont on vous avait parlé il y a quelques semaines. 

La chanteuse Sianturi y racontait ses envies d’ailleurs, son rêve de changer de vie pour se consacrer à la musique et entamait son périple musical à bord d’une voiture dont on ne connaissait pas encore la destination.

La voici révélée : Di Hotel Malibu bien sûr ! Thee Marloes ont quitté la voiture pour monter à bord d’un avion grand luxe, direction l’Hôtel Malibu, mystérieusement situé au large des Iles du Cap Vert, en plein océan atlantique. 

Plus un symbole qu’un véritable lieu, Di Hotel Malibu évoque une destination lointaine, l’idée du voyage à l’image de la musique de Thee Marloes, née sur l’ile de Surabaya et désormais partagée bien au-delà de la mer de Java et des océans indien et pacifique. 

Malheureusement, le groupe ne semble pas avoir prévu de date en Europe pour l’instant. En attendant, on ne peut que vous conseiller d’écouter leur album en boucle. Un vrai petit bijou néo soul parfait pour accompagner votre été.

Hoshi – Pleurer en dansant

Hoshi dévoile le clip de Pleurer en dansant, un morceau qui parle de cette tristesse qu’on traverse quand on tente d’avancer après avoir voulu oublier quelqu’un. La chanson raconte aussi ces moments où l’on essaie de se distraire, sans empêcher les larmes de couler, comme si la peine suivait malgré tout le mouvement.

Le clip traduit bien ce décalage : Hoshi se rend à une soirée avec l’idée de s’amuser, mais son esprit reste ailleurs. Le montage alterne entre des plans à travers ses yeux et d’autres où on la voit perdue au milieu des fêtards, comme isolée dans la foule. Réalisé par Edie Blanchard, le clip prolonge cette sensation de flottement intérieur, entre apparente légèreté et solitude persistante.

Lonepsi – VIVANT

Avec Vivant, Lonepsi fait presque une déclaration d’amour à celle qu’il aime, en lui disant à quel point elle est devenue un élément central de sa vie. Le morceau a quelque chose de très direct et sincère : il dit simplement qu’aimer, c’est aussi sentir qu’on vibre davantage grâce à l’autre.

Le clip accompagne bien cette idée avec des images qui semblent tournées à l’ancienne, comme avec une vieille caméra. On y découvre des fragments de vie du couple : vacances, feux d’artifice, piscine, café… Des instants du quotidien ou de l’été, parfois très simples, mais qui prennent tout leur sens parce qu’ils rendent justement la vie plus intense. C’est ce mélange de tendresse et de souvenirs partagés qui donne au titre sa force.

Mastodon – Snakes For Dinner

Près de cinq ans après le fantastique Hushed and GrimMastodon signe un retour très attendu avec Snakes For Dinner. Ce single sert d’excellent prétexte afin d’annoncer la sortie prochaine, prévue pour le 28 août, du neuvième album du groupe américain, intitulé Marrow Deep. Beaucoup de changements ont eu lieu entre ces deux projets, avec notamment le décès tragique de Brent Hinds, membre fondateur de la formation. 

Ce morceau lance alors un tout nouveau cycle qui voit les arrivées de João Nogueira et Nick Johnston enrichir le line-up historique de Mastodon. En parlant des contributeurs présents sur Snakes for Dinner, il faut également remarquer et noter la participation d’un ami de longue date du groupe, en la personne de Joshua Homme, frontman de Queen of the Stone Age, qui vient nous offrir un grand final envoûtant et psychédélique.

Même si Marrow Deep annonce une petite révolution, les fondations qui ont fait le succès et la force de Mastodon restent inchangées. Ces mêmes musiciens déploient toujours une énergie folle, agrémentée d’un grain d’excentricité mélangé à un génie rythmique et harmonique dont eux seuls ont le secret. Snakes for Dinner en est un exemple probant tant le single déborde d’idées et de riffs déjà mémorables. Pour entendre la suite, le désormais quintet nous donne rendez-vous dans plus de deux mois avec la sortie de Marrow Deep. Pour une fois, vous allez avoir hâte de faire votre rentrée !

Fatoumata Diawara – Tati Bakary 

Avec Massa, son cinquième album sorti en juin chez Nø Førmat, Fatoumata Diawara poursuit son exploration de l’intime. Cette semaine, la chanteuse malienne dévoile le clip de Tati Bakary, l’un des morceaux les plus émouvants de Massa. Une chanson dédiée à son père, Siné Bakary Diawara, où le deuil se transforme en chant, en prière et en transmission.

Lorsqu’elle murmure « A to n’ka n’ka Bluzunin in dò da i ye » — « Laisse-moi te chanter mon blues. Ce blues est pour toi. », Fatoumata Diawara chante un dialogue qui se poursuit au-delà de l’absence, où la musique devient le lien entre une fille et son père. Dès les premières notes du donsogoni, le ton est donné. Cet instrument traditionnel des chasseurs mandingues, dont les sonorités profondes rappellent les racines du blues, dialogue avec une guitare aux notes longues et plaintives. Sur cette mélodie dépouillée, Fatoumata Diawara chante en bambara avec une émotion à fleur de peau. Tati Bakary n’est pas seulement une chanson sur la perte : c’est une conversation avec un père disparu, une manière de continuer à lui parler, à lui confier ses peines et à solliciter sa protection.

Au fil des paroles, elle rend hommage à plusieurs grandes figures disparues de la culture malienne, parmi lesquelles Amadou Bagayoko, Toumani Diabaté, Nayan Jawara ou encore Sando Fané. Des noms qui dépassent le simple hommage personnel : Fatoumata Diawara inscrit son propre deuil dans une mémoire collective, celle d’un peuple qui continue de faire vivre ses anciens à travers les récits, la musique et la transmission.

Lorsque nous l’avions rencontrée à l’occasion de la sortie de Massa, Fatoumata Diawara nous confiait combien cette chanson restait une épreuve à interpréter : « J’appelle mon père tous les soirs. Je lui dis : « Écoute-moi, je vais te chanter mon blues. » Et je blues pour lui. Je le fais vraiment sincèrement. J’ai envie de pleurer tous les soirs quand je le chante. Ça m’émeut énormément. »

Une émotion que l’on ressent dans chaque inflexion de sa voix. Avec Tati Bakary, cette confidence devient une chanson et la musique devient un refuge.

Réalisé par Marcello Perego, le clip accompagne cette intimité avec une grande élégance. Pas de grands effets ni de mise en scène spectaculaire : la caméra suit Fatoumata Diawara dans un décor hors du temps, entre grande demeure, arbres majestueux et espace de prière qui renforce la dimension spirituelle du morceau.

Les couleurs participent pleinement au récit. Les verts profonds, les teintes terracotta et les nuances chaudes enveloppent les images. Face à la caméra, Fatoumata Diawara chante droit dans les yeux, comme si elle s’adressait directement à son père.

Le clip alterne plusieurs tableaux. On la découvre d’abord vêtue d’une robe marron accompagnée d’une étoffe traditionnelle malienne, coiffée d’un chapeau, le tout orné de cauris, ces coquillages porte-bonheur associés à la protection, à la prospérité et au lien avec les ancêtres. Puis viennent les scènes de recueillement près du temple, où elle apparaît dans une robe orange accompagnée d’un voile turquoise. Les mouvements lents du tissu, la lumière et les gestes délicats créent une atmosphère de prière.

Cette sobriété renforce toute la puissance de Tati Bakary. À travers ce blues malien, Fatoumata Diawara transforme la douleur en lumière et signe une chanson profondément universelle sur l’amour filial, la mémoire et la présence invisible de ceux qui continuent de nous accompagner.

Avec Massa, Fatoumata Diawara livre un album authentique et intime, porté par des histoires de famille, d’héritage et de résilience. Elle sera de retour en France le 25 novembre 2026 à L’Olympia, une occasion de découvrir en live les chansons de cet album et d’en ressentir toute l’intensité émotionnelle.

The Last Dinner Party – Knocking at the sky

Décidément, le quintet The Last Dinner Party n’a jamais été aussi actif en cette année 2026 ! Ces derniers mois, les anglaises nous proposent à chaque fois une nouvelle pépite, et le single du jour, Knocking At The Sky, ne fait pas exception. Dernier titre de la version deluxe de leur album From The Pyre, sorti en octobre dernier, l’ambiance sonore se veut lancinante, mystérieuse, inquiétante. On oscille entre notes légères de piano, et riffs de guitares profonds, donnant un cadre cinématographique, telle une bande son de film !

Un clip à l’esthétique léchée, volontairement texturée, pixélisée. Le groupe nous plonge dans une vision alternative d’Hollywood, où stars en devenir se perdent dans des villas démesurées, se mêlent aux rockstars et se confrontent au regard des autres. Une pépite musicale, vocale (la voix d’Abigail ne cesse de séduire) et visuelle !

Jack White – G.O.D. And The Broken Ribs

Jack White vient à nouveau nous donner une leçon, à commencer par ce nouveau single, G.O.D. And The Broken Ribs, qui nous introduit sans détours à son prochain album, Frozen Charlotte, sorti le 10 juillet dernier. Et alors que le titre dure en réalité plus de trois minutes, le clip qui l’accompagne se termine à 1 minute 40, de quoi donner l’eau à la bouche de ceux qui auraient loupé cette sortie. 

La capacité de Jack White à s’inventer et se réinventer au fil de ces œuvres est assez unique sur la scène rock actuelle. Sur ce morceau, et cet album, le musicien explore des sonorités garage rock blues dans des guitares furieusement saccadées, agrémentées de riffs ravageurs. Un chant quasiment parlé, accentue le texte et les références religieuses : le fruit défendu, le jardin d’Eden… 

Jack White illustre ce single avec une silhouette agrémentée d’un chapeau haut de forme, des yeux rouges et une bouche aux dents d’un blanc immaculé. En fond, des illustrations imagées, colorées, évocatrices. La fin du clip, en fondu, nous laisse penser que ce n’est peut être pas la dernière fois que l’on rencontre ce personnage à la fois drôle et terrifiant… 

Queens Of The Stone Age feat. Nikki Lane – Easy Street

Il s’est passé une petite poignée d’années depuis la dernière sortie des Queens Of The Stone Age. Trois ans exactement depuis In Times New Roman… C’est en plein cœur de l’été que les stoners ont décidé de balancer un nouveau single : Easy Street. Le seul aspect nouveau du morceau c’est la version studio, les fans de la première heure auront eu la chance de l’avoir entendue en live lors de sessions inédites de 2025 dans les catacombes parisiennes pour la tournée au doux nom The Catacombs

Exit les riffs de guitares du stoner, Josh Homme et ses acolytes jouent la carte de l’acoustique minimaliste. On n’est pas sur le morceau de feu de camp mais pas loin ! La chanteuse country Nikki Lane s’invite à la fête pour apporter un supplément de tendresse à ce morceau truffé d’humour léger. L’imperfection guide le projet où l’authenticité était clairement un mot d’ordre. Josh Homme définit lui-même la chanson en disant que « C’est comme se cogner le nerf du coude : c’est drôle parce que ça fait mal, et ça fait mal parce que c’est drôle. C’est sérieux, mais c’est drôle. » 

Pour illustrer cette drôle d’idée, Josh Homme s’entoure des réalisateurs Tony Wolski et Christopher Gruse pour créer une parade toute en slow-motion à travers une banlieue américaine. Parade ? Oui le frontman ensanglanté et plein de bleus n’est pas en simple session de jogging, il est poursuivi par une ribambelle de personnages improbables : juggalo, père Noël alcoolysé, cow-boy à poney, flic BDSM, pompom girl et autres figures excentriques. La course n’est que de courte durée : on court tous après quelque chose, on est tous poursuivis par nos démons mais n’est-ce pas dans notre bizarrerie que l’on forme un tout, une communauté ? A méditer. 

Koko – Pussy Power

Anna Kova devient Koko. Un nouveau nom percutant pour la chanteuse, connue pour sa collaboration avec Synapson il y a une dizaine d’années. Elle accompagne ce changement d’identité avec la sortie du single Pussy Power. Avec ce morceau pop, rythmé et dansant, Koko revendique l’empouvoirement des femmes. L’artiste dédie d’ailleurs ce morceau aux femmes, « aux muses » qui l’ont inspirée.

Elle accompagne Pussy Power d’un clip réalisé par Léo Desnoyelles et Ilan Hassane. On y découvre Koko, cheveux courts et fuchsia, dans un style affirmé. Elle s’entoure d’autres femmes qui dansent librement sous les flashs des stroboscopes. De quoi faire monter la tension et susciter l’intrigue en attendant ses prochaines sorties.

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