GODDAMN! C’est un peu ce que j’ai eu envie de crier à la fin de l’écoute du troisième album de Vincent Roberge aka Les Louanges, aka Loulou. Avec Alouette!, on chante, on danse, on rit et on pleure et honnêtement, ça fait du bien d’avoir un album qui nous transperce comme ça de part en part.

Le 10 avril 2026, Les Louanges sortait son troisième album Alouette!, après les déjà excellents La nuit est une panthère (2018) et Crash (2022). Trois ans se sont écoulés entre le deuxième et le troisième album et honnêtement, merci! Même si en vrai, trois ans, ce n’est pas immense, dans notre mode de consommation actuel de la musique ça peut paraître une éternité. Et dans ces habitudes qui sont maintenant bien et trop ancrées, en trois ans, un artiste peut être totalement oublié, alors que c’est un temps normal où la balance entre exploration, création, enregistrement, promo peut être faite pour sortir un album abouti. Et ça se ressent quand ça a pris le temps d’être maturé!
La preuve en est. La sortie de GODDAMN!, le premier single, en septembre 2025 a mis tout le monde d’accord : cet album sera une coche au-dessus. On sent une évolution en termes de musique et d’arrangement, mais surtout en termes de paroles et de sujets abordés. Si les deux premiers albums étaient plus autocentrés, plus focus sur des histoires de cœurs et des préoccupations « anecdotiques », ici on parle de sujets beaucoup plus profonds et plus intimes, on s’alarme aussi bien sur l’écologie, la politique, la société qui nous entoure, mais on parle également d’amour que l’on met souvent en comparaison avec la mort, de la joie de trouver la bonne personne en dualité avec la perte et le deuil. On parle aussi des proches aidants, grand sujet qui a traversé Vincent sur les dernières années de sa vie et de celles de ses proches. D’ailleurs, cette dualité entre toucher le fond du gouffre et quand même sourire à la vie est présente dans une bonne majorité de ses chansons. Ici pas de réalité binaire mais des contrastes, des zones grises, des bonnes nouvelles qui cachent de grands malheurs et des grands coups dans la nuque avec des fins heureuses.

J’aurais aimé dire qu’à travers les treize titres et deux interludes j’ai un choix de focus tracks à proposer mais ça serait mentir. C’est assez rare, mais j’ai honnêtement tout aimé. Chaque chanson est réfléchie dans sa forme et dans son fond, chaque parole est mesurée, chaque histoire est racontée avec soin. J’ai aimé scander des punchlines et crier mon amour du Québec sur Je confirme ma présence autant que j’ai adoré bouger la tête au rythme du cycle de désillusion de la vie sur Au pied de la montagne. Je me suis autant indigné en scandant « Né pour un petit pain / mort pour une piscine hors terre » dans Promis juré que j’ai fait des moulinets avec mes bras à chaque écoute de Correct. Je me suis autant pris une claque avec « Coudonc, es-tu vivant? / À jouer au mort, tu vas perdre ton temps / Et je lui ai dit / Franchement, Lia / Je sais pas vraiment » de Franchement, Lia, que j’ai craqué sur Ne me quitte pas des yeux et fini de sombrer dans l’ironie de la vie avec Tu me coupes l’herbe. À la nage m’a donné envie de lâcher la rambarde et d’aller élever des lamas au Pérou pour oublier que la maison et notre monde brûlent, au propre comme au figuré, dans La journée va être chaude (coucou l’éco-anxiété!). J’ai autant senti le goût amer du nationalisme colonial dans Chez nous que la douceur et la force des proches aidants dans Le gars dans le cadre de porte. Enfin j’ai cru être à bout de souffle et d’espoir sur GODDAMN! et j’ai fini par re-croire en l’amour avec Je bouge pas.
Autre point qui fait de Alouette! un projet qui fait du bien aux oreilles et à l’âme, c’est sa direction artistique visuelle. Avec tous ses clips signés par Charles-Antoine Olivier, on reste dans la même ambiance du début à la fin, on garde le même grain, la même signature propre à CAO, le même univers. Un gros travail a été fait sur l’image pour ce projet et ça donne quelque chose de fort agréable à suivre au fur et à mesure des sorties, tout comme l’ont été les aventures de la Kia de Robert Robert avec BOOST. C’est peut-être un détail, mais ça change beaucoup dans la continuité de l’histoire que l’on nous propose, ça garde un fil conducteur entre le public et l’artiste, on nous donne un univers à toucher du doigt et qu’on embrasse corps et âme quand l’album finit par sortir. À une période où tout le monde se demande si le clip est mort, cette unité visuelle rappelle que non. Il évolue, mais reste debout.

Alouette!, fait référence à une chanson folklorique classique au Canada francophone, c’est un véritable symbole de la province. Outre le fait que ça soit une chanson de voyageur et de trappeur qui explique concrètement comment plumer un oiseau que l’on vient de chasser, quand Vincent chante ses deux interludes, quand il parle d’alouette dans Chez nous, c’est une référence directe au Québec et aux personnes qui y vivent. Alouette!, c’est un constat de la société québécoise, de ce qu’elle vit, de comment elle s’inscrit dans le monde. C’est aussi une interrogation directe à savoir si l’on veut laisser les choses suivre leur cours ou si on veut se battre pour garder nos droits à vivre notre cosmopolitanité. Alouette!, c’est aussi un témoignage sur des réalités qui sont parfois dures à regarder, sur des moments dans le cycle de la vie qui sont plus intenses à vivre mais qui en font quand même partie. Alouette!, c’est un album intime et complet aux réflexions profondes et universelles, et Les Louanges mérite amplement tous les éloges sur son projet.