Nous l’attendions avec impatience, et le voici enfin. Le premier album d’une artiste qui se définit comme une « peintre qui fait de la musique ». Avec Zero, Alewya propose un projet qui dépasse le simple cadre musical pour devenir une véritable exploration de ses origines. À travers des productions riches, rythmées et hybrides, l’album invite à un voyage entre l’Éthiopie et l’Égypte. Deux cultures qui nourrissent profondément son identité artistique. Chaque titre semble porter une intention précise, et les noms des morceaux eux-mêmes donnent déjà des clés de lecture sur l’univers que l’on s’apprête à découvrir.
Ainsi, Zero apparaît comme un hommage aux racines, mais aussi comme une réinterprétation contemporaine de celles-ci. Entre influences traditionnelles et sonorités électroniques, Alewya construit un langage musical singulier. À la fois extrêmement intime et capable de résonner chez chacun.

Une exploration des origines
L’album commence fort avec Simian Mountains. Dès les premières secondes, Alewya nous emmène avec elle en Éthiopie. L’artiste rend hommage à ses racines et à sa culture en intégrant de l’amharique, la langue officielle de l’Éthiopie. De ce fait, ce choix nous plonge immédiatement dans un univers qui nous est peut-être inconnu, mais dont on a instantanément envie d’explorer chaque recoin. Dès ce premier titre, on comprend tout l’intérêt d’écouter l’album dans l’ordre imaginé par l’artiste. Rien n’est laissé au hasard : chaque morceau semble dialoguer avec le précédent et préparer le suivant. L’enchaînement entre Simian Mountains et City of Symbols est clair. À travers cette continuité, l’artiste construit une narration qui dépasse les morceaux eux-mêmes. Comme un récit supplémentaire qui se déploie d’un titre à l’autre.
City of Symbols est l’un des titres les plus marquants de 2026. Alewya y livre une œuvre d’une richesse rare, puisant au plus profond d’elle-même. Difficile de lui attribuer un style tant le morceau échappe aux catégories habituelles. Il emprunte à plusieurs univers musicaux sans jamais perdre sa propre identité. Et c’est précisément cette singularité qui le rend si fascinant. À travers des images poétiques et une production hypnotique, Alewya semble interroger notre rapport au monde, à nos racines et à notre identité. Plus qu’un simple morceau, c’est une expérience qui ne se contente pas de s’écouter : elle se ressent.
Entre quête de soi et spiritualité
Avec Runner, une envie immédiate s’impose : danser. Dès les premières notes, Alewya nous plonge une nouvelle fois dans son univers singulier, porté par une énergie débordante. Mais, ce titre ne se limite pas à sa dimension rythmique. Derrière cette pulsation presque rituelle se dessine un texte qui évoque la fuite, la quête de soi et la résilience. Cette tension entre l’urgence de courir et le besoin de se recentrer donne au morceau une profondeur qui contraste avec son aspect dansant. La voix d’Alewya, tour à tour puissante et envoûtante, agit comme un fil conducteur. Cela insuffle une dimension presque spirituelle à l’ensemble.
Dans la continuité directe, Maktoub prolonge cette énergie sous une forme plus introspective. En mêlant l’anglais à l’amharique et en puisant dans son héritage éthiopien, Alewya invite à découvrir une culture et une spiritualité profondément ancrées dans sa musique. Le morceau dégage une véritable philosophie de vie, marquée par la résilience, la foi en l’avenir et l’acceptation du destin. À travers ce titre, Alewya nous conseille : ralentir, prendre du recul et se recentrer sur l’essentiel. En effet, Alewya a cette capacité à transmettre de la sérénité et de l’espoir à travers des titres qui nous touche en plein cœur.
Fragments d’intimité et voyages nocturnes
Interlude 00 semble donner la parole à une personne proche d’Alewya, s’exprimant en amharique. Ce passage renforce la dimension intimiste de l’album. De plus, cela souligne l’importance de la transmission, de la famille et des origines qui traversent l’ensemble du projet. Même sans comprendre précisément les paroles, on saisit l’intention. Elle rappelle que les racines et les liens familiaux occupent une place centrale, et que cette mémoire doit se transmettre.
Cette idée d’ancrage se prolonge ensuite avec Red Clay Luv. En effet, il s’agit d’un titre particulièrement évocateur qui signifie littéralement “l’amour de l’argile rouge”. Cette argile, que l’on retrouve fréquemment en Éthiopie, devient ici un symbole fort de connexion à la terre et aux origines. À travers ce morceau, Alewya poursuit son hommage à ses racines en associant matière naturelle et dimension spirituelle. L’argile rouge devient ainsi une métaphore de l’enracinement, de l’identité et du lien profond avec son héritage culturel.
Night Drive s’impose comme un morceau taillé pour les clubs, mais il ouvre surtout une nouvelle facette de l’univers d’Alewya. L’atmosphère y est à la fois sensuelle, mystérieuse et unique. Au-delà de sa dimension dansante, Alewya y insuffle une véritable sensation de mouvement organique et immersif. Night Drive ne se limite pas à faire danser. Il raconte une histoire, celle d’un trajet nocturne où les repères s’effacent et où l’on se laisse porter par l’instant.
Cette impression de voyage se prolonge naturellement avec Interlude 01, qui agit comme un passage entre deux espaces. Ainsi, cette parenthèse donne le sentiment d’être aux côtés d’Alewya, comme si l’on poursuivait ce déplacement avec elle, en direction d’une soirée. L’écoute devient alors plus active, presque cinématographique, et prépare l’arrivée vers Selah.
Avec Selah, l’énergie change d’échelle. Le morceau se déploie comme l’un des moments les plus dynamiques de l’album, porté par des rythmes effrénés et des percussions hypnotiques. Un souffle spirituel s’en dégage immédiatement. Celui-ci confirme la capacité d’Alewya à construire un univers cohérent et immédiatement identifiable, tout en préservant la singularité de chaque titre.
Entre mystère et énergie brute
Intermission dévoile un versant encore plus mystérieux, organique et onirique de l’univers d’Alewya. On se demande presque comment il est possible d’aller encore plus loin, mais elle y parvient une nouvelle fois ! Le morceau oscille entre modernité et influences traditionnelles, créant un contraste saisissant. On y entend notamment des percussions vocales. En effet, Alewya utilise sa voix pour générer des motifs rythmiques, organiques et instinctifs.
Cette fois-ci, Alewya nous embarque dans un univers plus rock avec Guttah. Porté par une guitare électrique saturée et un jeu rugueux qui donne au morceau une couleur volontairement brute, que l’on ne peut qu’adorer. Cette guitare occupe une place centrale et devient l’un des éléments identitaires du titre. Elle insuffle une énergie rock affirmée, tout en gardant des influences afro, rap, R&B et électroniques. Sans véritable structure classique, Guttah tire justement sa singularité de cette liberté. Le titre avance de manière instinctive, comme porté par un mouvement brut et spontané, incarnant l’idée d’une artiste libre, qui suit son propre chemin sans contrainte.
Du Caire à Zero
Cairo FM est un morceau qui renvoie directement aux origines égyptiennes d’Alewya, notamment à travers son titre. Il s’impose comme une parenthèse lumineuse au sein de l’album, où l’artiste surprend par une approche plus pop. La production est solaire, portée par une voix plus chantée. À travers les harmonies et les mélismes, des influences orientales viennent enrichir la texture du morceau et renforcer son identité.
Dans la continuité, Lingo prolonge ce lien aux racines, mais dans une direction plus organique et introspective. Dès l’introduction, une flûte évoquant fortement le ney installe une atmosphère douce et spirituelle. Cet instrument à vent au timbre soufflé et expressif, guide le morceau vers une approche plus minimaliste et contemplative. Aussi, cela laisse davantage de place aux textures et à l’ambiance. Le morceau Eshi fait écho à ces deux titres dans la manière dont Alewya mêle voix et instrumentation pour créer une forme de spiritualité sonore. Ici, la voix est pleinement chantée, tout en conservant une dimension expressive, presque rituelle par moments.
L’album s’achève en beauté sur son morceau éponyme, Zero. Dès les premières secondes, des sonorités aux influences orientales se déploient avant de se mêler progressivement à des textures plus électroniques, dans une hybridation qui résume parfaitement l’univers d’Alewya. Sa voix, à l’ambitus impressionnant, navigue avec aisance entre des registres très graves et très aigus, témoignant à la fois de sa maîtrise et de sa singularité.
L’album se conclut sur une note intime. On y entend sa mère lui parler en amharique, un moment qui incarne pleinement l’idée de transmission qui traverse tout le projet. Cette conclusion renforce encore l’ancrage des racines éthiopiennes d’Alewya et la fierté qu’elle éprouve envers cet héritage.
Tout au long de cet album, Alewya parvient à maintenir une véritable envie d’écouter la suite, portée par son originalité et la richesse de son univers. Dans un paysage musical où il devient rare de rencontrer des propositions aussi singulières, elle impose une identité forte, à la fois hybride et profondément personnelle.
crédit photo : Lee Trigg