A l’occasion des Eurockéennes de Belfort, nous avons rencontré Mosimann pour discuter de ce qui le fait vibrer aujourd’hui, alors qu’il prépare le plus grand concert de sa carrière.

La Face B : La dernière fois qu’on a discuté, c’était avant une grosse annonce : ton Accor Arena en octobre 2027. Tu disais qu’il ne fallait pas s’arrêter de rêver. J’ai presque l’impression qu’on reprend la conversation là où on l’avait laissée.
Aujourd’hui, avec cette date, il ne semble plus y avoir de limite. Est-ce que tu imagines déjà le show ou tu te concentres plutôt sur les deux Zénith de Paris qui sont déjà une belle étape ?
Mosimann : Non, j’y pense tous les jours. Je pense tous les jours à : qu’est-ce qui va se passer ? Comment on peut aller plus loin que ce qu’on a déjà imaginé pour les zéniths ? Comment on peut faire que ce moment reste unique ? C’est un peu présomptueux de dire pour qu’il reste dans les annales, mais que les gens se souviennent de ce moment. C’est ça surtout : comment on fait ? Je n’ai pas encore la réponse. Mais je te promets que j’y réfléchis beaucoup (rires).
La Face B : À côté de toi, tu joues beaucoup en festival. Qu’est-ce qu’un festival t’autorise que tu ne peux pas forcément faire dans une salle ? Est-ce que tu abordes ton set différemment ? Tu adaptes ta scénographie ?
Mosimann : J’ai l’impression que mon métier, c’est de réussir à prendre du plaisir dans les contraintes. De m’émanciper de ce truc-là avec des contraintes tout le temps. Les Dreamtracks, ce ne sont que des contraintes. Sortir un titre, ce sont des contraintes parce qu’il faut que ça plaise aux médias, au public etc. Faire un album, ce sont des contraintes. Il y a toujours ce truc-là.
Être sur scène en festival, il y a toujours une contrainte : celle du temps. Moi ce que j’aime souvent, c’est mixer trois à quatre heures et raconter une histoire, raconter des choses. 1h30 c’est rare ce soir. J’ai de la chance. Je crois que c’est challengeant, mais qu’est-ce que ça m’autorise de plus ? Je pense que je suis un peu plus dur et je fais un peu moins de concessions sur les festivals parce que j’ai l’impression qu’il faut réussir à convaincre plus. Il y a aussi beaucoup de gens qui ne connaissent pas, qui ne m’ont jamais vu. Il faut que j’aille vraiment les chercher. Comment est-ce que je vais les chercher ? Comment je les amène dans mon univers ? Ce sont plutôt ces questions-là que je me pose pour l’instant.
La Face B : C’était ma question suivante : les Eurockéennes ont une identité assez particulière, avec un public assez éclectique. Quand tu arrives sur un festival comme celui-ci, tu cherches plutôt à convaincre ceux qui ne te connaissent pas ou à faire plaisir à ceux qui te suivent déjà ?
Mosimann : Je cherche toujours avant tout à convaincre. Je joue pour la personne qui est au fond au fond de la foule, qui est dubitative et qui ne sait pas trop pourquoi elle est restée aussi tard. C’est elle que je veux choper.
La Face B : Donc celui qui te connaît déjà, il y a moins ce truc de convaincre ?
Mosimann : Oui parce qu’ils seront avec moi. J’ai envie de les surprendre, mais pas de les convaincre. Alors que les autres, j’ai envie de les convaincre et de les surprendre.
La Face B : Aujourd’hui, le public attend plus qu’un DJ set : Il veut vivre un spectacle. Tu chantes, tu mixes, tu produis : qu’est-ce qui transforme selon toi un concert en vrai moment marquant ?
Mosimann : C’est une question très difficile. Mais je pense que ça se sent. Déjà je suis le plus mauvais pour répondre à cette question parce que c’est le public qui a toujours raison. C’est lui qui peut y répondre. Je t’encouragerai à aller demander au festivalier plutôt que de me demander à moi.
Moi dès l’instant où je mets un pied sur scène, c’est déjà magique. Je suis déjà en osmose avec les gens, avec le public. Je vis déjà quelque chose de complètement fou à ce moment-là donc je ne sais pas.
La Face B : Est-ce que toi tu vas sentir une énergie différente quand tu es en live ? Est-ce que tu ressens ce genre de choses ?
Mosimann : Oui, je le ressens parce que j’ai des micros déjà qui sont sur la scène qui m’envoient le son dans mes oreilles de ce qui se passe. Comme j’ai une distance souvent, il me faut ça pour sentir les gens. Donc je compare en fonction des dates et des lieux. J’arrive à peu près à faire ça.
La Face B : C’est quelque chose qui va te galvaniser ?
Mosimann : Complètement. Hier soir, j’ai joué à Beauregard, je me suis pris une tarte. J’avais rarement vu ça. Monstrueux.
La Face B : On va essayer de faire pareil ce soir.
Mosimann : Je n’en doute pas.
La Face B : Récemment, tu as révélé que tu étais papa depuis deux ans et tu as dit que c’était cela avait été un électrochoc. Est-ce que ça a aussi changé ton rapport à la scène et à ces moments où tu donnes toute ton énergie à des milliers de personnes ?
Mosimann : Quelque part, oui. En devenant papa, je suis devenu adulte. Je n’étais pas adulte et je ne suis pas complètement fini encore. Mais je me suis surtout dit que j’avais un but précis dans ma vie. Et je sais pourquoi je fais tout ça. Je sais que c’est pour elle, que c’est pour qu’elle puisse faire des études. Je sais que c’est pour qu’elle puisse avoir une jeunesse meilleure que la mienne. Tout est pour elle. Je fais tout pour elle.
La Face B : Donc réaliser tes rêves, ça participe aussi à faire des choses pour elle.
Mosimann : Bien sûr.
La Face B : Lui inculquer cette culture de toujours croire en plus grand et ne jamais s’arrêter de rêver.
Mosimann : Oui, mes rêves, ce sont ses rêves.
La Face B : Et les siens du coup deviendront les tiens par extension.
Mosimann : Absolument, tu as tout dit. Là, par exemple en ce moment elle rêvait d’aller à la piscine. Mais c’est compliqué avec les tournées. Donc j’ai acheté une piscine gonflable qu’on a installé sur la terrasse. C’est un truc à vingt balles un peu pourri. C’était le plus beau jour de sa vie. C’était magique.
La Face B : Tu as donné beaucoup de concerts. Est-ce qu’il te reste encore des scènes qui t’impressionnent ?
Mosimann : Les Eurockéennes de Belfort, c’est quelque chose. Ça m’impressionne beaucoup. Les Vieilles Charrues m’impressionnent. Chaque festival m’impressionne. Par exemple, là je réalise un peu un rêve de gosse. J’ai grandi entre la Suisse allemande et la Haute-Savoie. Je fais un festival en Haute-Savoie qui s’appelle le Rock n’ Poche. C’est le plus petit festival que je fais de tout de toute ma tournée d’été là. C’est le festival de ma jeunesse où j’allais voir Sinsemilia, Tryo quand j’avais 15 ans. Et de me dire que je vais jouer au Rock n’ Poche, c’est incroyable.
La Face B : Ça te met une pression supplémentaire ?
Mosimann : Oui, complètement.
La Face B : Parce qu’il y a tes proches ou parce que pour toi, dans ta jeunesse c’était quelque chose d’immense ?
Mosimann : Je ne sais pas. On s’identifie tous à un moment de notre jeunesse. Je ne sais pas toi mais quand tu reviens chez toi dans ton village d’enfance, tu revois ta professeure et qu’elle se dit putain tu es une journaliste, elle est contente. Parce que tu n’étais pas très bon en français ou des choses comme ça. J’étais une tare en allemand. Aujourd’hui, je parle allemand couramment. Ma professeure d’allemand serait folle de me voir faire une interview en allemand. Là, c’est la même chose.
La Face B : Tu as connu les festivals comme artiste, mais aussi du coup comme festivalier. Si tu devais garder un seul souvenir de festival pour chacune des deux expériences, ça serait lesquels ?
Mosimann : Je crois que je dirais Tomorrowland. C’est un des plus beaux festivals quand on est DJ. C’est le Graal. En même temps, l’expérience est tellement bienveillante, surtout pour le public. Ils savent comment faire plaisir. Je pense néanmoins que c’est beaucoup trop cher et que c’est un peu trop élitiste.
Donc je crois que j’irai sur un festival que je vais faire pour la première fois cette année en tant qu’artiste. Tous mes amis l’ont fait, en tant qu’influenceur, créateur de contenu, festivalier. Ça serait le Rose Festival. Ça se sent que Bigflo & Oli ont eu des trois galères en tant qu’artistes et qu’ils se sont que si un jour ils montaient un festival, ils feraient le truc le plus génial possible.
La Face B : Si tu pouvais assister à n’importe quel concert de l’histoire, lequel tu choisirais ?
Mosimann : Je pense que ça serait probablement Queen au Live Aid. Je voudrais être dans la foule au premier rang, parce que c’est un moment historique pour la cause, pour la musique et pour le monde. Donc j’aurais rêvé d’être là.
Ecouter Mosimann :