ADN #1144 : Malik

ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Malik vient de dévoiler son EP, Parenthèse. À cette occasion l’artiste nous ouvre les portes de ses influences.

LUST – Kendrick Lamar

En réalité c’est tout l’album DAMN mais fallait choisir. Dans LUST, Kendrick dresse un tableau brutalement honnête et précis de la luxure. C’est un son étrange, presque malsain, on se sent coupable de se reconnaître dans son rapport au désir et à la tentation. Kendrick est capable de faire ça, de trouver le nectar du sentiment et d’en assumer nues les ombres.

Il a tout traduit du vide et de la monotonie et l’a imprimé partout dans le son, de l’étrangeté de la prod aux répétitions de paroles ou de schémas de rimes. Et puis dans DAMN ( meilleur album de tous les temps ), LUST est suivie de LOVE. Il nous fait vivre le vide pesant de la luxure et lorsque l’amour arrive, c’est la libération et tout devient léger.

Vraiment l’album entier est un no skip (à part XXX, mais cette chanson n’existe pas et je refuse d’en discuter) mais l’enchaînement LUST / LOVE, la première fois que je l’ai mangé, j’étais rue de Belleville j’ai dû m’arrêter de marcher et prendre un moment pour comprendre ce qu’il venait de me faire.

D’ailleurs j’ai abandonné mon programme du jour et j’ai continué de marcher pour d’écouter cet album en boucle.

Netflix and Dusse – Smino

Je ne sais pas si c’est parce que c’est le son qui m’a fait découvrir en même temps Smino et Monte Booker que c’est toujours ma préférée mais il y a des jours où je n’écoute que cette chanson.

Déjà, les chansons qui parlent de sexe sans tenter d’avoir l’air moins basiques que les instincts qu’elles décrivent c’est une catégorie que j’aime beaucoup. En plus, les prods de Monte Booker c’est la meilleure chose qui soit arrivée au Hip-Hop depuis très longtemps.

Tu rajoutes le petit contre temps des synthés, l’alternance rap / mélo et la technicité des 200 flows de Smino qui flottent sur le son avec un mélange de désinvolture et de virtuosité qui lui est propre , et ça donne une de mes chanson préférée de tous les temps

La mauvaise réputation – Georges Brassens

Georges, c’est le Patron. On n’a pas fait mieux, on ne fera pas mieux. Atteindre ce niveau de clarté dans la mélodie et le texte au point qu’on ait tous l’impression que c’est simple et même qu’on aurait pu le faire, pour moi c’est le but ultime de toute personne qui écrit et compose des chansons.

C’est aussi le roi des anarchistes, c’est lui qui m’a fait sentir le premier que la rébellion était un geste sensible et que la révolution devait se nourrir de poésie.

En gros il y a deux personnes qui m’ont permis de comprendre que l’art peut être politique: mon père et Georges.

Justement, j’ai choisi cette chanson parce qu’il s’agit de la liberté et du détachement de la pression sociale nécessaires à la recherche d’une vie au service de la révolution poétique.

tiroir bleu – Tuerie


C’est la dernière fois que j’ai pleuré en écoutant du rap français. Il y a tout ce que j’aime dans ce son. Le flow simple et entêtant, presque amusant, presque un jeu d’enfant, quand il raconte ses souvenirs.

L’accélération et les chuchotement pour créer le sentiment d’urgence quand on plonge dans sa tête, le fait qu’il ait donné forme aux pensées qui se bousculent par la matière de sa voix, c’est fort !

Ensuite il y a la mélodie planante, la lumière mêlée de nostalgie quand il focus sur sa mère à la fois libérée et loin de lui.

Et puis les beat switch pour accompagner tout ça parfaitement. Leçon de rap, leçon de sincérité, leçon de générosité. C’est un bon rappel : quitte à écrire, autant avoir des choses à dire. Et puis, j’aime bien Tuerie, c’est un bon gars.

Je lui avais envoyé un vocal après avoir écouté l’EP pour lui dire la tarte que je m’étais mangé. Après le vocal, j’ai remis l’EP au début.

La petite marchande de porte-clefs – Orelsan

Leçon de storytelling. Le ton brutal et naïf, c’est mon équilibre préféré. Il dit des dingueries toutes mieux senties les unes que les autres sur le ton de l’évidence.

le ferait un enfant. D’ailleurs la petite comptine pour enfant façon boîte à musique qui fait le thème / le refrain ne laisse aucun doute sur l’intention. Comme pour dire : « j’ai le droit de le dire puisque je fais que décrire la réalité ».

C’est le monde qui est sale, pas celui qui en parle, c’est un sentiment que j’ai souvent en écoutant du rap et à ce jeu-là , Orelsan est le meilleur.

Cerise sur la gâteau, il réussit dans ce son quelque chose que beaucoup fantasment dans leurs chansons, un « plot twist » final. En vrai, c’est en outro, mais ça change quand même la portée du texte et c’est fort.

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