Foul Weather #6 : deux jours de soleil et de décibels

Sous le soleil, le fort de Tourneville accueille pour sa 6ème édition le festival défricheurs de talents confirmés ou non d’outre-Manche et locaux. Au Foul Weather, on vient chercher la proximité et l’intensité. Que l’on soit jeune adolescent biberonné à la musique de cave à papa, vétéran punk comme fraîchement nouveaux venus, nous sommes tous les bienvenus. Dans ce petit village éphémère, l’attitude bon enfant est de mise. Le Foul Weather ce sont deux journées de festival parfaitement millimétrées. Tout est fait pour profiter au mieux des concerts répartis sur les trois scènes où il fait plus que jamais bon vivre. Libre à chacun de pogoter au premier rang, observer du fond de la salle, on vient savourer la musique.

© Cédric Oberlin (Instagram : @unsoundcolors)

Retard SNCF oblige, il serait vain d’essayer de vous raconter l’intégralité de la première journée. Les bracelets récupérés, d’un pas décidé, on a commencé notre immersion. Plutôt que vous raconter heure par heure, nous miserons sur des fragments d’impressions sincèrement vécues dans le tumulte du Foul Weather.

Knives

Les freaks de Bristol sont lâchés : Knives investit la scène de la halle. Le public visiblement bien en forme, s’accorde pour sauter dans tous les sens. Les kicks du bassiste Ben Marshall nous impressionnent, ils nous laissent apprécier toute la longueur de ses jambes – team petits êtres -. On sursautera un peu plus d’une fois pour les enfants placés au tout premier rang. Le sextet – et dieu sait que ça fait beaucoup d’humains sur un plateau – se donne à fond, les decibels avec. Le public est demandeur, ce ne sont plus que des headbangers mais bien des pogos et autres danses qui s’enchaînent et rythment ce concert sous haut voltage. Le boxon s’installe progressivement. Puisant son inspiration dans les genres radicaux du punk hardcore et de la noise – avec un soupçon de jazz -, Knives prend des allures de rouleau compresseur bien décidé à entrainer son public dans une autre dimension. En mémoire, on garde une autre image forte : la brave bedaine de chanteur Jay Schottlande exhibée à son guitariste qui mime de le scier avec sa guitare.

Alors que Knives célèbre la première année de son premier album Glitter, le collectif a balancé un nouvel EP en novembre dernier, premier objet d’une trilogie, le deuxième volet – REGLITTER PT. II – vient de voir le jour avec quatre pistes revues avec des invités tels que sunnbrella, How Long You Been Driving.

Baby Berserk

On s’était promis un jeu de mots : Are you redie ? Dit comme ça, ça fait un peu private joke alors on vous explique… C’est en rouge à paillettes que le trio né entre Amsterdam et Montréal débarque sur la scène de la SMAC Tetris. Smoky eyes bien charbonneux, mules vernies ou à plumes, chignon haut telle celui d’une feu Brigitte Bardot, bras élastiques et bas résille, les filles de Baby Berserk donnent l’illusion d’un groupe échappé des années 1970 et pourtant… On se retrouve à nager dans des mélodies punk cosmiques ponctués par de petits cris provocateurs. Celle qu’on ne quitte pas des yeux c’est bien la chanteuse Liselot Elzinga qui sautille d’un bout à l’autre de la scène, joue avec les photographes avec des poses plus ou moins lascives et même complètement ironiques. Ca gesticule, ça se tortille et dans le public c’est une affaire de mimétisme. La frontwoman descend dans le public qui veille avec bienveillance à ce qu’elle ait assez de longueur de fil pour pouvoir aller le plus loin possible. La synth punk glamour de Baby Berserk se révèle être une affaire de pétillance sonore que de look – il y a fort à parier que Liselot Elzinga aurait adoré se saper à King’s Road chez SEX – .

© Cédric Oberlin (Instagram : @unsoundcolors)

Blue Peony

Grand soleil sur le Fort de Tourneville, le public retrouve ses esprits de la veille, les transats sont posés devant la petite scène du Garage. Une petite dizaine de spectateurs découvrent la dream pop de la normande Blue Peony assise sur son tabouret haut et pour seule compagne sa guitare. Inspirées de son vécu avec une forte dimension universelle, ses chansons tirées de son EP éponyme sorti l’année dernière sont des fragments doux qui se savourent en fermant les yeux et en appréciant les rares courants d’air échappés du port. En conclusion de son set minimaliste, elle s’attèle à une reprise toute personnelle de Fugazi ; I’m so tired

The Olympus Quartet

The Olympus Quartet, c’est un trio qui laisse la place à un membre imaginaire. Hasard du jour, la voix de la chanteuse est en vrac – ce n’est pas une vue de l’esprit, elle nous l’a dit elle-même ! -. Et si c’était ce membre qui s’amusait ? Les havrais embarquent nous autres les curieux dans leur univers onirique aux couleurs luxuriantes. On pourrait parler de doux bizarre, leurs morceaux s’enchaînent et installent une ambiance aussi trouble que douce où s’incrustent même des sons de nature. Devant un public attentif, le trio déploient des créations atmosphériques et élégantes. Et après cette pause qu’ils qualifient de relax, le groupe lance un morceau plus groovy, disco cosmique et quelques spectateurs se sentent en confiance pour enfin esquisser quelques pas de danse. 

Lime Garden

Lime Garden c’est l’une des illustrations de l’adulescence. Elles sont habillées comme si elles étaient encore au lycée, il y a un petit côté grunge dans leur look. Nonchalance à l’arrivée ou simple flegme britannique ? Les émotions finissent par arriver par vagues progressives, discrètes mais persistantes. C’est sans doute ce détachement dans leur présence scénique qui fait la force de Lime Garden : la sincérité de son propos croise leur air insouciant mais profond. A l’instar de la guitariste qui vient jouer en chaussettes en te signifiant du regard « So what ? ».  Rien n’est forcé ni foncièrement démonstratif, la fragilité rejoint une forme d’assurance tranquille.

Frenzee

La bière fraîche ne perd pas de temps pour se réchauffer dans la Halle. On saute, on headbang dans un rythme plus que soutenu et ce, à peine le concert démarré. On essaie vainement de tenir tête au débit impressionnant de la chanteuse Apollonia Xylouris. Dans le public, ça finit par slammer. L’ambiance y est de plus en plus bouillante. L’odeur de sueur se mêle à celle de la bière, la halle se transforme progressivement en cave underground. Féroce, la fratrie Frenzee ne se laisse pas impressionner par ce public décidément bien enthousiaste. Ca joue toujours plus fort et sans s’accorder de réel répit entre chaque morceau. Si la bande de Knives était rouleau compresseur, Frenzee n’en était pas loin dans un registre différent moins hardcore.

Martin Dupont

Martin Dupont livre un set résolument new wave. Si le public se montre particulièrement attentif, il est presque timide dans ses mouvements. Sensible, Martin Dupont s’inscrit dans l’héritage des anglais New Order. Martin Dupont n’explore par la froideur, le groupe porté par l’ex marseillais devenu normand Alain Seghir convoque les couleurs dans une scénographie où se mêlent tableaux et projections clipées. Tout y est soigneusement mesuré. L’attendu Inside/out donnera quelques mouvements dans la foule transgénérationnelle réunie devant eux.

Body Horror

A peine Martin Dupont terminé, les Body Horror étaient en ultimes répétitions où l’on entendait déjà leur titre Goodboy.

La foule s’y presse nombreuse, elle est presque compacte. Les vibrations se propagent et les briques semblent les absorber pour mieux trembler avec le public. Chez Body Horror, on répond à un mot d’ordre : l’intensité immédiate. Ce dernier nous conditionne à vivre une expérience sensorielle forte particulièrement excitante. Pourquoi s’acharner à faire du sport quand se rendre à un concert des anglais vous suffit à faire l’équivalent d’une bonne séance de cardio ? Le chanteur est dans la maîtrise d’un chant incarné au sens littéral, il est également porté par une énergie collective et ce, tout aussi textuellement. Entre la chaleur ambiante, les basses qui cognent dans la poitrine, les corps sont happés par la rythmique. Un concert intensément vivant.

MAQUINA

Le combo distorsions et cheveux longs c’est MAQUINA. A peine le set commencé que le deuxième rang se déchaîne. Le moindre larsen devient une couche sonore sciemment maniée. Un ballon en forme de gélule survole le public, parfois trouve refuge sur la scène mais très vite les garçons l’écartent le renvoyant dans le public en délire. Le batteur crapahutant sur son instrument, finit par s’élever et se maintient debout quelques secondes entre sa grosse caisse et son tabouret – on s’est même interrogés pour savoir si ce n’était pas une caisse -. D’un ballon on passe à 4, des slams commencent à émerger. Le plateau se pare de multiples couleurs, de l’aride ocre à un gris poussiéreux en passant par du violet/rouge pour nous inviter à toujours plus s’immerger dans le son. Dans une boucle digne des chants traditionnels mongols, les portugais s’attèlent à la conception d’un nouveau genre de rituel. Quasiment aucun temps mort. Un slam reprend. La rythmique s’accélère toujours plus et le volume passe un cran au-dessus. Le trio lisboète nage dans ses nuages de sons. 

Grande réussite que cette sixième édition du Foul Weather. L’association organisatrice Fake Live fait le nécessaire pour rendre l’événement incontournable. Que l’on vienne pour des moments contemplatifs devant la scène Garage ou que d’heureux acouphènes nous percutent au sortir de la Halle, tout le monde y trouve son compte. Découvertes ou confirmations de talents, les groupes vivent leur lives comme une première fois. A l’année prochaine ?

Crédit photos : Cédric Oberlin (Instagram : @unsoundcolors)

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